COM
pour les uns, il est heureux pour les autres, puisqu'en accablant ceux-ci d'une grande défaite il donne à ceux-là une grande victoire. — Cardan explique ainsi les causes de l'influence des comètes sur l'économie du globe : « Elles rendent l'air plus subtil et moins dense , dit-il , en l'échauffant plus qu'à l'ordinaire : les personnes qui vivent au sein delà mollesse, qui ne donnent aucun exercice à leur corps, qui se nourrissent trop délicatement, qui sont d'une santé faible , d'un âge avancé et d'un sommeil peu tranquille, souffrent dans un air moins animé, et meurent souvent par excès de faiblesse. Cela arrive plutôt aux princes qu'à d'autres, à cause du genre de vie qu'ils mènent; et il suffit que la superstition ou l'ignorance aient attaché aux comètes un pouvoir funeste, pour qu'on remarque, quand elles paraissent, des accidents qui eussent été fort naturels en tout autre temps.— On ne devrait pas non plus s'étonner de voir à leur suite la sécheresse et la peste , puisqu'elles dessèchent l'air, et ne lui laissent pas la force d'empêcher les exhalaisons pestiférées. Enfin les comètes produisent les séditions et les guerres en échauffant le cœ.ur de l'homme , et en changeant les humeurs en bile noire. » — On a dit de Cardan qu'il avait deux âmes, l'une qui disait des choses raisonnables, l'autre qui ne savait que déraisonner. Après avoir parlé comme on vient de voir, l'astrologue retombe dans ses visions. Quand une comète paraît auprès de Saturne, dit-il, elle présage la peste, la mort des souverains pontifes et les révolutions dans les gouvernements; auprès de Mars, les guerres; auprès du soleil, de grandes calamités sur tout le globe ; auprès de la lune, des inondations et quelquefois des sécheresses ; auprès de Vénus, la mort des princes et des nobles ; auprès de Mercure , divers malheurs en fort grand nombre. — Wiston a fait de grands caculs algébriques pour démontrer que les eaux extraordinaires du déluge furent amenées par une comète, et que quand Dieu décidera la fin du monde, ce sera une comète qui le brûlera....
Comiers (Claude), — docteur en théologie, mort en 1693. 11 est auteur d'un Traité des prophéties, vaticinations , prédictions et proc/nostications. Il a écrit aussi sur la baguette divinatoire et sur les sibylles.
Compitales, — fêtes des dieux Lares ou lutins du foyer, chez les anciens Romains. On leur sacrifiait dans l'origine des enfants, auxquels Brutus substitua des tètes de pavots.
Comtes de l'Enfer , — démons d'un ordre supérieur dans la hiérarchie infernale, et qui
commandent de nombreuses légions. On les évoque à toute heure du jour, pourvu que ce soit dans un lieu sauvage, que les hommes n'aient pas coutume de fréquenter 1 ,
Conclamatîon , — cérémonie romaine, du temps du paganisme. Elle consistait à appeler à grands cris l'individu qui venait de mourir, afin d'arrêter l'âme fugitive, ou de la réveiller si elle était attachée au corps.
Condé. — On lit dans une lettre de madame de Sévigné au président de Monceau que , trois semaines avant la mort du grand Condé, pendant qu'on l'attendait à Fontainebleau, M. de Verniîlon , l'un de ses gentilshommes, revenant de la chasse sur les trois heures , et approchant du château de Chantilly (séjour ordinaire du prince), vit, à une fenêtre de son cabinet, un fantôme revêtu d'une armure , qui semblait garder un homme enseveli ; il descendit de cheval , et s'approcha, le voyant toujours ; son valet vit la même chose et l'en avertit. Ils demandèrent la clef du cabinet au concierge; mais ils en trouvèrent les fenêtres fermées, et un silence qui n'avait pas été troublé depuis six mois. On conta cela au prince, qui en fut un peu frappé, qui s'en moqua cependant ou parut s'en moquer; mais tout le monde sut cette histoire et trembla pour ce prince, qui mourut trois semaines après
Conformants, — sectaires qui parurent en Allemagne au treizième et au seizième siècle, et qui durent leur nom à l'usage qu'ils avaient de coucher tous ensemble , sous prétexte de charité. On dit que les premiers adoraient une image de Lucifer et qu'ils en tiraient des oracles.
