‹ Dictionnaire infernalChapitre 71 sur 368 · BRU · texte numérisé non relu

BRU

troisième livre est consacré aux animaux, et combat les merveilles qu'on débite sur leur compte et les propriétés que des charlatans donnent à quelques-unes de leurs parties ou de leurs sécrétions. Le quatrième livre traite des erreurs relatives à l'homme. L'auteur détruit la vertu cordiale accordée au doigt annulaire, le conte populaire qui fait remonter l'origine de saluer dans les éternuments à une épidémie dans laquelle on mourait en éternuant, la puanteur spéciale, des juifs , les pygmées, les années climatériques. — Lo cinquième livre est consacré aux erreurs qui nous sont venues par la faute des peintres; comme le nombril de nos premiers parents, le sacrifice d'Abraham, où son fils Isaac est représenté enfant, tandis qu'il avait quarante ans. L'auteur discute dans le livre sixième les opinions erronées ou hasardées qui ont rapport à la cosmographie et à l'histoire. Il combat les jours heureux ou malheureux, les idées vulgaires sur la couleur des nègres. Le septième livre enfin est consacré à l'examen de certaines traditions reçues , surla mer Morte, la tour de Babel, les rois de l'Épiphanie, etc. Le savant ne se montre pas crédule; cependant il croyait, comme tout chrétien, aux sorciers et aux démons. Le docteur Hutchinson cite de lui un fait à ce sujet dans son Essai sur la sorcellerie. En 1664- , deux personnes accusées de sorcellerie allaient être jugées à Norwich ; le grand jury consulta Brown, dont on révérait l'opinion et le savoir. Brown signa une attestation, dont on a conservé l'original , dans laquelle il reconnaît l'existence des sorciers et l'influence du diable ; il y cite même des faits analogues à ceux qui faisaient poursuivre les deux accusés, et qu'il présente comme incontestables. Ce fut cette opinion qui détermina la condamnation des prévenus.

Brownie , — lutin écossais. Le roi Jacques regardait Brownie comme un agent de Satan; Kirck en fait un bon génie. Aux îles d'Arkney, on fait encore des libations de lait dans la cavité d'une pierre appelée la pierre de Brownie, pour s'assurer de sa protection. Le peuple de ces îles croit Brownie doux et pacifique ; mais si on l'offense il ne reparaît plus.

Bruhesen (Pierre Van), — docteur et astrologue de la Campine, mort à Bruges en 1 571 . Il publia dans cette ville, en 1 550, son Grand et perpétuel almanach, où il indique scrupuleusement, d'après les principes de l'astrologie judiciaire, les jours propres à purger, baigner, raser, saigner, couper les cheveux et appliquer les ventouses. Ce modèle de ralmanach de

Biu; — \

Liège fit d'autant plus de rumeur à Bruges , que le magistrat, qui donnait dans l'astrologie, fit très-expresses défenses à quiconque exerçait en sa ville le métier de barberie, de rien entreprendre sur le menton de ses concitoyens pendant les jours néfastes. François Rapaert, médecin de Bruges, publia alors contre Bruhesen le grand et perpétuel almanach, ou fléau des empiriques et des charlatans1. Mais Pierre Haschaert, chirurgien, partisan de l'astrologie, défendit Bruhesen dans son Bouclier astrologique contre le fléau des astrologues de François Rapaërt*: et depuis on a fait des almanachs sur le modèle de Bruhesen , et ils n'ont pas cessé d'avoir un débit immense.

Brulefer. — C'est le nom que donnent les Véritables clavicules de Salomon à un démon ou esprit qu'on invoque quand on veut se faire aimer.

Brunehaut,— reine d'Austrasie, au sixième siècle , accusée d'une multitude de crimes et peut-être victime historique de beaucoup de calomnies. Dans le siècle où elle vécut , on ne doit pas s'étonner de trouver au nombre de ses forfaits la sorcellerie et les maléfices.

