ANN - 3G
petite boîte fuite avec du mercure fixé, pour s'en servir à l'occasion. Alors on mettra la bague à son doigt; en tournant la pierre au dehors de la main, elle a la vertu de rendre invisible aux yeux des assistants celui qui la porte; et quand on veut être vu, il suffit de rentrer la pierre en dedans de la main , que l'on ferme en forme de poing. — Porphyre, Jamblique, Pierre d'Apone et Agrippa, ou du moins les livres de secrets qui leur sont attribués, soutiennent qu'un anneau fait de la manière suivante a la môme propriété. Il faut prendre des poils qui sont au-dessus de la tète de l'hyène , et en faire de petites tresses avec lesquelles on fabrique un anneau, qu'on porte aussi dans le nid de la huppe; on le laisse là neuf jours; on le passe ensuite dans des parfums préparés sous les auspices de Mercure. On s'en sert comme de l'autre anneau, excepté qu'on l'oie absolument du doigt quand on ne veujt plus être invisible. — Si, d'un autre côté, on veut se précautionner contre l'effet de ces anneaux cabalistiques , on aura une bague faite de plomb raffiné et purgé; on enchâssera dans le chaton un œil de jeune belette qui n'aura porté des petits qu'une fois ; sur le contour on gravera les paroles suivantes : Apparuit Dominus Simoni. Cette bague se fera un jour de samedi, lorsqu'on connaîtra que Saturne est en opposition avec Mercure. On l'enveloppera dans un morceau de linceul mortuaire où on le laissera neuf jours ; puis, l'ayant retirée, on fera trois fois le parfum de Saturne, et on s'en servira. — Ceux qui ont inventé ces anneaux ont raisonné sur le principe de l'antipathie entre les matières qui les composent. Rien n'est plus antipathique à l'hyène que la belette, et Saturne rétrograde presque toujours à Mercure; ou, lorsqu'ils se rencontrent dans le domicile de quelques signes du zodiaque, c'est toujours un aspect funeste et de mauvais augure *. — On peut faire d'autres anneaux sous l'influence des planètes, et leur donner des vertus au moyen de pierres et d'herbes merveilleuses. « Mais dans ces caractères, herbes cueillies, constellations et charmes, le diable se coule, » comme dit Leloyer. « Ceux qui observent les heures des astres, ajoute-t-il , n'observent que les heures des démons qui président aux pierres, aux herbes et aux astres mêmes. » — Et il est de fait que ce ne sont ni des saints ni des cœurs honnêtes qui se mêlent de ces superstitions.
Anneberg, — démon des mines; il tua un jour de son souffle douze ouvriers qui travail-
> Petit Albert.
— ANN
laient à une mine d'argent dont il avait l^^ garde. C'est un démon méchant et terrible. Il se montre surtout en Allemagne; on dit qu'il a la figure d'un cheval, avec un cou immense et des yeux effroyables *.
Année. — Plusieurs peuples ont célébré par des cérémonies plus ou moins singulières le retour du nouvel an. Chez les Perses, un jeune homme s'approchait du princ6 et lui faisait des offrandes, en disant qu'il lui apportait la nouvelle année de la part de Dieu. Chez nous, on donne encore des étrennes. Les Gaulois commençaient l'année par la cérémonie du gui de chêne, qu'ils appelaient le guide Van neuf ou du nouvel an. Les druides, accompagnés du peuple, allaient dans une forêt, dressaient autour du plus beau chêne un autel triangulaire de gazon , et gravaient sur le tronc et sur les deux plus grosses branches de l'arbre révéré les non^ des dieux qu'ifs croyaient les plus puissants : Theutatès, Èsus, Tarants, Belenus. Ensuite, l'un d'eux, vêtu d'une blanche tunique, coupait le gui avec une serpe d'or; deux autres druides étaient là pour le recevoir dans un linge, et "prendre garde qu'il ne touchât la terre. Ils distribuaient l'eau où ils faisaient tremper ce nouveau gui, et persuadaient au peuple qu'elle guérissait de plusielirs maladies et qu'elle était efficace contre les sortilèges*. — On appelle année platonique un espace de temps à la fin duquel tout doit se retrouver à la même place'. Les uns comptent quinze mille ans pour cette révolution, d'autres trente- six mille. Il y en eut aussi qui croyaient anciennement qu'au bout de cette période le monde serait renouvelé, et que les âmes rentreraient dans leurs corps pour commencer une nouvelle vie sembable à la précédente. On conte là -dessus celte anecdote . — Deux Allemands, étant au cabaret et parlant de cette grande année platonique où toutes les choses doivent retourner à leur premier état, voulurent persuader au maître du logis qu'il n'y avait rien de si vrai que cette révolution ; « de sorte, disaient-ils, que, dans seize mille ans d'ici, nous serons à boire chez vous à pareille heure et dans celte même chambre. » Là-dessus, ayant peu d'argent, en vraisAllemands qu'ils étaient, ils le prièrent de leur faire crédit jusque-là. Le cabaretier leur répondit qu'il le voulait bien.« Mais, ajouta-t-il, parce qu'il y a seize
« Wierus, De Pnest., lib. î, cap. 22.
2 Saint-Foix, Essais, etc., t. II.
3 Quelques-uns disaient que les corps célestes seulement se retrouveraient au même point au bout de la grande année. Cicéron, dans un passage de son Hortcnsius, conservé par Servius, fait cette grande année de douze mille neuf cent cinquante*quatrc des nAtres.