Conférentes , — dieux des anciens , dont parle Arnobe, et qui étaient, dit Leloyer, des démons incubes.
Confucîus. — On sait que ce philosophe est révéré comme un dieu à la Chine. On lui offre surtout en sacrifice de la soie, dont les restes sont distribués aux jeunes filles, dans la persuasion où l'on est que, tant qu'elles conservent ces précieuses amulettes, elles sont à l'abri de tous dangers.
Conjurateurs, — magiciens qui s'attribuent le pouvoir de conjurer les démons et les tempêtes.
Conjuration, — exorcisme, paroles et cérémonies par lesquelles on chasse les démons.
1 — COiN Dans l'église romaine, pour faire sortir le démon du corps des possédés , on emploie certaines formules ou exorcismes, des aspersions d'eau bénite , des prières et des cérémonies instituées à ce dessein *. — Les personnes superstitieuses et criminelles qui s'occupent de magie abusent du mot, et nomment conjurations leurs sortilèges impies. Dans ce sens, la conjuration est un composé de paroles et de cérémonies détestables ou absurdes, adoptées par les sorciers pour évoquer les démons. On commence par se placer dans le cercle magique {voij. Cercle) ; puis on récite les formules suivantes. Elles sont extraites d'un Grimoire. — Conjuration universelle pour les esprits. « Moi (on se nomme) , je te conjure , esprit (on nomme l'esprit qu'on veut évoquer), au nom du grand Dieu vivant, etc., etc., je te conjure de m'apparaître, comme dessus dit; sinon, saint Michel archange, invisible, te foudroiera dans le plus profond des enfers; viens donc (on nomme l'esprit), pour faire ma volonté. » — Conjuration d'un livre magique. a Je te conjure et ordonne , esprits , tous et autant que vous êtes , de recevoir ce livre en bonne part , afin que toutes fois que nous lirons ledit livre, ou qu'on le lira étant approuvé et reconnu être en forme et en valeur, vous ayez à paraître en belle forme humaine, lorsqu'on vous appellera , selon que le lecteur le jugera, dans toutes circonstances, etc. ; je vous conjure de venir aussitôt la conjuration faite, afin d'exécuter, sans retardement, tout ce qui est écrit et mentionné en son lieu dans ce dit livre : vous obéirez , vous servirez , enseignerez, donnerez, ferez tout ce qui est en votre puissance , en utilité de ceux qui vous ordonneront, le tout sans illusion. — Et si par hasard quelqu'un des esprits appelés parmi vous ne pouvait venir ou paraître lorsqu'il serait requis, il sera tenu d'en envoyer d'autres revêtus de son pouvoir, qui jureront solennellement d'exécuter tout ce que le lecteur pourra demander; en vous conjurant tous, par les très-saints noms du tout-puissant Dieu vivant, etc.. » — Conjuration des démons. « Alerte, venez tous, esprits. Par la vertu et le pouvoir de votre roi , et par les sept couronnes et chaînes de vos rois, tous esprits des enfers sont obligés d'apparaître à moi devant ce cercle, quand je les appellerai. Venez tous à mes ordres, pour faire tout ce qui est à votre pouvoir, étant recommandés; venez donc de l'orient, midi, occident et septentrion ; je vous conjure et ordonne, par la vertu et puissance de celui, etc. » — Conjurations pour cha-
