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pression profonde de ce que, un jour qu'il ouvrait les portes de son collège, il entendit la voix de sa mère , à plusieurs milles de distance, l'appeler par son nom; et il paraît surpris de ce qu'aucun événement de quelque importance n'ait suivi cet avertissement. « Le fait que voici fera connaître encore par quels incidents futiles l'oreille humaine peut être abusée. L'auteur de ce livre marchait, dans un lieu solitaire et sauvage, avec un jeune homme frappé de surdité, lorsqu'il entendit ce qu'il crut être les aboiements d'une meute , répétés par intervalles : c'était dans la saison de l'été, ce qui , après une courte réflexion, persuada à l'auditeur que ce ne pouvait être le bruit d'une chasse; cependant ses oreilles lui reproduisaient continuellement les mêmes sons. Il rappela ses chiens, dont deux ou trois le suivaient; ils s'approchèrent parfaitement tranquilles, et ne paraissant évidemment point frappés des sons qui attiraient l'attention de l'auteur, au point qu'il ne put s'empêcher de dire à son compagnon : « J'éprouve en ce moment un double chagrin de votre infirmité; car elle vous empêche d'entendre le cri du chasseur sauvage. » Comme ce jeune homme faisait usage d'un cornet acoustique , il l'ajusta tandis que je lui parlais, et, dans ce mouvement, je vis la cause du phénomène. Ces aboiements n'existant pas, c'était simplement le sifflement de l'air dans l'instrument dont se servait le jeune homme , mais qui, pour la première fois, produisait cet effet à mon oreille. » — Les autres sens trompent aussi , mais dans le sommeil ou dans la folie. — Dans la deuxième leltre, Walter Scott s'arrête à la tradition du péché originel; il y trouve l'origine de l'histoire des communications de l'homme avec les esprits Il reconnaît que les sorciers et magiciens , condamnés par la loi de Moïse, méritaient la mort, comme imposteurs, comme empoisonneurs, comme apostats, et remarque avec raison qu'on ne voyait pas chez les juifs et chezJes anciens, dans ce qu'on appelait un magicien ou un devin , ce que nous voyons dans les sorciers du moyen âge, sur lesquels, au reste, nous ne sommes encore qu'à demi éclairés. Au moyen âge, on croyait trèsgénéralement que les Sarrasins, dans leurs guerres , étaient , comme insignes sorciers , assistés par le diable. L'auteur rapporte un exemple que voici , tiré du roman de Ricliard Cœur-dc-Lion : — Le fameux Saladin , y estil dit, avait envoyé une ambassade au roi Richard , avec un jeune cheval qu'il lui offrait comme un vaillant destrier. Il défiait en même temps Cœur-de-Lion à un combat singulier
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en présence des deux années, dans le but de décider tout d'un coup sur leurs prétentions à la Palestine et sur la question théologique de savoir quel était le vrai Dieu , ou le Dieu des chrétiens, ou Jupiter, divinilé des Sarrasins. Mais ce semblant de défi chevaleresque cachait une perfidie dans laquelle l'esprit malin jouait un rôle. Un prêtre sarrasin avait conjuré deux démons dans le corps d'une jument et de son poulain, leur donnant pour instruction que, chaque fois que la jument hennirait, le poulain, qui était d'une taille peu commune, devrait s'agenouiller pour teter sa mère. Le poulain maléficié fut envoyé au roi Richard , dans l'espoir qu'il obéirait au signal accoutumé, et que le Soudan, monté sur la mère, aurait ainsi l'avantage. — Mais le monarque anglais fut averti par un songe du piège qu'on lui tendait, et avant le combat le poulain fut exorcisé, avec ordre de rester docile à la voix de son cavalier durant le choc. L'animal endiablé promit soumission en baissant la tête ; et cette promesse n'inspirant pas assez de confiance, on lui boucha encore les oreilles avec de la cire. Ces précautions prises, Richard, armé de toutes pièces, courut à la rencontre de Saladin , qui , se confiant dans son stratagème , l'attendit de pied ferme. La cavale hennit de manière à faire trembler la terre à plusieurs milles à la ronde; mais le poulain ou démon, que la cire empêchait d'entendre le signal , n'y put obéir. Saladin désarçonné n'échappa que difficilement à la mort, et son armée fut taillée en pièces par les chrétiens. — La troisième lettre est consacrée à l'étude de la démonologie et des sorciers chez les Romains, chez les Celtes et chez les différents peuples du Nord. Les superstitions des anciens Celtes subsistent encore en divers lieux, dit l'auteur, et les campagnards les observent sans songera leur origine. Vers 1769, lorsque M. Pennant entreprit son voyage, la cérémonie de Baaltein ou Beltane, ou du 4er de mai, était strictement observée, quoique avec variations, dans les différentes parties des montagnes. Le gâteau cuit au four avec des cérémonies particulières était partagé en plusieurs portions offertes aux oiseaux ou bêtes de proie, afin que ces animaux, ou plutôt les êtres dont ils n'étaient que les agents, épargnassent les troupeaux. — Une autre coutume du même genre a long-temps fleuri en Écosse. Dans plusieurs paroisses, on laissait une portion de terrain, qu'on nommait le clos de Guduman, sans le labourer ni le cultiver. Personne ne doutait que le clos du bonhomme (Gudeman) ne fût consacré à quelque esprit malfaisant. En effet, c'était la portion de Satan
lui-même, que nos ancêtres désignaient par un nom qui ne put offenser ce terrible habitant des régions du désespoir. Cet abus devint si général que l'Église publia à ce sujet une ordonnance qui le traite d'usage impie et scandaleux. Et il existe encore plusieurs personnes qui ont été habituées à regarder avec effroi tout lieu inculte, dans l'idée que , lorsqu'on y voudra porter la charrue, les esprits qui l'habitent manifesteront leur colère. Nousmêmes nous cônnaissons beaucoup d'endroits voués à la stérilité par une superstition populaire dans le pays de Galles , en Irlande et en Écosse. — Nixas ou Nicksa, dieu d'une rivière ou de l'Océan , adoré sur les bords de la Baltique , paraît incontestablement avoir tous les attributs de Neptune. Parmi les vents brumeux et les épouvantables tempêtes de ces sombres contrées, ce n'est pas sans raison qu'on l'a choisi comme la puissance la plus contraire à l'homme, et le caractère surnaturel qu'on lui a attribué est parvenu jusqu'à nous sous deux aspects bien différents. LaNixa des Germains est une de ces aimables fées, nommées Naïades par les anciens ; le vieux Nick (le diable en Anglelerre) est un véritable descendant du dieu delà mer du Nord, et possède une grande portion de sa puissance. Le matelot anglais, qui semble ne rien craindre, avoue la terreur que lui inspire cet être redoutable, qu'il regarde comme l'auteur des différentes calamités auxquelles sa vie précaire est continuellement en butte. — Le Bhar-Guest ou Bhar-Geist, appelé aussi Dobie, dans le comté d'York , spectre local qui , sous différentes formes, hante un endroit particulier , est une divinité qui , ainsi que l'indique son nom , nous vient des anciens Teutons ; et s'il est vrai que quelques familles portant le nom de Dobie ont un fantôme ou spectre passant dans leurs armoiries, ce fait démontre pleinement que, quoique le mot soit devenu un nom propre, son origine ne s'est pas perdue. — On trouve dans l'Eyrbiggia Saga l'histoire curieuse d'une lutte entre deux sorcières du nord. L'une d'elles, Geirada, était résolue à faire mourir Oddo, le fils de l'autre, nommée Kalta, qui, dans une dispute, avait coupé une main à sa bru. Ceux qui devaient tuer Oddo partirent et revinrent déconcertés par l'habileté de sa mère. Ils avaient rencontré seulement, dirent-ils, Kalta filant du lin à une grande quenouille. « Fous, leur dit Geirada, cette quenouille était l'homme que vous cherchiez. » Ils retournèrent , saisirent la quenouille et la brûlèrent. Mais alors la sorcière avait caché son fils sous la forme d'un chevreau apprivoisé. Une troisième fois elle lui
