‹ Dictionnaire infernalChapitre 48 sur 368 · BAC · texte numérisé non relu

BAC

Babailanas , — VOy. C.VTAL0NOS.

Babau, — espèce d'ogre ou de fantôme, dont les nourrices menacent les petits enfants dans les provinces du midi de la France , comme on les effraye à Paris de Croquemitaine , et en Flandre de Pier-Jan Claes. Mais Babau ne se contente pas de fouetter, il mange en salade les enfants qui sont méchants.

Babel. — La tour de Babel fut élevée cent quinze ans après le déluge universel. On montre les ruines de cette tour auprès de Bagdad. — On sait que sa construction amena la confusion des langues. Le poète juif Emmanuel , à propos de cette confusion, explique dans un de ses sonnets comment le mot sac est resté dans tous les idiomes. « Ceux qui travaillaient à la tour de Babel avaient , dit-il , comme nos manœuvres, chacun unsacpourses petites provisions. Quand le Seigneur confondit leurs langages, la peur les ayant pris, chacun voulut s'enfuir, et demanda son sac. On ne répétait partout que ce mot; et c'est ce qui l'a fait passer dans toutes les langues qui se formèrent alors. »

Bacchus — Nous ne rapporterons pas ici les fables dont l'ancienne mythologie a orné son histoire. Nous ne faisons mention de Bacchus que parce que les démonographes le regardent comme l'ancien chef du sabbat, fondé par Orphée; ils disent qu'il le présidait sous le nom de Sabasius. « Bacchus , dit Leloyer, n'était qu'un démon épouvantable et nuisant , ayant cornes en tête et javelot en main. C'était le maître guide-danse1 , et dieu des sorciers et des sorcières; c'est leur chevreau, c'est leur bouc cornu, c'est le prince des bouquins, satyres et silènes. Il apparaît toujours aux sorciers et sorcières, dans leurs sabbats, les cornes en tète; et hors des sabbats, bien qu'il montre visage d'homme, les sorcières ont toujours confessé qu'il a le pied difforme, tantôt de corne solide comme ceux du cheval, tantôt fendu comme ceux du bœuf2. » — Les sorciers des temps modernes l'appellent plus généralement Léonard , ou Satan, ou le bouc, ou maître Rigoux. — Ce qui sans doute appuie cette opinion , que le démon du sabbat est le même que Bacchus , c'est le souvenir des orgies qui avaient lieu aux bacchanales.

Bacis , — devin deBéotie. Plusieurs de ceux qui se mêlèrent de prédire les choses futures portèrent le même nom de Bacis 3. Leloyer dit que les Athéniens révéraient les vers prophé-

1 Discours des spectres, liv. vu, ch. 3.

2 Discours des spectres, liv. viir, ch. 5.

3 Cicero, De Divin., lib. i, cap. 31.

— BAC tiques de leurs bacides, « qui étaient trois insignes sorciers très-connus1. »

Bacon ( Roger) — parut dans le treizième siècle. C'était un cordelier anglais. Il passa pour magicien, quoiqu'il ait écrit contre la magie, parce qu'il étudiait la physique et qu'il faisait des expériences naturelles. On lui attribue l'invention de la poudre. Il paraîtrait même qu'on lui doit aussi les télescopes et les lunettes à longue vue. Il était versé dans les beaux-arts, et surpassait tous ses contemporains par l'étendue de ses connaissances et par la subtilité de son génie. Aussi on publia qu'il devait sa supériorité aux démons, avec qui il commerçait. — Ce grand homme croyait à l'astrologie et à la pierre philosophale. Delrio, qui n'en fait pas un magicien, lui reproche seulement des superstitions. Par exemple, François Pic dit avoir lu , dans son livre des six sciences , qu'un homme pourrait devenir prophète et prédire les choses futures par le moyen d'un miroir, que Bacon nomme almuchefi, composé suivant les règles de perspective , « pourvu qu'il s'en serve , ajoute-t-il , sous une bonne constellation , et après avoir tempéré son corps par l'alchimie. » — Cependant Wiérus l'accuse de magie goétique, et d'autres doctes assurent que l'Antechist se servira de ses miroirs magiques pour faire des miracles. Bacon se fit, dit-on, comme Albert- Ie-Grand, une androïde. C'était, assurent les conteurs , une tête de bronze qui parlait distinctement , et même qui prophétisait. On ajoute que , l'ayant consultée pour savoir s'il seraitbond'entourerl'Angleterre d'un gros mur d'airain, elle répondit : Il est temps. — Les curieux recherchent , de Roger Bacon , le petit traité intitulé Spéculum Alchimiœ , traduit en français par .1. Girard de Tournus, sous le titre de Miroir cV alchimie, in-42 et in-8°, Lyon, 1557; Paris, 1642. Le même a traduit V Admirable puissance de l'art et de la nature, in-8°, Lyon, 4 557; Paris, 4 629. Depotestatemirabili artis et naturœ 9. — On ne confondra pas Roger Bacon avec François Bacon , grand chancelier d'Angleterre, mort en 4 626, que Walpole appelle « le prophète des vérités que )) Newton est venu révéler aux hommes. »

