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pour rendre les derniers devoirs à son ami ; et il était impossible de ne pas inviter le correspondant à cette lugubre cérémonie. ~ Ces différentes réflexions , se mêlant avec le sentiment de la douleur, le tinrent dans la plus grande perplexité ; mais une idée originale vint tout à coup fixer son incertitude. Pâle , défait par les fatigues, accablé de tristesse, il se présente à dix heures du soir c^ez le correspondant, qu'il trouve au milieu de sa famille, et qui, frappé de celle visite à une heure indue, ainsi que du changement de sa figure, lui demande ce qu'il a, s'il lui est arrivé quelque malheur... — a Hélas ! monsieur, le plus grand de tous, répond le jeune homme, d'un ton solennel ; je suis mort ce matin, et je viens vous prier d'assister à mon enterrement , qui se fera demain. » Profitant de la stupeur de la société, il s'échappe sans que personne fasse un mouvement pour l'arrêter ; on veut lui répondre , il a disparu : on décide que le jeune homme est devenu fou, et le correspondant se charge d'aller le lendemain, avec son fils, lui porter les secours qu'exige sa situation. Arrivés en effet à son logement, Ils sont troublés d'abord par les préparatifs funéraires; ils demandent M. BoJry ; on leur répond qu'il est mort la veille et qu'il va être enterré ce matin.... A ces mots , frappés de la plus grande terreur, ifs ne doutèrent plus que ce ne fût l'âme du défunt qui leur avait apparu, et revinrent communiquer leur effroi à toute la famille , qui n'a jamais voulu revenir de cette idée. — On a pu lire ce qui suit dans plusieurs journaux : Une superstition incroyable a causé récemment un double suicide dans la commune de Bussy-en-Oth , département de l'Aube. Voici les circonstances de ce singulier et déplorable événement (1841) : — Un jeune homme des environs était allé à la pêche aux grenouilles , et en avait mis plusieurs toutes vivantes dans un sac. En s'en revenant il aperçoit un paysan qui cheminait à petits pas. Ce bonhomme perlait une veste dont la poche était entrebâillée. Le pêcheur trouva plaisant (le prendre une de ses grenouilles et de la glisser dans la poche de la veste du paysan. Ce dernier, rdnrimé Joachim Jacquemin, rentre chez lui et se couche, après avoir mis sa veste sur son lit. Au milieu de la nuit, il est réveillé par un corps étranger qu'il sent sur èti figure, et qui s'agitait en poussant de petits cris inarticulés. C'était là grenouille qui avait quitté sa retraite et qui, cherchant sans doute une issue pour se sauver, était arrivée jusque sur le visage du dormeur et s'était mise à coasser. Le paysan n'ose remuer, et bientôt sa visiteuse ijoclurne disparaît. Mais le pauvre homme ,
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dont l'esprit était d'une grande faiblesse , ne doute pas qu'il n'ait eu affaire à un revenant. — Sur ces entrefaites, un de ses amis, voulant lui jouer un tour, vient le prévenir qu'un de ses oncles , qui habite Sens , est mort il y a peu de jours, et il l'engage à se rendre sur les lieux pour recueillir l'héritage. Jacquemin fait faire des vêtements de deuil poui* lui et pour sa femme , et se met en route pour le chef-lieu du département de l'Yonne, distant de son domicile de huit lieues. Il se présente à la maison du défunt ; la première personne qu'il aperçoit en entrant c'est son oncle, tranquillement assis dans un fauteuil, et qui témoigne à son neveu la surprise qu'il éprouvé de le voir. Jacquemin saiisit le bras de sâ femme , et se Sauve , en proie â une terreur qu'il ne peut dissimuler et sans dortner à son oncle étonné aucune explication. — Cependant la grenouille n'avait pas abëndonnë la demeure du paysan : elle avait trouvé une retraite dans une fente de plancher, et là elle poussait fréquemment des ccJaâî^iements qui jetaient Jacquemin dans des angbisses épouvantables, surtout depuis qu'il avait vu son oncle. Il était convaincu que c'était l'ombre de ce parent qu'il avait aperçue, et que les cris