‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 251 sur 319 · PIC · texte numérisé non relu

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religion. Ils d'seni que ie solml et la lune sont le mari et la femme. Pendant les éclipses, les femmes se tirent du sang et s'égratigneot les bras , parce qu'elles croient la lune en querelle avec son mari. Les piaches donnent un talisman en forme de X comme préservatif contre les fantômes. Ils se mêlent de prédire, et il s est trouvé des Espagnols assez crédules pour ajouter foi à leurs prédictions. Ils disent que les échos sont les voix des trépassés.

Fîcard (Mathcrin) , — directeur d'un couvent de Louviers , qui fut accusé d'être sorcier, et d'avoir conduit au sabbat Madeleine Bavan , lourière de ce couvent. — Comme il était mort lorsqu'on arrêta Madeleine, et qu'on lui fit son procès, où il fut condamné ainsi qu'elle, son corps fut délivré à l'exécuteur des sentences criminelles , traîné sur des claies par les rues et lieux publics , puis conduit en !a place du Vieux-Marché; là brûlé et les cendres jetées au vent , 1647.

Fîeatrix , — médecin ou charlatan arabe , qui vivait en Espagne vers le treizième siècle. fl se livra de bonne. heure à l'aèlrologie, et se rendit si recommandable dans cette science que ses écrits devinrent célèbres parmi les amateurs des sciences occultes. On dit qu'Agrippa, étant allé en Espagne, eut connaissance de ses ouvrages, et prit beaucoup d'idées creuses, notamment dans le traité que Picatrix avait laissé de la Philosophie occulte.

Fiç d« U Mirandole (Jean) , — l'un des homme» les plus célèbres par la précocité et l'étendue de son savoir, né le 24 février 4463. Il avait une ipémoire prodigieuse et un esprit très-pénétrant. Cependant, un im^)os(eur l'abusa en lui faisant voir soixante manuscrits qu'il assurait avoir été composés par l'ordre d'Esdras , et qui ne contenaient que les plus ridicules rêveries cabalistiques. L'obstination qu'il mit a les lire lui ûl perdre un temps plus précieux que l'argent qu'il en avait donné et le remplit d'idées chimériques dont il ne fut jamais entièrement désabusé. Il mourut en 44^4. On a recueilli de ses ouvrages, d^ Conclusions philosophiques de cabale et de théologie, Rome, Silbert, in -fol., extrêmement rare ; c'est là le seul mérite de ce livre. Car, de l'aveu même de Tiraboschi, on ne peut que gémir, en le parcourant, de voir qu'un si beau génie , un esprit si étendu et si laborieux , se soit occupé de questions si frivoles. On dit qu'il avait un démon familier.

VichaohA , — nom collectif des esprits follets chez les Indiens.

PîooUtts, — démon révéré par les anciens h^bitantst 4]S la Prusse , qui lui consacraient

la tète d'un homme mort, et brûlaient du suif en son iionneur. Ce démon ae faisait voir aux derniers jours des personnages importants. Si OD ne l'apaisait pas , il se présentait une seconde fois ; et , lorsqu'on lui donnait la peine de paraître une troisième , on ne pouvait plus l'adoucir que par l'effusion du sang humain. Lorsque PicoUus était content, on l'entendait rire dans le temple ; car il avait un temple.

•Me, — oiseau de mauvais augure. En Bretagne , les tailleurs sont les entremetteurs dos mariages; ils se font nommer, dans cette fonction, basvanah ; ces basvanals, pour réussir dans leurs demandes , portent un lias rouge et un bas bleu , et rentrent chez eux s'ils votent une pie , qu'ils regardent comme un fuiiesle présage ^ — M. Berfoiguier dit que la pte voleuse , dont on a fait un mélodrame , était un farfodet.

Vittd. — Les Romains distingués avaient dans leur vestibule un esclave qui avertissait les visiteurs d'entrer du pied droit. Ori tenait à mauvais augure d'entrer du pied gauche chez ^es dieux et chez les grands. — On entrait du pied gauche lorsqu'on était dans le deuil ou dans le chagrin *.