1 Wierus, in Pseudomonarchia daim.
1 Bcrgier, Dictionnaire théolog.
que jour de la semaine. Pour le lundi, à Lucifer. Cette expérience se fait souvent depuis onze heures jusqu'à douze , et depuis trois heures jusqu'à quatre. Il faudra du charbon, de la craie bénite, pour faire le cercle, autour duquel on écrira certains mots magiques. Ensuite on récite la formule suivante : — « Je te conjure, Lucifer, par le Dieu vivant, etc. » —Pour le mardi, à Nambroth. Cette expérience se fait la nuit, depuis neuf heures jusqu'à dix ; on lui doit donner la première pierre que l'on trouve, pour être reçu en dignité et honneur. On procédera de la façon du lundi; on fera un cercle autour duquel on écrira : « Obéismoi, Nambroth , obéis-moi, etc. » On récite, à la suite, cette formule : — « Je te conjure Nambroth, et te commande par tous les noms par lesquels tu peux être contraint et lié, etc. » — Pour le mercredi, à Astaroth. Cette expérience se fait la nuit, depuis dix heures jusqu'à onze ; on le conjure pour avoir les bonnes grâces du roi et des autres. On écrira dans le cercle : « Viens. Astaroth; viens, Astaroth; viens, Astaroth; » ensuite on récitera celte formule : — « Je te conjure , Astaroth , méchant esprit, par les paroles et vertus de Dieu, etc. » — Pour le jeudi, à Acham. Cette expérience se fait la nuit , de trois heures à quatre; il paraît en forme de roi. Il faut lui donner un peu de pain, afin qu'il parte. On écrira autour du cercle : « Par le Dieu saint, etc. ; » ensuite on récite la formule qui suit : — «Je te conjure, Acham ; je te commande par tous les royaumes de Dieu ; agis , je t'adjure, etc. » — Pour le vendredi, à Hé— chet. Cette expérience se fait la nuit, de onze heures à douze ; il lui faut donner une noix. On écrira dans le cercle : « Viens, Béchet; viens, Béchet; viens, Béchet; » et ensuite on dira cette conjuration : — « Je le conjure, Béchet, et te contrains de venir à moi ; je te conjure derechef, etc. » — Pour le samedi, à Nabam. Cette expérience se fait de nuit , de onze heures à douze , et sitôt qu'il parait il lui faut donner du pain brûlé, et lui demander ce qui lui fait plaisir: on écrira dans son cercle : « N'entre pas, Nabam ; n'entre pas, Nabam ; n'entre pas, Nabam ; » et puis on récitera la conjuration suivante : — « Je te conjure Nabam, au nom de Satan , au nom de Béelzébuth , au nom d'Astaroth et au nom de tous les esprits, etc. » — Pour le dimanche, à Aquiel. Celte expérience se fait la nuit, de minuit à une heure ; il demandera un poil de votre tète ; il lui faut donner un poil de renard ; il le prendra. On écrira dans le cercle : « Viens, Aquiel; viens, Aquiel; viqns, Aquiel. » Ensuite on récitera la conjuration suivante :— « Je te conjure, Aquiel,
2 — CON par tous les noms écrits dans ce livre, que sans délai tu sois ici tout prêt à m'obéir, etc. » — Conjuration très-forte, pour tous les jours et à toute heure du jour et de la nuit, pour les trésors cachés tant par les hommes que par les esprits. « Je vous commande, démons qui résidez en ces lieux , ou en quelque partie du monde que vous soyez, et quelque puissance qui vous ait été donnée de Dieu et des saints anges sur ce lieu même , je vous envoie au plus profond des abîmes infernaux. Ainsi, allez tous, maudits esprits et damnés, au feu éternel qui vous est préparé et à tous vos compagnons ; si vous m'êtes rebelles et désobéissants, je vous contrains et commande par toutes les puissances de vos supérieurs démons, de venir, obéir et répondre positivement à ce que je vous ordonnerai au nom de J.-C, etc. » Voy. Pierre d'Apone, etc.— Nous n'avons fait qu'indiquer ces stupidités inconcevables. Les commentaires sont inutiles.
Constantin. — Tout le monde sait que, frappé de l'apparition d'une croix miracuculeuse , et de l'avis qui lui était donné qu'il vaincrait par ce signe , Constantin-le-Grand se convertit et mit la croix sur ses étendards. — Jusqu'au seizième siècle, aucun écrivain n'avait attaqué la vision de Constantin ; tous les monuments contemporains attestent ce miracle. Mais les protestants, voyant qu'il pouvait servir à autoriser le culte de la croix, ont
entrepris d'en faire une ruse militaire Les
philosophes du dernier siècle n'ont pas manqué de copier leurs déraisonnements. — J.-B. Duvoisin , évèque de Nantes, et l'abbé de l'Estocq, docteurs en Sorbonne, ont publié des dissertations sur la vision de Constantin.