qu'il entendait étaient poussés par lui, qui revenait chaque nuit pour l'effrayer. -^ Pour conjurer le maléfice , Jacquemin fit faire des conjurations, qui restaient inefficaces ; car les coassements n'en continuaient pas moîn{%. Chaque nuit le malheureux se relevait, prenait sa couverture, qu'il mettait sur sa tête en guise de capuce, et chantait devant un bahut qu'il avait transformé en autel. Les coassements continuaient toujours ! — Enfin, n'y pouvant plus tenir, le pauvre Jacquenfiin fit part à quelques personnes de l'intention où il était de se donner la mort, et les pria naïvement de l'y aider ; il acheta un collier en fer, se le mit au cou, et un des amis voulut bien serrer la vis pour l'étrangler, mais il s'arrêta quand il crut que la douleur aurait fait renoncer Jacquemin à son projet. Le paysan choisit un autre moyen et pria une autre persbrtne de l'étouffer entre deux matelas; fcettë personne feignit d'y consentir, et s'arrêta quand elle pensa que Jacquemin avait aèsèz souffert et que ce serait pour lui une leçon. Mais l'esprit de Jacquemin était trop vivement impressionné et un malheur était imminent. En effet, un jour, on fut étonné de ne pas l'apercevoir ; on fit des recherches dans la maison, et on le trouva pendu dans son grenier. Le lendemain, sa femme , an désespoir de la perte de son mari, se jeta dans une mare, où elle trouva aussi la mort. .. — On conte qu'il y avait dans
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un village du Poitou, un fermier nommé Hervias. Le valet de cet homme pensa qu'il lui serait avantageux d'épouser la fille de la maison , qui s'appelait Catherine et qui était riche. Comme il ne possédait rien et que, pour surcroît , la main de la jeune fille était promise à un cousin qu'elle aimait, le valet imagina un stratagème. Un mois avant la noce, comme le fermier se trouvait une certaine nuit plongé dans son meilleur sommeil , il en fut tiré en sursaut par un bruit étrans;e qui se fit dans sa chambre. Une main agila les rideaux de son lit , et il vit au fond de sa chambre un fantôme couvert d'un drap noir sur une longue robe blanche. Le fantôme tenait une torche à demi éteinte à la main droite et une fourche à la gauche. Il traînait des chaînes ; il avait une tète de cheval lumineuse. Hervias poussa un gémissement , son sang se glaça , et il eut à peine la force de demander au fantôme ce qu'il voulait. « Tu mourras dans trois jours, répondit l'esprit, si tu songes encore au mariage projeté entre ta fille et son jeune cousin ; tu dois la marier, dans la maison , avec le premier homme que tu verras demain à ton lever.... Garde le silence ; je viendrai la nuit prochaine savoir la réponse. » — En achevant ces mots le fantôme disparut. Hervias passa la nuit sans dormir. Au point du jour, quelqu'un entra pour lui demander des ordres ; c'était le valet. Le fermier fut consterné de la pensée qu'il fallait lui donner sa fille; mais il ne témoigna rien, se leva , alla trouver Catherine et finit par lui raconter le tout. Catherine, désolée, ne sut que répondre. Son jeune cousin vint ce jour-là ; elle lui apprit la chose ; mais il ne se troubla point. Il proposa à son futur beaupère de passer la nuit dans sa chambre : Hervias y consentit. Le jeune cousin feignit donc de partir le soir pour la ville, et rentra après la chute du jour dans la ferme. 11 resta sur une chaise auprès du lit d'Hervias, et tous deux attendirent patiemment le spectre. — La fenêtre s'ouvrit vers minuit; comme la veille , on vit paraître le fantôme dans le même accoutrement, il répéta le même ordre. Hervias tremblait; le jeune cousin, qui ne craignait pas les apparitions, se leva et dit : « Voyons qui nous fait des menaces si précises. » En même temps, il sauta sur le spectre qui voulait fuir, il le saisit, et sentant entre SOS bras un corps solide, il s'écria : « Ce n'est pas un esprit. » Il jeta le fantôme par la fe- . nôtre, qui était élevée de douze pieds. On entendit un cri plaintif. « Le revenant n'osera plus revenir, dit le jeune cousin ; allons voir s'il se porte bien, » — Le fermier ranima gon