Bacoti, — nom commun aux devins et aux sorciers du Tunquin. On interroge surtout le bacoti pour savoir des nouvelles des morts. Il bat le tambour, appelle le mort à grands cris, se tait ensuite pendant que le défunt lui parle

* Discours des spectres, liv. vu, ch. 2.

?- Ce n'est qu'un chapitre de l'ouvrage intitulé : Epistola Fratris Rogerii Baconis de secretis operibus artis et naturœ et de nullitate magiœ. In-1°. Paris, 1542 ; Hambourg, l(i()8 et IBIS, in-S".

BAG — y l'oreille sans se laisser voir, et donne ordinairement de bonnes nouvelles , parce qu'on les paie mieux.

Bad , — génie des vents et des tempêtes chez les Persans. Il préside au vingt-deuxième jour de la lune.

Baducke, — plante dont on prétend que le fruit, pris dans du lait, glace les sens. Les magiciens l'ont quelquefois employé pour nouer l'aiguillette. Il suffît, dit-on, d'en faire boire une infusion à celui qu'on veut lier.

Bael, — démon cité, dans le Grand Grimoire, en tète des puissances infernales. C'est aussi par lui que Wiérus commence l'inventaire de sa fameuse Pseudomonarchia dœmonum. II appelle Bael le premier roi de l'enfer; ses états sont dans la partie orientale. Il se montre avec trois têtes, dont l'une a la figure d'un crapaud, l'autre celle d'un homme , la troisième celle d'un chat. Sa voix est rauque; mais il se bat très-bien. Il rend ceux qui l'invoquent fins et rusés, et leur apprend le moyen d'être invisibles au besoin. Soixante-six légions lui obéissent. Est-ce le même que Baal?

Bœtiles , — pierres que les anciens consultaient comme des oracles, et qu'ils croyaient animées. C'étaient quelquefois des espèces de talismans. Saturne , pensant avaler Jupiter, dévora une de ces pierres emmaillottée. Il y en avait de petites, taillées en forme ronde , que l'on portait au cou ; on les trouvait sur des montagnes où elles tombaient avec le tonnerre. — Souvent les baetiles étaient des statues ou mandragores ; on en cite de merveilleuses , qui rendaient des oracles, et dont la voix sifflait comme celle des jeunes Anglaises. On assure même que quelques baetiles tombèrent directement du ciel ; telle était la pierre noire de Phrygie que Scipion Nasica amena à Rome en grande pompe. — On révérait à Sparte, dans le temple de Minerve Chalcidique, des baetiles de la forme d'un casque, qui, dit-on, s'élevaient sur l'eau au son de la trompette , et plongeaient dès qu'on prononçait le nom des Athéniens. Les prêtres disaient ces pierres trouvées dans l'Eurotas *.

Bagoé , — devineresse que quelques-uns croient être la sibylle Érythrée. C'est, dit-on, la première femme qui ait rendu des oracles. Elle devinait en Toscane, et jugeait surtout des événements par le tonnerre. Voy. Bicoïs.

Bague , — VOy. ANNEAU.