Pierre d'aigle, — ainsi nommée parce qu*on a supposé qu'elle se trouvait dans les nids d'aigle. Dioscoride dit que celte pierre sert à découvrir les voleut's; Matthiole ajoute que les aigles vont chercher cette pierre jusqu'aux Indes pour faire éclore plus facilement leurs petits. C'est là-dessus qu'on a cru qu'elle accélérait les accouchements. Voyez à leur nom les autres pierres précieuses. Voy. aussi Rr- GNER et Sakhrat.

Flerre du diable. — Il y a dans la v^Jléb de Schellenen , en Suisse , des fragments de rocher de beau granit , qu'on appelle la pierre du diable * dans un démêlé qu'il y eut entre les gens du pays et le diable, celui-ci rapporta là pour renverser un ouvrage qu'il avait eu, quelque temt)s auparavant, la complaisance de leur construire.

Pierre philosophale. — On regarde la pierre philosophale comme une chimère. Ce mépris, disent les philosophes hermétiques, est un effet du juste jugement de Dieu , qui ne permet pas qu'un secret si précieux soit connu des méchants et des ignorants Cette science fait partie de la cabale , et ne s'enseigne que de bouche à bouche. Les alchimistes donnent Unç foule de noms à la pierre philosophale : c'est la fille du grand secret ^ le soleil est son père; la lune est sa mère, le vent Va portée dans

» Cambry, Voyage dans le Finistère, t. III, p. 47. * M. Kisard, Stace.

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son ventre , elc. -p- Le secret plus ou moins chimérique de faire de i or a été en vogue parmi les Chinois long-temps avant qu'on en eût les premières notions en Europe. Ils parlent dans leurs livres , en termes magiques, de la semence d'or et de la poudre de projection. Ils promettent de tirer de leurs creusets, non-seulement de lor, mais encore un remède spécifique et universel , qui procure à ceux qui le prennent une espèce d*immorlalilé. — Zosime y qui vivait au commencement du cinquième siècle, est un des premiers parmi nous qui aient écrit sur Tart de faire de For et de l'argent, ou la manière de fabriquer la pierre philosophale. Cette pierre est une poudre ou une liqueur formée de divers métaux en fusion sous une constellatioa favorable. — Gibbon remarque que les anciens ne connaissaient pas Faldnmie. Cependant on voit dans Pline que l'empereur Caiigula entreprit de faire de l'or avec une préparation d'arsenic , et^u'il abandonna son projet, parce que les dépenses l'emportaient sur le profit. — Des partisans de cette science prétendent que les Ëgypiiens en connaissaient tous les mystères. — Cette précieuse pierre philosophale , qu'on appelle aussi élixir universel , eau du soleil , poudre de projection , qu'on a tant cherchée , et que sans doute on n'a jamais pu découvrir >, procurerait à celui qui aurait le bonheur de la posséder des richesses incompréhensibles^ une santé toujours florissante , une vie exempte de toutes sortes de maladies, et même , au sentiment de plus d'un cabaliste, l'immortalité.... 11 ne trouverait rien qui pût lui résister, et serait sur la terre le plus glorieux, le plus puissant, le plus riche et le plus heureux des mortels ; il convertirait à son gré tout en or, et jouirait de tous les agréments. L'empereur Rodolphe n'avait rien plus à cœur que cette inutile recherche. Le roi d'Espagne Philippe II employa, dit-on, de grandes sommes à faire travailler les chimistes aux conversions des métaux. Tous ceux qui ont marché sur leurs traces n'ont pas eu plus de succès. — Quelques-uns donnent celte recette comme le véritable secret de faire l'œuvre hermétique : Mettez dans une fiole de verre fort , au feu de sable, de 1 elixir d'arislée , avec du baume de mercure et une pareille pesanteur du plus pur or de vie ou précipité d'or, et la calcination qui restera au fond de la fiole se multipliera cent mille fois. — Que si l'on ne sait comment se procurer de l'élixir d'arislée et du baume de mercure , on peut implorer les

* Voyez pourtant Rayr.oncl Lulle, — quant à ce qui concerne l'or.

esprits cabalistiques, ou même, si on l'aime mieux , le démon barbu , dont nous parlerons. — On a dit aussi que saint Jean Tévangéliste avait enseigné le secret de faire de l'or; et, en effet, on chantait autrefois , dans quelques églises, une hymne en son honneur où se trouve une allégorie que les alchimistes s'appliquent :

Inexhaa&tam fert thesanmm Qui de Tirgis facit aurum, Gemmas de lapidibus.