courage autant qu'il put, et descendit avec son gendre futur. On trouva que le prétendu démon était le valet de la maison... On n'eut pas besoin de lui donner des soins; sa chute l'avait assommé, et il mourut au bout de quelques heures ; sort fâcheux dans tous les cas. — Dans le château d'Ardivilliers, près de Breteuil, en Picardie, du temps de la jeunesse de Louis XV, un esprit faisait un bruit effroyable ; c'étaient toute la nuit des flammes qui faisaient paraître le château en feu , c'étaient des hurlements épouvantables ; mais cela n'arrivait qu'en certain temps de l'année, vers la Toussaint. Personne n'osait y demeurer que le fermier, avec qui l'esprit était apprivoisé. Si quelque malheureux passant y couchait une nuit, il était si bien étrillé qu'il en portait long-temps les marques. Les paysans d'alentour voyaient mille fantômes qui ajoutaient à l'effroi. Tantôt quelqu'un avait aperçu en l'air une douzaine d'esprits au-desàus du château; ils étaient tous de feu et dansaient un branle à la paysanne; un autre avait trouvé, dans une prairie, je ne sais combien de présidents et de conseillers en robe rouge , assis et jugeant à mort un gentilhomme du pays qui avait eu la tète tranchée il y avait bien cent ans. Plusieurs autres avaient vu, ou tout au moins ouï dire, des merveilles du château d'ArdiviIliers. — Cotte farce dura quatre ou cinq ans, et fit grand tort au maître du château , qui était obligé d'afl*ermer sa terre à très- vil prix. H résolut enfin de faire cesser la lutinerie , persuadé par beaucoup de circonstances qu'il y avait de l'artifice en tout cela. Il se rend à sa terre vers la Toussaint, couche dans son château , et fait demeurer dans sa chambre deux gentilshommes de ses amis , bien résolus au premier bruit ou à la première apparition de tirer sur les esprits avec de bons pistolets. Les esprits, qui savent tout, surent apparemment ces préparatifs : pas un ne parut. Ils se contentèrent de traîner des chaînes dans une chambre du haut, au bruit desquelles la femme et les enfants du fermier vinrent au secours de leur seigneur, en se jetant à ses genoux pour l'empêcher de monter dans cette chambre. « Ah ! monseigneur, lui criaient-ils, qu'est-ce que la force humaine contre des gens de l'autre monde ? Tous ceux qui ont tenté avant vous la même entreprise en sont revenus disloqués. » Ils firent tant d'histoires au maître du château que ses amis ne voulurent pas qu'il s'exposât; mais ils montèrent tous deux à cette grande et \BS,[e chambre oii se faisait le bruit, le pistolet dans une main, la chandelle dans l'autre. — Ils ne virent d'abord (ju'une épaisse
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fumée, que quelques flammes redoublaienl par intervalles. Un instant après, elle s'éclaircit et Tesprit parut confu&ément au milieu. Cétait un grand diable tout noir, qui faisait des gambades, et qu'un autre mélange de flammes et de fumée déroba une seconde fois à la vue. Il avait des cornes , une longue queue. Son aspect épouvantable diminua un peu Taudace de l'un des deux champions : « Il y a là quelque chose do surnaturel , ditil à son compagnon ; retirons-nous. — Non , non, répondit l'autre; ce n'est que de la fumée de poudre à canon... et l'esprit ne sait son métier qu'à demi de n'avoir pas encore soufflé nos chandelles.» — Il avance à ces mots, poursuit le spectre, lui lâche un coup de pistolet , ne le manque pas ; mais au lieu de tomber, le spectre se retourne et le fixe. Il commence alors à s'efiTrayer à son tour. 11 se rassure toutefois, persuadé que ce ne peut être un esprit; et, voyant que le spectre évite de l'approcher, il se résout do le saisir, pour voir s'il sera palpable ou s'il fondra entre ses mains. L'esprit , trop pressé , sort de la chambre et s'enfuit par un petit escalier. Le gentilhomme descend après lui , ne le perd point de vue, traverse cours et jardins, et fait autant de tours qu'en fait le