‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 319 sur 319 · DICE · texte numérisé non relu

DICE

Mais , au moment où le pont allait être fini , le saint se douta bien que Satan allait renouveler ses infernales manœuvres : il passa donc la nuit en prières et en oraisons dans son ermitage. Vains efforts! le matin le pont était renversé. Cette fois la terreur était à son comble dans la contrée, et Guillaume ne put réunir les ouvriers pour recommencer les constructions. « Â quoi bon, disaient-ils, fatiguer nos bras? Satan est plus fort que nous. » L*ermilc usa d'un dernier moyen; il sa rendit à l'église et prêcha une belle homélie sur les ruses de l'esprit malin, sur la con* fiance en Dieu et sur la nécessité de la persévérance; les habitants se laissèrent toucher, et un troisième pont vint bientôt remplacer les deux premiers. — Celte -fois le saint voulut défendre son œuvre. Dès qu'il fut nuit, il se rendit sur les bords de la Junte , se cracha derrière un rocher d'où il pouvait voir ce qui allait se passer, et attendit en redoublant d'oraisons. — Il était à peine minuit, lorsqu'il vit se dresser une grande figure à quelques pas du pont. Ce personnage, à mise suspecte, regarda de tous les côtés, poussa un sauvage éclat de rire et s'avança vers le pont. II é.ait impossible de ne pas reconnaître Satan à cet air insolent de réprouvé. D'ailleurs, malgré l'obscurité profonde, Guillaume aperçut le pied fourchu de l'esprit de ténèbres. Il n'hésita pas un instant et marcha droit à lui. Satan, étourdi des nombreux sigues de croix dont il était assailli , ne vit de salut que dans la fuite; mai^ cette victoire ne parut point assez décisive au saint : il voulut terrasser Satan et le forcer de renoncer à son infernal projet. Il se mit donc à le poursuivre sans se laisser intimider ni par les obstacles, ni par l'obscurité profonde de la nuit. Il était guidé dans sa course par une foi ardente et par un certain rayonnement qui s'échappait du front de l'angQ maudit. Cette course dura longtemps. Peut-être l'espace d'une nuit humaine ne lui suffit "il pas. — Quoi qu'il en soit ils arrivèrent, l'homme de Dieu et Satan, dans les lieux où le Tarn s'étendait en large et profond bassin au pied des rocs de Lourdes et d'Aiguille. Parvenu au bord de l'eau , Satan se retourne ; se voyant serré de près par son adversaire, il n'hésite pas et s'élance dans le Tarn, ni plus ni moins que si l'eau eût été son élément naturel. A peiije y est-il plongé qu'elle s'élève en gros bouillons et sort de son lit. Mais déjà Satan a atteint l'autre bord; déjà il a posé une main sur la base du roc de Lourdes. C'en est fait, il va échapper. — Guillaume ne perd pas courage , il se jette à genoux et implore le ciel. — Au même iq-

APPENDICE

slant un craquement affreux se fait entendre. Le roc de Lourdes, ébranlé jusque dans ses fondements, se balance un instant sur sa base, et, s'écroulant avec fracas, couvre de ses débris le lit du Tarn et la vallée tout entière. Satan était pris. Cependant le roc d'Aiguilie , qui était reslé debout, craignit un instant que son frère ne fût point assez fort pour conlenir l'esprit infernal. « Frère, s'écria-l-il, est-il besoin que je descende? — Et non, répondit Tautre, je le tiens bien. » Cette victoire préserva non-seulement le pont de Guillaume , mais encore le village de Sainte-Énimie des maléfices do Satan. Seulement, comme celui-ci se plaignit à Dieu, le bassin où coulait le Tarn lui fut laissé en propriété. On rènlend souvent la nuit pousser des gémissements lamentables sous les rochers qui le tenaient captif. — Guillaume mourut longtemps après en odeur de sainteté, laissant la contrée parfaitement rassurée. S'il lui était donné de reparaître dans ce monde, peutêtre trou'.erait-il que Lourdes a lâché sa proie.

Saînt GttîUem du Séserï. — A quelques

lieues de Montpellier, entre Aniane et Lodève , on trouve une vallée riante qui forme une sorte d'casis au milieu d'un pays âpre et sauvage. De hautes montagnes couvertes de plantes aromatiques rcnloureiit de toutes parts, et la dérobent aux yeux du voyngeur. La vigne et l'olivier croissent dans la plaine, et rendent le paysage aussi riche que varié. A la seu!e extrémité accessible, coule l'Hérault, qui, resserré entre deux rochers, s'élance avec fracas d'une assez grande hauteur. Ses eaux, dans leur course rapide, font jaillir une écume bleuâtre qui reçoit du soleil l'éclat d'une poussière transparente et dorée ; plus bas, devenues calmes et limpides, elles réfléchissent l'azur des cieux et les teintes plus sombres des rochers. Un pont jeté d'un bord à l'autre sur deux énormes masses calcaires taillées à pic joint le désert à la fertile plaine d'Aniane ; on l'appelle le pont de Saint-Jean de Fos. Le lieu que nous décrivons se nommait autrefois Gellone; il porte aujourd'hui le nom de Guillem du Désert. — A l'entrée de cette vallée, et comme pour faire contraste avec la culture qui atteste partout la main de l'homme, s'élève une antique abbaye à moitié ruinée, et au-dessus de cette abbaye , un château féodal dont il reste encore moins de vestiges. Le monastère a eu pour fondateur le duc Guillaume. On ignore par qui fut bâti le château ; il nous parait à peu près contemporain de l'abbaye. — Voici deujç légendes que la tradition a conservées

jusqu'à nous sur les lieux que nous venons de décrire. — Guillaume, duc de Toulouse, et parent de Charlemagne, célébré par les poètes du moyen âge sous le nom de Marquis-au-(]ourt-Nez, pacifia l'Aquitaine, et la défendit contre les Sarrazins d'Espagne. Après d'aussi glorieux travaux, il aurait pu goûter eu paix les charmes du repos ; mais son esprit était trop actif pour se complaire en une molle oisiveté ; il voulut, à la gloire d'un conquérant, joindre celle d'un pieux fondateur d'abbaye. La solitude de Gellone lui ayant paru favorable à son projet, il résolut de s'y fixer. — Au neuvième siècle , Gellone était un désert aride, couvert de buis, de chênes et de sapins ; les ronces y étendaient partout une luxuriante végétation , et il n'avait pour habitant qu'un géant à forme humaine, dont les meurtres et les déprédations répandaient au loin la terreur. Un poème du moyen âge le dépeint ainsi : « A travers le » pays, se démène un géant horrible à voir, » également cruel pour les femmes et les en- » fants : quand il les surprend , il les étran- » gle ; quand la faim le presse, il les mange... » H rôde à travers rochers et montagnes, et » toute la contrée est tremblante d'effroi. Le » païen a quatorze pieds de stature : sa tête » est monstrueuse ; ses yeux sont grands et » ouverts. Il a déjà tué dans le jour quatre » hommes qui n'ont pas eu le temps de se » confesser, et un abbé avec sept de ses moi- » nés. Il est arnfté d'une massue si bien fer- » rée, qu'un homme, quelle que fût sa force, » ne la soulèverait point sans se rompre les » nerfs. » Le duc Guillaume , qui , pour être moine, n'avait point oublié qu'il était gouverneur d'Aquitaine, fit sommer le monstre par deux hérauts d'armes de venir lui faire hommage de son château. Le géant répondit par des bravades. Le duc emporté par son courage lui offrit alors le combat ; mais le félon lui fit répondre qu'il Patlendait dans son castel , et qu'il ne ferait pas un pas vers lui. — Le duc vit le piège, et ne s'y laissa pas prendre : ne pouvant employer la force, il eut recours à la ruse. — Un jour qu'il rôdait autour du Verdus (c'était le nom du château du géant), il vit venir à lui une jeune fille qui portait un vase sous le bras , et allait puiser de l'eau dans la rivière. « A quoi appartenez-vous? lui dit le duc. — Beau sire chevalier, répliqua la jeune fiHe,jesuis au service de monseigneur le géant. » Une pensée soudaine traversa l'esprit de Guillaume. «Maudit soit le géant, s'écria-l-il, car sa soif le perdra !... » Et s'adres^ant à la servante : « Vous allez changer d'habits avec

