‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 237 sur 319 · ORA · texte numérisé non relu

ORA

Serme ; on le laisse ensuite reposer un instant et on regarde sans toucher : on y voit ce qui aura rapport à celui ou à celle pour qui Topération se fait; il faut tâcher que ce soit un jour de travail , parce qu'alors les objets s'y présentent dans leurs occupations ordi> naires. Voy, OEufs *.

Opale. — Cette pierre récrée le cœur, préserve de tout venin et contagion de Tair , chasse la tristesse, empêche les syncopes, les maux de cœur et les affections malignes.

Opalskî , — sources d'eaux chaudes dans le Ramtschatka. Les habitants s'imaginent que c'est ia demeure de quelque démon , et ont soin de lui apporter de légères offrandes pour apaiser sa colère ; sans cela , disent-ils, il soulèverait contre eux de terribles tempêtes.

OphîoiiMBoie , — divination par les serpents. Elle était fort usitée chez les anciens , et consistait à tirer des présages des divers mouvements qu'on voyait faire aux serpents. On avait tant de foi à ces oracles^ qu on nourrissait exprès des serpents pour connaître ainsi l'avenir. Voy, Serpents.

Ophîonèe, — chef des démons ou mauvais génies qui se révoltèrent contre Jupiter, selon Phérécyde-le-Syrien .

Ophîoneut, — célèbre devin de Messénie, aveugle de naissance , qui demandait à ceux qui venaient le consulter comment ils s'étaient conduits jusqu'alors, et, d'après leur réponse, prédisait ce qui laur devait arriver. Ce n'était pas si bêle. — Aristodème, roi des Messéniens , ayant consulté l'oracle de Delphes sur le succès de la guerre contre les Lacédémoniens , il lui fut répondu quQ , quand deux yeux s'ouvriraient à la lumière et se refermeraient peu après , c'en serait fait des Messéniens. Ophioneus se plaignit de violents maux de tête qui durèrent quelques jours, au bout desquels ses yeux s'ouvrirent pour se refermer bientôt. Aristodème , en apprenant cette double nouvelle, désespéra du succès et se tua pour ne pas survivre à sa défaîte. Voy. Ololygmancie.

Ophitet, — hérétiques du deuxième «iècle , qui rendaient un culte superstitieux au serpent. Us enseignaient que le serpent avait rendu un grand service aux homm.es en leur faisant connaître le bien et le mal ; ils maudissaient Jésus-Christ, parce qu'il est écrit qu'il est venu dans le monde pour écraser la tète du serpent. Aussi Origène ne les regardait-il pas comme chrétiens. Leur secte était peu nombreuse.

' Les trois (MoMirefl, p. SO.

OphthalmSttt, — pierre fabuleuse qui rendait, dit-on, invisible celui qui la poHait.

OphthaUnoscopîe , — art de connaître te caractère ou le tempérament d'une personne par l'inspection de ses yeux. Voy. Physiogno*

UONIE.

optimisme. — On parle d'une secte de philosophes optimistes qui existaient jadis dans l'Arabie, et qui employaient tout leur esprit à ne rien trouver de mal. Un docteur de cette secte avait une femme acariâtre, qu'il supporta long-tem[)3, mais qu'enfin il étrangla de son mieux , et il trouva que tout était bien. Le calife fit empaler le coupable, qui souffrit sans se plaindre. Comme les assis^ tants s'étonnaient de sa tranquillité : « EU mais, leur dit-il, ne suis-je pas bien empalé?!) — On fait aussi ce conte : Le diable em« portait un philosophe de la même secte, et celui-ci se laissait emporter tranquillement. « II faut bien que nous arrivions quelque part, disait-il , et tout est pour le mieux. »

Or potable. Or artificiel, ^., — VOy. ÀL* GHIlflE.

Oraolef. — Les oracles étaient chez les anciens ce que sont les devins parmi nous. Toute la différence qu'il y a entre ces deux espèces, c'est que les gens qui rendaient les oracles se disaient les interprètes des dieux , et que les sorciers ne peuvent relever que du diable. On honorait les premiers ; on méprise les seconds. — Le père Kirker, dans le dessein de détromper les gens superstitieux sur les prodiges attribués à l'oracle de Delphes, avait imaginé un tuyau , adapté avec tant d'art à une figure automate , que , quand quelqu'un parlait, un autre entendait dans une chambre éloignée ce qu'on venait de dire, et répondait par ce même tuyau, qui faisait ouvrir la bouche et remuer les lèvres de l'automate. Il supposa en conséquence que les prêtres du paganisme, en se servant de ces tuyaux, faisaient accroire aux sots que Tidole satisfaisait à leurs questions. — L'oracle de Delphes est le plus fameux de tous. Il était situé sur un c6té du Parnasse, coupé de sentiers taillés dans le roc, entouré de rochers qui répétaient plusieurs fois le son d'une seule trompette. Un berger le découvrit en remarquant que ses Chèvres étaient enivrées de la vapeur que produisait une grotte autour de laquelle elles paissaient. La prêtresse rendait ses ofacles, assise sur un trépied d'or, au-dessus de celte cavité; la vapeur qui en sortait la faisait entrer dans une sorte de délire effrayant, qu'on prenait pour un enthousiasme divin. — Les oracles de la Pyth^ n'étaient autre chose qu'une inspira'