D'autres disent que pour faire le grand œuvre , il faut de Tor, du plomb , du fer, de l'anlimoiue, du vitriol, du sublimé, de larsenic, du tartre, du mercure, de Teau, de la terre et de l'air, auxquels on joint un œuf de coq, do crachat, de l'urine et des excréments humains. Aussi un philosophe a dit avec raison que la pierre philosophale était une salade , et qu'il y fallait du sel , de l'huile et du vinaigre. 7- Nous donnerons une plus ample idée de la matière et du raisonnement des adeptes, en présentant au lecteur quelques passages du traité de chimie philosophique et hermétique publié à Paris en 1725 ^ — « Au commencement, dit l'auteur, les sages, ayant bien considéré, ont reconnu que l'or engendre ]'or et l'argent , et qu'ils peuvent se multiplier en leurs espèces. — Les anciens philosophes , travaillant par la voie sèche , ont rendu une partie de leur or volatil, et l'ont réduit en sublimé blanc comme neige et luisant comme cristal ; ils ont converti l'autre partie en sel fixe ; et de la conjonction du volatil avec le fixe , ils ont fait leur élixir» — Les philosophes modernes ont extrait de l'intérieur du mercure un esprit igné , minéral , végétal et multiplicatif, dans la concavité humide duquel est caché le mercure primitif ou quintessence universelle. Par le moyen de cet esprit, ils ont attiré la semence spirituelle contenue en l'or ; et par cette voie, qu'ils ont appelée voie humide, leur soufre et leur mercure ont été faits : c'est le mercure des philosophes , qui n'est pas solide comme le métal , ni mou comme le vif-argent , mais entre les deux. — Ils ont tenu long-temps ce secret caché, parce que c'est le commencement « le milieu et la fin de l'œuvre : nous Talions découvrir pour le bien de tous. — Il faut donc', pour faire l'œuvre : 1** purger le mercure avec du sel et du vinaigre (salade] ; 2^ le sublimer avec du vitriol et du salpêtre ; 3<> le dissoudre dans Teau-forte; i^ le sublimer derechef; 5^ le calciner et le fixer; 6^ en dissoudre une

' Traite de chimie philosophique et hermétique, enrichi des opérations les plus curieuses de l'art, sans nom d'auteur. Paris , 1725, in-12, avec approbation s^ gnée Audry, docteur on médecine , et privilège da roi.

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partie par défaillanco à la cave , où il se résoudra en liqueur ou huile (salade) ; 7** distiller celle liqueur pour en séparer l'eau spiriluelle , l'air et le feu ; 8» mettre de ce corps mercuriel calciné et fixé dans l'eau spirituelle ou esprit liquide mercuriel distillé; 9^ les putréfier ensemble jusqu'à la noirceur; puis il s'élèvera en superficie de l'esprit un soufre blanc non odorant , qui est aussi ap|:)elé sel armoniac; 1 0** dissoudre ce sel armoniac dans l'esprit mercuriel liquide, puis le distiller jusqu'à ce que tout passe en liqueur, et alors sera fait le vinaigre des fages; 11° cela parachevé , il faudra passer de l'or à ran'.imoine par trois fois, et après le réduire en chaux ; 42» mettre cette chaux d'or dans ce vinaigre très-aigre, les laisser putréfier; et, en superficie du vinaigre, il s'élèvera une terre feuillée de la couleur des perles orientales . il faut subli'ier de nouveau jusqu'à ce que celle terre soit très-pure : alors vous aurez fait la première opération du grand œuvre. — Pour le second travail, prenez, au rom de Dieu , une part de celte chaux d'or et deux parts de l'eau spirituelle chargée de son ï^el armoniac; mettez cette noble confection dans un vase de cristal de la forme d'un œuf; scellez le tout du sceau d'Hermès ; entretenez un feu doux et continuel ; l'eau ignée dissoudra peu à peu la chaux d'or ; il se formera une liqueur qui est l'eau des sages et leur vrai chaos, contenant les qualités élémentaires., chaud , sec , froid et humide. Laissez putréfier celte composition jusqu'à ce quï'lle devienne noire : cette noirceur, qui est appelée la We de corbeau et le saturne des sages, fait connaître à l'artistç qu'il est en bon chemin. — Mais pour ôter celte noirceur puante , qu'on appelle aussi terre noire, il faut faire bouillir de nouveau , jusqu'à ce que le vase ne présente plus qu'une substance blanche comme la neige. Ce degré de l'œuvre s'appelle le cygne. Il faut enfin fixer par le feu celte liqueur blanche qui se calcine et se divise en deux parts , Tune blanche pour l'argent, l'autre rouge pour l'or : alors vous aurez accompli les travaux , et vous posséderez la pierre philosophale. — Dans les diverses opérations , on peut tirer divers produits : d'ab .rd le lion vert^ qui est un liquide épais, qu'on nomme aussi Vazot , et qui fait sortir l'or ca- (hé dans les matières ignobles. Le lion rouge, qui convertit les métaux en or; c'est une poudre d'un rouge vif. La iéte de corbeau, dite encore la voile noire du navire de Thésée^ dépôt noir qui précède le lion vert, et dont l'apparition , au bout de quarante jours, promet le succès de l'œuvre; il sert à la décom-