APPEIjmC^.

moi, et , ce faisant, vous me rendrez un v^rvice dont vous serez largement récompensée. T- lirais, beau sire, mon maître me tuera. — Il sera mort avant do pouvoir 1§ tenter. » l.a jeuqje tille n*osa pas résister ; elle se retira derrière uo quartier de roche. Guillaume lui passa une à une les pièces de son armure, et en reçut en échange ses grossiers vêtements dont il s'affubla. Cela fait, il attendit quq I9 nuit fût venue; puis il prit le vase sous son bras, et à la faveur de son d<^guisement, il s'introduisit dans le château. — Mais à ce moment, son projet faillit échouer par une circonstance qu'il n'avait pu prévoir. Une maudite pie le reconnut , et aussitôt elle se mit à crier : 0 Gare, Guillem! Gare Guilleml... t t.e géant, qui ne se doutait pas que le danger fût si proche, courut à une des fenêtres pour observer les dehors du château. Au même instant, Guillaume saisit le monstre par les pieds , et le précipita sur les rochers, où il se brisa. ::- Quant à la pie, le saint voulut ^ussi la punir. Il prononça c-ontre elle un anathème qu'il étendit à toutes les pies de la contrée. Les vieillards du pays assurent que 4èpuis lor^ elles ne peuvent jamais y vivre plus dç trois jours. — Délivré de son ennemi, Guillaume construisit son monastère^ et le châte^jj du Verdus en devint une des dépendances. Cependant l'esprit du mal n'avait pas entièrement disparu avec le géant. Guillaume, qui allait souvent visiter son ami saint Benoit au couvent d'Aniane, voulut construire un pont sur THérault au lieu ordinaire de sa traversée; mais là encore il trouva le génie ly^alfaisant, qui tenta de s'y oppoier.Le diable veillait dans les ténèbres, et renversait la nuit ce que l'homme de pieu avait édiQé à grand'peiae pendant le jojur. Celui-ci ne se découjrageait pas : il espérait à force de constance faire lâcher prise à Satan, Il n'en fut ri.en : la nuit veBue, des sifflements se faisaient entendre , et tout à cqup un grand bruit annonçait que l'œuvre de la journée avajt disparu dans le gouffre. Guillaume se las^a de cette lutte sans fin , il appela le diable en copfére.nce, et fil un pacte avec lui. Il en obtjnl qu'il pouvait construire son pont, à condition que le premier passager lui appartienr^rait. Le. saint, plus rusé que Satan, fit connaîtra le marché ^ tous ses amis pour les en pr^ejT.ver; puis il lâcjia un cha^t q.ui Iç premier traversa le pont , et dont Satan fut bien forcé de se contenter. — Depuis ce temps, dans ce pays, les chats appartiennent au diable, eJi le pont à saint Guillem.

Ballade de l' Ajournement. — La Revue

dç Paris a publié en 4831 l'analyse dune

ballade singulière Nous reproduisons ici 0 tte pièce pathétique en résumé. — Solisa , l'infante, seule dans son oratoire, versait des larmes et se disait avec désespoir qu'il n'y aurait plus de mariage pour elle. Le roi son père la surprit en ce moment, et, cherchant à la consoler, il apprit d'elle que le comte Alarcos rivait aimée, puis qu'il l'avait oubliée pour en épouser une autre depuis trois ans. Le roi fait venir le comte et le somme de tenjr la parole qu'il a donnée jadis à sa fille. — a Je ne nierai pas la vérité, répond Aîarcos; je craignais que Votre Majesté ne voulut jamais consentir à m'accorder la main de sa fille. Je me suis uni à une autre femme. — Vous vous en débarrasserez , dit le roi. — Épargnez, sire, celle qui est innocente; ne me condamnez pas à un affreux assassmat.» Le roi est inflexible; il faut que la comtesse meure cette nuit même, ou que le comte ait la tête tranchée le lendemain. » Alarcos retourne à sa demeure, a triste pour sa femme et pour ses trois enfants. » — Il aperçoit la comtesse sur sa porte. (Un jeune page avait pris les devants pour la prévenir du retour de son époux.) «Soyez le bien-venu, mon seigneur, dit-elle; hélas! vous baissez I9 tètel Ditesmoi pourquoi vous pleurez ? — Yo"s Je saurez, mais ce n'est pas l'heure, répondi:-il; nous souperons et je vous dirai tout plus tard.»

— On sert le souper; la comtesse se place auprès d' Alarcos, pâle et triste; mais elje ne mange ni ne boit, bes enfants étaient silencieux auprès de leur père. Tout à coup il penche sa tète sur la table et cache avec ses mains son visage en larm.es. ce J'ai besoin de dormir. » ^it-il. Il savait bien qu'il n'y aurait pas de sommeil pour lui cette nuit-là. Les deux époux entrent dans la chambre et y demeurent seuls avec leur plus jeune enfant encore à la mamelle. Le cocnle ferme Içs partes aux verrous, ce qu'il n'avait pas l'habitude de faire. « Femme malheureuse ! s'écriet-il, et moi le plus à plaindre des hommes !

— Ne parlez pas ainsi , mon noble seigneur; elle ne saurait être malheureuse, celle qui est l'épouse d'Alarcos. — Trop malheureuse cependant , car dans le mot que vous venez de prononcer est compris tout votre malheur. Sachez qu'avant de vous connaître j'avais juré a l'mfanle que je n'aurais janvais d'autre épouse qu'elle ; le roi notre seigneur sait tout; a,ujourd'hui l'infante réclame ma main; et, mot fatal à prononcer, pour vous punir d'avoir été préférée à l'infante, le roi ordonne que vous mouriez celte nuit. — Est-ce donc là, répondît la comtesse effrayée, le prix de ma tendresse soumise? Ah! ne me tuez pas,

APPI^liDici!:.

np]Àe comia, j'embrasae vos genoux; renvay^z-rooi dans la maiaoo de mon pèr^, où j'étais si heureuse, où je vivrai solitoire, où j'élèverai mes trois eofanls. — Gela ne se peut... mon serment a été terrible... Vous devez mourir avant le jour. — Ah ! il se voit bien que je suis seule sur la terre ; mon père est un vieillard infirme..., ma mère est dan^ son percueil, et le fier don Garcia est mort.., lui , nfion vaillant frère , que ce lâche roi fit périr. Oui, je suis seule et sans appui en Espagne.... Ce n'est pas la mort que je crains, mais il m'en coûte de quitter pies fils... Laissez-moi d^ moins les presser encore sur mon cœur, les embrasser une dernière fois avant de mourir. — Embrassez celui qi^i est là dans son berceau, vous ne reverrez plus les autres. — Je voudrais au moins le temps ()e dire un 4ve. — Diles-le vite, o Elle s'agenouilla. «0 seigneur Dieu, dit-elle, en ce moment de terreur, oubliez mes péchés ; ne vous souvenez que de votre miséricorde.» — Quand elle eut prié^ elle.se releva plus calme. «AlarcoSi ditelle, soyez bon pour les gages de notre amour et priez poqr le repos de mon âme.... Ëjl maintenant donnez-mcM notre enfant sur mon sein , qu'il s'y puisse désaltérer une dernière fois avant que le froid de la mort ait glacé le lait de sa mère. — Pourquoi réveiller le pauvre enfant? Vous voye^ qu'il dort. Préparezvous; le temps presse; l'aurore commencer paraître. — Eh bien I écoute-nipi , comte AJarcos, je ^c pardonne. Mais je ne pjuis pardonner a ce roi si cruel , ni à sa fille si fière. Que Dieu \^s> pjuiiisse du meurtre d'mie chrétjef^ne. J,e l^s 0ppelie de ma voix n^o^rante devant le trône de TÉterfiel d'ici à trente jou):s. 9 — Al^rcos, barbare et ambùieux, étrangla la pauvre comtesse avec son n^Quçhoir. Il la recouvrit av^ les draps du lit; puis appelant ses ôcuyer$ , il leur fit u^ fau^ récit pour les tromper, et s'en alla épouser l'infanjlç. — Mais la vengeance céleste s'accomplit au delà des niialédictions de la corntesse ; car, avant qqe le mois fût expiré , trois âmes coupables, le roi, l'jnfante et le comte, parurent devant Dieu.

