‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 304 sur 319 · YEN · texte numérisé non relu

YEN

Binage du château de Yauvert, vieux manoir bâti par le roi Robert, mais depuis long-temps inhabile, parce qu'il était infesté de démons (qui étaient peut-être des faux-monnayeurs). On y entendait des hurlements affreux ; on y voyait des spectres traînant des chaînes , et entre autres un monstre vert avec une grande barbe blanche , moitié homme et moitié serpent , armé d'une grosse massue, et qui semblait toujours prêt à s'élancer, la nuit, sur les passants. Il parcourait même, disait-on, la rue où se trouvait le château , sur un chariot enflammé, et tordait le cou aux téméraires qui se trouvaient sur son passage. Le peuple l'appelait le diable de Yauvert. Les chartreux ne s'en effrayèrent point et demandèrent le manoir à saint Louis ; il le leur donna avec toutes ses appartenances et dépendances, et les revenants ni le diable de Yauvert n'y revinrent plus. Le nom d'Enfer resta seulement à la rue, en mémoire de tout le tapage que les diables y avaient fait*.

. Veau d'or. — Le rabbin Salomon prétend que le veau d'or des Israélites était vivant et animé. Le Koran dit qu'il mugissait. Plusieurs rabbins pensent qu'il fut fabriqué par des magiciens qui s'étaient mêlés aux Israélites à la sortie d'Egypte. Hur avait refusé de le faire; et on voit dans les vieilles légendes que les Hébreux, irrités de ce refus, crachèrent si fort contre lui qu'ils l'élouffèrent sous ce singulier projectile ».

Veau marm. — Si l'on prend du sang de ce poisson avec un peu de son cœur, et qu'on le mette dans de l'eau , on verra à l'entour une multitude de poissons; et celui qui prendra un morceau de son cœur et le placera sous ses aisselles, surpassera tout le monde en jugement et en esprit. Enfin le criminel qui l'aura rendra son juge doux et favorable \ Voy. MÉROvée.

Véland'le-ForgeroB , — VOy. Yade.

Vellèda, — druidesse qui vivait du temps de Yespasien , chez les Germains , au rapport de Tacite, et qui , moitiée fée, moitié prophétesse, du haut d'une tour où elle vivait , exerçait au loin une puissance égale ou supérieure à celle des rois. Les plus illustres guerriers n'entreprenaient rien sans son aveu, et lui consacraient une partie du butin.

Vendredi. — Ce jour, comme celui du mercredi, est consacré, par les sorcières du sabbat, à la représentation de leurs mystères.

' Saint-Foix, Essais sur Paris.

' Baylc, Dict. critique; Aaron, note A.

' Admirablva secrets d'Albert-le-Grand^ p. 110

— Il est regardé par les superstitieux comme funeste, quoique l'esprit de la religion chrétienne nous apprenne le contraire >. Ils oublient tous les malheurs qui leur arrivent \ei autres jours, pour se frapper l'imagination de ceux qu'ils éprouvent le vendredi. Néanmoins ce joue tant calomnié a eu d'illustres partisans. François I" assurait que tout lui réussissait le vendredi. Henri I Y aimait ce jour-là de préférence. Le peuple est persuadé que le vendredi est un jour sinistre , parce que rien ne réussit ce jour-tô. Mais si un homme fait une perte , un autre fait un gain ; et si le vendredi est malheureux pour l'un , il est heureux pour un autre , comme tous les autres jours. — Cette superstition est très-enracinét^ aux États-Unis. A New-York , on voulut la combattre il y a quelques années; on commanda un navire qui fui commencé un vendredi ; on en posa la première pièce un vendredi ; on le nomma un vendredi ; on le lança à la mer un vendredi; on le fit partir un vendredi , avec un équipage qu'on avait éclairé. Il ne revint jamais — Et la crainte du vendredi est à New-York plus forte que jamais.

— Les chemises qu'on fait le vendredi attirent les poux * dans certaines provinces.