Constantin Copronyme, — empereur ÎCO-
noclaste de Constantinople. Il était, dit-on, magicien. Il conjurait habilement les démons, dit Leloyer; il évoquait les morts, et faisait des sacrifices détestables et invocations du diable. Il mourut d'un feu qui le saisit par tout le corps , et dont la violence était telle , qu'il ne faisait que crier
Constellations. — Il y en a douze, qui sont les douze signes du zodiaque, et que les astrologues appellent les douze maisons du soleil, savoir : le bélier, le taureau , les gémeaux, Técrevisse, le lion, la vierge, la ba • lance, le scorpion, le sagittaire, le capricorne, le verseau et les poissons. On les désigne
1 Leloyer, Hist. des spectres et des apparitions des esprits, liv. iv, ch. 6, p. 302,
très-bien dans ces deux vers techniques, que tout le monde connaît :
Sunt aries, taurus, gemini, cancer, leo, virgo, Libraquc, scorpius, "arcitenens, caper, amphora, pisces.
— On dit la bonne aventure par le moyen de ces constellations. Voy. Horoscopes et Astrologie.
Contre -Charmes , — charmes qu'on emploie pour détruire l'effet d'autres charmes. Quand les charmeurs opèrent sur des animaux ensorcelés, ils font des jets de sel préparés dans une écuelle avec du sang tiré d'un des animaux maléficiés. Ensuite on récite pendant neuf jours certaines formules. Voy. Gratianne, Amulettes, Sort, Maléfices, Ligatures, etc.
Convulsions. — Au neuvième siècle, des porsonnes suspectes déposèrent dans une église de Dijon des reliques qu'elles avaient , disaient-elles, apportées de Rome, et qui étaient d'un saint dont elles avaient oublié le nom. L'évêque Théobald refusa de recevoir ces reliques sur une allégation aussi vague. Néanmoins, elles faisaient des prodiges. Ces prodiges étaient des convulsions dans ceux qui venaient les révérer. L'opposition de l'évêque fit bientôt de ces convulsions une épidémie; les femmes surtout s'empressaient de leur donner de la vogue. Théobald consulta Amolon, archevêque de Lyon, dont il. était suffragant. « Proscrivez, lui répondit l'évêque, ces fictions infernales , ces hideuses merveilles, qui ne peuvent être que des prestiges ou des impostures. Vit-on jamais , aux tombeaux des martyrs , ces funestes prodiges qui , loin de guérir les malades, font souffrir les corps et troublent les esprits?... » — Cette espèce de manie fanatique se renouvela quelquefois; elle fit grand bruit au commencement du dix-huitième siècle, et on prit encore pour des miracles les convulsions et les grimaces d'une foule d'insensés. Les gens mélancoliques et atrabilaires ont beaucoup de dispositions à ces jongleries; surtout si dans le temps que leur esprit est dérangé , ils s'appliquent à rêver fortement, ils finissent toujours par tomber en extase, et se persuadent qu'ils peuvent aussi prophétiser. Cette maladie se communique aux esprits faibles , et le corps s'en ressent. De là vient, ajoute Brueys *, que dans le fort de leurs accès les convuîsionnaires se jettent par terre, où ils demeurent quelquefois assoupis. D'autres fois, ils s'agitent extraordinairement; et c'est en ces différents états qu'on les entend parler d'une voix étouffée , et débiter toutes les extrava-
1 Préface de l'Histoire du Fanatisme.
y — coq
gances dont leur folle imagination est remplie. — Tout le monde a entendu parler des convulsions et des merveilles absurdes qui eurent lieu, dans la capitale de la France, sur le tombeau du diacre Paris, homme inconnu pendant sa vie, et trop célèbre après sa mort i. La frénésie fanatique alla si loin, que le gouvernement fut obligé, en 1732, de fermer le cimetière Saint-Méciard, où Paris était enterré. Sur quoi un plaisant fit ces deux vers :
De par le roi, défense à Dieu, D'opérer miracle en ce lieu.
— Dès lors les convulsionnaires tinrent leurs séances dans des lieux particuliers, et se donnèrent en spectacle certains jours du mois. On accourait pour les voir, et leur réputation surpassa bientôt celle des bohémiens; puis elle tomba, tuée par le ridicule.