|^La^u8-le-sil^B«jp. . — p'bistçir.e 4^ Jean Kantius, rj^contée au docteur More par un médecin de la Silésie , est un des exemples les plus frappants de cette croyance aux revevants qui a régné en souveraine sur les esprits. — On dit que Kantius sortant du tombeau apparut dans la ville qui l'a vu naître ; mais ce qui est positif, c'est que de nombreuses rumeurs, relatives à ce même fait, jetèrent une agitation violente et une terreur profonde parmi ses concitoyens , et dans toute l'étendue

de ia Silésie. — Jean Kantius était un des écbevins de la ville de Pesth; sa réputation de probité et son jugement droit lui avaient acquis une grande considération. Un jour ie maire l'envoya chercher pour l'aider à terminer une affaire qui venait de s'élever entre des voituriers et un négociant pannonien. L'a&ire arrangée, le maire invita Kanlius, ei l'invitation fut acceptée. Or, le repas était excellent , et cetie circonstance n'était pas d'un médiocre intérêt pour Kantius, qui savaii jouir en connaisseur des plaisirs de la table ; aussi était-il de très-bonne humeur. Cepen-r dant sa gaieté paraissait ce soir-là plus folie que réelle; tout en sablant un grand verre de vieux vin du Rhin, il prononça ces mots : « Plongeons-nous dans les joies de ce monde, car un malheur peut arriver à tout moment.» Ce qui était d'une morale médiocre. — Kantius fut obligé de quitler la société de bonne heure pour veiller aux prépanUifs d'un voyage. Arrivé chez loi, il alla à l'écurie, examina son cheval , qoi lui sembla avoir perdu le fer de l'un des piods de derrière; il voulut lui prendre la jambe pour voir le sabot, et reçut une violente ruade dans 1 estpmac. 11 s'écria sujT-le-champ : « C'est fait de moi.» — On le porta au lit ; bientôt sa situation fut désespérée. Peinant son agonie il fut en proie à une grande to.urimente d'esprit; i} répéiait souvent : a Mes péchés sont tels que le Tout- Poissant ne me les pardonnera jamais 1 » Cot a.veu étciitsi étrangement jcontraire à l'opinion qu on avait de loi , que les assistants ne savaient commefU s'en rendre compte. ,0n en vint à jsoupçooner qu'i^ s'était vendu au prince des ténèbres; et ce soupçon subit ne laissait pas d'être appuyé sur quelques faits auxquels on p'avait pas encore StP.ngé, entre autres sur c^ux-cj : qii'il avait acquis ses immen.^es richesis^s 9.vec une soudaineté iqconcevable, et qo'il posëtédait dans son logis un cliat ooir d'une grossjeur extraordinaire. — L'heure do la mort de Kantius fut signalée par uç orage qui ne cessa qu'après ses funérailles. Aussitôt que le cadavre sq trop va déposé dans la fosse, les éléments rentrèrent dans le caljQie , comme si la terre eût été délivrée de la présence de quelque démon. — Bientôt le b.rujt courut qu'un spectre se promenait dans les appartements du défu;it. Le garde de nuit du quartier avait, disait-il, entendu un étrange tumulte dans la maison de Kantius; il lui av^ semblé qu'on jetait çà et là syr le parquet le;j glaces et les meubles, en riant aux éclats d'un rire aigu etsatanique. Des grilles de Cçf qui chatque soir étaient fermées aux vcrrpus, se trouvaient ouvertes le lendemain sans

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APPENDICK.

que personne eût passé par là. — Ce bouleversement surnaturel s'étendit même aux écuries de l'échevin défunt ; tous les matins les chevaux étaient couverts d'écume, comme s'ils eussent fait une excursion dans de lointaines contrées; et cependant, à entendre les trépignements extraordinaires dont toute la nuit ils ébranlaient le sol , on pouvait être assuré qu'ils n'avaient pas quitté l'écurie. Les chiens ne cessaient d'aboyer et de hurler de la manière la plus pitoyable. — Les hffbibants de Pesth ne pouvaient fermer l'œil de la nuit. Une vieille domestique, qui prétait une grande attention a tout ce qui se passait, jura avoir ouï quelqu'un monter et descendre les escaliers à cheval, et parcourir les appartements au galop. L'acquéreur de la maison de Kantius, épouvanté de tout ce vacarme, se promenait un jour dans les environs de la ville; il vit distinctement, sur la terre couverte de neige, l'empreinte de pas qui n'appartenaient à aucune créature humaine, à aucun animal terrestre. L'inquiétude devint inexprimable lorsqu'on acquit la certitude, par le témoignage de personnes dignes de foi, que Kantius se promenait à cheval non-seulement dans la cour de son ancienne maison , mais encore dans les rues de la ville , dans les vallées et sur les collines des environs, courant avec la rapidité de l'éclair, comme si quelque chasseur infernal eût été à sa poursuite. — Un juif prétendit que Kantius avait engagé une lutte avec lui et lui avait fait souffrir une torture inouïe. Un charretier déclara qu'en approchant de Pesth il avait rencontré Kantius, qui lui avait vomi à la figure de longues flammes bleues et rouges. — Mais voici qui est plus surprenant ; Tous les soirs , lorsque le pasteur se mettait au lit , Kantius venait le router dans les draps en avant et en arrière , jusqu'à ce que l'uniformité du mouvement et la fatigue le fissent succomber au sommeil. Il se glissait auprès de lui sous la forme d'un nain à travers les fentes de la cloison. — Il arriva encore que les lèvres d'un enfant furent tellement collées ensemble qu'on ne put les séparer : c'était Tœuvre de Kantius. Â certaines heures de la soirée, la lumière des flambeaux devenait tout à coup blanche et triste ; c'était le signe infaillible de la visite de Kantius. — Des vases qui contenaient du lait la veille furent trouvés le lendemain vides ou remplis de sang. L'eau des fontaines devint insalubre et corrompue ; des vieillards furent étranglés dans leurs lits sans que l'on parvînt à découvrir les auteurs de ces crimes répéiés. Tous ces événements irréguliers, et bien d'aulrcs encore qu'il serait

trop long d'énumérer, ne devaient -ils pas être attribués à Kantius? — Qu'il nous suffise pour dernier trait de dire qu'à la funèbre clarté de la lune apparaissait à la lucarne d'une vieille tour une tète aux yeux étincelants, qui tout à coup prenait la forme d'un manche à balai ou d'une chauve-souris. Cette tète était celle de Kantius et ne pouvait être celle d'un outre. — Enfin , la frayeur et le désespoir des habitants de Pesth furent poussés au dernier point. Les voyageurs évitaient la ville^ le commerce s'anéantissait : les citoyens finirent par chercher un remède à cet état de choses ; il fut résolu en conseil de commune que l'on commencerait par s'assurer si l'échevin était bien mort. — En conséquence, les plus courageux des habitants se mirent en route pour le cimetière , où ils ouvrirent plusieurs fosses avec précaution. Ils remarquèrent , non sans surprise , que les voisins de Kantius, qui avaient été enterrés avant ou après lui , étaient tous réduits en poussière, tandis que sa peau, à lui, était tendue et vermeille. On lui mit un bâton dans la main, il le saisit fortement, ouvrit les yeux et les referma aussitôt. On lui ouvrit une veine de la jambe et le sang coula en abondance. Et cependant il y avait six mois qu'il avait été mis en terre. Le maire fit sur son compte une enquête semblable à celle qui avait eu heu pour un cordonnier de Breslaw. — Le tribunal condamna Jean Kantius, échevin de Pesth, à être brûlé comme vampire. Mais l'exécution rencontra un obstacle étonnant. On ne put tirer le corps de la fosse, tant il était pesant. Enfin , les citoyens de Pesth , bien inspirés, cherchèrent et découvrirent le cheval dont la ruade' avait tué Kantius ; ce cheval parvint à grand'peine à amener hors de terre les restes de son ancien maître. Mais lorsqu'il s'agit d'anéantir ces restes, une autre difficulté se présenta. On mit le corps sur un bûcher allumé , et il ne se consuma pas. Alors on fut obligé de le couper en morceaux que l'on réduisit partiellement en cendres; et depuis lors l'échevin Jean Kantius cessa de faire des apparitions dans sa ville natale.

