‹ Dictionnaire infernalChapitre 365 sur 368 · WAL — S · texte numérisé non relu

WAL — S

la conversation roulait sur l'avenir, acquit une réputation de prophète, car il ne pouvait rien dire qui ne dût infailliblement arriver, et s'il eût été législateur au lieu d'être poète, nous avions ici l'histoire deNuma et d'Égérie. — Thomas demeura plusieurs années dans sa tour près d'Erceldoune , et il jouissait tranquillement de la réputation que lui avaient faite ses prédictions, dont plusieurs sont encore aujourd'hui retenues par les gens de la campagne. Un jour qu'il traitait dans sa maison le comte de Mardi , un cri d'étonnement s'éleva clans le village à l'apparition d'un cerf et d'une biche qui sortirent de la forêt , et, contrairement à leur nature timide, continuèrent tranquillement leur chemin en se dirigeant vers la demeure de Thomas. Le prophète quitta aussitôt la table; voyant dans ce prodige un avertissement de son destin , il reconduisit le cerf et la biche dans la forêt , et depuis, quoiqu'il ait été revu accidentellement par des individus auxquels il voulait bien se montrer, il a rompu toute liaison avec l'espèce humaine... — On a supposé de temps en temps que Thomas d'Erceldoune , durant sa retraite, s'occupait à lever des troupes pour descendre dans les plaines, à quelque instant critique pour le sort de son pays. On a souvent répété l'histoire d'un audacieux jockey , lequel vendit un cheval à un vieillard trèsvénérable d'extérieur, qui lui indiqua dans les montagnes d'Eildon Lucken-Hare, comme l'endroit où, à minuit sonnant, il recevrait son prix. Le marchand y alla , son argent lui fut payé en pièces antiques, et l'acheteur l'invita à visiter sa résidence. Il suivit avec étonnement plusieurs longues rangées de stalles , dans chacune desquelles un cheval se tenait immobile, tandis qu'un soldat armé de toutes pièces était couché, aussi sans mouvement, aux pieds de chaque noble animal. « Tous ces hommes, dit le sorcier à voix basse, s'éveilleront à la bataille de Sheriffmoor. » A l'extrémité étaient suspendus une épée et un cor que le prophète montra au jockey comme renfermant les moyens de rompre le charme. Le jockey prit le cor et essaya d'en donner. Les chevaux tressaillirent aussitôt dans leurs stalles ; les soldats se levèrent et firent retentir leurs armes , et le mortel épouvanté laissa échapper le cor de ses mains. Une voix forte prononça ces mots : « Malheur au lâche qui ne saisit pas le glaive avant d'enller le cor. » Un tourbillon de vent chassa le marchand de chevaux de la caverne , dont il ne put jamais retrouver l'entrée....

Voici une autre histoire qui montrera la part que les fées ont prise quelquefois aux

32 — WAL divinations et aux opérations do sorcellerie.

— Le 8 novembre 1576 , Élisabeth ou Bessie Dunlop, épouse d'André Jack, demeurant à Lyne , au comté d'Ayr, fut accusée de magie , de sorcellerie et de déception pratiquées sur les gens du peuple. Ses réponses aux interrogatoires des juges furent curieuses. Comme on lui demandait par quel art elle pouvait dire où se trouvaient certains objets perdus , ou prophétiser l'issue d'une maladie , elle répliqua que par elle-même elle n'avait ni connaissance ni science aucune sur de telles matières , mais qu'elle avait l'habitude de s'adresser à un certain Thome Reid , mort à la bataille de Pinkie (le -lu septembre I oiT , qui lui résolvait toutes les questions qu'elle lui faisait. Elle décrivait ce personnage comme un homme respectable, à barbe grise, portant un justaucorps gris avec d'amples manches, suivant la vieille mode; une culotte grise , des bas blancs attachés autour des genoux , un bonnet noir, fermé par derrière et ouvert par devant, un bâton blanc à la main, complétaient sa mise. Interrogée sur sa première entrevue avec ce mystérieux Thome Reid, elle fit un exposé des malheurs qui l'avaient portée à se servir de lui. Elle conduisait ses vaches au pâturage, gémissant sur son mari et son fils malades, tandis qu'ellemême n'était pas bien portante , attendu qu'elle relevait de couches. Elle rencontra alors Thome Reid pour la première fois : il la salua. — « Bessie, lui dit-il , comment pouvez-vous tant vous désoler pour les choses de ce monde? — N'ai -je pas raison de m'afïliger, répondit-elle, puisque nos biens dépérissent, que mon mari est sur le point de mourir, que mon nouveau-né ne vivra point, et que je suis moi-même encore si faible?