Veneur. — L'historien Mathieu raconte que le roi Henri lY, chassant dans la forêt de Fontainebleau, entendit, à une demi-lieuede lui , des jappements de chiens, des cris et des cors de chasseurs ; et qu'en un instant tout ce bruit, qui semblait fort éloigné, s'approcha à vingt pas de ses oreilles, tellement que le roi étonné commanda au comte de Soissons de voir ce que c'était. Le comte s'avance; un homme noir se présente dans l'épaisseur de.-; broussailles, et disparaît en criant d'une voix terrible : M'entendezrvous?,,, Les paysans et les bergers des environs dirent que c'était un démon qu'ils appelaient le grand veneur de la forêt de Fontainebleau j et qui chassait souvent dans cette forêt. D'autres prétendaient que c'était la chasse de saint Hubert, chasse mystérieuse de fantômes d'hommes et de fantômes de chiens, qu'on entendait aussi en d'autres lieux. Quelques-uns, moins amis du merveilleux , disaient que ce n'était qu*un compère qui chassait impunément les bêtes du roi sous le masque protecteur d'un démon; mais voici sans doute la vérité du fait : — Il y avait à Paris, en 1596, deux gueux, qui dans leur oisiveté s'étaient si bien exercés à contrefaire le son des cors de chasse et la voix des chiens,

> La mort de Notre-Seignenr, la rédemption da geare humain, la chute du pou voir infernal, doivent au ccntraire sanctifier le vendredi.

• Thiers, Traité dei superstitiont.

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qu'à trente pas on croyait entendre une meute et des piqueurs. On devait y être encore plus tronnpé dans des lieux où les rochers renvoient et multiplient les moindres cris. 11 y a toute apparence qu'on s'était servi de ces deux hom* mes pour l'aventure de la forêt de Fontainebleau , qui fut regardée comme l'apparition véritable d'un fantôme.

Ventvtloqae* , — gens qui parlent par le ventre, et qu'on a pris autrefois pour des démoniaques ou des magiciens. Voy. CéciLE, etc.

Venti. — Les anciens donnaient à Éole plein pouvoir sur les venls; la mythologie moderne a imité cette fable en donnant une pareille prérogative à certains sorciers. Voy. FiNNES, Erïc, etc. — Il y avait , dans le royaume de Congo un petit despote qui tirait des venls un parti plus lucratif. Lorsqu'il voulait imposer un nouveau tribut à son peuple, il sortait dans la campagne par un temps orageux, le bonnet sur l'oreille, et obligeait à payer Vimpôt du vent ceux de ses sujets sur les terres de qui tombait le bonnet. — A Quimper, en Bretagne, les femmes qui ont leur mari en mer vont balayer la chapelle la plus voisine et en jeter la poussière en l'air, dans l'espérance que cette cérémonie procurera un vent favorable à leur retour*. — Dans le même pays , une femme ne souffro pas qu'on lui pas^e son enfant par-dessus la table; si dans ce passage un mauvais vent venait à le frapper, il ne pourrait en guérir de la vie*.

Vépar ou Sépar, — puissant et redoutable duc du sombre empire. Il se montre sous la forme d'une syrène, conduit les vaisseaux marchands, el aHlige les hommes de blessures venimeuses, qu'on ne guérit que par l'exorcisme. Il commande vingt-neuf légions.

Ver du Gange , — voy. Skbpent.

Vérandi, — Voy. NoRNES.

Verdelet, — démon du second ordre, maître des cérémonies de la cour infernale. 11 est chargé du transport des sorcières au sabbat. Verdelet prend aussi le nom de Jolibois, ou de Vert' Joli , ou tie Saute^Buisson , ou de Maitre Persil , pour allécher les femmes et les faire tomber dans ses pièges , dit Boguet, par ces noms agréables et tout à fait plaisants.

Verdun (Micbel), — sorcier de la Franche-Comté, pris en 1521, avec Pierre Burgot et le Gros- Pierre. Wierus a rapporté les faits qui donnèrent lieu au supplice de ces trois frénétiques*. Tous trois confessèrent sê-

" Cambry, Voyage dan» le Finistère, t. in, p. 36. * Idem, ilnd.f p. 48.