I>e noveur d'aîguillette. — C'était un grand deuil à Coulommiers, dans la maison de Moureau, le 45 juin de l'an de grâce 4583. Le petit homme s'était marié la veille , plein de liesse, et se promettant heureux ménage avec Fare Fleuriot, son épousée. 11 était vif, homme de tète, persévérant dans ses affections comme dans ses haines ; et il se réjouissait sans ménagement de son succès sur ses rivaux. Fare, qui l'avait préféré, semblait partngcr son bonheur et ne se troublait pas

plus que son mari des alarmes que les menaces d'un rival dédaigné avaient fait naître chez les convives. Fare Fleuriol , habile ouvrière en guipure, n'avait pu hésiter dans son choix entre Jean Moureau, armurier fort à son aise, et ce concurrent redouté, nommé Abel de la Rue, surnommé le Casseur, à cause de sa mauvaise conduite; homme réduit au métier de savetier, et qu'on accusait de relations avec le diable à cause de ses déportements. C'était justement celte circonstance mystérieuse qui effrayait les amis de l'armurier. — «Vous avez supplanté Abel, lui disaient- ils; il vous jouera quelqu'un de ses mauvais tours. — Les gens de justice de noire roi Henri troisième nous sauront bien rendre raison du Casseur, répondit Jean Moureau. — Et qui sait, dit une vieille tante, s'il vous ne jetterai pas un sort? — Patience ; telle avait été la réponse du jeune marié. » Mais Fare était pourtant moins rassurée. La noce toutefois s'était faite joyeusement. — Or, le lendemain, comme nous avons dit, c'était dans la maison grand deui^ et pleine tristesse. Les deux époux, si heureux la veille, paraissaient effarés de trouble. On annonçait timidement ce qui était survenu; le résultat en paraissait pénible; le mari et la femme, ensorcelés sentaient l'un pour l'autre autant d'éloignement qu'ils s'étaient témoigné d'affection le jour précédent. Cette nouvelle se répandit en peu d'instants dans la petite ville. Le second jour Téloignement devint de l'antipathie, qui, le jour d'après, eut tout l'air de l'aversion. Cependant les jeunes mariés ne parlaient pas de demander une séparation; seulemeut ils annonçaient que quelque ennemi endiablé ou quelque sorcière maudite leur avait noué l'aiguil* lette. — On sait que ce maléfice, qui a fait tant de bruit aux seizième et dix-septième siècles, rendait les mariés repoussants l'un pour l'autre, et, les accablant au physique comme au moral , les conduisait à se fuir avec une sorte d'horreur. — Il ne fut bruit dans tout Coulommiers que de l'aiguillette nouée à Jean Moureau. Abel de la Rue, le savetier, en avait ri si méchamment, qu'il fut à bon droit soupçonné du délit; il était assez généralement détesté. La clameur publique prit une telle consistance, que les jeunes époux ensorcelés se crurent autorisés à déposer leur plainte. -* Messire Nicolas Quatre-Sols était lieutenant civil et criminel au bailliage de Coulommiers. 11 fit comparaître Abel devant lui. Le chenapan, qui était hypocondre et morose, avoua qu'il avait recherché Fare Fleuriot, mais il nia qu'il eût rien fait contre elle et contre son mari. Comme il était malheureusement chargé

de la mauvaise réputation qu'on faisait alors de ces vauriens qui cherchaient dans la sorcellerie une prétendue puissance et de prétendues richesses toujours insaisissables, on le mit au cachot en l'invitant à faire ses réflexions; et le lendemain, sur son obstination à ne rien avouer, on l'appliqua à la question. Il déclara qu'il allait confesser. — « Ayez soin, dit Nicolas Quatre-Sols, que votre confession soit entière et digue de notre indulgence. Pour ce , vous nous exposerez dès le commencement toutes vos affaires avec Satan. ^ Il fit donner au savetier un verre d'eau relevée d'un peu de vinaigre, afin de ranimer ses esprits; et il s'arrangea sur son siège dans la position d'un homme qui écoule une histoire merveilleuse. — Abel de la Rue, voyant que son juge était prêt, recueillit ses esprits et se disposa à parler. D'abord il se recommanda à la pitié et à la compassion de la juslice , criant merci et protestant de sa repentance ; puis il dit ce qui suit : « Je devrais être moins misérable que je ne suis et faire autre chose que mon pauvre métier. Étant petit enfant, je fus mis par ma mère au couvent des Cordeliers de Meaux. Là le frère Caillet, qui était maître des novices, m'ayant corrigé , je me fâchais si furieusement contre lui que je ne rêvais plus autre chose, sinon la possibilité de me venger. Comme j'étais ea cette mauvaise volonté, un chien barbet, maigre et noir, parut tout à coup devant moi. 11 me sembla qu'il me parlait, ce qui me troubla fort; qu'il me promettait de m'aider en toutes choses et de ne me faire aucun mal, si je voulais me donner à lui.... — Ce barbet, interrompit le juge, était certainement un démon. — C'est possible, messire. Il me sembla qu'il me conduisait dans la chambre du couvent qu'on appelle la librairie. Là il disparut et je ne le revis jamais. — Et quelle vengeance avez- vous eue du frère Caillet? — Aucune, messire, ne l'ayant pas pu. — Que files-vous alors dans la librairie ? — Je pris un livre ; car on m'a enseigné la lecture. Mais voyant que c'était un missel, je le refermai ; je sortis et je demeurai quelques semaines triste et pensif. Un jour je pris un autre livre, c'était un grimoire. Je l'ouvris au hasard ; et à peine avais-je lu quelques lignes que 'je ne comprenais point, quand je vis paraître devant moi un homme long et mince^ de moyenne stature, blême de visage, ayant un effroyable aspect, le corps sale et l'haleine puante. — Sentait-il le soufre ? — Oui, messire. Il était vêtu d'une longue robe noire à l'italienne, ouverte par devant. Il avait à l'estomac et aux deux genoux comme des visages d'hommes,

APPB^DfCfi.

