‹ Dictionnaire infernalChapitre 58 sur 368 · BET · texte numérisé non relu

BET

Berthomée de La Bedouche,

NKVAULT.

voy. bos-

Béruth. — VOy. BÉRITH.

Bêtes. — Il y a, dans les choses prodigieuses de ce monde, beaucoup de bêtes qui figurent avec distinction. — Les bêtes ont été long-temps des instruments à présages : les sorciers et les démons ont emprunté leurs formes; et souvent on a brûlé des chats et des chiens dans lesquels on croyait reconnaître un démon caché ou une sorcière. — Dans les campagnes on effraie encore les enfants de la menace de la Bête à sept têtes, dont l'imagination varie en tous lieux la laideur. L'opinion de cette bête monstrueuse remonte à la Bêle de V Apocalypse. — Des personnes accoutumées aux choses extraordinaires ont vu quelquefois des spectres de bêtes. On sait la petite anecdote de ce malade à qui son médecin disait : « Amendez-vous, car je viens de voir le diable à votre porte. — Sous quelle forme? demanda le moribond. — Sous celle d'un àne. — Bon, répliqua le malade, vous avez eu peur de votre ombre. » — Des doctes croient encore que les animaux, à qui ils n'accordent point d'âme, peuvent revenir, et on cite des spectres de ce genre. — Meyer, professeur à l'Université de Halle, dans son Essai sur les apparitions, § 17, dit que les revenants et les spectres ne sont peutêtre que les âmes des bêtes qui, ne pouvant aller ni dans le ciel ni dans les enfers, restent ici ^rrantes et diversement conformées. Pour que celte opinion eût quelques fondement, il faudrait croire, avec les pénpatéticiens, que les bêtes ont une àme quelconque : ce qui n'est pas facile. — Les pythagoriciens sont allés plus loin, ils ont cru que par la métempsycose les âmes passaient successivement du corps d'un homme dans celui d'un animal. Ils respectaient les brutes, et disaient au loup : « Bonjour, frère. » — Le père Bougeant, de la compagnie de Jésus, dans un petit ouvrage plein d'esprit, Y Amusement philosophique sur le langage îles bêtes, adopta par plaisanterie un système assez singulier. Il trouva aux bêtes trop d'esprit et de sentiment pour n'avoir pas une âme; mais il prétendit qu'elles étaient animées par des démons qui faisaient pénitence sous cotte enveloppe en attendant le jugement dernier, époque où ils seraient plongés en enfer. Ce système est soutenu de la manière la plus ingénieuse : ce n'était qu'un amusement; on le prit trop au sérieux. L'auteur fut gravement réfuté et obligé de désavouer publiquement des opinions qu'il n'avait mises au jour que comme un délassement. —

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Cependant , le père Gaston Pardies, de la même société de Jésus, avait écrit, quelque temps auparavant, que les bêtes ont une certaine âme * et on ne l'avait pas repris. Mais on pensa qu'auprès de certains esprits l'ingénieux amusement du père Bougeant pouvait faire naître de fausses idées.

Beurre. — On croit, dans plusieurs villages, empêcher le beurre de se faire en récitant à rebours le psaume Nolite fieri 2. Bodin ajoute que, par un effet d'antipathie naturelle, on obtient le même résultat en mettant un peu de sucre dans la crème ; et il conte qu'étant à Chelles en Yalois, il vit une chambrière qui voulait faire fouetter un petit laquais, parce qu'il l'avait tellement maléficiée, en récitant à rebours le psaume cité, que depuis le matin elle ne pouvait faire son beurre. Lelaquaisrécitaalorsnaturellementle psaume, et le beurre se fit 3. — Dans le Finistère, diton, l'on ensorcelle encore le beurre. On croit aussi dans ce pays que si l'on offre du beurre à saint Hervé, les bestiaux qui ont fourni la crème n'ont rien à craindre des loups, parce que ce saintétantaveuglesefaisaitguiderparunloup4.

