‹ Dictionnaire infernalChapitre 36 sur 368 · ARG · texte numérisé non relu

ARG

par cette voie injuste, la somme de cent livres. Ayant serré cet argent dans un sac de cuir, il alla avec un de ses amis faire provision de vin pour continuer son trafic; mais, comme il était près d'une rivière, il tira du sac de cuir une pièce de vingt sous pour une petite emplette ; il tenait le sac dans la main gauche et la pièce dans la droite ; incontinent un oiseau de proie fondit sur lui et lui enleva son sac, qu'il laissa tomber dans la rivière. Le pauvre homme, dont toute la fortune se trouvait ainsi perdue, dit à son compagnon : « Dieu est juste : je n'avais qu'une pièce de vingt sous quand j'ai commencé à voler, il m'a laissé mon bien, et m'a ôté ce que j'avais acquis injustement. 1 » — Un étranger bien vêtu, passant au mois de septembre 1606 dans un village de la Franche-Comté, acheta unejumentd'un paysan du lieu pour la somme de dix-huit ducatons. Comme il n'en avait que douze dans sa bourse, il laissa une chaîne d'or en gage du reste, qu'il promit de payer à son retour. Le vendeur serra le tout dans du papier, et le lendemain trouva la chaîne perdue, et douze plaques de plomb au lieu des ducatons 2. — Terminons en rappelant un stupide usage de quelques villageois qui croient que, quand on fait des beignets avec des œufs, de la farine et de l'eau, pendant la messe de la Chandeleur, de manière qu'on en ait de faits après la messe, . on a de l'argent pendant toute l'année 3. On en a toute l'année aussi quand on en porte sur soi le premier jour où l'on entend le chant du coucou, et tout le mois si on en a dans sa poche la première fois qu'on voit la lune nouvelle.

Argent potable. — Si vous êtes versé dans les secrets de l'alchimie et que vous souhaitiez posséderce panacée, prenez du soufrebleucéleste ; mettez-le dans un vase de verre : versez dessus d'excellent esprit-de-vin ; faites digérer au bain pendant vingt-quatre heures ; et quand l'esprit-de-vin aura attiré le soufre par distillation, prenez une part de ce soufre: versez dessus trois fois son poids d'esprit blanc mercuriel extrait du vitriol minéral ; bouchez bien le vase; faites digérer au bain vaporeux jusqu'à ce que le soufre soit réduit en liqueur ; alors versez dessus de très-bon esprit-de-vin à poids égal ; digérez-les ensemble pendant quinze jours; passez le tout par l'alambic ; retirez l'esprit par le bain tiède, et il restera une liqueur qui sera le vrai argent potable , ou soufre d'argent, qui ne peut plus être remis en

1 Saint Grégoire de Tours, livre des Mil actes. 7 Boguet, Discours des sorciers.

: Thiers, Traité des superst., etc.

ARI — kl

corps. Cet élixir blanc est un remède à peu près universel, qui fait merveilles en médecine , fond l'hydropisie et guérit tous les maux intérieurs1.

Argouges, — V01J. FÉES.

Arignote. — Lucien conte qu'à Corinthe, dans le quartier de Cranaus, personne n'osait habiter une maison qui était visitée d'un spectre. Un certain Arignote, s'étant muni de livres magiques égyptiens, s'enferma dans cette maison pour y passer la nuit, et se mit à lire tranquillement dans la cour. Le spectre parut bientôt ; pour effrayer Arignote , il prit d'abord la figure d'un chien, ensuite celles d'un taureau et d'un lion. Mais, sans se troubler, Arignote prononça dans ses livres des conjurations qui obligèrent le fantôme à se retirer dans un coin de la cour, où il disparut. Le lendemain on creusa à l'endroit où le spectre s'était enfoncé ; on y trouva un squelette auquel on donna la sépulture , et rien ne parut plus dans la maison. — Cette anecdote n'est autre chose que l'aventure d'Athénodore, que Lucien avait lue dans Pline , et qu'il accommode à sa manière pour divertir ses lecteurs.

