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le lion de Percy remuer la queue ; les autres attendant pour admirer la même merveille. — De véritables hallucinations sont enfantées par une funeste maladie que diverses causes peuvent faire naître. La source la plus fréquente de cette maladie est dans les habitudes d'intempérance de ceux qui , par une suite d'excès de boissons , contractent ce que le peuple nomme les diables bleus , sorte de spleen ou désorganisation mentale. Les joyeuses illusions que dans les commencements enfante l'ivresse s'évanouissent avec le temps, et dégénèrent en impressions d'effroi. — Le fait qui va suivre fut raconté à l'auteur par un ami du patient. Un jeune homme riche, qui avait mené une vie de nature à compromettre à la fois sa santé et sa fortune , se vit obligé de consulter un médecin. Une des choses dont il se plaignait le plus, était la présence habituelle d'une suile de fantômes habillés de vert, exécutant clans sa chambre une danse bizarre dont il était forcé de suppoiter la vue , quoique bien convaincu que tout le corps de ballet n'existait que dans son cerveau. Le médecin lui prescrivit un régime; il lui recommanda de se retirer à la campagne, d'y observer une diète calmante, de se lever de bonne heure , de faire un exercice modéré, d'éviter une irop grande fatigue. Le malade se conforma à cette prescription et se rétablit. — Un autre exemple d'hallucinations est celui de M. Nicolaï, célèbre libraire de Berlin. Cet homme ne se bornait pas à vendre des livres, c'était encore un littérateur; il eut le courage moral d'exposer à la société philosophique de Berlin le récit de ses souffrances, et d'avouer qu'il était sujet à une suite d'illusions fantastiques. Les circonstances de ce fait peuvent être exposées très-brièvement, comme elles l'ont été au public , attestées par les docteurs Ferriar et Hibbert, et autres qui ont écrit sur la démonologie. Nicolaï fait remonter sa maladie à une série de désagréments qui lui arrivèrent au commencement de 1791. L'affaissement d'esprit occasionné par ces événements fut encore aggravé, par ce fait qu'il négligea l'usage de saignées périodiques auquel il était accoutumé ; un !el état de santé créa en lui la disposition à voir des groupes de fantômes qui se mouvaient et agissaient devant lui, et quelquefois même lui parlaient. Ces fantômes n'offraient rien de désagréable à son imagination , soit par leur forme, soit par leurs actions, et le visionnaire possédait trop de force d'àmc pour êlre saisi à leur présence d'un sentiment autre que celui de la curiosité, convaincu qu'il était pendant toute la durée de l'accès que ce singu-
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lier effet n'était que la conséquence de sa mauvaise santé, et ne devait sous aucun autre rapport être considéré comme sujet de frayeur. Au bout d'un certain temps les fantômes parurent moins distincts dans leurs formes, prirent descouleurs moins vives, s'affaiblirent aux yeux du malade, et finirent par disparaître entièrement. — Un malade du docteur Gregorv d'Edimbourg, l'ayant fait appeler, lui raconta, dans les termes suivants, ses singulières souffrances : « J'ai l'habitude, dit-il, de dîner à cinq heures , et lorsque six heures précises arrivent , je suis sujet à une visite fantastique. La porte de la chambre, même lorsque j'ai eu la faiblesse de la verrouiller, ce qui m'est arrivé souvent, s'ouvre tout à coup; une vieille sorcière, semblable à celles qui hantaient les bruyères de Forrès, entre d'un air menaçant, s'approche, se jette sur moi, mais si brusquement que je ne puis l'éviter, et alors me donne un violent coup de sa béquille; je tombe de ma chaise sans connaissance , et je reste ainsi plus ou moins longtemps. Je suis tous les jours sous la puissance de cette apparition ...» — Le docteur demanda au malade s'il avait jamais invité quelqu'un à être avec lui témoin d'une semblable visite. Il répondit que non. La nature de son mal était si particulière, on devait si naturellement l'imputer à un dérangement mental, qu'il lui avait toujours répugné d'en parler à qui que ce fût. « Si