position et putréfaction des objets dont on veut tirer l'or. La poudre blanche^ qui transmue les métaux blancs en argent fin. Vélixir au rouge , -avec lequel on fait de l'or et on guérit toutes les plaies. Vélixirau blanc^ avec lequel on fait de largent et on se procure une vie extrêmement longue; on l'appelle aussi la fille blanche des philosophes. Toutes ces variétés de la pierre philosophale végètent et se multiplient.... » — Le reste du livre est sur le même ton. Il contient tous les secrets de l'alchimie. Voy. Baume universel, Elixir de VIE, Or potable , etc. — Les adeptes prétendent que Dieu enseigna Talchimie à Adam , qui en apprit le secret à Enoch, duquel il descendit par degrés à Abraham , à Moïse , à Job, qui multiplia ses biens au septuple par le moyen de la pierre philosophale , à Paracelse, et surtout à Nicolas Flamel. Ils citent avec respect des livres de philosophie hermétique qu'ils attribuent à Marie, sœur de Moïse, à Ilermès Trismégiste , à Démocrite , à Aristote, à saint Thomas d'Aquin, etc. La boite de Pandore , la toison d'or de Jason , le caillou de Sisyphe, la cuisse d'or de Pythagore, ne sont , selon eux , que le grand œuvre *. Ils trouvent tous leurs mystères dans la Genèse, dans V Apocalypse surtout, dont ils font un poème à la louange de l'alchimie; dans VOdys^ sée, dans les Métamorphoses d'Ovide. Les dragons qui veillent , les taureaux qui soufflent du feu , sont des emblèmes des travaux hermétiques. Gobineau de Monttuisant, gentilhomme charirain , a même donné une explication extravagante des figures bizarres qui ornent la façade de Notre-Dame de Paris ; il y voyait une histoire complète de la pierre philosophale. Le Père éternel étendant les bras, et tenant un ange dans chacune de ses mains, annoncé assez, dit-il, la perfection de l'œuvre achevé. — D'autres assurent qu'on ne peut posséder le grand secret que par le secours de la magie; ils nomment démon barbu le démon qui se charge do renseigner; c'est, disent-ils, un très-vieux démon. On trouve à l'appui de celte opinion , dans plusieurs livres de conjurations magiques , des formules qui évoquent les démons hermétiques. Cédrénus , qui donnait dans cette croyance , raconte qu'un alchimiste présenta à l'empereur Anastase, comme l'ouvrage de son art, un frein* d'or et de pierreries pour son cheval. L'empereur accepta le présent et fit mettre l'alchimiste dans une prison où il mourut; après quoi le frein devint noir, et on reconnut que l'or des alchimistes n'était qu'un prestige

• Naudé, Apologie po :r les grands personnages, etc.