donna la figure d'un porc grattant dans les cendres. Les meurtriers revinrent à la charge encore, ils entrèrent pour la quatrième fois, s'emparèrent de l'objet de leur animosité et le mirent à mort. — Les Norvégiens, imbus de sombres superstitions, croyaient que quelquefois lorsque l'àme abandonnait le corps, elle était sur-le-champ remplacée par un démon qui saisissait l'occasion d'occuper son dernier séjour. Le récit suivant est fondé sur cette supposition. Saxo-Grammaticus parle de deux princes norses qui avaient formé entre eux une fraternité d'âmes, s'engageant à se secourir et à s'aider dans toutes les aventures où ils se trouveraient jetés pendant leur vie, et se promettant par le serment le plus solennel qu'après la mort de l'un d'eux, l'autre descendrait vivant dans la tombe de son frère d'armes et se ferait enfermer à ses côtés. H fut donné à Asmund d'accomplir ce serment terrible. Assueit , son compagnon, ayant été tué dans une bataille, la tombe, d'après les usages du Nord , fut creusée dans ce qu'ils nommaient l'Age des Montagnes, c'est-à-dire en un endroit exposé à la vue et que l'on couronnait d'un tertre. On construisit une épaisse voûte; dans ce monument sépulcral furent déposés les armes, les trophées, peut-être le sang des victimes, les coursiers des champions; ces cérémonies accomplies, le corps d'Assueit fut placé dans sa dernière demeure, et son dévoué frère d'armes entra et s'assit à côté du cadavre, sans témoigner, par un mot ou par un regard , la moindre hésitation à remplir son engagement. Les guerriers témoins de ce singulier enterrement d'un vivant avec un mort roulèrent une large pierre sur l'ouverture de la tombe ; puis, entassant de la terre et des pierres sur l'endroit, ils bâtirent une élévation , visible à grande distance , et, après de bruyantes lamentations sur la perte de ces vaillants chefs, ils se dispersèrent. — Bien dos années se passèrent; un siècle même s'était écoulé, lorsqu'un noble suédois, engagé dans une périlleuse aventure et suivi d'une troupe vaillante, arriva dans la vallée qui prend son nom de la tombe des frères d'armes. Le fait lui fut raconté, et le chef résolut d'ouvrir le tombeau, soit parce qu'il voyait là une action héroïque, soit pour s'emparer des armes et surtout des épées avec lesquelles s'étaient accomplies de grandes actions. Les soldats se mirent à l'œuvre ; ils eurent bientôt écarté la terre et les pierres et rendu l'entrée d'un accès facile. Mais les plus vaillants reculèrent lorsqu'au lieu du silence des tombeaux ils entendirent des cris horribles, un choc d'épées, un cliquetis d'armes et
tout le bruit d'un combat à mort entre deux champions furieux. A l'aide d'une corde, un jeune guerrier fut descendu dans le sépulcre. Mais au moment où il y entra , un autre individu, se précipitant, prit sa place dans le nœud coulant ; et lorsque la corde fut retirée, au lieu de leur camarade , les soldats virent Asmund , celui des deux frères d'armes qui s'était enterré vivant. 11 parut un glaive nu à la main, son armure à moitié arrachée, le côté gauche de son visage déchiré comme par les griffes de quelque bête féroce. Il n'eut pas plutôt revu la clarté du jour que , saisi d'enthousiasme, il entreprit un long récit en vers, contenant l'histoire de ses combats dans la tombe pendant les cent ans qui s'étaient écoulés. Il conta qu'à peine le sépulcre fermé, le mort Assueit s'était levé de terre, animé par quelque goule affamée, et qu'ayant commencé par mettre en pièces, pour les dévorer, les chevaux ensevelis avec lui , il s'était jeté sur son compagnon pour le traiter de la même manière. Le héros, loin de se laisser abattre, saisit ses armes et se défendit vaillamment contre Assueit, ou plutôt contre le méchant génie qui s'était emparé de son corps. II soutint un combat surnaturel qui dura tout un siècle ; il