Copernic, — astronome célèbre, mort en 1543. On dit communément que son système fut condamné par la cour de Rome : ce qui est faux et controuvé. Il vivait à Romod'un bon canonicat, et y professait librement l'astronomie. Mais voyez à ce sujet l'article Ga-.
LILÉE.
Coq. — Le coq avait, dit-on, le pouvoir de mettre en fuite les puissances infernales; et corrfme on a remarqué que le démon, qu'on appelle le lion d'enfer, disparaît dès qu'il voit ou entend le coq, on a répandu aussi cette opinion que le chant ou la vue du coq épouvante et fait fuir le lion. C'est du moins le sentiment de Pierre Delancre. « Mais il faut répondre à ces savants, dit M. Salgues 2, que nous avons des lions dans nos ménageries; qu'on leur a présenté des coqs ; que ces coqs ont chanté, et qu'au lieu d'en avoir peur, les lions n'ont témoigné que le désir de croquer l'oiseau chanteur ; que toutes les fois qu'on a mis un coq dans la cage d'un lion, loin que le coq ait tué le lion, c'est au contraire le lion qui a mangé le coq. » — On sait que tout disparaît au sabbat aussitôt que le coq chante. On cite plusieurs exemples d'assemblées de démons et de sorcières que le premier chant du coq a mises en déroute ; on dit même que ce son qui est pour nous, par une sorte de miracle perpétuel , une horloge vivante, force les démons, dans les airs, à
1 Carré de Montgeron a recueilli ces merveilles en trois gros volumes in-4°, avec ligures. Voici un de ces mirac'es rapporté dans une chanson de madame la duchesse du Maine :
Un décrotteur à la royale, Du talon gauche estropié, Obtint, pour grâce spéciale.
D'être boiteux de l'autre pié.
2 Des Erreurs et des préjugés, etc., préface.
laisser tomber ce qu'ils portent : c'est à peu près la vertu qu'on attribue au son des cloches. Pour empêcher le coq de chanter pendant leurs assemblées nocturnes, les sorciers, instruits par le diable, ont soin de lui frotter la tête et le front d'huile d'olive, ou de lui mettre au cou un collier de sarment. — Beaucoup d'idées superstitieuses se rattachent à cet oiseau, symbole du courage et de la vigilance, emblème des Français. On dit qu'un jour Vitellius rendant la justice à Vienne en Dauphiné, un coq vint se percher sur son épaule; ses devins décidèrent aussitôt que l'empereur tomberait sûrement sous un Gaulois; et, en effet, il fut vaincu par un Gaulois de Toulouse. — On devinait les choses futures par le moyen du coq {voy. Alectryomancie). — On dit aussi qu'il se forme dans l'estomac des coqs une pierre qu'on nomme pierre alectorienne , du nom grec de l'animal. Les anciens accordaient à cette pierre la propriété de donner le courage et la force : c'est à sa vertu qu'ils attribuaient la force prodigieuse de Milon de Crotone. On lui supposait encore le don d'enrichir, et quelquesuns la regardaient comme un philtre qui modérait la soif. — On pensait autrefois qu'il y avait dans le coq des vertus propres à la sorcellerie. On disait qu'avant d'exécuter ses maléfices , Léonora Galigaï ne mangeait que des crêtes de coq et des rognons de bélier qu'elle avait fait charmer. On voit, dans les accusations portées contre elle, qu'elle sacrifiait des coqs aux démons i. Certains Juifs, la veille du chipur ou jour du pardon, chargent de leurs péchés un coq blanc qu'ils étranglent ensuite, qu'ils font rôtir, que personne ne veut manger, et dont ils exposent les entrailles sur le toit de leur maison. On sacrifiait, dans certaines localités superstitieuses, un coq à saint Christophe , pour en obtenir des guérisons. — On croyait enfin que les coqs pondaient des œufs, et que, ces œufs étant maudits, il en sortait un serpent ou un basilic. « Cette superstition fut très-répandue en Suisse; et dans une petite chronique de Baie, Gross raconte sérieusement qu'au mois d'août 4 474 un coq de cette ville, ayant été accusé et convaincu de ce crime, fut condamné à mort. Le bourgeois le brûla publiquement avec son œuf, dans un endroit nommé Kablenberg, à la vue d'une grande multitude de personnes2. » Voy. Basilic, Mariage, etc.