3 Liv. VI, chap. 13.

tre donnés au diable. Michel Verdun avait mené Burgot près du Château-Charlon , où chacun, ayant à la main une chandelle de cire verte qui faisait la flamme bleue , avait offert des sacrifices et dansé en l'honneur du diable. Après s'être frottés de graisse, ils s'étaient vus changés en loups. Dans cet état, ils vivaient absolument comme les loups , direntils. Burgot avoua qu'il avait tué un jeune garçon avec ses pattes et dents de loup, et qu'il Tcùt mangé si les paysans ne lui eussent donné la chasse. Michel Verdun confessa qu'H avait tué une jeune fille occupée à cueillir des pois dans un jardin, et que lui et Burgot avaient tué et mangé quatre autres jeunes fiiles. Ils désignaient le temps, le lieu et Page des enfants qu'ils avaient dérobés. Il ajouta qu'ils se servaient d'une poudre qui faisait mourir les personnes. Ces trois loups-garoux furent condamnés à être brûlés vifs. Les cir--^ constances de ce fait étaient peintes en un tableau qu'on voyait dans une église de Poligny. Chacun de ces loups-garoux avait la patte droite armée d'un couteau *.

Verge. — On donne quelquefois témérairement le nom de verge de Moïse à la baguette divinatoire. Voy, Baguette. — Sans doute aussi le lecteur a entendu parler de la verge fotidroyante , avec laquelle les sorciers faisaient tant de prodiges. Pour la faire, il faut acheter un chevreau , le premier jour de la lune, l'orner trois jours après d'une guirlande de verveine, le porter dans un carrefour, l'égorger avec un couteau neuf, le brûler dans un feu de bois blanc , en conservant la peau , aller ensuite chercher une baguette fourchue de noisetier sauvage qui n'ait jamais porté fruit , ne la toucher ce jour-là que des yeux, et la couper le lendemain matin, positivement au lever du soleil, avec la même lame d'acier qui a servi à égorger la victime et dont on n'a pas essuyé le sang. Il faut que cette baguette ait dix-neuf pouces et demi de longueur, ancienne mesure du Rhin , qui fait à peu près un demi-mètre. Après qu'on l'a coupée, on l'emporte, on la ferre par fes deux extrémités de la fourche avec la lame du couteau ; on l'aimante; on fait un cercle avec la peau du chevreau qu'on cloue à terre au moyen de quatre clous qui aient servi à la bière d'un enfant mort. On trace avec une pierre ématille un triangle au milieu de la peau ; on se place dans le triangle, puis on fait les conjurations, tenant la baguette à la main, et ayant soin de n'avoir sur soi d'autre métal que de l'or et de l'argent. Alors les esprits paraissant et on

* Boguet, P..364.

VÊl

commande..;.. Ainsi le disent du moins les grimoires.

v«rr« d'ea«. — On prédit encore Tavenir dans un verre d'eau , et cette divination était surtout en vogue sous la régence du duc d'Orléans. Voici comment on s'y prend : on se tourne vers l'orient, on prononce Abraxa per noBtrum; après quoi on voit dans le vase plein d eau tout ce qu'on veut : on choisit d'ordinaire pour cette opération des enfants qui doivent avoir les cheveux longs. — A côté de la divination par le verre d'eau , par la coupe, qui était usitée en Egypte du temps de Joseph et qui se pratique encore avec diverses cérémonies, par la carafe, comme l'exerçait Cagliostro, on pourrait placer d'au- Ires divinations qui ont pour élément un corps liquide. M. Léon de Laborde donne le délai! de scènes produites au Caire * par un Algérien réputé sorcier, lequel prenait l'enfant qu'on lui présentait, le magnétisait par des incantations , lui traçait dans la main certaines figures, pla<,^it siir celte main un pâté d'encre en prononçant de mystérieuses paroles , puis lui faisait voir dans ce pâté d'encre tout ce qui pouvait piquer la curiosité des assistants. Les vivants el les morts y paraissaient. Shakspeare y vint et plusieurs autres. L'auteur d'un vol tout récent fut même découvert ainsi. S'il est vrai , comme l'assure M. Léon de Laborde, que ce récit soit sérieux, c'est fort singulier. Voy. Cagliostro, Oomancib, Hydromancib, etc.