venait d'obtenir la victoire en terrassant son ennemi et lui enfonçant un pieu dans le corps , ce qui l'avait réduit à cette immobilité qui convient aux habitants des tombeaux. Après avoir ainsi chanté ses exploits, le fantastique guerrier tomba mort. Le corps d'Assueit fut retiré de la tombe, brûlé, et ses cendres jetées au vent ; celui de son vainqueur fut déposé dans ce même lieu où l'on espérait que son sommeil ne serait plus troublé. Ces précautions prises contre une seconde résurrection d'Assueit nous rappellent celles qu'on adoptait dans les îles grecques et dans les provinces turques contre les vampires. Elles indiquent aussi l'origine d'une ancienne loi anglaise contre le suicide, qui ordonnait d'enfoncer un pieu à travers le corps du mort pour le garder d'une manière plus sûre dans sa tombe. — Les peuples du Nord reconnaissaient encore une espèce de revenants qui, lorsqu'ils s'emparaient d'un édifice ou du droit de le fréquenter, ne se défendaient pas contre les hommes d'après le principe chevaleresque du duel , ainsi que fit Assueit, ni ne se rendaient aux prières des prêtres ou aux charmes des sorciers, mais devenaient fort traitables à la menace d'une procédure légale. L'Eyrbiggia-Saga nous apprend que la maison d'un respectable propriétaire en Islande se trouva, peu après que l'ile fut habitée, exposée à une infestalion de
celte nature. Vers le commencement de l'hiver, il se manifesta , au sein d'une famille nombreuse, une maladie contagieuse qui, emportant quelques individus de tout âge, sembla menacer tous les autres d'une mort précoce. Le trépas de ces malades eut le singulier résultat de faire rôder leurs ombres autour de la maison , en terrifiant les vivants qui en sortaient. Comme le nombre des morts dans cette famille surpassa bientôt celui des vivants, les esprits résolurent d'entrer dans la maison et de montrer leurs formes vaporeuses et leur affreuse physionomie jusque dans la chambre où se faisait le feu pour l'usage général des habitants, chambre qui pendant l'hiver en Islande est la seule où puisse se réunir une famille. Les survivants effrayés se retirèrent à l'autre extrémité de la maison et abandonnèrent la place aux fantômes. — Des plaintes furent portées au pontife du dieu Thor, qui jouissait d'une influence considérable dans l'île. Par son conseil, le propriétaire de la maison hantée assembla un jury composé de ses voisins , constitué en forme , comme pour juger en matière civile , et cita individuellement les divers fantômes et ressemblances des membres morts de la famille, pour qu'ils eussent à prouver en vertu de quel droit ils disputaient à lui et à ses serviteurs la paisible possession de sa propriété , et quelle raison ils pouvaient avoir de venir ainsi troubler et déranger les vivants. Les mânes parurent dans l'ordre où ils étaient appelés; après avoir murmuré quelques regrets d'abandonner leur toit, ils s'évanouirent aux yeux des jurés étonnés. Un jugement fut donc rendu par défaut contre les esprits ; et l'épreuve par jury, dont nous trouvons ici l'origine , obtint un triomphe inconnu à quelques-uns de ces grands écrivains, qui en ont fait le sujet d'une eulogie. — La quatrième et la cinquième lettre sont consacrées aux fées. Nous continuerons d'en présenter des extraits. — Les classiques, dit l'illustre auteur, n'ont pas oublié d'enrôler dans leur mythologie une certaine espèce de divinités inférieures, ressemblant par leurs habitudes aux fées modernes. — Le docteur Leyden, qui a épuisé sur les fées, comme sur beaucoup d'autres sujets, les trésors de son érudition, a trouvé la première idée des êtres connus sous le nom de Fées dans les opinions des peuples du Nord concernant les duergars ou nains. Ces nains étaient pourtant, il faut l'avouer, des esprits d'une nature plus grossière, d'une vocation plus laborieuse, d'un caractère plus méchant, que les fées proprement dites , qui étaient de l'invention des