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tion démoniaque, dit Lcloyer, et no procédaient point d'une voix humaine. Dès qu'elle enlrait en fonction , son visage s'altérait , sa gorge s'enflait, a sa poitrine pantoisait et haletait sans cesse ; elle ne ressentait rien que rage; elle remuait la tête , faisait la roue du cou, pour parler comme le poète Slace, agitait tout le corps, et rendait ainsi ses réponses. — Les prêtres de Dodone disaient que deux colombes étaient venues d'Egypte dans leur forêt, parlant le langage des hommes; et qu'elles avaient commandé d'y bâtir un temple à Jupiter , qui promettait de s'y trouver et d'y rendre des oracles. Pausanias conte que des filles merveilleuses se changeaient en colombes, et sous cette forme rendaient les célèbres oracles de Dodone. Les chênes parlaient dans cette forêt enchantée [voy. arbres); et on y voyait une statue qui répondait à tous ceux qui la consultaient , en frappant avec une verge sur des chaudrons d'airain , laissant à ses prêtres le soin d'expliquer les sons prophétiques qu'elle produisait. — Le bœuf Apis, dans lequel l'âme du grand Osiris s'était retirée, était regardé chez les Égyptiens comme un oracle. En le consultant, ou se mettait les mains sur les oreilles , et on les tenait bouchées jusqu'à ce qu'on fut sorti de l'enceinte du temple ; alors on prenait pour réponse du dieu là première parole qu'on entendait. — Les oracles présentaient ordinairement un double sens, qui sauvait l'honneur du dieu et leur donnait un air de vérilo , mais de vérité cachée au milieu du mensonge que peu de gens avaient l'esprit de voir. — Théagènes de Thase avait remporté quatorze cents couronnes en différents jeux ; de sorte qu'après sa mort on lui éleva une statue en mémoire de ses victoires. Un de ses ennemis allait souvent insulter cette statue, qui tomba sur lui et l'écrasa. Ses enfants, conformément aux lois de Dracon qui permettaient d'avoir action, même contre les choses inanimées, quand il s'a* gissait de punir l'homicide, poursuivirent la statue de Théagènes pour le meurire de leur père; elle fut condamnée à être jetée dans la mer. Les Thasiens furent peu après ailligés d'une peste. L'oracle consulté répondit : Rap' pelez vos exilés. Ils rappelèrent en conséquence quelques-uns de leurs citoyens. Mais la calamité ne cessant point, ils renvoyèrent à l'oracle, qui leur dit alors plus clairement : Vous avez détruit les honneurs du grand Théagènes .'... La statue fut remise à sa place ; on lui sacriBa comme à un dieu ; et la peste s'apaisa. — Philippe , roi de Macédoine , fut averti par l'oraclo d'Apollon qu'il serait tué d'une charrette. C'est pourquoi il couaman*-

da aussitôt qu'on fit sortir toutes les charrettes et tous les chariots de son royaume. Toutefois il ne put échapper au sort que l'oracle avait si bien prévu : Pausianas, qui lui donna la mort, portait une charrette gravée -à la garde de l'épée dont il le perça. — Ce même Philippe désirant savoir s'il pourrait vaincre les Athéniens, l'oracle qu'il consultait lui répondit :

Avec lances d'argent, quand tu feras la guerre. Tu pourras terrasser les peuples de la terre.

Ce moyen lui réussit merveilleusement, et il disait quelquefois qu'il était mattre d'une place s'il pouvait y faire entrer un mulet chargé d'or. — Qu^'qu^fois les oracles ont dit des vérités; qui lesycontrai)?nait? On est surpris de lire dans Porphyre que l'oracle de Delphes répondit un jour à des gens qui lui demandaient ce que c'était que Dieu : a Dieu est la source de la vie, le principe de toutes choses, le conservateur de tous les êtres. Tout est plein de Dieu; il est partout, personne ne Ta engendré : il est sans mère; il sait tout, et on ne peut rien lui apprendre. Il est inébranlable dans ses desseins , et son nom est ineffable. Voilà ce que je sais de Dieu , ne cherche pas à en savoir davantage : ta raison ne saurait le comprendre, quelque sage que tu sois. Le méchant et l'injuile ne peuvent se cacher devant lui ; l'adresse et l'excuse ne peuvent r en déi^uiser à sjs re^^ards perçants. » — Dans Suidas, l'oracle de Sérapis dit à Tbulis, roi d'Egypte : «-Dieu, le verbe, et l'esprit qui les unit, tous ces trois ne sont qu'un : c'est le Dieu dont la force est éternelle. Mortel, adore et tremble, ou tu es plus à plaindre que l'animal dépourvu de raison. » — Le comte de Gabalis,*en attribuant les oracles aux esprits élémentaires, ajoute qu'avant Jésus -Christ ces esprits prenaient plaisir à expliquer aux hommes ce qu'ils savaient de Dieu , et à leur donner de sages conseils; mais qu'ils se retirèrent quand Dieu vint lui-même instruire les hommes, et que dès lors les oracles se turent. — On pensera des oracles des païens ce que l'on voudra, dit dom Calmet dans ses Dissertations sur les Apparitions; je n'ai nul intérêt à les défendre, je ne ferai pas même difficulté d'avouer qu'il y a eu de la part des prêtres et des prêtresses qui rendaient ces oracles beaucoup de supercheries et d'illusions. Mais s'ensuit-il que le démon ne s'en soit jamais mêlé ? On ne peut disconvenir que depuis le christianisme les oracles ne soient tombés insensiblement dans le mépris, et n'afent été réduits au silence, et que les prêtres qui se mêlaient de prédire les choses cachées et futures n'aient été souvent forcés d'avouer que

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