‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 12 sur 319 · AKI · texte numérisé non relu

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ces sortes de choses qu'il ne faut croire que les faits éprouvés.

Aimar, — VOy. BagUKTTE.

Ajournement. — On croyait assez généralement autrefois que si quelque opprimé, au moment de mourir, prenait Dieu pour juge, et s'il ajournait son oppresseur au tribunal suprême, il se faisait toujours une manifestation du gouvernement temporel de la Providence. Nous ne parlons de l'ajournement du grand-mattre des Templiers qui cita le pape et le roi de France que pour remarquer que cet ajournement a été inventé après coup. Voy. Templiers. Mais le roi d'Aragon Ferdinand IV fut ajourné par deux gentilshommes injustement condamnés, et mourut au bout de trente jours. — Énéas Syivius raconte que Françx)is 1«^, duc de Bretagne, ayant fait assassiner son frère (en 4450) , ce prince, en mourant, ajourna son meurtrier devant Dieu, et que le duc expira au jour fixé. — On avait autrefois grande confiance en ces ajournements, et les' dernières paroles des mourants étaient redoutées. On cite môme une foule d'exemples qui feraient croire qu'un condamné peut toujours, à sa dernière heure, en appeler ainsi d'un juge inique ; si ce n'était qu'une idée, dans les temps barbares elle pouvait être salutaire. Mais n'était-ce qu'uneidée? Delancre dit qu'un innocent peut ajourner son juge, mais que l'ajournement d'un coupable est sans effet. Comme les sorciers ajournaient leurs condamna teurs, il raconte, d'après Paul Jove, que Gonzalve de Cordoue ayant condamné à mort un soldat sorcier, ce soldat s'écria qu'il mourait injustement, et qu'il ajournait Gonzalve à comparaître devant le tribunal de Dieu. « Va, va, lui dit Gonzalve , hâte-toi d'aller et fais instruire le procès : mon frère Alphonse, qui est dans le ciel, comparaîtra pour moi. » — L'ajournement ne lui fut pas fatal.

Akhmîn, — ville de la moyenne Thébaïde, qui avait autrefois le renom d'être la demeure des plus grands magiciens ^ Paul Lucas parle, dans son second voyage * , du serpent merveilleux d'Akhmin, que les musulmans honorent comme un ange et que les chrétiens croient être le démon Asmodée. Voy. Haridi.

Akîba, — rabbin du premier siècle de notre ère, qui, de simple berger, poussé par l'espoir d'obtenir la main d'une jeune fille dont il était épris, devint un savant renommé. Les juifs disent qu'il fut instruit par les esprits élémentaires, qu'il savait conjurer, et qu'il

I D'Herbelot, BiblloUièque orientale.

* Liv. V, t. II, p. 83.

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eut, dans ses jours d'éclat, jusqu'à quatrevingt mille disciples... On croit qu'il est auteur du Jetzirah ou livre de la création, attribué par les uns à Abraham, et par d'autres à Adam même. Voy. Abraham.

Alain de VUU (Insulensis), — religieux bernardin, évêque d'Auxerre au douzième siècle, auteur de ['Explication des prophéties de Merlin (Explanationes in prophetias Mer- Uni Angli; Franclort, 4608, in-S"). Il composa ce commentaire en 4470, à l'occasion du grand bruit que faisaient alors lesditos prophéties. Un autre Alain ou Alanus, qui vivait dans le même siècle, a laissé pour les alchimistes un livre intitulé : Dicta de lapide philosophico, in-8<>; Leyde, 4600.

Alary (François), — songe-creux, qui a fait imprimer à Rouen, en 4701 h Prophétie da comte Bombaste^ chevalier de la Rose- Croix, neveu de ParaceUe, publiée en l'année 4 609, sur la naissance de Louis-le-Grand. y>

AUftor, — démon sévère, exécuteur suprême des sentences du monarque infernal. Il fait les fonctions de Némésis. Zoroaslre l'appelle le bourreau ; Origène dit que c'est le même qu'Azazel; d'autres le confondent avec l'ange exterminateur. Les anciens appelaient les génies malfaisants Alastores^ et Plutarque dit que Ciccron, par haine contre Auguste, avait eu le projet de se tuer auprès du foyer de ce prince pour devenir son alaslor.