Arimane, — prince des enfers chez les anciens Perses, source du mal, démon noir, engendré dans les ténèbres2, ennemi d'Oromaze, principe du bien. Mais celui-ci est éternel, tandis qu'Arimane est créé et doit périr un jour.

Arioch , — démon de la vengeance, selon quelques démonographes ; différent d'Alastor, et occupé seulement des vengeances particulières de ceux qui l'emploient.

Arîolîstes , — devins de l'antiquité, dont le métier se nommait ariolatio, parce qu'ils devinaient par les autels [ab arts). Ils consultaient les démons sur leurs autels, dit Daugis3 ; ils voyaient ensuite si l'autel tremblait ou s'il s'y faisait quelque merveille , et prédisaient ce que le diable leur inspirait.

Aristée , — charlatan de l'île de Proconèse, qui vivait du temps de Crésus. Il disait que son âme sortait de son corps quand il voulait, et qu'elle y retournait ensuite. Les uns content qu'elle s'échappait , à la vue de sa femme et de ses enfants, sous la figure d'un cerf, Wierus dit sous la figure d'un corbeau *. — Hérodote rapporte, dans son quatrième livre , que cet Aristée, entrant un jour dans la boutique d'un foulon , y tomba mort ; que le foulon courut

1 Traité de chimie philosoph. et hermétique, p. 168.

2 Plutarque, sur Isis et Osiris.

3 Traité sur la magie, etc., p. 66.

;» De Prœstigiis deem., lib. I, cap. H.

avertir ses parents , qui arrivèrent pour le faire enterrer; mais on ne trouva plus le corps. — Toute la ville était en grande surprise, quand des gens qui revenaient de quelque voyage assurèrent qu'ils avaient rencontré Aristée sur le chemin de Crotone 1 . Il paraît que c'était une espèce de vampire. Hérodote ajoute qu'il reparut au bout de sept ans à Proconèse , y composa un poème et mourut de nouveau. Leloyer, qui regarde Aristée comme un sorcier à extases2, cite une autorité d'après laquelle, à l'heure même où ce vampire disparut pour la seconde fois, il aurait été transporté en Sicile, où il se fit maître d'école. Il se montra encore trois cent quarante ans après dans la ville de Métaponte , et il y fit élever des monuments qu'on voyait du temps d'Hérodote. Tant de prodiges engagèrent les Siciliens à lui consacrer un temple où ils l'honoraient comme un demi-dieu.

Arîstodème , — roi des Messénîens. Voij. Ophioneus et Ololygmancie.

Arïstoïochie . — ou paille de sarrasin , ou plutôt espèce de plante appelée pistoloche, avec laquelle Apulée prétendait qu'on pouvait dénouer l'aiguillette , sans doute en l'employant à des fumigations. Voy. Ligatures.

Arlstomène , — général messénien, si habile et si adroit que, toutes les fois qu'il tombait au pouvoir des Athéniens, ses ennemis, il trouvait moyen de s'échapper de leurs mains. Pour lui ôter cette ressource , ils le firent mourir ; après quoi on l'ouvrit et on lui trouva le cœur tout velu et tout couvert de poils5.

Aristote , — que l'arabe Averroës appelle le comble de la perfection humaine. Sa philosophie a toujours été en grande vénération, et son nom ne peut recevoir trop d'éclat. Mais il ne fallait pas se quereller pour ses opinions et emprisonner dans un temps ceux qui ne les partageaient pas , pour emprisonner dans un autre ceux qui les avaient adoptées. Ces querelles, au reste, n'ont été élevées que par les hérétiques. — Delancre semble dire qu'Aristote savait la magie naturelle 4 , mais il ne parle en homme superstitieux dans aucun de ses écrits. Quant à la vieille opinion, soutenue par Procope et quelques autres, qu'Aristote, ne pouvant comprendre la raison du flux et du rellux de l'Euripe , s'y précipita en faisant de désespoir ce mauvais calembourg : « Puis-

1 Plutarque, dans la Vie de Romulus.

?- Discours des spectres, liv. iv, ch. 24. ;i Valère-Maxime, liv. i"', ch. 8, ext. n'-> 15. 'i Tableau de l'inconstance des mauvais anges, etc., liv. vi, dise. 2.

Page 1