vous le permettez, dit le docteur, je dînerai avec vous aujourd'hui tète à tète , et nous verrons si votre méchante vieille viendra troubler notre société. Le malade accepta avec gratitude. Ils dînèrent, et le docteur, qui supposait l'existence de quelque maladie nerveuse, employa le charme de sa brillante conversation à captiver l'attention de son hôte pour l'empêcher de penser à l'heure fatale qu'il avait coutume d'attendre avec terreur. Il réussit d'abord. Six heures arrivèrent sans qu'on y fit attention. Mais à peine quelques minutes étaient-elles écoulées, que le monomane s'écria d'une voix troublée : « Voici la sorcière! » et, se renversant sur sa chaise, il perdit connaissance. Le médecin lui tira un peu de sang, et se convainquit que cet accident périodique , dont se plaignait le malade, était une tendance à l'apoplexie. — Le fantôme à la béquille était simplement une sorte de combinaison analogue à celle dont la fantaisie produit le dérangement appelé éphialte, ou cauchemar, ou toute autre impression extérieure exercée sur nos organes pendant le sommeil. — Un autre exemple encore me fut cité, dit Walter Scott, par le médecin qui avait été dans le cas de l'observer. Le malade était un
honorable magistrat , lequel avait conservé entière sa répulation d'intégrité, d'assiduité et de bon sens. — Au moment des visites du médecin, il en était réduit à garder la chambre; quelquefois le lit; cependant de temps à autre appliqué aux affaires, de manière que rien n'indiquait à un observateur superficiel la moindre altération dans ses facultés morales; aucun symptôme ne faisait craindre une maladie aiguë ou alarmante; mais la faiblesse du pouls, l'absence de l'appétit, le constant affaiblissement des esprits semblaient prendre leur origine dans une cause cachée que le malade était résolu à taire. Le sens obscur des paroles de cet infortuné , la brièveté et la contrainte de ses réponses aux questions du médecin , le déterminèrent à une sorte d'enquête. Il eut recours à la famille : personne ne devinait la cause du mal. L'état des affaires du patient était prospère; aucune perte n'avait pu lui occasionner un chagrin; aucun désappointement dans ses affections ne pouvait se supposer à son âge; aucune idée de remords ne s'alliait à son caractère. Le médecin eut donc recours avec le monomane à une explication; il lui parla de la folie qu'il y avait à se vouer à une mort triste et lente, plutôt que de dévoiler la douleur qui le minait. Il insista sur l'atteinte qu'il portait à sa réputation en laissant soupçonner que son abattement pût provenir d'une cause scandaleuse,* peut-être même trop déshonorante pour être pénétrée ; il lui fit voir qu'ainsi il léguerait à sa famille un nom suspect et terni. Le malade , frappé , exprima le désir de s'expliquer franchement avec le docteur : et, la porte de la chambre fermée, il entreprit sa confession en ces termes : — « Vous ne pouvez comprendre la nature de mes souffrances, et votre zèle ni votre habileié ne peuvent m'apporter de soulagement. La situation où je me trouve n'est pourtant pas nouvelle, puisqu'on la retrouve dans le célèbre roman de Lesage. Vous vous souvenez sans doute de la maladie dont il y est dit que mourut le duc eTOlivàrès : l'idée qu'il était visité par une apparition, à l'existence de laquelle il n'ajoutait aucunement foi ; mais il en mourut néanmoins, vaincu et terrassé par son imagination. — \Je suis dans la même position; la vision acharnée qui me poursuit est si pénible et si odieuse , que ma raison ne suffit pas à combattre mon cerveau affecté : bref, je suis victime d'une maladie imaginaire. » — Le médecin écoutait avec anxiété. — « Mes visions , reprit le malade , ont commencé il y a deux ou trois ans. Je me trouvais de temps en temps troublé par la présence d'un gros chat
5 — WAL qui entrait et sortait, sans que je pusse dire comment , jusqu'à ce qu'enfin la vérité me fut démontrée , et que je me visse forcé à ne plus le regarder comme un animal domestique, -mais bien comme un jeu qui n'avait d'existence que dans mes organes visuels en désordre , ou dans mon imagination déréglée.