Beurre des sorcières. — Le diable donnait aux sorcières de Suède, entre autres animaux destinés à les servir, des chats qu'elles appelaient emporteurs, parce qu'elles les envoyaient voler dans le voisinage. Ces emporteurs, qui étaient très-gourmands, profitaient de l'occasion pour se régaler aussi, et quelquefois ils s'emplissaient si fort le ventre qu'ils étaient obligés en chemin de rendre gorge. Leur vomissement se trouve habituellement dans les jardins potagers. « Il a une couleur aurore, et s'appelle le beurre des sorcières 5. »

Beverland (Adrien ) . — avocat hollandais, de Middelbourg, auteur de Recherches philosophiques sur le péché originel6, pleines de grossièretés infâmes. Les protestants mêmes , ses co-religionnaires , s'en indignèrent et mirent cet homme en prison à Leyde ; il s'en échappa et mourut fou à Londres en 171 1. Sa folie était de se croire constamment poursuivi par deux cents hommes qui avaient juré sa mort7.

1 Dans son Disc, de la connaissance dca bêtes. Paris, 4'- éd., 1696.

2 Thiers, Traité des superstitions, t. I1'1.

3 Démonomanie des sorciers, liv. n, ch. 1" . * Cambry, Voyage dans le Finistère, 1. 1" , p. 14 et 15. 5 Bekker, Le Monde enchanté, liv. iv, ch. 29. G Hadriani Beverlandi peccatum originale philolo-

gicè ulucubratum, à Themidis alumno, Kleuthcropuli, in horto Hesperidum, typis Adami et Kvae, terra; fil. In-S". 1678. La Justa detestatio libelli sceleratissimi Hadriani Beverlandi de peccato originali. In-S°. Gorinchemii, 16SO, est une rétutation de cet écrit détestable, dont on a publié eu 1731, in-12, une imitation mêlée de contes aussi méprisés.

(jabnel Peignot, Dict. des livres condamnés au leu.

Beyrevra, — démon indien, chef des âmes qui errent dans l'espace, changées en démons aériens. On dit qu'il a de grands ongles trèscrochus. Brahma ayant un jour insulté un dieu supérieur, Beyvera chargé de le punir lui coupa une tête avec son ongle. Brahma humilié demanda pardon; et le dieu Eswara lui promit, pour le consoler, qu'il ne serait pas moins respecté avec les quatre têtes qui lui restaient, qu'il ne l'était auparavant avec cinq.

Biaule, — berger sorcier. Voy. Hocque.

Bible du diable. — C'est sans doute le grimoire ou quelque autre fatras de ce genre. Mais Delancre dit que le diable fait croire aux sorciers qu'il a sa Bible , ses cahiers sacrés , sa théologie et ses professeurs ; et un grand magicien avoua, étant sur la sellette au parlement de Paris, qu'il y avait à Tolède soixantetreize maîtres en la faculté de magie, lesquels prenaient pour texte la Bible du diable1. »

Bibliomancie , — divination, ou sorte d'épreuve employée autrefois pour reconnaître les sorciers. Elle consistait à mettre dans un des côtés d'une balance la personne soupçonnée de magie , et dans l'autre la Bible ; si la personne pesait moins, elle était innocente. Si elle pesait plus, elle était jugée coupable : ce qui ne manquait guère d'arriver, car bien peu d'in-folio pèsent un sorcier. — On consultait encore la destinée ou le sort, en ouvrant la Bible avec une épingle d'or, et en tirant présage du premier mot qui se présentait.

Bietka. — Il y avait en 1597 à Wilna, en Pologne , une fille nommée Bietka , qui était recherchée par un jeune homme appelé Zacharie. Les parents de Zacharie ne consentant point à son mariage , il tomba dans la mélancolie et s'étrangla. Peu de temps après sa mort, il apparut à Bietka, lui dit qu'il venait s'unir à elle et lui tenir sa promesse de mariage. Elle se laissa persuader ; le mort l'épousa donc, mais sans témoins. — Cette singularité ne demeura pas long-temps secrète , on sut bientôt le mariage de Bietka avec un esprit, on accourut de toutes parts pour voir la mariée; et son aventure lui rapporta beaucoup d'argent, car le revenant se montrait et rendait des oracles ; mais il ne donnait ses réponses que du consentement de sa femme , qu'il fallait gagner. Il faisait aussi beaucoup de tours ; il connaissait tout le présent, et prédisait un peu l'avenir. — Au bout de trois ans, un magicien italien ayant laissé échapper depuis ce temps un esprit quil avait long-temps maîtrisé, vint en Pologne, sur le bruit des mer-

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