fte pareille couleur que Ic5 aulwâ. Je regarrlui ses pierls, i(ui étaient des piedâ de vache. Tout raUriiloire frissonnait. — Cet homme bième, poursuivit Tarcu^é, tne demanda ce que je lui voulais et qui m'avait constilié de l'appeler. Je lui répondis avec frayeur que je ne l'avais pas appelé, et que j'avais ouvert le grimoire sans en prévoir les conséquences. Alors cet homme blême, qui é(ait le diable, m'enleva et me transporta sur le toit de la salle de justice de Meaux, en me disant de ne rien craindre. Je lui demandai son nom, et il me répondit : Je m'appelle matlrc Bigoux. Je lui témoignai ensuite le désir de m'enfuir du couvent; là-dessus il me reporta au lieu où il m'avait pris. Du moins je m'y retrouvai comme sortant d'une sorte d'élourdissement. Le grimoire était à mes pieds. Je vis devant moi le père Pierre Berson , docteur en théologie , et le frère Cailiet , qui me reprirent d'avoir lu dans le grimoire et me menacèrent du fouet si je louchais encore à ce livre. Tous les religieux descendirent à la chapelle et chantèrent un $a2t;e à mon intention. Le lendemain, comme je descendais pour aller à l'église, maître Bigoux m'apparut encore. Il me donne rendez-vous sous un arbre près de Vaulxcourtois, chtre Meaux et Coulommiers. Là, je fus séduit. Je repris sans rien dire les habits que j'avais à mon entrée dans le couvent , et j'en sortis secrètement par une petite porte de ]*écurie. Rigoux m'attendait sous la figure d'un lx)nrgeois ; il me mena chez mattre Pierre, berger de Vaulxcourtois^ qni mu reçut bien ; et j'allais conduire les troufieaux avec lui. D(Bux mois aprèâ, ce berger, qui était sorcier^ me promet de me présenter à Vamsemblée, ayant besoin de s'y rendre lui même parce qu'il n'avait plus de poudre à maléfices. L'assemblée devait se tenir dans (rois jours. Nous étions à lavent de Noël 4575. Maître Pierre envoya sa femme coucher au dehors ©t il me fit mettre au lit à sept heures d<i soir. Mais je ne dormrâ guère. Je remarquai qu'il plaçait au coin du feu un très-long belâi de genêt sans manche. A onze heures du soir, il fit grand bnsit et me dit qu'il fallait partir. 11 prit de la graisse, s'en frotta les aisselles et tne ttiit sur le bateii, en toie recommandant de iDe pas quitter cette monture. Maître Bigoux parut alors; il enievia mon maître par la che^ minée ; moi je le tenais au milieu d« corps ; et il me sembla que nous nous envolions. La nuit était très -obscure , mais une lanterne Ipious précédait. Pendant que je voyageais en l'air de la sorte, je cnis apen-evoir labbaye de Rebais Nous descendiniit'S dans un lieu plein d'iierbe bù se trouvaient iveaucDup de gens

réunis. — Qui falôrtlent le sabbal ^ îhlérrbnipitlejug^. -- Oiii, mèssire. J'y reconnus plusieurs personnes vivantes et qlielques morts, hotamment une sorcière qni avait été pendue à Lagny. Le maître du lieu, qui était le diable, ordonna, par la bouche d'un vieillard, que l'on nettoyât Iti place. Maître Bigoux prit incontinent la forme d'un grand bouc noir, se mit à grommeler et à tourner ; et aussitôt l'assemblée commença les danses, qui se faisaient à rexers, le visage dehors et lè derrière tourné vers le bouc. — C'est conforme à l'usâgiB du sabbat , comme il est prouvé par dne masse de dépositions. Mais he chdntsm-on point? et quelles furent ces chansons? — On rie chanta point , messlre. Après la daiisé , qui avait duré deux heureâ, on présenta ses hommages au bouc*. » Chaque personne de l'assemblée Ht la mémo chose. Je m'approchai du boite à mon tobr ; H me detnanda ce que je voulais de lui ; je lui répondîê que je voulais savoir jeter des sorts sur mes enrtemis. Le diable m'indiqua rtiailrë Pieirê , comme pouvant mieux qu'un autre m*eriseîgner cette scienfce. Je l'appris donc. — Et ^ous en avez l^it usage contre pltiàféurs^ riolâtnment contre les époux qui se plaigtient? Avez- vous eu d'autres relations avec le diable? — Non, i)lessire, sinon eh «necirconslance. J»i voulais rentrer dans la voie. Un jour que j'allais eti pèlerinage à Saint-Loup, près de Provins, je fis rencontre du diable, qui chercha à me noyer. Je lui échappai par la fuite.» — Tout le mondé dans l'asseihbléé ouvrait de grandes oreilles, à l'exception d'utt Jeune homme de vittgl ans, le rteveu du lieutenant civil et criminel, il faisait les fonctions d'apprenti greffier'. — Mon oncle, dit-il en se penchant à Toteilte de mattre Nteol&s Quatre^Sols , ne pensez-vous pas que le patient n'est qu'uh mauvais drôle qni a te cerviean malade , qui est sujet peut-être à de mauvais rêves? — Pendant que l'oncle réprimandait h& neveu è voix basse, Abel die la Rue levant lé tête : « De tout ce qne j'ai feit de ma) , dit-H , je snîs ré- "penlant et marri ; et je crie mettn et rtilséritsorde à Dien , au roi , à mohiSiH^èur ël à la justice. — C'est bien, dit Nicotes Qmrtre-Sols, iqu'on ie ramène an cachot. » — Lè isoir de ce mémo jour, le hraléfice de ièan Mourean Se trouva rompn. L'atiiipathte t|ni avait snngi lentre lui et ^ jeûne è)^olrse s'évano^jît. Lè corps dn principal dëlit avait donc disparu. Néanmoins, peU de jooi*s après, le 6 juillet, sur les conclusions du procureur fiscal, la Rue

I Histoir« de la m^gke en Ffa^ce ^ |>ar !£. Jules G«rinét. Voyez un peu plus haut la légende de la Chaîne des Botte».

APPËNblCE.

hit

fui condamné à être brûlé vif. Il appela de sa sohtence au parlement de Paria, et le 20 juillet 4582, le parlement de Paria, phompt à expédier ctes sortes d'affaires, rendit un arrêt qui porte qu'Àbel de la Rue, appelant, ayant jelô des sorts snr plusieurs, prêté son concours au diable, coiiimuniqué plusieurs fois avec lui, assisté aux assemblées nocturnes et illicites, pour réparation de ces crimes la cour condamne l'appelant à être pendu et élt angle à une potence qui sera dressée sur lé marché de Coulommiers, et renvoie A bel de lia tlué ail bailli chargé de faire exécuter ledit jugement H brûler le corps du sorcier après sa moH. — Cet arrêt, qui adoucissait un peu la sentenùe du premier juge, fut exécuté selon sa teneur, au marché de Coulommiers; pai* le maître des hautes-œuvres de la ville de Meaiix, le 23 juillet 4582. — « Au reste, dit un auteur st?nsé, ceà sorciers qu'on brûlait méritaîent presque toujolirs châliment par quelque vilain et odieux côté. »

- lie ohAteau de RouqueroUei. — Dans les Mémoires dû Diable, livre dont nous ne pouvons, imaigré le talent de l'auteur, recommander lé lecture, M. Frédéric Soulié débuté par une scène et des détails qui réclament leur place dans ce livre. Nous croyons devoir les transcrire en partie. — «Le l*' janvier 48..., le baron François- A k-mand de Luizzi était as- ^is au coin de son feu , dans son château de RonqueroH'es. Quoique je n'aie pas vu ce châleiau depuis plus de vingt ans , je me lé rappelle parfaitement. Contre l'ordinaire des châteaux féodaux , il était situé au fond d'une vallée ; \\ consistait alors en quatre tours liées tehsèrnble par quatre corps de bâtiment , les tours et les bâtiments surmontés dé toits aigus 'en aMbise, chose rare dans les Pyrénées. — Ainsi, q^and on apercevait ce château du haut des collines qui l'entouraient, il paraissait plutôt utie habitation du seizième ou dû dix - septième siècle cju'une forteresse de l'an 4327, époque à laquelle il avait été bâti. — Aujourd'hui que nous savons que de tous les matériaux durables le fer est celui qui dure le "moins , je me garderai bien de dire que Ronqtierolles semblait être bâti de fer, tant l'action des siècles Tàvait respecté ; mais ce que je dois affirmer, c'est que l'état de conservation de ce vaste bâtiment était véritablement très^remarqnable. On eût dit que c'était quelque caprice tl'un riche amateur du gothique qui avait élevé la veille ces murs, intacts, dont pas une pierre ii'élait dégradée , qui avait dessiné ces aï*abe«ques fleuries dont pas une ligne n'était )rompue, dont aucun détail h*était mutilé. Cependant , dte mémoire d'hohime on h'^avait vu