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du diable. Beaucoup d'anecdoles prouvent que ce n'esl qu'une friponnerie ordinaire. — Un rose-croix, passant à Sedan, donna à Henri I'"^, prince de Bouillon, le secret de faire de l'or, qui consistait à faire fondre dans un creuset un grain d'une poudre rouge qu'il lui remit, avec quelques onces de litliarge. Le prince fit l'opéralion devant le chai'latah, et tira trois onces d'or pour trois grains de celte poudre; il fut encore plusravi qu'étonné; et l'adepte, pour achever de le séduire, lui lit présent de toute sa poudre transmutante.

— H y en avait trois cent mille grains. Le prince crut posséder trois cent mille onces d'or. Le philosophe était pressé de partir ; il allait à Venise tenir la grande assemblée des philosophes hermétiques; il ne lui restait plus rien , mais il ne demandait que vingt mille écus; le duc de Bouii'on les lui donna et le renvoya avec honneur. — Comme en arrivant à Sedan le charlatan avait fait acheter toute la litharge qui se trouvait chez les apothicaires de celle ville et l'avait fait revendre ensuite chargée de quelques onces d'or, quand cette litharge fut épuisée , le prince ne fit plus d'or, ne vit plus le rose-croix et en fut pour ses vingt mille écus. — Jérémie Médérus, cité par Delrio ^ raconte un tour absolument semblable qu'un autre adepte joua au marquis Erneàl de Bade. Tous les souverains s'occu-* paient autrefois de la pierre philusophale; la fameuse Elisabeth la chercha long- temps. Jcfm Gauthier, baron de Plumerolles, se vantait de savoir faire de l'or; Charles IX, trompé par ses promesses, lui fit donner cent vingt mille livres , et ladepte se mit à l'ouvrage. Mais après avoir travaillé huit jours , il se sauva avec l'argent du monarque. On courut à sa poursuite , on l'attrapa , et il fut pendu : mauvaise fin , même pour un alchimiste. — En 4616 , la reine Marie de Médicis donna à Guy de Crusembourg vingt mille écus pour travailler dans la Bastille à faire de l'or. H s*évada au bout de trois mois avec les vingt mille écus, et ne reparut plus en France. — Le pape Léon X fut moins dupe. Un homme qui se vantait de posséder le secret de la pierre philosophale, demandait à Léon X une récompense. Le protecteur de-s arts le pria de rpvenir le lendemain ; e( il lui fit donner un grand sac , en lui disant que puisqu'il savait faire de l'or il lui oifrait de quoi le contenir s.

— Le roi d'Angleterre Henri Vl fut réduit à un tel degré de besoin , qu'au rapport d'Eve-

' Disquisit. mag., lib. 1 , cap. 5, qusst. 3.

* Le comte d'Oxensliern at ribue ce trait au pape Urbain VIII. à qui uu adepte dédiait un traité d'alchimie. Pensées, t. 1", p. 172.

lyn (dans ses Numismata) il chercha à rem plir ses coffres avec le secours de ralcfaimie. L'enregistrement de ce singulier projet contient les protestations les plus solennelles et les plus sérieuses de l'existence et des vertus de la pierre philosophale , avec des encouragements à ceux qui s'en occuperont. H annule et condamne toutes les prohibitions antérieures. Aussitôt que celte patente royale lut publiée, il y eut tant de gens qui s'engagèrent à faire de l'or^ selon l'attente du roi , que Tannée suivante Henri VI publia un autre édrl dans lequel il annonçait que l'heure était proche où , par le moyen de la pierre philosophale, il allait pïiyer les dettes de l'état en or et en argent monnayés. — Charles U d'Angleterre s'occupait aussi de Talchimie. Les personnes qu'il choisit pour opérer le grand œuvre formaient un assemblage aussi singulier que leur patente était ridicule. C'était une réunion d'épiciers, de merciers et de marchands de pôissDU. Leur patente fut accordée authoritate parlamenti, — Les alchimistes étaient appelés autrefois multiplicateurs; on le voit par un statut de Henri IV d'Angleterre, qui ne croyait pas à l'alchimie. Ce statut se trouve rapporté dans la patente de Charles II. Comme il est fort court, nous le citerons : — « Nul dorénavant ne s'avisera de multiplier l'or et l'argent . ou d'employer la supercherie de la multiplication , sous peine d'être traité et puni comme félon. » — On lit dans les Cu riosilés de la littérature, ouvrage traduit do l'anglais par Th. Bertin , qu'une princesse de la Grande-Bretagne , éprise de ralchimie , fît la rencontre d'un homme qui prétendait avoir la puissance de changer le plomb en or. Il ne demandait que les matériaux et le téntps nécessaires pour exécuter la conversion. Il fut emmené à la campagne de sa protectrice , ( à l'on construisit un vaste faboratoire; et afin qu'il ne fût pas troublé on défendit que personne n'y entrât. Il avait imaginé de faiie tourner sa porte sur un pivot , et recevait à manger sans voir, sans être vu , sans que rien pôt le distraire. — Pendant deux ans il ne condescendit à parler à qui que ce fût, pas même à la princesse. Lorsqu'elle fut introduite enfin dans son laboratoire , elle vit des alambics, des chaudières, de longs tuyaux, des forges , des fourneaux , et trois ou quatre feux d'enfer allumés; elle ne contempla pns avec moins de vénération la figure enfumée de l'alchimiste, pâle, décharné, affaibli par ses veilles, qui lui révéla, dans un jargon inintelligible , les succès obtenus ; elle vit oa crut voir des monceaux d'or encore imparfait répandus dans le laboratoire. — r Cependant