Celtes. Les duergars n'étaient originairement que les naturels, diminués de taille, des nations laponne, finlandaise et islandaise, qui, fuyant devant les armes conquérantes des Asœ , cherchèrent les l égions les plus reculées du Nord , et s'efforcèrent d'échapper à leurs ennemis de l'Orient. On a supposé que ces pauvres gens jouissaient, en compensation de leur taille inférieure, d'une puissance surnaturelle ; ils obtinrent ainsi le caractère des esprits allemands appelés kobolds, desquels sont évidemment dérivés les gobelins anglais et les bogies écossais. Les kobolds , espèce de gnômes qui habitaient les lieux noirs et solitaires, se montraient souvent dans les mines, où ils semblaient imiter les travaux des mineurs, et prendre plaisir à les tromper. Parfois ils étaient méchants , surtout si on les négligeait ou si on les insultait; mais parfois aussi ils étaient bienveillants. Quand un mineur découvrait une riche veine, on concluait, non pas qu'il eût plus d'habileté ou de bonheur que ses compagnons, mais que les esprits de la mine l'avaient dirigé. L'occupation apparente de ces gnômes souterrains ou démons conduisit naturellement à identifier le Finlandais ou le Lapon avec le kobold; mais ce fut un plus grand effort d'imagination qui confondit cette race solitaire et sombre avec l'esprit joyeux qui correspond à la fée. — Suivant la vieille croyance norse , ces nains forment la machine ordinaire des Sagas du Nord. Dans lesNiebelungen, un des plus vieux romans de l'Allemagne , compilé , à ce qu'il semblerait, peu après l'époque d'Attila, Théodoric de Berne ou de Vérone figure parmi un cercle de champions, qu'il préside. Entre autres vaincus célèbres domptés par lui, est l'Elf-roi ou Nain-Laurin , dont la demeure était dans un jardin de rosiers enchantés, et qui avait pour gardes -du-corps des géants. Il fut pour Théodoric et ses chevaliers un formidable antagoniste ; mais comme il essaya d'obtenir la victoire par trahison, il fut, après sa défaite , condamné à remplir l'office déshonorant de bouffon ou jongleur à la cour de Vérone. — Celte possession d'une sagesse surnaturelle est encore imputée par les naturels des îles Orcades et Shetland aux êtres appelés droics , mot qui est une corruption do duergar ou divarf : ces êtres peuvent , sous beaucoup d'autres rapports, être identifiés avec les fées calédoniennes. Les Irlandais, les Gallois, les Gaëls ou Highlanders écossais, toutes tribus d'origine celtique , assignaient aux hommes de paix, aux bons voisins, ou de quelque autre nom qu'ils appelassent les pygmées champêtres , des habitudes plusso-
ciales et un genre de vie beaucoup plus gai que ces rudes et nombreux travaux des duergars sauvages. Leurs elves n'évitaient pas la société des hommes, quoiqu'ils se conduisissent envers ceux qui entraient en relations avec eux d'une manière si capricieuse qu'il était dangereux de leur déplaire. — Les occupations , les bienfaits, les amusements des fées ressemblaient en tout à ces êtres aériens. Leur gouvernement fut toujours représenté comme monarchique. Un roi , plus fréquemment une reine des fées, étaient reconnus, et parfois tenaient ensemble leur cour. Leur luxe, leur pompe , leur magnificence dépassaient tout ce que l'imagination pouvait concevoir. Dans leurs cérémonies , ils se pavanaient sur des coursiers splendides. Les faucons et les chiens qu'ils employaient à la chasse étaient de la première espèce. A leurs banquets de tous les jours, la table était servie avec une opulence que les rois les plus puissants ne pouvaient égaler; leurs salles de danse retentissaient de la plus exquise musique. Mais vue par l'oeil d'un prophète, l'illusion s'évanouissait; les jeunes chevaliers et les jolies dames ne semblaient plus que des rustres ridés et de hideuses souillons. Leurs pièces d'argent se changeaient en ardoise , leur brillante vaisselle en corbeilles d'osier bizarrement tressées, et