personne trîiVaitl'^r â renlrelîen du à t'd i'éparatioh de ce château. Il avait pourtant subi plusieurs changements depuis le jour de sa cotislruction, et le plus singulier est celui qU'dii remarquait lorsqu'on approchait deRonquerolles du côté du midi. Aucune des six fenêtres qui occupaient la façade de ce côté n'élait semblable aux autres. La première à gauche était une fenêtre en ogive, jportaht une croix dé pierre à arêtes tranchées qui la partageaient éh quatre compartiments garnis de vitraiix à demeure. Celle qui suivait était pareille à la première, â l'exception des vitraux, qu'on avait remplacés par un vitrage blanc à losanges de plomb porté dans des cadres dé fer mobiles. La troisième avait perdu son bgive et sa croix de pierre. L'ogive semblait aVôir été fermée par des briques, et uhe épaisse menuiserie , où se mouvaient ce que nous avons appelé depuis des croisées â guillotine, tenait la place du vitrage à ciadres dé fer. Là quatrième, ornée de deux croisées, l'une inférieure , l'autre extérieure , toutes deux à espagnolettes et à petites vitres , était en outre défendue par un contrevent peint en rouge. La cinquième n'avait qu'une croisée à grands carreaux , plus une persienne peinte en vert. Enfin, la sixième était ornée d'une vaste glace sans tain, derrière laquelle on voyait un store peint des plus vives couleurs. Cette dernière fenêtre était en outre fermée par des contrevents rembourrés. Le mur uni continuait après ces fenêtres, dont la dernière avait paru aux regards des habitants de Ronquerolles le lendemain de la mort du baron Hugues-François de Luizzi , père du baroh Armand-François de Luizzi , et le matin du 4*' janvier 48..., sans qu'on pût dire qui Favait percée et arrangée comme elle l'était. — Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la tradition racontait que toutes les autres croisées s'étaient ouvertes de la même façon et dans une circonstance pareille, c'est-à-dire sans qu'on eût vu exécuter les moindres travaux , et toujours le lendemain de la mort de chaque propriétaire successif du château. Un foit ceHain, c'est que chacune de ces croisées était celle d'une chambre à coucher qui avait été ferniée pour ne plusse rouvrir, du moment que celui qui eût dû l'occuper toute sa vie avait cessé d'exister. — Probablement si Ronquerolles avait été constamment habité par ôes propriétaires , loul cet étrange mystère eût grandement agité la population ; mais depuis plus de deux siècles, chaque nouvel héritier des Luizzi n'avait paru que durant vingt-quatre heures dans ce château, et IV vait quitté pour n'y plus revenir. ïl en av^*^

APPENDICE

été ainsi pour le baron Hugueâ-Françoiâ de Luizzi; et son fils François-Armand de Luizzi, arrivé le i®*" 18..., avait annoncé son départ pour le lendemain. — Le 'concierge n'avait appris Tarrivée de son niailre qu'en le voyant entrer dans le château ; et l'étonnement de ce brave homme s'était changé en terreur, lorsque , voulant faire préparer un appartement au nouveau venu , il vit celui-ci se diriger vers le corridor où étalent situées les chambres mystérieuses dont nous avons parlé , et ouvrir avec une clef qu'il tira de sa poche une porte que le concierge ne connaissait pas encore, et qui s'était percée sur le corridor intérieur comme la croisée s'était ouverte sur la façade. La même variété se remarquait pour les portes comme pour les croisées. Chacune était d'un style différent, et la dernière était en bois de palissandre incrusté de cuivre. Le mur continuait après les portes dans le corridor, comme il continuait à Texlérieur après les croisées sur la façade. Entre ces deux murs nus et impénétrables, il se trouvait probablement d'autres chambres.

Mais destinées sans doute aux héritiers futurs des Luizzi , elles demeuraient, comme l'avenir auquel elles appartenaient, inaccessibles et fermées. Celles que nous pourrions appeler les chambres du passé élaient de même closes et inconnues, mais elleâ avaient cependant gardé les ouvertures par lesquelles on y pouvait pénétrer; la nouvelle chambre, la chambre du présent si vous voulez , était seule ouverte ; et durant toute la journée du l®"" janvier, tous ceux qui le voulurent y pénétrèrent libremenL — Ce corridor, qui en vérité nous parait un peu sentir l'allégorie, ne parut sentir à Armand de Luizzi que l'humidité et le froid ; et il ordonna qu'on allumât un grand feu dans la cheminée en marbre blanc de sa nouvelle chambre. Il y resta toute la journée pour régler les comptes de la propriété de Ronquerolles ; en ce qui concernait le château, ils ne furent pas longs. Ronquerolles ne rapportait rien et ne coûtait rien. Mais Armand de Luizzi possédait aux environs quelques fermes dont les baux étaient expirés et quMI voulait renouveler... — La journée entière se passa à discuter et à arrêter les bases des nouveaux contrats, et ce ne fut que le soir venu qu'Armand de Luizzi se trouva seul. Il était assis au coin de son feu , une table sur laquelle brûlait une seule bougie était près de lui. Pendant qu'il restait plongé dans ses réflexions, la pendule sonna successivement minuit, minuit et demi, une heure. Luizzi se leva et se mit à se promener avec agitation. Armand était un homme d'une taille élevée ;

l'allure naturelle de son corps dénotait la force, et l'expression habituelle de ses traits annonçait la résolution. Cependant il tremblait et son agitation augmentait à mesure que l'aiguille approchait de deux heures. Quelquefois il s'arrêtait pour écouter si un bruit extérieur ne se faisait pas entendre; mais rien ne troublait le silence solennel dont il était entouré. Enfin Armand entendit ce petit choc produit par l'échappement de la pendule et qui précède l'heure qui va sonner. Une pâleur subite et profonde se répandit sur son visage ; il demeura un moment immobile et ferma les yeux comme un homme qui va se trouver mal. A ce moment le premier coup de deux heures résonna dans le silence. Ce bruit sembla réveiller Armand de son affaiblissement ; et avant que le second coup ne fût sonné, il avait saisi une petite clochette d'argent posée sur sa table et l'avait violemment agitée en disant ce seul mot : a Viens. » — Tout le monde peut avoir une clochette d'argent, tout le monde peut l'agiter à deux heures précises du matin et en disant ce mot: Viens I mais très-probablement il n'arrivera à personne ce qui arriva. à Armand de Luizzi. La clochette qu'il avait secouée ne rendit qu'un son faible et ne frappa qu'un coup unique qui vibra tristement et sans éclat. Lorsqu'il prononça le mot viens! Armand y mit tout l'effort d'un homme qui crie pour être entendu de loin, et cependant sa voix , poussée avec vigueur de sa poitrine, ne put arriver à ce ton résolu et impératif qu'il avait voulu lui donner; il sembla que ce fût une timide supplication qui s'échappait de sa bouche, et lui-même s'étonnait de cet étrange résultat, lorsqu'il aperçut à la place qu'il venait de quitter un être , qui pouvait être un homme, car il en avait l'air assuré; qui pouvait être une femme, car il en avait le visage et les membres délicats, et qui était assurément le diable, car il n'était entré par nulle part et avait simplement paru. Son costume consistait en une robe de chambre à manches plates , qui ne disait rien du sexe de l'individu qui la portait. — Armand de Luizzi observa en silence ce singulier personnage, tandis qu'il se casait commodément dans le fauteuil à la Voltaire qui était près du feu. Le diable, car c'était lui-même, se pencha négligemment en arrière et dirigea vers le feu l'index et le pouce de sa main blanche et effilée; ces deux doigts s'allongèrent indéfiniment comme une paire de pincettes et prirent un charbon dans le feu. Le diable, car c'était le diable en personne^ y alluma un cigare qu'il prit sur la table. A peine en eut-il aspiré

APPENDICE

une bouffée qu*i! rejeta le cigare avec dégoût, et dit à Armand de Luizzi : & Est-ce que vous j» n*avez pas de tabac de contrebande ? » Armand ne répondit pas. — «En ce cas, acceptez du mien , » reprit le diable. — Et il tira de la poche de sa robe de chambre un petit porte-cigares d'un goût exquis. II prit deux cigarettes, en alluma une au charbon qu'il tenait toujours et le présenta à Luizzi. Celui-ci le repoussa du geste, et le diable lui dit d'un ton fort naturel : « Ah ! vous faites le dédaigneux, mon cher, tant pis.» — Puis il se mit à fumer, sans cracher, le corps penché en arrière et en sifflotant de temps en temps un air de contredanse, qu'il accompagnait d*un petit mouvement de lôte tout à fait impertinent.... — Armand demeurait toujours immobile devant ce diable étrange. Enfin il rompit le silence; et s*armant de cette voix vibrante et saccadée qui constitue la mélopée du drame moderne , il dit: — a Fils de l'enfer, je t'ai appelé....