Baguette divinatoire, — rameau fourchu

de coudrier, d'aune, de hêtre ou de pommier,

1 Tome III" des Mémoires de l'Académie des inscriptions.

, — BAG

à l'aide duquel on découvre les métaux , les sources cachées, les trésors, les maléfices et les voleurs. — Il y a long-temps qu'une baguette est réputée nécessaire à certains prodiges. On en donne une aux fées et aux sorcières puissantes. Médée , Circé , Mercure , Bacchus , Zoroastre , Pythagore , les sorciers de Pharaon, voulant singer la verge de Moïse, avaient une baguette ; Romulus prophétisait avec un bâton augurai. Les Alains, et d'autres peuples barbares, consultaient leurs dieux en fichant une baguette en terre. Quelques devins de village prétendent encore deviner beaucoup de choses avec la baguette. Mais c'est surtout à la fin du dix-septième siècle qu'elle fit le plus grand bruit : Jacques Aymar la mit en vogue en 1692. Cependant, longtemps auparavant , Delrio 1 avait indiqué , parmi les pratiques superstitieuses, l'usage d'une baguette de coudrier pour découvrir les voleurs; mais Jacques Aymar opérait des prodiges si variés et qui surprirent tellement que le père Lebrun 2 et le savant Malebranche3 les attribuèrent au démon, pendant que d'autres les baptisaient du nom de physique occulte ou d'électricité souterraine.- — Ce talent de tourner la baguette divinatoire n'est donné qu'à quelques êtres privilégiés. On peut éprouver si on l'a reçu de la nature ; rien n'est plus facile. Le coudrier est surtout l'arbre le plus propre. Il ne s'agit que d'en couper une branche fourchue , et de tenir dans chaque main les deux bouts supérieurs. En mettant le pied sur l'objet qu'on cherche, ou sur les vestiges qui peuvent indiquer cet objet, la baguette tourne d'elle-même dans la main , et c'est un indice infaillible. — Avant Jacques Aymar, on n'avait employé la baguette qu'à la recherche des métaux propres à l'alchimie. A l'aide de la sienne, Aymar fit des merveilles. II découvrait les eaux souterraines, les bornes déplacées, les maléfices, les voleurs et les assassins. Le bruit de ses talents s'étant répandu, il fut appelé à Lyon en 1672 pour dévoiler un mystère qui embarrassait la justice. Le 5 juillet de cette même année . sur les dix heures du soir, un marchand de vin et sa femme avaient été égorgés à Lyon, enterrés dans leur cave, et tout leur argent avait été volé. Cela s'était fait si adroitement, qu'on ne soupçonnait pas même les auteurs du crime. Un voisin fit venir Aymar. Le lieutenant cri—

1 Disquisit. magie, lib. m, sect. ult.

7 Dans ses Lettres qui découvrent l'illusion des philosophes sur la baguette et qui détruisent leurs systèmes, in-12, Paris. 1693, et dans son Histoire des pratiques superstitieuses.