Bruno , — philosophe , né à Noie dans le royaume de Naples, au milieu du seizième siècle. Il publia à Londres, en 1584 , son livre de l'Expulsion de la bête triomphante 5. Ce livre fut supprimé. C'est une critique stupide dans le fond, maligne dans les détails, de toutes les religions, et spécialement de la religion chrétienne.— L'auteur ayant voulu revoirsa patrie, fut arrêté à Venise en 1 598, transféré à Rome, condamné et brûlé le 17 février de l'an 1600, pour ses impiétés flagrantes et ses mauvaises mœurs. Il avait consumé beaucoup de temps à l'étude des rêveries hermétiques ; il a même laissé des écrits sur l'alchimie *., et d'autres ouvrages dont quelques-uns ont partagé son bûcher5. On s'étonnera peut-être de cette rigueur, mais alors les crimes que l'on poursuivait ainsi et qui troublaient la société inspiraient plus d'horreur que n'en inspire aujourd'hui chez nous l'assassinat.

Brunon. — « L'empereur Henri III allait en bateau sur le Danube , en son duché de Ba-

1 Magnum et perpetuum almanach, sen empiricorum et medicastrorum flagellum. In-12, 1551.

2 Clypeus astrologicus contra flagellum astrologorum Francisci Rapurdi. In-12, 1551.

■'J Spaccio île la bestia triomphante, proposto daGiove, efifeluato dal conseglo, revelato Ha Mercurio, recitato da Solia, udito da Saulino, registrato dal Nolano, diviso in ire dialogi, subdivisi in tre parti. In Parigi. Londres, 1584. In-8».

'* De compendiosa architectura et coi^plemento artis Lullii, etc. In-lib. Paris, 1582, etc.

5 Particulièrement La Cena de le ceneri , descrita in cinque dialogi, etc. In-b". Londres, 1581.

) — BLC vière , accompagné de Brunon , évèque de Wurtzbourg, et de quelques autres seigneurs. Comme il passait près du château de Grein, il se trouva en danger imminent de se noyer lui et les siens dans un lieu dangereux ; cependant il se tira heureusement de ce péril. Mais incontinent on aperçut au haut d'un rocher un homme noir qui appela Brunog, lui disant : a Évêque, sache que je suis un diable, et qu'en quelque lieu que tu sois, tu es à moi. Je ne puis aujourd'hui te mal faire ; mais tu me verras avant peu. » Brunon, qui était homme de bien, fit le signe de la croix ,et après qu'il eut conjuré le diable, on ne sut ce qu'il devint. Mais bientôt comme l'empereur dînait à Ébersberg , avec sa compagnie, les poutres et plafond d'une chambre basse où ils étaient, s'écroulèrent ; l'empereur tomba dans une cuve où il ne se fit point de mal , et Brunon eut en sa chute tout le corps tellement brisé qu'il en mourut. — De ce Brunon ou Bruno nous avons quelques commentaires sur les Psaumes. 1 » — II n'y a qu'un petit malheur dans ce conte rapporté par Leloyer, c'est que tout en est faux.

Brutus. — Plutarque rapporte que peu de temps avant la bataille de Philippes , Brutus étant seul et rêveur dans sa tente, aperçut un fantôme d'une taille démesurée , qui se présenta devant lui en silence, mais avec un regard menaçant. Brutus lui demanda s'il était dieu ou homme , et ce qu'il voulait. Le spectre lui répondit : « Je suis ton mauvais génie, et je t'attends aux champs de Philippes. » « Eh bien , nous nous y verrons ! » répliqua Brutus. Le fantôme disparut ; mais on dit qu'il se montra derechef au meurtrier de César la nuit qui précéda la bataille de Philippes, où Brutus se tua de sa main.

BucaïMe (Marie), — jeune Normande de Valogne, qui, au dernier siècle, voulut se faire passer pour béate. Mais bientôt ses visions et ses extases devinrent suspectes ; elle s'était dite quelquefois assiégée par les démons ; elle se faisait accompagner d'un prétendu moine, qui disparut dès qu'on voulut examiner les faits ; elle se proclama possédée. Pour s'assurer de la vérité des prodiges qu'elle opérait , on la fit enfermer au secret. On reconnut que les visions de Marie Bucaille n'étaient que fourberies ; qu'elle n'était en commerce ni avec les anges ni avec le diable. Elle fut fouettée et marquée , et tout fut fini 2.

1 Leloyer, Disc, et hist. des spectres, liv. ni, ch. 16.

? Lettres du médecin Saint-André sur la magie et sur k:, maléfices, p. 188 et 431.

Page 1