Corail. — Quelques auteurs ont écrit que le corail a la vertu d'arrêter le sang et d'ô-
1 M. Garinet, Histoire de la magie en France, p. 100.
2 Dictionnaire d'anecdotes suisses, p 114.
»4 — COU carter les mauvais génies. Marsile Ficin prétend que le corail éloigne les terreurs paniques et préserve de la foudre et de la grêle. Liceti en donne cette raison, que le corail exhale une vapeur chaude qui , s'éievant en l'air, dissipe tout ce qui peut causer la grêle ou le tonnerre. Brown, dans ses Essais sur les erreurs populaires, dit qu'il est tenté de croire que l'usage de mettre des colliers de corail au cou des enfants , dans l'espérance de leur faire sortir les dents, a une origine superstitieuse, et que l'on se servait autrefois du corail comme d'une amulette ou préservatif contre les sortilèges.
Corbeau, — oiseau de mauvais augure, qui, dans les idées superstitieuses, annonce des malheurs et quelquefois la mort. Il a pourtant des qualités merveilleuses. Le livre des Admirables secrets à" Albert-îe-Grand dit que si l'on fait cuire ses œufs, et qu'ensuite on les remette dans le nid où on les aura pris , aussitôt le corbeau s'en ira dans une île où Alogricus, autrement appelé Alruy, a été enseveli, et il en apportera une pierre avec laquelle , touchant ses œufs, il les fera revenir dans leur premier état ; « ce qui est tout à fait surprenant. » Cette pierre se nomme pierre indienne , parce qu'elle se trouve ordinairement aux Indes. — On a deviné par le chant du corbeau, si son croassement peut s'appeler chant. M. Bory Saint- Vincent trouve que c'est un langage. On l'interprète en Islande pour la connaissance des affaires d'état. Le peuple le regarde comme instruit de tout ce qui se passe au loin, et annonçant aussi très-bien l'avenir. Il prévoit surtout les morts qui doivent frapper une famille, et vient se percher sur le toit de la maison, d'où il part pour faire le tour du cimetière, avec un cri continu et des inflexions de voix. Les Islandais disent qu'un de leurs savants avait le don d'entendre l'idiome du corbeau, et qu'il était, par ce moyen, instruit des choses les plus cachées. — Hésiode dit que la corneille vit huit cent soixante-quatre ans, tandis que l'homme ne doit vivre que quatre-vingt-seize ans, et il assure que le corbeau vit trois fois plus que la corneille : ce qui fait deux mille cinq cent quatre-vingtdouze ans.... — On croit dans la Bretagne que deux corbeaux président à chaque maison, et qu'ils annoncent la vie et la mort. Les habitants du Finistère assurent encore que l'on voit , sur un rocher éloigné du rivage, les Ames de leur roi Graion et de sa fille Dahut, qui leur apparaissent sous la forme de deux corbeaux; elles disparaissent à l'œil
de ceux qui s'en approchent 4. Voy. Odin, Cicéron, Augures, etc.
Corde de pendu. — Les gens crédules prétendaient autrefois qu'avec de la corde de pendu on échappait à tous les dangers, et qu'on était heureux au jeu. On n'avait qu'à se serrer les tempes avec une corde de pendu pour se guérir de la migraine. On portait un morceau de cette corde dans sa poche pour se garantir du mal de dents. Enfin, on se sert de cette expression proverbiale , avoir de la corde de pendu, pour indiquer un bonheur coastant, et les Anglais du menu peuple courent encore après la corde de pendu 2.