3 Dans ses réponses au père Lebrun. On écrivit une multitude de brochures sur cette matière.

minel et le procureur du roi le conduisirent dans la cave. Il parut très-ému en y entrant; son pouls s'éleva comme dans une grosse fièvre ; sa baguette , qu'il tenait à la main, tourna rapidement dans les deux endroitsoù l'on avait trouvé les cadavres du mari et de la femme. Après quoi, guidé par la baguette ou par un sentiment intérieur, il suivit les rues où les assassins avaient passé , entra dans la cour de l'archevêché, sortit de la ville par le pont du Rhône, et prit à main droite le long de ce fleuve. — II fut éclairci du nombre des assassins en arrivant à la maison d'un jardinier, où il soutint opiniàtrément qu'ils étaient trois , qu'ils avaient entouré une table et vidé une bouteille sur laquelle la baguette tournait. Ces circonstances furent confirmées par l'aveu de deux enfants de neuf à dix ans^qui déclarèrent qu'en effet trois hommes de mauvaise mine étaient entrés à la maison et avaient vidé la bouteille désignée par le paysan. On continua de poursuivre les meurtriers avec plus de confiance. La trace de leurs pas, indiquée sur le sable par la baguette , montra qu'ils s'étaient embarqués Aymar les suivit par eau , s'arrêtant à tous les endroits où les scélérats avaient pris terre, reconnaissant les lits où ils avaient couché, les tables où ils s'étaient assis, les vases où ils avaient bu. — Après avoir long-temps étonné ses guides, il s'arrêta enfin devant la prison de Beaucaire, et assura qu'il y avait là un des criminels. Parmi les prisonniers qu'on amena, un bossu qu'on venait d'enfermer ce jour même pour un larcin commis à la foire fut celui que la baguette désigna. On conduisit ce bossu dans tous les lieux qu'Aymar avait visités : partout il fut reconnu. En arrivant à Bagnols, il finit par avouer que deux Provençaux l'avaient engagé, comme leur valet, à tremper dans ce crime ; qu'il n'y avait pris aucune part; que ses deux bourgeois avaient fait le meurtre et le vol, et lui avaient donné six écus et demi. — Ce qui sembla plus étonnant encore, c'est que Jacques Aymar ne pouvait se trouver auprès du bossu sans éprouver de grands maux de cœur, et qu'il ne passait pas sur un lieu où il sentait qu'un meurtre avait été commis sans se sentir l'envie de vomir. — Comme les révélations du bossu confirmaient les découvertes d'Aymar, les uns admiraient son étoile, et criaient au prodige, tandis que d'autres publiaient qu'il était sorcier. Cependant on ne put trouver les deux assassins, et le bossu fut rompu vif. Dès lors plusieurs personnes furent douées du talent de Jacques Aymar, talent ignoré jusqu'à lui. Des femmes mêmes firent tourner la baguette. Elles avaient des convulsions et des maux de cœur

— BAO en passant sur un endroit où un meurtre avait été commis; ce mal ne se dissipait qu'avec un verre de vin. — Aymar faisait tant de prodiges qu'on publia bientôt des livres sur sa baguette et ses opérations. M. de Vagny, procureur du roi à Grenoble, fit imprimer une relation intitulée : Histoire merveilleuse d'un maçon qui, conduit par la baguette divinatoire, a suivi un meurtrier pendant quarantecinq heures sur la terre et plus de trente sur Veau. Ce paysan devint le sujet de tous les entretiens. Des philosophes ne virent, dans les prodiges de la baguette , qu'un effet des émanations des corpuscules ; d'autres les attribuèrent à Satan. Le père Lebrun fut de ce nombre, etMalebranche adopta son avis. — Le fils du grand Condé, frappé du bruit de tant de merveilles, fit venir Aymar à Paris. On avait volé à mademoiselle de Condé deux petits flambeaux d'argent. Aymar parcourut quelques rues de Paris en faisant tourner la baguette ; il s'arrêta à la boutique d'un orfèvre, qui nia le vol, et se trouva très-offensé de l'accusation. Mais le lendemain on remit à l'hôtel le prix des flambeaux; quelques personnes dirent que le paysan l'avait envoyé pour se donner du crédit. — Dans de nouvelles épreuves , la baguette prit des pierres pour de l'argent ; elle indiqua de l'argent où il n'y en avait point. En un mot, elle opéra avec si peu de succès qu'elle perdit son renom. Dans d'autres expériences la baguette resta immobile quand il lui fallait tourner. Aymar, un peu confondu , avoua enfin qu'il n'était qu'un imposteur adroit, que la baguette n'avait aucun pouvoir, et qu'il avait cherché à gagner de l'argent par ce petit charlatanisme... — Pendant ses premierssuccès, une demoiselle de Grenoble, à qui la réputation d'Aymar avait persuadé qu'elle était douée aussi du don de tourner la baguette , craignant que ce don ne lui vînt de l'esprit malin, alla consulter le père Lebrun , qui lui conseilla de prier Dieu en tenant la baguette. La demoiselle jeûna , et prit la baguette en priant. La baguette ne tourna plus; d'où Ton conclut que c'était le démon ou l'imagination troublée qui l'agitait. — On douta un peu de la médiation du diable dès que le fameux devin fut reconnu pour un charlatan. On lui joua surtout un tour qui décrédita considérablement la baguette. Le procureur du roi au Châtelet de Paris fit conduire Aymar dans une rue où l'on avait assassiné un archer du guet. Les meurtriers étaient arrêtés , on connaissait les rues qu'ils avaient suivies, les lieux où ils s'étaient cachés : la baguette resta immobile. On fit venir Aymar dans la rue de la Harpe, où l'on avait saisi un voleur en fia-