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l*a)chimi8le demandait souvent un nouvel alambic , et des quantités énormes de charbon. La princesse, malgré son zèle, voyant qu'elle avait dépensé une grande partie de sa fortune à fournir aux besoins du philoso* phe, commença à régler Tessor de son imagill^tion sur les rooseils de la sagesse. Elle découvrit sa façon de penser au physicien : celui-ci avoua qu'il était surpris de la lenteur de ses progrès ; mais il allait redoubler d'efforts et hasarder une opération de laquelle, iiisqu'^lors , il avait cru pquypjr se pa$$er. La proleclrice se retira; les visions dorées reprirent leur premier empire. — Un jour qu'elle était à dîner, un cri affreux, suivi d'une explosion semblable à celle d'un coup de canon , se fit entendre; elle se rendit avec ses gf^ns auprès du cbipi|&le. On trouva deux larges retories brisées, une grande partie du laboratoire en flammes , et le physicien grillé depuis le^ pieds jusqu'à la tète. — Elie Âshmôle écrit, d^ns sa Quotidienne du 13 mai 4655 : « Mon père packhouse (astrologue qui )'avajt adopté ppi^r ^on fils, méthode pratiquée par le3 gens ^e celte espèce) , éjant malade dans Fleet-street, près de l'église de Saintpunslan , et se trouvant , sur les onze heures du soir, à Tarticlo de la mort, me révéla le §ecret de |a pierre philosophale , et me le légu^ pn instant avant d'expirer. » Nous apprenofis par là qu'un mameureux qui connaissait l'art de taire de l'or vivait cependant de cT)ari(és, etqu'Ashmoie croyait fermement être en possession d'une pareille recette. ^- Ashmole a néanmoins élevé un monument curieux des savantes folies de son siècle, dans son Theatrum chimicum brilannicum , vol. in- 4" jJans lequel il a réuni les traités des alchimisies anglais. Ce recueil présente diviers échantillons des mystères de la secte des Hose- (Groix , et Ashmole raconte des anecdotes dont le merveilleux surpasse toutes les chimères des inventions arabes. 11 dit de la pierre philosophale qu'il en sait assez pour se taire, et qu'il n'en sait pas assez pour en parler. — La chimie inodeme n^est pourtant pas sans avoir l'espérance , pour ne pas dire ia certiiude , de vpir un jour vérifiés les rêves dorés des alcliimistes. Le docteur Girtanner de Got- <lngue a dernièrement hasardé cette prophétie quë^ dans le dix-neuvième siècle, la transmutation des métaux sera généralement conclue; que chaque chimiste saura faire de l'or; Que les instruments de cuisine seront d'or et a argent, ce qui contribuera beaucoup à prolonger la vie', qui Se trouve aujourd'hui compromise par les oxydes de cuivre, de fer et de plomb que iiops ayalpns avec nplre pour-

riture '. — C'est ce que surtout 1(b galv^nism^ amènera.