Cordeliers d'Orléans. — On a fait grand
bruit de l'affaire des cordeliers d'Orléans, qui eut lieu sous François Ier. Les protestants s'en emparèrent; et d'un tort qui est assez mal établi, on fit un crime aux moines. C'était peut-être faire leur éloge que de s'étonner qu'ils ne fussent pas tous des anges. Voici l'histoire. — Le seigneur de Saint-Mesmin , prévôt d'Orléans , qui donnait dans les erreurs de Luther, devint veuf. Sa femme était comme lui luthérienne en secret. Il la fit enterrer sans flambeaux et sans cérémonies; elle n'avait pas reçu les derniers sacrements. Le gardien et le custode des cordeliers d'Orléans, indignés de ce scandale, firent cacher, dit-on, un de leurs novices dans les voûtes de l'église, avec des instructions. Aux matines, ce novice fit du bruit sur les voûtes. L'exorciste, qui pouvait bien n'être pas dans le secret, prit le rituel, et, croyant que c'était un esprit, lui demanda qui il était? Point de réponse. — S'il était muet? — Il frappa trois coups. On n'alla pas plus loin ce jourlà. Le lendemain et le surlendemain , le même incident se répéta. « Fantôme ou esprit, dit alors l'exorciste, es-tu l'àme d'un tel?»— Point de réponse. — «D'un tel? » Point de réponse. On nomma successivement plusieurs personnes enterrées dans l'église. Au nom de Louise de Mareau, femme de François de Saint-Mesmin, prévôt d'Orléans, l'esprit frappa trois coups. « Es-tu dans les flammes? » — Trois coups. — « Es-tu damnée pour avoir partagé les erreurs de Luther? » — Trois grands coups. Les assistants étaient dans l'effroi. On se disposait à signifier au seigneur de Saint-Mesmin d'enlever de l'église sa luthérienne; mais il ne se déconcerta pas. Il courut à Paris et obtint des commissaires du conseil d'État un arrêt qui condamnait huit cordeliers d'Orléans à faire amende
1 Cambry, Voyage dans le Finistère, t. II, p. 264.
2 Saignes, Des Erreurs et des préjugés, t. I, p. 433.
honorable pour avoir supposé de fausses apparitions (4 534). — Une preuve que cette faute était individuelle, c'est qu'elle fut condamnée par l'autorité ecclésiastique, et que les huit condamnés , dont deux seulement étaient coupables, le gardien et le custode, furent bannis sans que personne n'appelât ni ne réclamât.
Coré, — compagnon de Dathan et d'Abiron. Les mahométans, qui le confondent avec le batelier Caron, le font cousin-germain de Moïse, qui, le voyant pauvre, lui enseigna l'alchimie, par le moyen de laquelle il acquit de si grandes richesses qu'il lui fallait quarante chameaux pour porter son or et son argent. Il y en a d'autres qui prétendent même que plusieurs chameaux étaient chargés seulement des clefs de ses coffres-forts. Moïse ayant ordonné aux Israélites de payer la dîme de tous leurs biens , Coré refusa d'obéir, se souleva même contre son bienfaiteur jusqu'à répandre sur lui des calomnies qui allaient lui faire perdre son autorité parmi le peuple, si Moïse ne s'en fût plaint à Dieu , qui lui permit de punir l'ingrat; alors Moïse lui donna sa malédiction , et ordonna à la terre de l'engloutir, ce qui s'exécuta.
Corneille. — Le chant de la corneille était regardé des anciens comme un très-mauvais présage pour celui qui commençait une entreprise; ils l'invoquaient avant le mariage, parce qu'ils croyaient que les corneilles, après la mort de l'un ou de l'autre couple, observaient une sorte de veuvage. Voy. Corbeau.
Cornélius , — prêtre païen de Padoue , dont parle Aulu-Gelle. Il avait des extases, et son âme voyageait hors de son corps; le jour de la bataille de Pharsale, il dit en présence de plusieurs assistants qu'il voyait une forte bataille, désignant les vainqueurs et les fuyards; et, à la fin, il s'écria tout à coup que César avait vaincu l.
Cornes. — Tous les habitants du ténébreux empire portent des cornes; c'est une partie essentielle de l'uniforme infernal. — On a vu des enfants avec des cornes, et Bertholin cite un religieux du monastère de Saint-Justin qui en avait deux à la tête. Le maréchal de Lavardin amena au roi un homme sauvage qui portait des cornes. On montrait à Paris, en 1699, un Français, nommé Trouillon, dont le front était armé d'une corne de bélier2. — Dans le royaume de Naples et dans d'autres
1 Leloyer, Histoire des spectres, ou Appar. des esprits, liv. iv, ch. 25, p. 456.
2 M. Saignes, Des Erreurs et des préjugés, tome III, p. 128.