— Bessie, répliqua l'esprit , vous avez déplu à Dieu , en lui demandant une chose que vous n'auriez pas dû demander, et je vous conseille de réparer votre faute. Je vous le dis, votre enfant mourra avant que vous ne soyez rentrée à la maison ; vos deux brebis mourront aussi, mais votre mari recouvrera la santé et sera aussi robuste que jamais. » La bonne femme se consola un peu en apprenant que son mari serait du moins épargné ; mais elle fut très-alarmée en voyant l'homme surnaturel qui l'avait accostée passer devant elle et disparaître par un petit trou dans le mur de l'enclos. Une autre fois, elle le rencontra à l'Épine de Dawmstarnik , et il lui offrit l'abondance de tous les biens, si elle abjurait le christianisme et la foi de son baptême. Elle répondit qu'elle aimerait mieux être traînée à quatre chevaux que d'en rien faire, mais

qu'elle se conformerait à ses avis sur des points moins importants. Il la quitta avec déplaisir. Bientôt après il apparut vers l'heure de midi dans sa maison, où se trouvaient alors son mari et trois matelots. Ni André Jack ni les trois matelots ne remarquèrent la présence du fantôme tué à Pinkie ; de sorte que, sans être aperçu d'eux , il emmena Bessie près du four. Là il lui montra une réunion de huit femmes et de quatre hommes. Les femmes , enveloppées dans leurs manteaux , avaient bonne mine. Ces étrangers la saluèrent et dirent : « Bonjour, Bessie, veux-tu venir avec nous? » Elle garda le silence, comme Thome Reid le lui avait recommandé. Elle vit leurs lèvres remuer, mais elle ne comprit pas ce qu'ils disaient, et peu après ils s'éloignèrent avec le bruit d'une tempête. Thome lui expliqua que c'étaient les fées de la cour d'Elfland qui venaient l'inviter à y aller avec elle. Bessie répliqua qu'avant de prendre ce parti elle avait besoin de réfléchir. Thome repartit : « Ne vois-tu pas que je suis bien nourri , bien vêtu, et que j'ai bonne tournure? » Puis il l'assura qu'elle jouirait d'une aisance plus grande que jamais. Mais elle déclara qu'elle était à son mari et à ses enfants, et qu'elle ne voulait pas les quitter. — Quoiqu'ils fussent ainsi en désaccord , le fantôme continua cependant à la voir fréquemment et à l'aider de ses conseils; lorsqu'on la consultait sur les maladies des hommes ou des animaux, sur la manière de recouvrer des objets perdus ou volés, elle était, en prenant l'avis de Thome Reid, toujours capable de répondre aux questions. Elle disait que Thome lui avait, de sa propre main , remis les herbes dont elle s'était servie pour guérir les enfants de John Jack et de Wilson de Townhead. Elle avait aussi secouru efficacement une femme de chambre de la jeune lady Stanlie, dont la maladie était « un sang chaud qui se portait sur le cœur, » et qui lui causait des évanouissements fréquents. En cette circonstance, Thome composa un remède puissant: c'était de l'aie qu'il avait fait brouillir avec des épices et un peu de sucre blanc, le tout devant être bu chaque matin à jeun. Pour cette ordonnance, les honoraires de Bessie Dunlop furent une mesure de farine et un morceau de fromage. La jeune femme se rétablit. Mais la pauvre vieille lady Kilbowie ne put guérir sa jambe qui était torse depuis longues années, car Thome Reid dit que la moelle de l'os avait péri et que le sang s'était glacé. Ces opinions indiquent du moins de la prudence et du bon sens, que nous les attribuions à Thome Reid ou à l'accusée dont il était le patron. Les ré-