— D'abord, mon cher, dit le diable en l'interrompant , je ne sais pas pourquoi vous me tutoyez. C'est de fort mauvais goût. C'est une habitude qu'ont prise entre eux ce que vous appelez les artistes. Faux semblant d'amitié, qui ne les empêche pas de s'envier, de se haïr et de se mépriser. C'est une forme de langage que vos romanciers et vos dramaturges ont affectée à l'expression des passions poussées à leur plus haut degré , et dont les gens bien nés ne se servent jamais. Vous qui n'êtes ni homme de lettres ni artiste, je vous serai fort obligé de me parler comme au premier venu ; ce qui sera beaucoup plus convenable. Je vous ferai observer aussi qu'en m'appelant fils de l'enfer, vous dites une de ces bêtises qui ont cours dans toutes les langues connues. Je ne suis pas plus le fils de l'enfer que vous n'êtes le fils de votre chambre parce que vous l'habitez. — Tu es pourtant celui que j'ai appelé , » répondit Armand en affectant une grande puissance dramatique. «— Le diable regarda Armand de travers et répondit avec une supériorité manquée : — «Vous êtes un faquin. Est-ce que vous croyez parler à votre groom? — Je parle à celui qui est mon esclave , s'écrie Luizzi en posant la main sur la clochette qui était devant luL

— Comme il vous plaira , monsieur le baron, reprit le diable. Mais , par ma foi , vous êtes bien un véritable jeune homme de notre époque, ridicule et butor. Puisque vous êtes si sûr de vous faire obéir, vous pourriez bien me parler avec politesse , cela vous coûterait peu. D'ailleurs, ces manières-là sont bonnes pour les manants parvenus qui, parce qu'ils 86 vautrent dans le fond de leur calèche, s'i-

maginent qu'ils ont l'air d*y être habitués. Vous êtes de vieille famille, vous portez un assez beau nom, vous avez très-bon air, et vous pourriez vous passer de ridicules pour vous faire remarquer. — Le diable fait de la morale ! c'est étrange... » — Ce dialogue avait eu lieu entre ce personnage surnaturel et Armand de Luizzi , sans que l'un ou l'autre eût changé de place. Jusqu'à ce moment Luizzi avait parlé plutôt pour ne point paraître interdit que pour dire ce qu'il voulait. Il s'était remis peu à peu de son trouble et de l'étonnement que lui avaient causé la figure et les manières de son interlocuteur, et il résolut d'aborder un autre sujet de conversation , sans doute plus important pour lui. Il prit donc un second fauteuil , s'assit de l'autre côté de la cheminée , et examina le diable de plus près. Il acheva son inspection en silence, et, persuadé qu'une lutte d*esprit ne lui réussirait pas avec cet être inexplicable , il prit sa clochette d'argent et la fit sonner encore une fois. — A ce commandement, car c'en était un , le diable se leva et se tint debout devant Armand de Luizzi dans l'attitude d'un domestique qui attend les ordres de son maître. Ce mouvement, qui n'avait duré qu'un dixième de seconde , avait apporté un changement complet dans la physionomie et le costume du diable. L'être fantastique de tout à l'heure avait disparu , et Armand vit à sa place un rustre en livrée avec des mains de bœuf dans des gants de coton blanc , une trogne avinée sur un gilet rouge , des pieds plats dans ses gros souliers, et point de mollets dans ses guêtres. « Voilà m'sieur, dit le nouveau paru.

— Qui es-tu ? s'écria Armand blessé de cet air de bassesse insolente et brute , caractère universel du domestique français. — Je ne suis pas le valet du diable , je n'en fais pas plus qu'on ne m'en dit , mais je fais ce qu'on me dit. — Et que viens-tu faire ici ? — J'attends les ordres de m'sieur. — Ne sais-tu pas pourquoi je t'ai appelé ? — Non , m'sieur. — Tu mens? — Oui, m'sieur. — Comment te nommes-tu ? — Comme voudra m'sieur. — N'astu pas un nom de baptême ?» Le diable ne bougea pas ; mais tout le château se mit à rire depuis la girouette jusqu'à la cave. Armand eut peur, et pour ne pas le laisser voir, il se mit en colère C'est un moyen aussi connu que celui de chanter, ce Enfin , réponds, n'astu pas un nom? — J'en ai tant qu'il vous plaira. J'ai servi sous toute espèce de nom...

— Tu es donc mon domestique ? — Il a bien fallu. J'ai essayé de venir vers vous à un autre titre; vous m'avez parlé comme à un laquais. Ne pouvant vous forcer à être poli ,

57« APPK

je me suis soumis à éiiv. insoliMité, ot iw voilà comme sans doute voi|s me dé^irex. ||'si§Hr p'arHI ^^i^n è m'prdopper ? -r- Ôqi , vrgiipep^. (ijl^is j'9i a^ssi un cofi^il ^ (e depa^nder. -rr M'sieur perçiipttrp qup je lîii (Ji^ qi|^ cçkDSul^r 9qn dqmes^jqqe c'^ f^ic^ (ie |a ppnqédje dM iVUP siècle. — : Où ftMM ^PPHS ga ? rr- Pans les fepillelpns ^ gr^pd^ jouf- ^^W\* r^ T» |P§ 2^8 donc tua ? f!) |)iea 1 flp'po pf^^Hu ? -rr Pourqqoj vq^|f«^-:vp^^ que jp ppRse qiielqup cho^e de gêna qqi qe pensent p^a? » -r l^Hî?^ s'arrêta eflppr« , ^'apefceviiot qq1l n'arriva^» pas pIms À WW bqt ^vap pe «QMyepq p^r8p«n^g^ qu>vec le précptjpqf. \\

s^isà^ aa ao^Ren^; inais pvaqt dp l>gi(ar« Il çlit ^^ 4ipblp ; ^ O^oiq^^ tu ^i^ te m^We «§prit gopa qqe forme c^iSerente, il ma dépl^K de ^r^iief av«P iPi d» shjp^ (|qat qqpft flpvpqs piarler Ijiql qqq tw g^r^e^a pet fifipept. Sa ppq]^-.(q c()ang«f ? -r Je ^uia au^^ orclre^ 4o ip'aiftqr. — Peqx-lM rpprpn^re la> fftr'T^Ç QMe M pvai^ l^yt p l'hpurp ? — A HRP PPi^diMoq ; p'eat que ypus pie dp^pprp^ pne des pièces de mqnppip qui ^a( ^pps pelje hopr^. » tt Arpippd regqrdQ apc la lakile et vit pnfi hqpr^ qq'il p'£»vpit paa encore aperçue. Il l'puYrH , ^t en tir^ qpe pièpp. Qllp étf|i| d'un ip^tal

înestii^^MQ, e( pcirtail ppur ^Hte iqspription :

IJV HQia RB LA YIÇ ftU ilAnf>^ Ha^NÇPIS-Aflr

ii4wpBE|«ui99i. Armapd cqnipriuur-le-cl^amp le ipystprp de pet|e espèce de p^iem^n^ , et rfipfiit l§ pièf e d^p^ la bqpfse , qpi Iqi pamt Ir^Tlpurde , ce qpi le Q| çqpriçe. ft Jp np pp^