Verrvet. — On peut se délivrer des verrues, dit le Petit Albert, en enveloppant dans un linge autant de pois qu'on a de vernies, et &i les jetant dans un chemin, afin que ce« lui qui les ramassera prenne les verrues, et que celui qui les a en soit délivré. — Cependant voici un remède plus admirable pour le même objet : c'est de oouper la tète d'une anguille vivante , de frotter les verrues et les pereaux du sang qui en découle ; ptiis on enterrera la tète de l'unguille, et, quand elle sera pourrie, toutes les verrues qu'on a disparaîtront. — Les physiognomonistes , Lavater même, voient dans les verrues du visage une signification et un pronostic. — On ne trouve guère, dit Lavater, au menton d'un homme vraiment sage^ d'un caractère noble et calme, une de ces verrues larges et brunes qii^ Ton voit si souvent aux hommes d'une imbécillité décidée ; mais si par hasard vous en trouviez une pareille à on bomme d'esprit, vous déœuvrrriez bientôt que cet homnfe a de fréquentes absences , des moments d'une stupî-

^ Revue des Deux-MonUes, août isas.

dite complète, d'une faiblesse incroyables. *^ Des hommes aimables et de beaucoup d'esprit peuvent avoir , au front ou entre les sourcils , des verrues qui, n'étant ni fort brunes, ni fdrt grandes, n'ont rien de choquant, n'indk{Ment rien de fâcheux; mais si vous trouvnz une verrue forte, foncée, velue, à la lèvre supérieure d'un homme, soyez sûr qu'il manquera de quelque qualité très-essenûell« « i^u'il se distinguera uu moins par quoique défaut ca^ pilai. — Les Anglais du commun prétendent au contraire que c'est un signe heureux d'avoir une verrue au visage. Ils attachent beaucoup d'importance à la conservation des poils qui naissent ordinairement sur ces sortes d'excroissances.

Vers. — On voit dans le livre des Admirables secrets d'Albert le Grand que les vers de terre broyés et appliqués sur des nerfs rompus ou coupés, les rejoignent en peu de temps.

Vert-jolS, — voy, Vbrdëlet.

Verveine, — herbe sacréo dont on se servait pour balayer les autels de Jupiter. Pour chasser des maisons les malins esprits, on faisait des aspersions d'eau lustrale avec de la verveine. Les druides surtout ne remployaient qu'avec beaucoup de superstitions; ils la cueillaient à la canicule, à la pointe du jour, avant que le soleil fût levé. Nos sorciers Ont suivi le même usage , et les démonographes croient qu'il faut être couronné de verveine pour évoquer les démons.

Vetpaiîen. — On raconte qu'étant en Achaïe avec Néron, il vil en songe un inconnu qui lui prédit que sa bonne fortune ne commencerait que lorsqu'on aurait i)lé une dent à Néron. Quand Vespasien se fut réveillé, le premier homme qu'il rencontra ffSi tm chirurgien , qui lui annonça qu'il venait 6'arrMher une dent a l'empereur. Peu de tenipsaprèih ce tyran mourut; nuiis Vespasien ne fut pourlai^t couronné qu'après Galba, Olhon ot Vitellius.

Vestn, ^ déesse du feu chez les païei^s. Les cabfflistes la font femme de Noé. Voy. lo-

ROASTRE.

Vêtements des morts. — Ménasseh-ben- Tsraè'I dit que Dieu les conserve. II assure que Samuel apparut à Saiil dans ses bffbits de prophète; qu'ils n'étaient point gâtés, et que cela ne doit point surprendre , puisque Dieu conserve les vêtements aussi bien que les corps, et qu'autrefois tous ceux qui en avaient les moyens se faisaient ensevelir en robe de soie, pour être bien vêtus le jour de Ja résur-r k-ection .

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