Albert-lc-Grand, — Âlbert-le-Teuloniijue, Albert de Cologne, Albert de Ratisbonne, Alberlus Grotus^ c^r on le désigne sous tous ces noms (le véritable était Albert de Grool), savant et pieux dominicain, mis à tort au nombre des magiciens par les démonographes, fut, dit-on , le plus curieux de tous les hommes. Il naquit dans la Souabe , à Lawigen sur le Danube, en 4205. D'un esprit fort grossier dans son jeune âge, il devint, à lasuite d'une vision qu'il eut de la sainte Vierge, qu'il servait tendrement et qui lui ouvrit les yeux de l'esprit, l'un des plus grands docteurs de son siècle. Il fut le maître de saint Thomas d'Aquin. Vieux, il retomba dans la médiocrité, comme s'il dût être évident que son mérite et sa science étendue n'étaient qu'un don miraculeux et temporaire. — D'anciens écrivains ont dit, après avoir remarque la dureté naturelle de sa conception, que d'âne il avait été transmué en philosophe ; puis, ajoutent-ils, de philosophe il redevint âne. — Âlbert-le-Grand fut évêque de Ratisbonne et mourut saintement à Cologne, âgé de quatre-vingt-sept ans. Ses ouvrages n'ont été publiés qu'en 4651 ; ils forment "^ 4 vol.

in-fol. Hn les parcourant on admire un savant chrétien ; on ne trouve jamais rien qui ait pu le charger de sorcellerie. Il dit formellement au contraire : <( Tous ces contes do » démons qu'on voit rôder dans les airs, et de » qui on tire le secret des choses futures, sont » des absurdités que la saine raison n'admet- » tra jamais * . » — C'est qu'on a mis sous son nom des livres de secrets merveilleux, auxquels il n'a jamais eu plus de part qu'à l'invention du gros canon et du pistolet que lui attribue Matthieu de Luna. ^- Mayer dit qu'il reçut des disciples de saint Dominique le secret de la pierre philosophale, et qu'il le communiqua à saint» Thomas d'Aquin; qu'il possédait une pierre marquée naturellement d'un serpent, et douée de cette vertu admirable, que si on la mettait dans un lieu que les serpents fréquentassent, elle les attirait tous ; qu'il employa, pendant trente ans, toute sa science de magicien et d'astrologue à faire, de métaux bien choisis, et sous l'inspection des astres, un automate doué de la parole, qui lui servait d'oracle et résolvait toutes les questions qu'on lui proposait : c'est ce qu'on appelle ïandroïde d' Albert-le-Grand ; que cet automate fut anéanti par saint Thomas d'Aquin. qui le brisa à coups de bâton, dans l'idée que c'était un ouvrage ou un agent du diable. On sent que tous ces petits faits sont des contes. On a donné aussi à Virgile, au pape Sylvestre II, à Roger Bacon, de pareils androïdes. Vaucanson a montré que c'était un pur ouvrage de mécanique. — Une des plus célèbres sorcelleries d'Albert-le-Grand eut lieu à Cologne. Il donnait un banquet, dans son clottre, à Guillaume II, comte de Hollande et roi des Romains ; c'était dans le cœur de l'hiver, et la salle du festin présenta, à la grande sur-* prise de la cour, la riante parure du printemps; mais, ajoute-t-on, les fleurs se flétrirent à la fin du repas. A une époque où l'on ne connaissait point les serres chaudes, l'élégante prévenance du bon et savant religieux dut surprendre. — Ce qu'il appelait lui-même ses opérations magiques n'étaient ainsi que de la magie blanche. — Finissons en disant que son nom d'Albert-le-Grand n'est pas un nom acquis par la gloire , mais la simple traduction de son nom de famille, Albert de Groot. — On lui attribue donc le livre intitulé : les Admirables secrets d'Albert-le-Grand, contenant plusieurs traités sur les vertus des herbes, des pierres précieuses et des animaux, ctc, augmentés d'un abrégé curieux de la physionomie et d'un préservatif contre la peste, les

» De Somn. et vig., lib. m, ttact. 1, cap. 8.