BAG

grant délit; la perfide baguette Iraliit encore toutes les espérances. —Néanmoins la baguette divinatoire ne périt point ; ceux qui prétendirent la faire tourner se multiplièrent même ; et ce talent vint jusqu'en Belgique. Il y eut à Heigne , près de Gosselies , un jeune garçon qui découvrit les objets cachés ou perdus au moyen de la baguette de coudrier. Cette baguette , disait-il, ne pouvait pas avoir plus de deux ans de pousse. — Un homme, voulant éprouver l'art de l'enfant de Heigne, cacha un écu au bord d'un fossé , le long d'un sentier qu'on ne fréquentait presque pas. Il fit appeler le jeune garçon , et lui promit un escalin s'il pouvait retrouver l'argent perdu. Le garçon alla cueillir une branche de coudrier ; et tenant dans ses deux mains les deux bouts de cette baguette , qui avait la forme d'un Y, après avoir pris différentes directions, il marcha devant lui et s'engagea dans le petit sentier. La baguette s'agitait plus vivement. Il passa le lieu où l'écu était caché; la baguette cessa de tourner. L'enfant revint donc sur ses pas; la baguette sembla reprendre un mouvement très-vif; elle redoubla vers l'endroit qu'on cherchait. Le devin se baissa , chercha dans l'herbe et trouva le petit écu, à l'admiration de tous les spectateurs. — Sur l'observation que le bourgeois fit, pour essayer la baguette, qu'il avaitperdu encore d'autre argent , le jeune garçon la reprit, mais elle ne tourna plus. — On se crut convaincu de la réalité du talent de l'enfant. On lui demanda qui l'avait instruit. « C'est le hasard , dit-il ; ayant un jour perdu mon couteau, en gardant les troupeaux de mon père, et sachant tout ce qu'on disait de la baguette de coudrier, j'en fis une qui tourna, qui me fit retrouver ce que je cherchais et ensuite beaucoup d'autres objets perdus. » C'était très -bien. Malheureusement d'autres épreuves, examinées de plus près, ne réussirent pas, et on reconnut que la baguette divinatoire était là aussi une supercherie. Mais on y avait cru un siècle , et des savants avaient fait imprimer cent volumes pour l'expliquer. — « Faut-il rassembler des arguments pour prouver l'impuissance de la baguette divinatoire? ajoute M. Salgues1. Que Ton dise quel rapport il peut y avoir entre un voleur, une source d'eau, une pièce de métal et un bâton de coudrier. On prétend que la baguette tourne en vertu de l'attraction. Mais par quelle vertu d'attraction les émanations qui s'échappent d'une fontaine, d'une pièce d'argent ou du corps d'un meurtrier tordent-elles une branche de coudrier qu'un homme robuste tient

1 Des Erreurs et des pr^jugi'-s, etc., t. Trr, p. 165.

)S — BAG fortement entre ses mains? D'ailieurs, pourquoi le même homme trouve- t-il des fontaines, des métaux, des assassins et des voleurs, quand il est dans son pays, et ne tronve-t-il plus rien quand il est à Paris? Tout cela n'est que charlatanisme. Et ce qui détruit totalement le merveilleux de la baguette, c'est que tout le monde, avec un peu d'adresse, peut la faire tourner à volonté. Il ne s'agit que de tenir les extrémités de la fourche un peu écartées, de manière à faire ressort. C'est alors la force d'élasticité qui opère le prodige. » — Cependant on croit encore à la baguette divinatoire dans le Dauphiné et dans le Hainaut; les paysans n'en négligent pas l'usage, et elle a trouvé des défenseurs sérieux. Formey, dans V Encyclopédie, explique ce phénomène par le magnétisme. Ritter, professeurdeMunich, s'autorisait récemment des phénomènes du galvanisme pour soutenir les merveilles de la baguette divinatoire ; mais il n'est pas mort sans abjurer son erreur. — L'abbé de La Garde écrivit au commencement avec beaucoup de foi l'histoire des prodiges de Jacques Aymar ; en 1692 même, Pierre Garnier, docteur-médecin de Montpellier, voulut prouver que les opérations de la baguette dépendaient d'une cause naturelle1; cette cause naturelle n'était, selon lui, que les corpuscules sortis du corps du meurtrier dans les endroits où il avait fait le meurtre et dans ceux où il avait passé. Les galeux et les pestiférés, ajoute— t— il, ne transpirent pas comme les gens sains, puisqu'ils sont contagieux ; de même les scélérats lâchent des émanations qui se reconnaissent ; et si nous ne les sentons pas, c'est qu'il n'est pas donné à tous les chiens d'avoir le nez fin. Ce sont là, ditil, page 23 , des axiomes incontestables. « Or, ces corpuscules qui entrent dans le corps de l'homme muni de la baguette l'agitent tellement, que de ses mains la matière subtile passe dans la baguette même, et, n'en pouvant sortir assez promptement , la fait tourner ou la brise : ce qui me parait la chose du monde la plus facile à croire... » — Le bon père Ménestrier, dans ses Réflexions sur les indications de la baguette, Lyon, 1694, s'étonne du nombre de gens qui devinaient alors par ce moyen à la mode. « A combien d'effets, poursuit-il, s'étend aujourd'hui ce talent! Il n'a point de limites. On s'en sert pour juger de la bonté des étoffes et de la différence de leurs prix, pour démêler les innocents des coupables, pour spécifier le crime. Tous les jours cette vertu fait de nouvelles découvertes inconnues