spectre, tant qu'enfin le fantôme, étant parvenu à une grange qu'il trouve ouverte, se jette dedans et fond contre un mur au moment où le gentilhomme pensait l'arrêter. — Celui-ci appelle du monde ; et dans l'endroit où le spectre s'était évanoui, il découvre une trappe qui se fermait d'un verrou après qu'on y était passé ; il descend , trouve le fantôme sur de bons matelas , qui l'empêchaient de se blesser quand il s'y jetait la tête la première. Il l'en fait sortir, et l'on reconnaît sous le masque du diable le malin fermier, qui avoua toutes ses souplesses et en fut quitte pour payer à son maître les redevances de cinq années sur le pied de ce que !a terre était affermée avant les apparitions. Le caractère qui le rendait à l'épreuve du pistolet était une peau de buffle ajustée à tout son corps... — Dans la Guinée, on croit que les âmes des trépassés reviennent sur la terre, et qu'elles prennent dans les maisons les choses dont elles ont besoin ; de sorte que , quand on a fait quelque perte , on en accuse les revenants; opinion très-favorable aux voleurs. Voy. Apparitions, Fantômes, Spectres , Athénagohe , Rambouillet, Sanche , Steinlin, etc. — L Esprit de Dourdans, histoire tirée d'un manuscritdeM. Barré. M. Vidi, receveur des tailles de Dourdans, rapporte ainsi une histoire d'esprit arrivée au temps (}e Pâques de l'année 47^^* L'esprit com-
mença par faire du bruit dans une chambre peu éloignée des autres , où M. Vidi mettait ses serviteurs malades ; la servante entendit auprès d'elle pousser des soupirs semblables à ceux d'une personne qui souffre ; cependant elle ne vit rien. Elle tomba malade; on l'envoya chez son père pour prendre l'air natal : elle y resta un mois. Étant revenue, on la mit coucher à part dans une autre chambre. Elle se plaignit encore d'avoir entendu un bruit extraordinaire, et deux ou trois jours après, étant dans le bûcher, elle se sentit tirer par la jupe. L'après-dînée du même jour, on l'envoya au salut ; lorsqu'elle sortit de l'église , l'esprit la tira si fort par derrière qu'elle dut s'arrêter. En rentrant au logis, elle fut si fort tirée qu'on entendit le craquement de réloffe, et qu'on remarqua que les basques de son corps par derrière étaient hors de sa jupe; une agrafe avait même été rompue. Madame Vidi frémit de peur. C'était un vendredi au soir. La nuit du dimanche au lundi, sitôt qu'elle fut couchée, la servante entendit marcher dans sa chambre, et quelque temps après l'esprit lui passa sur le visage une main froide comme pour lui faire des caresses. Elle prit son chapelet. On lui avait dit que si elle continuait à entendre quelque chose, elle conjurât Tesprit, de la part de Dieu, de s'expliquer : ce quelle fit mentalement, la peur lui ôtant l'usage de la parole. Elle entendit marmotter à son oreille ; mais rien n'était articulé. — Vers trois heures du malin, l'esprit fit si grand bruit qu'il semblait que la maison tombât. On alla voir ce que c'était : on trouva la servante toute en eau , on la fit habiller ; ses maîtres virent une fumée qui la suivait et qui disparut un moment après. On lui dit qu*il fallait aller à confesse et communier. Elle fut chercher ses chausses , qui étaient dans la ruelle du lit. Elle trouva ses souliers sur la fenêtre , les deux bouts se regardant ,-et remarqua qu'une des croisées était ouverte. — A son retour de l'église , on lui demanda ce qu'elle avait fait. Elle dit que , sitôt qu'elle s'était mise à la sainte table, elle avait vu sa mère à son côté, quoiqu'il y eût onze ans qu'elle était morte; qu'après la communion sa mère s'était mise à genoux devant elle et lui avait pris les mains en lui disant : a Ma fille, n'ayez point peur, je suis votre mère. Votre frère fut brûlé par accident près d'Étampes. J'allai trouver M. le curé de Garancières , pour lui demander une pénitence , croyant qu'il y avait de ma faute. Il ne voulut pas m'en donner, disant que je n'étais pas coupable ; il me renvoya à Chartres, au pénitencier, qui, voyant que je m'obstipais à vou-