leurs mets, qui ne recevaient aucune saveur du sel (le sel leur étant défendu parce qu'il est l'emblème de l'éternité ), devenaient insipides et sans goût ; les magnifiques salons se transformaient en misérables cavernes humides ; toutes ces délices de l'Élysée des fées s'anéantissaient en même temps. — Une hostilité sérieuse était, supposait-on, constamment pratiquée par les fées contre les mortels : elle consistait à enlever leurs enfants et à les élever comme s'ils appartenaient à leur race Les enfants non baptisés étaient principalement exposés à ce malheur; mais les adultes pouvaient aussi être arrachés à la terre, s'ils avaient commis quelque action qui les soumît au pouvoir de ces esprits, et, par exemple, pour nous servir de la phrase légale, s'ils avaient été pris sur le fait. S'endormir sur une montagne dépendante du royaume des fées, où il se trouvait que leur cour fût pour le moment tenue, était un moyen facile d'obtenir un passe-port pour Elfiand , c'est-à-dire l'île des fées : heureux encore le coupable, si les fées dans leur courroux se contentaient en pareille occasion de le transporter à travers les airs dans une ville éloignée d'une quarantaine de milles, et de laisser peut-être son chapeau ou son bonnet sur quelque clocher, pour marquer la droite
30 — AVAL ligne de la course. D'autres, qui faisaient une action illégale ou s'abandonnaient à quelque passion invétérée , s'exposaient aussi à aller habiter la fameuse île. Cette croyance existait en Irlande. Glanville, dans sa Dix-huitième Relation, parle du sommelier d'un gentilhomme , voisin du comte d'Orrery, qu'on envoya acheter des cartes. En traversant les plaines, il vit une table entourée de gens qui semblaient festoyer et faire bonne chère. Ils se levèrent pour le saluer et l'invitèrent à partager leur repas; mais une voix amie de la bande lui murmura à l'oreille : « Ne faites rien de ce qu'on vous dira dans cette compagnie. » En conséquence, il refusa de prendre part à la réjouissance ; la table s'évanouit aussitôt, et toute la société se mit à danser et à jouer de divers instruments ; il ne voulut pas davantage participer à leur musique. On le laissa pour le moment; mais, en dépit des efforts de milord Orrery, en dépit de deux évêques anglicans, en dépit de M. Gréatrix, ce fut tout ce qu'on put faire que d'empêcher le sommelier d'être emmené par les fées qui le regardaient comme leur proie. Elles l'enlevèrent en l'air quelques instants. Le spectre, qui d'abord l'avait conseillé, continua à le visiter, et lui découvrit qu'il était l'âme d'une de ses connaissances morte depuis sept ans. « Vous savez, ajouta-t-il , que j'ai mené une vie désordonnée ; depuis j'ai toujours été ballotté de bas en haut et de haut en bas, sans jamais avoir de repos dans la compagnie où vous m'avez vu ; j'y resterai jusqu'au jour du jugement. » Il déclara en outre que si le sommelier avait reconnu Dieu dans toutes ses œuvres, il n'aurait pas tant souffert du pouvoir des fées. Il lui rappela qu'il n'avait pas prié Dieu le matin où il avait rencontré la troupe dans la plaine, et que même il allait remplir une commission coupable. — On prétend que lord Orrery a confirmé toute cette histoire , assurant même qu'il avait vu le sommelier soutenu en l'air par les êtres invisibles qui voulaient l'enlever. Seulement il ne disait rien de cette circonstance, qui semble appeler action illégitime l'achat d'un jeu de cartes. — La raison assignée à cet usage de voler des enfants , si habituellement pratiqué par les fées, venait, dit-on, de ce qu'elles étaient obligées de payer aux régions infernales un tribut annuel de leur population, tribut dont elles tâchaient de se défrayer en livrant au prince de ces régions les enfants de la race humaine plutôt que les leurs. De ce fait oh doit conclure qu'elles avaient elles-mêmes des descendants, comme le soutiennent plusieurs autorités, et particulièrement M. Kîrké,