Fierr« de Miité. — A Genève et en Savoie, on appelle ainsi une espèce de pyrite martiale très-dure et susceptible d'un beau poli. On taille ces pyrites en facettes comme le cristal , et l'on en fait des bagues , des bou-> clés et d'autres ornements. Sa couleur est à peu près la même que celle de l'acier poli. On lui donne le nom de pierre de santé, d'après le préjugé où Ton est qu'elle pâlit lorsque la santé de la personne qui la porte est sur le point de s'altérer.

Pierre d'Apone, — philosophe, astrolOgUC

et médecin , né dans le village d'Abano ou Apono • près de Padoue, en <250. Celait le plus habile magicien de son temps, dirent les démonomanes ; il s'acquit la connaissance des sept arts libéraux, par le moyen de sept esprits familiers qu'il tenait enfermés dans des bouteilles ou dans des boîtes de cristal. Il avait de plus l'industrie de faire revenir dans sa bourse tout l'argent qu'il avait dépensé. — H fut poursuivi comme hérétique et magicien ; el s'il eût vécu jusqu'à la fin du procès, il y a beaucoup d'apparence qu'il eût été bràlé Vivant, comme il le fut en effigie après sa mort. Il mourut à l'âge de soixante-six ans. — Cet homme avait, dit-on, une telle antipathie pour le lait , qu'il n'en pouvait sentir te goût ni l'odeur. Tliomazo Garsoni dit, entre autres contes merveilleux sur Pierre d'Apone , que , n'ayant point de puits dans sa maison, il Commanda au diable de porter dans la rue le puits de son voisin , parce qu'il refusait de l'eau à sa servante. Malheureusement pour ces belles histoires, il paraît prouvé que Pierre d'Apone était une sorte d'esprit fort qui ne croyait pas aux démons. — Les amateurs de livres superstitieux recherchent sa Géomancie ». Mats ne lui attribuons pas un petit livre qu'on met sur son compte et dont voici le titre : le$ Œthtrès magiques de Henri-Comeilk Agrippa, par Pierre d'Aban, latin et français, avec des secrets occultes^ in-24, réimprimé à Liège, 4788. — On dît dans ce livre que Pierre d*Aban était disciple d'Agrippa. La partie principale esi intitulée : Heptaméron^ ou les Éléments magiques. On y trouve les sûrs moyens d'évoquer les esprits et de faire venir le diable. Pour cela H faut faire trois cercles lun dails l'autre , dont le plus grand ait neuf pieds de

^ Philosophie magique, vol. 6, p. 383

* Il y a, dans le village d'A die, aujourd'hui Abano, une fontaine qui prêtait autrefois la parole aux muets, et qui donnait à ceux qui y buvaient le talent de dire la bonne aventure. Voyez le septième chant de la Pharèalê de Lucaîn.

' Georanntiajin-Ç". Venise, 1619.