Jusque-là , je n'avais nullement pour cet animal l'aversion absolue de ce brave chef écossais qu'on a vu passer par les différentes couleurs de son plaid lorsque par hasard un chat se trouvait dans un appartement avec lui. Au contraire, je suis ami des chats, et je supportais avec tranquillité la présence de mon visiteur imaginaire, lorsqu'un spectre d'une grande importance lui succéda. Ce n'était autre chose que l'apparition d'un huissier de la cour. — Ce personnage, avec la bourse et l'épée, une veste brodée et le chapeau sous le bras , se glissait à mes côtés , et, chez moi ou chez les autres, montait l'escalier devant moi , comme pour m'annoncer dans un salon, puis se mêlait à la société, quoiqu'il fût évident que personne ne remarquât sa présence, et que seul je fusse sensible aux chimériques honneurs qu'il me voulait rendre. Cette bizarrerie ne produisit pas beaucoup d'effet sur moi ; cependant elle m'alarma à cause de l'influence qu'elle pouvait avoir sur mes facultés. Après quelques mois, je n'aperçus plus que le fantôme de l'huissier : il fut remplacé par un autre, hôrrible à la vue, puisque ce n'est autre chose que l'image de la mortelle-même, un squelette. Seul ou en compagnie, la présence de ce fantôme ne m'abandonne jamais. En vain je me suis répété cent fois que ce n'est qu'une image équivoque et l'effet d'un dérangement dans l'organe de ma vue; lorsque je me vois, en idée, à la vérité, le compagnon d'un tel fantôme , rien n'a de pouvoir contre un pareil malheur, et je sens que je dois mourir victime d'une affection aussi mélancolique, bien que je ne croie pas à la réalité du spectre qui est devant mes yeux. » — Le médecin, affligé, fit au malade, alors au lit, plusieurs questions. « Ce squelette, dit-il, semble donc toujours la? — Mon malheureux destin est de le voir toujours. — Je comprends ; il est à l'instant même présent à votre imagination?
— Il est présent à l'instant même. — Et dans quelle partie de votre chambre le voyez-vous?
— Au pied de mon lit; lorsque les rideaux sont entr'ouverts, il se place entre eux, et remplit l'espace vide. — Aurez-vous assez de courage pour vous lever et pour vous placer à l'endroit qui vous semble occupé , afin de vous convaincre de la déception? » — Le pau-
vro homme soupira, et secoua la tète d'une manière négative. « Eh bien! dit le docteur, nous ferons l'expérience une autre fois. » Alors il quitta sa chaise aux côtés du lit; et se plaçant entre les deux rideaux entr'ouverls, in-» cliqués comme la place occupée par le fantôme , il demanda si le spectre était encore visible. — « Non entièrement , dit le malade , parce que votre personne est entre lui et moi ; mais j'aperçois sa tète par-dessus vos épaules. » — Le docteur tressaillit un moment, malgré sa philosophie, à une réponse qui affirmait, d'une manière si précise , que le spectre le louchait de si près. Il recourut à d'autres moyen- d'investigation, mais sans succès. Le malade tomba dans un marasme encore plus profond; il en mourut, et son histoire laissa un douloureux exemple du pouvoir que le moral a sur le physique , lors même que les terreurs fantastiques ne parviennent pas à absorber l'intelligence de la personne qu'elles tourmentent. — Citons encore , comme fait attribué à l'hallucination, la célèbre apparition de Maupertuis à un de ses confrères , professeur de Berlin. — Eile est décrite dans les Actes de la Société royale de Berlin , et se trouve rapportée par M. Thiébaut dans ses Souvenirs de Ft édéric-le-Grand. Il est essentiel de prévenir que M. Gleditch, à qui elle est arrivée, était un botaniste distingué, professeur de philosophie naturelle , et regardé comme un homme d'un caractère sérieux, simple et tranquille. — Peu de temps après la mort de Maupertuis, M. Gleditch, obligé de traverser la salle dans laquelle l'académie tenait ses séances , ayant quelques arrangements à faire dans le cabinet d'histoire naturelle , qui était de son ressort, aperçut en entrant dans la salle l'ombre de M. de Maupertuis , debout et fixe dans le premier angle à main gauche, et ses yeux braqués sur lui. Il était trois heures de l'après-midi ; le professeur de philosophie en savait trop sur sa physique pour supposer que son président, mort à Bàle dans la famille de Bernoulli , serait revenu à Berlin en personne. II ne regarda la chose que comme une illusion provenant d'un dérangement de ses organes. Il continua de s'occuper de ses affaires, sans s'arrêter plus long-temps à cet objet. Mais il raconta celte vision à ses confrères , les assurant qu'il avait vu une ligure aussi bien formée et aussi parfaite que M. de Maupertuis lui-même pourrait la présenter. — Après avoir montré par ces récits les illusions que la vue peut causer, l'auteur s'occupe des déceptions que produit quelquefois l'organe de l'ouïe. Le docteur Johnson conserva, dit-il, une im-