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fièvres malignes, les poi'-ons et Tinfeclion de l'air, lires et Iradiiils des anciens manuscrits derauteurqnin*avaientpasencore paru, etc., in- 18, in-24, in-12. Excepte du bon sens, on trouve de tout dans ce fatras, jusqu'à un traité des fientes, qui a quoique viles et mé- » prisables sont cependant en estime, si on i> s'en sert aux usages prescrits. » Le récollecteur de ces secrets débute par une façon de prière; après quoi il donne la pensée du prince des philosophes, lequel pense que rhommo est ce qu'il y a de meilleur dans le monde, attendu la grande sympathie qu'on découvre entre lui et les signes du ciel, qui est au-dessus de nous et, par conséquent, nous est supérieur. — Le livre I*' traite principalement, et de la manière la plus inconvenante, de l'influence des planètes sur la naissance des enfants, du merveilleux effet des cheveux de la femme, des monstres, de la façon de connaître si une femme enceinte porte un garçon ou une fille, du venin que les vieilles femmes portent dans les yeux, surtout si elles y ont de la chassie, etc.; toutes ces rêveries grossières sont fastidieuses, absurdes et fort sales. — On voit, dans le livre II, les vertus de certaines pierres, de certains animaux, et les merveilles du monde, des planètes et des astres. — Le livre III présente l'excellent traité des fientes, de singulières idées sur les urines, les punaises, les vieux souliers et la pourriture; des secrets pour ômollir le fer, pour manier les métaux, pour dorer Tétain et pour nettoyer la batterie de cuisine. — Enfin , le livre IV est un traité de pbysiognomonie , avec des remarques sch vanteSy des observations sur les jours heureux et malheureux, des préservatifs contre la fièvre, des purgatifs, d^s recettes de cataplasmes et autres choses de même nature. Nous rapporterons en leur lieu ce qu'il y a de curieux dans ces extravagances ; et le lecteur trouvera, comme nous, étonnant qu'on vende chaque année par milliers d'exemplaires les secrets d'Albert*le-Grand aux pauvres habitants des campagnes. — Le solide Trésor du Petit Albert, ou secrets merveilleux de la magie naturelle et cabahstique, traduit exactement sur l'original latin intitulé : « Alberti Parvi Lucii liber demirabilibus naturs&arcanis, » ennchi de figures mystérieuses, et la manière de les faire (ce sont des figures de talismans). Lyon, chez les héritiers de Beringos fratres, à l'enseigne d' Agrippa. In-18, 6316 (année cabalistique). — Albert-le-Grand est également étranger à cet autre recueil d'absurdités, plus dangereux que le premier, quoiqu'on n'y trouve pas, comme les paysans se l'imagi-

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nent, les moyens d'évoquer le diable. On y voit la manière de nouer et de dénouer l'ai^ guillette, la composition de divers philtres, l'art de savoir en songe qui on épousera, des secrets pour faire danser, pour multiplier les pigeons, pour gagner au jeu, pour rétablir le vin gâté, pour faire des talismans cabalistiques, découvrir les trésors, se servir de la main de gloire, composer l'eau ardente et le feu grégeois, la jarretière et le bâton du voyageur, l'anneau d'invisibilité, la poudre de sympathie, l'or artificiel, et enfin des remèdes contre les tnaladies et des gardes pour les troupeaux.

Albert d'Alby, — voy. Cartomancie.

Albert de Saint- Jacques, — moine dïl dix-septième siècle , qui publia un livre intitulé : Lumière aux vivants par Vexpérience des morts^ ou diverses apparitions des âmes du purgatoire de notre siècle. In-8<>, Lvon, 4675. ^

Albigeois , — espèce de manichéens trcsperfides, dont l'hérésie éclata dans le Languedoc, et eut pour centre Albi. Ils admettaient deux principes, disant que Dieu avait produit de lui-même Lucifer, qui était ainsi son fils aîné; que Lucifer, fils de Dieu, s'était révolté contre lui; qu'il avait entraîné dans sa rébellion une partie des anges^ qu'il s'était vu alors chassé du ciel avec les complices de son crime ; qu'il avait, dans son exil, créé ce monde que nous habitons, où il régnait et où tout allait mal. Ils ajoutaient que Dieu, pour rétablir Tordre, avait produit un second fils, qui était Jésus-Christ. Ce singulier dogme se présentait avec des variétés , suivant les différentes sectes. Presque toutes niaient la résurrection de la chair, Tenfer et le purgatoire, disant que nos âmes n'étaient que des démons logés dans nos corps en châtiment de leurs crimes. — Les albigeois avaient pris, dès la fin du douzième siècle, une telle consistance, et de si odieux excès marquaient leur passage, que, les remontrances et les prédications étant vaines, il fallut faire contre eux une croisade, dont Simon de Montfort fut le héros. On a dénaturé et faussé par les plus insignes mensonges l'histoire de cette guerre sainte ; on a oublié que, si les albigeois eussent triomphe, l'Europe retombait dans la barbarie. Il est vrai que leurs défenseurs sont les protestants, héritiers d'un très-grand nombre de leurs erreurs.

Albîgérms. — Les démonographes disent que les possédés, par le moyen du diable, tombent quelquefois dans des extases pendant lesquelles leur âme voyage loin du corps et

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