1 Dans sa Dissertation physique en forme de lettre à M. de Sèvre, seigneur de Fléchères, etc. ln-12. Lyon .

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jusqu'à présent. » — Il y eut même en 4700, à Toulouse, un brave homme qui devinait avec la baguette ce que faisaient des personnes absentes. Il consultait la baguette sur le passé, le présent et l'avenir; elle s'abaissait pour répondre oui et s'élevait pour la négative. On pouvait faire sa demande de vive voix ou mentalement; « Ce qui serait bien prodigieux, dit le père Lebrun, si plusieurs réponses (lisez la plupart) ne s'étaient trouvées fausses *. » — Un fait qui n'est pas moins admirable , c'est que la baguette ne tourne que sur les objets où l'on a intérieurement l'intention de la faire tourner. Ainsi, quand on cherche une source, elle ne tournera pas sur autre chose, quoiqu'on passe sur des trésors enfouis ou sur des traces de meurtre. Pour découvrir une fontaine, il faut mettre sur la baguette un linge mouillé : si elle tourne alors , c'est une preuve qu'il y a de l'eau à l'endroit qu'elle indique. Pour trouver les métaux souterrains, on enchâsse successivement à la tète de la baguette diverses pièces de métal, et c'est un principe constant que la baguette indique la qualité du métal caché sous terre, en touchant précisément ce même métal. — Nous répétons qu'on ne croit plus à la baguette , et que cependant on s'en sert encore dans quelques provinces. Il fallait autrefois qu'elle fût de coudrier ou de quelque autre bois spécial ; depuis, on a employé toute sorte de bois, et même des côtes de baleine ; on n'a plus même exigé que la baguette fût en fourche. — Secret de la baguette divinatoire et moyen de la faire tourner, tiré du Grand Grimoire, page 87 2. — Dès le moment que le soleil paraît sur l'horizon, vous prenez de la main gauche une baguette vierge de noisetier sauvage , et la coupez de la droite en trois coups , en disant : « Je te ramasse au nom d'Éioïm, Mutrathon, Adonay et Sémiphoras, afin que tu aies la vertu de la verge de Mcïse et de Jacob pour découvrir tout ce que je voudrai savoir. »Et pour la faire tourner, il faut dire, la tenant serrée dans ses mains, par les deux bouts qui font la fourche : « Je te commande, au nom d'Éioïm, Muthrathon, Adonay et Sémiphoras, de me révéler... » (on indique ce qu'on veut savoir).

Baguette magique. — On voit , Comme

nous l'avons dit, que toutes les fées ou sorcières ont une baguette magique avec laquelle elles opèrent. Boguet rapporte 5 que Françoise Secrélain et Thévenne Paget faisaient mourir les bestiaux en les touchant de leur

1 Hisloire des pratiques superstitieuses, t. lî, p. 357.

2 Ce secret est aussi dans le Dragon rouge, p. 85. 3. Di- cours des sorciers, ch. 30.

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