ponses faites en cas d'objets volés étaient pleines d'adresse, et quoiqu'elles servissent rarement à faire rentrer les gens dans leurs biens , elles donnaient généralement de bonnes raisons. Ainsi le manteau de Hugues Scott ne put être rattrapé , parce que les voleurs avaient eu le temps d'en faire un justaucorps. James Jamieson et James Baird eussent retrouvé leurs charrues de fer qu'on leur avait volées, sans la volonté du destin qui décida que William Dougal , officier du shériff, un de ceux qui faisaient des* perquisitions , recevrait un présent de trois livres pour ne pas les retrouver. Bref, quoiqu'elle eût perdu un cordon que Thome Reid lui avait donné , et qui, attaché autour du cou des femmes en mal d'enfant, avait le pouvoir de mener leur délivrance à bien , la profession de sagefemme qu'elle exerçait semble avoir prospéré jusqu'à l'heure où elle attira sur elle le mauvais œil de la lui. — Interrogée plus minutieusement au sujet de son familier, elle déclara ne l'avoir jamais connu pendant qu'il était en ce monde ; mais elle savait de science certaine que, durant sa \ie sur la terre, Thome Reid avait été officier du laird de Blair, et qu'il était mort à Pinkie. Il l'envoyait chez son fils qui lui avait succédé dans sa charge et chez d'autres de ses parents , à qui il ordonnait de réparer certaines fautes qu'il avait commises sa vie durant; et dans ces occasions il lui remettait toujours des signes auxquels on le reconnaissait. Une de ces commissions était assez remarquable.

Bessie était chargée de rappeler à un voisin certaines particularités qui devaient lui revenir dans la mémoire lorsqu'elle lui dirait que Thome Reid et lui étaient partis ensemble pour la bataille du samedi noir ; que l'individu à qui s'adressait le message inclinait pour prendre une direction différente , mais que Thome Reid l'avait menacé de poursuivre sa route seul; qu'il l'avait mené à l'église de Dalry ; que là il avait acheté des figues , et qu'il lui en avait fait cadeau en les attachant dans son mouchoir; qu'après cela ils étaient allés de compagnie au champ où se livra la bataille du fatal samedi noir, comme on appela long-temps la bataille de Pinkie. — Quant aux habitudes de Thome , elle disait qu'il se conduisait toujours avec la plus stricte décence, sinon quand il la pressait de venir à Elfland avec lui, et qu'il la prenait par son tablier pour l'entraîner. Elle disait encore l'avoir vu dans des lieux publics, dans le cimetière de Dalry et dans les rues d'Edimbourg, où il se promenait, prenant les marchandises exposées en vente sans que per-

sonne s'en aperçût. Elle ne lui parlait pas alors, car il avait défendu de l'accoster en pareilles occasions, à moins qu'il n'adressât le premier la parole. Interrogée pourquoi cet être incompréhensible s'était attaché à elle plutôt qu'à d'autres, l'accusée répondit qu'un jour qu'elle était couchée dans son lit, prèle à donner naissance à un de ses enfants, une grande femme était entrée dans sa cabane , s'était assise sur le bord de son lit, et sur sa demande qu'on lui avait donné à boire. Cette visite avait précédé la rencontre de Thome Reid près du jardin de Montcaslle ; car ce digne personnage lui avait expliqué que la grande visiteuse était la reine des . fées, et que depuis lui-même l'avait servie par ordre exprès de cette dame, sa reine et maîtresse. Thome apparaissait devant Bessie après trois sommations; son commerce avec elle dura près de quatre ans. Il la priait souvent de venir avec lui lorsqu'il s'en retournait à Elfland; et quand elle le refusait, il secouait la tête en disant qu'elle s'en repentirait.— Bessie Dunlop déclara encore qu'un jour, allant meltre son bidet aux ceps près du lac Restalrig, a la porte orientale d'Edimbourg, elle entendit passer un corps de cavalerie qui faisait un tapage horrible, que ce tapage s éloigna et parut se perdre dans le lac avec d'affreux retentissements. Pendant tout le vacarme elle ne vit rien ; mais Thome lui dit que le tapage était produit par une cavalcade des fées. — L'intervention de Thome Reid, comme associé dans son métier de sorcière, ne servit de rien à la pauvre Bessie Dunlop. Les terribles mots écrits sur la marge de l'arrêt « Convaincue et brûlée » indiquent suffisamment la fin tragique de l'héroïne de cette curieuse histoire. — Nous en finirons avec les fées par ce dernier récit. — Un tisserand de Berwiek était marié à une femme qui , après avoir mis au monde trois enfants , mourut en couche du quatrième , dans de grandes convulsions. Comme elle était extrêmement défigurée après sa mort, les commères crurent que , par suite de quelque négligence de la part de ceux qui avaient gardé la malade, elle avait été emporlée par les fées, et que ce cadavre défiguré avait été substitué a sa place. Le veuf donna peu d'attention à ces propos; après avoir pleuré sa femme pendant l'année de deuil , il commença à regarder comme prudent de former un second mariage. Il ne tarda pas à trouver m e voisine dont la bonne mine lui plut, tandis que son heureux caractère semblait promettre qu'elle traiterait bien les enfants de son mari. Il :c fftô$}o£&£ fut agréé, lit publier les

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