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ciroonféreoce , et se tenir dans le pluà |)cti( , où Ton écrit les noms des anges qui président à rheure, au jour, au mois, à la saison , etc. Voici les anges qni président aux heures; notez que les heures sont indiquées ici dans la langue infernale : Yayn ou première heure , l'ange Michacl ; lanor ou deuxième heure , Ânaët ; Nasnia ou troisième heure , Raphaël ; Salla ou .quatrième heure, Gabriel; Sadedali ou cinquième heure, Cassiel; Thamus ou sixième heure , Sachiel ; Ourer ou septième heure, Samaël; Thanir ou huitième heure, Araël ; Néron ou neuvième heure, Cambiel ; Jaya ou dixième heure , Uriel ; Abaï ou onzième heure, Azaël; Natalon ou douzième heure, Sambaël. — Les anges du printemps, cabalistiquement nommé Talvi, sont Spugliguel , Caracasa , Commissoros et Amaiiel ; le nom de la terre est alors Amadaï, le nom du soleil Abraïm , celui de la lune Agusita. — Les anges de l'été , nommé Gasmaran , sont Tubiel, Gargatiel, Tariel et Gaviel. La terre s'appelle alors Festativi , le soleil Athémaï et la lune Armalas. — Les anges de l'automne , qui se nommera Ardaraël, sont Torquaret, Tarquam et Guabarel. La terre s'appelle Rahimara, le soleil Abragini, la limcMatafignaïs. — Les anges de l'hiver, appelé Failas^ sont Altarib, Amabaël, Crarari. La terre se nomme Gérenia , le soleil Commutât et la lune Aiïatérim. Pour les anges des mois et des jours, voy. Mois et Jours. — Après avoir écrit les noms dans le cercle, mettez les parfums dans un vase dé terre neuf, et dites : « Je t'exorcise, parfum, pour que tout fantôme nuisible s'éloigne de moi. » Ayez une feuille de parchemin vierge sur laquelle vous écrirez des croix; puis appelez, des quatre coins du monde , les anges qui président à l'air, les sommant de vous aider sur-le-champ, et dites : «Nous t'exorcisons par la mer flottante et transparente , par les quatre divins animaux qui vont et viennent devant le trône de la divine Majesté; nous t'exorcisons; et si tu ne parais aussitôt, ici, devant ce cercle, pour nous obéir en toutes choses, nous te maudissons et te privons de tout office, bien et joie; nous te condamnons à brûler sans aucun relâche dans l'étang de feu et de soufre, etc. » — Cela dit, on verra plusieurs fantômes qui rempliront l'air de. clameurs. On ne s'en épouvantera point, et on aura soin surtout de ne pas sortir du cercle. On apercevra des spectres qui paraîtront menaçants et armés de flèches ; mais ils n'auront pas puissance de nuire. On soufflera ensuite vers les quatre parties du monde et on dira : o Pourquoi tardez-vous ? soumettez-vous à votre maître. » — Alors pa-

niilra l'c-prit en belle forme qui dira : « Orduinu z et demandez , me voici prêt à vous obéir en toutes choses. » Vous lui demanderez ce que vous voudrez , il vous satisfera ; et après que vous n'aurez plus besoin de lui, vous le renverrez en disant : « Allez en paix chez voiis, et soyez prêt à venir quand je vous appellerai. » — Voilà ce que présentent de plus curieux les Œuvres magiques. Et le lecteur qui s'y fiera sera du moins mystifié. Voyez Secrets occultes , etc.

Pîerre-le-Bral»«nçoii, — charlatan né dans les Pays-Bas. M. Salgues * rapporte de lui le fait suivant : étant devenu épris d'une Parisienne, riche héritière, le Brabançon contrefit aussitôt la voix du pèredéfunt, et lui fit pousser du fond de sa tombe de longs gémissements ; il se plaignit des maux qu'il endurait au purgatoire, et reprocha à sa femme le refus qu'elle faisait de donner sa fille à un si galant homme. 1^ femme effrayée n'hésita plus; le Brabançon obtint la main de la demoiselle , mangea la dot, s'évada de Paris et courut se réfugier à Lyon Un gros financier venait d'y mourir, et son fils se trouvait possesseur d'une fortune opulente. Le Brabançon va le trouver, lie connaissance avec lui , et le mène dans un lieu couvert et silencieux ; là , il fait entendre la voix plaintive du père , qui se reproche les malversations qu'il a commises dans ce monde, et conjure son fils de les expier par des prières et des aumônes; il l'exhorte, d'un ton pressant et pathétique, à donner six mille francs au Brabançon pour racheter des captifs. Le fils hésite et remet l'affaire au lendemain. Mais le lendemain la même voix se fait entendre . et le père déclare nettement à son fils qu'il sera damné lui-même s'il tarde davantage é donner les six mille francs à ce brave homme que le ciel lui a envoyé. Le jeune traitant ne se le fit pas dire trois fois ; il compta les six mille francs au ventriloque , qui alla boire et rire à ses dépens.

Pîerre-Irfiboar«nt, — nom que des sorcière donnèrent au diable du sabbat. Jeanne Garibaut, sorcière, déclara que Pierre-Labourant porte une chaîne de fer qu'il ronge continoellement, qu'il habite une chambre enflammée où se trouvent des chaudières dans lesquelles on fait cuire des personnes pendant que d'autres rôtissent sur de larges chenets , etc.

Pîerre-le-Vénérable , — abbé de Gluny,

mort en 4156. Il a laissé un livre de miracles qui contient plusieurs légendes oïjI le diable ne joue pas le beau rôle.

* Dw erreurs et des préjugés, t I'', p. 316.

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