P«I3 pp c3\priGa ai cher. — Yqu^ ôlps d^venp ayarp '} -r CPWPiWt Pdp? tt Ceal qpe v-eqf 9vp7 jp(é beaqcoqp de peMe monnaie pâqf Pibtenir mips que mqws ne d^ïpandeï. -^ Je ne m» ta ^appelle paa. -r- S'il m'éndi permis 4e vppa faire vptre popftptp, vops verriez quU x^'y 9 pas un mois dp vpiie vie que vpu^ay^ ^ppfjé ponr qqelqne çbftse de iîaispnnqi)le.-rT

Cplq sapeql ; inais dp WPins j'pi vécu. -^ C'ps^ ap^QR Ip apna que ^pa ^|(ao^e% ^q mql ^i^r«. — H y ep a iippc pjuaie\ifa^' — tNix Ifèar rtifférftq^. Vivre, ppur he?iWî9up 4ô gPftSi, p'pal dopRpç ^ ^ip p toHteç^ les fp^igepr m qui ^ eRt^iïF^t- QpHui qqi v\ wm

^ «pip.ïpei, tppi qu'il eftUeqpp, up k^ ^m; qHaud rt *vien| inAr, m Y^m^\9 ^ knp^ kon^'m 1 rt û« te qiwlifiiP^ 4p ^?>. ikw«w qp^^ il pÀt Yieu3{. Çe§ |rpi$ npia[i3 pi\t v%q ^xpwymp

qpe cSia* eq rtHpe q»^ j'ai véc» ? -m Jp ^pîîe

qup çsi'aipui: Iç^ p,en«^ çomo^e moi , pqr il n'e^ Ye{iHd§nâ oe p^^(^p que pour cl^pngc^ de ï^o^ d^ vivife , e^' pçpndre r^ujre. ^Bl pplUer là , pe^3&7^^ me |^ dé(iipr 'l -r CftHin^P p'«^ Ip

.çqi^t 4ii nftaPGi^i qu^ npqa %Vçm feire PBsem-

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U|t\. . — pnsomblu K .. Non , reprit Armand en jnlerrompant le diable ; je ne vpjjx pfis trai^r avec tei ; cela me répugnerai^ trop. Top qspect nip dépl^itsopvprajnement.— Çé^i( ppunanl pn§ çhapce en votre fpyepr » QP ^cpp^cje ppu à ceq^ qpi flèpl^isent hp^qçpqp. Pq m m traj{p ayec up ppibp§|pdeuf qui |qi plaî^ Jpi (ait toujpi^rs quelque concps^jup (|ppgppeu^e...

Ppur fie ppa è^rç tFpq^Rè , jl PP feut f^ifp d'aflfplrp qp^^Yec Ip^ gep^ déplqisppt^. Çp ce

c?l8, te mo({\ sert 4^ raispn. — fit i| pi'pq servir» pqur te pha^^B, e dit ArRîlRd ep fpi^p( SPPBpr 1^ plpc|ïp ni^giqup qpi |ui ^pq^pltpit le fli^Me, -r Compie avait (JisBPfu Têtf* «u- «^FPgyfle qpj s'é^ai^ ipqplrp S'^horcl , 4e ipliffip disparut, pQp pp^ Ip dipt^je, majp cpi^q spr^ Wrte ppparf-pcedu 4ip|)le ep liyrép, ^M^ mand vit q sp pjpçq uq psse* |^ppq jpqpp t)Qfpmq. pelpitpiétpitdçpp^ee^ècp d bpooiqipp qqi chppgent de poo^ p tqpa lep qpqfi^ dp sièclp , pt qqe , dpp§ le nôtrp , on apppllp fpslupqa^iea. Tqp4m Ç^PHf^q^^ un ^rc eqtre ses |)fetpllp8 p( Jeçi aqusrpie^s de son ppp^loq t)|^pc , il avpi( pqs^ spa pipda ep ^(tes yerqiea p( ^peyppnép^ spr ^ çhppibraple 4e |^ pher: mipép , pt ae ^nqit assis ^ur |e dpa 4ans |e feutqpil 4'ArR^aq4. Qu fpstç , ga^té pyep e](actl(qde, te n^nchpt^ reiropsaée aui^ le reypcâ de spn fraep bou^qna îurillqnts^ (etlor^ gppp 4^ua l'œil ^t \^ canne à ppmpie 4'or p la mpiq , il avpit |oqt q fqit l'w 4'm» «iwa -: çp4e pq vis^tp chpz Ip ba^on Ar^qa^d 4^ hvmh TTT. Çe^|e illuaioq allp si Iftin , qp'ArpAPB4 Ïq

rqg^i'49 m^m sh^u'h^ 4« pn^iuirâsiiiiiDe..

a \\ m ^Wbilp vqqs^ pyqir F«(i!Dqiitr^ Quelque Rftrt? -:? imm \ te î»'y \# ft». -r^ Je ypua qi vu aq \m 9( ch^fà, -^ Jwq«i l te faia cqmiiE'. rr.AtefBÇs'ét^it eq ç«iU!phpt-:Riai»aial Jta çqp^Mis. rr-. AM Pi8irdi*eHl T^i m» «Ar^ r^iiftuèqyeic yppa che? Sfr^?... t- lapd^iftl je iv^ie- -r Vws vaSiii^ WujfqHr» *v<p» pd^ -^ Jsm^i i^ galope, t-^ Vqqi^ i^ W\ {«ito pw

pai )^ T7 tjiijzM ^^ a(en|jjt iffia 4» V^i^vi» de dûnjipç q ç^ m(mmP ^ «9Wi>% de ci9fti»ai^ pppç Imâ â^ up PM » aotl^' Cîepei4«»i(la f^fipxtea M«i^q^ à so|i m4^, tt ça«weii6« ^

iï^^Q k #9bte ) en y^in #. Wi#a, i^ inmo^ ^% ptair^il 4 ç^luM *ï ae 4^iw«*^ tt i!i5afc

ç^yarMUanu»iB ft^ b«( ^e ^ ^ir^çs^. AriPAM

p^it d^ip^ ^ réitMop di'e^ ^ qy?p wii*H?i

fpjs^jl bieq q^'siyef? qn qq^i$ ^ e^ y^ ^fé^riA ça f^iaant eaçQce tip^ sa çlpchMt : -^n ^ SiailiW. é«o^^ ^ q)^, » ^ t;^ |i^ ^aM 4 M^i^^ PffopoQcé , cy^ V^% ^mi^i^eA qu'Ami^

d^ur. — Ç:étôji V'Çft. y«»ig^ ^Mf'tafe «Hfi^ te

AhPËiNbink.

poésie a hôvé. Type de beauté lîélrl par Id douleur, altéré par la haine, dégradé par la débauche, il gardait ericorc, tant que sbri visd^e testait iAmobile, une trace endormie de sdh origine céleste ; mais dés qu'il parlait , rdciidti de sei traits dénotait une existence ofl avdibnt passé toules le^ thauvaises passions. Cependant , de lotîtes les expressions repoussantes qui se montraient sur sori visage, celle d*Uff dégbât profôhd dominait lés autres. Ad lieu d'iUlendFe qU'Afnrtand Tihterrogçfât, il Ibi adressa la parole lé premier, a Me voici pbur accdnrtplir le marché que j*ai fart avec (a famille et par lequel je dois ddnher à èhsfcufl dès barons de Luizzi, de flbhquerôlles , ce qu'il ine demandera; tu connais lés condîlioiis de ce HlîlrcHê, Je suppose? ~ Oui , répondit Armand; en échange dé ce don , chacnri dé nous t'appartient, à tnoins qu'il ne puisse pft)iivèr qu'il a été heureux durant dix années de sa vie.— Et cfîalcun de tes ancêtres s reprit Satan, m'a demandé ce qu'il croyait le bonheiir, afin de fn'échappcr à l'heUre de Sd mort. — Et tous se sont trompés, n'est-ce pas ? — Tous. Ils m'ont demandé de l'argent, de la dbîfé, fle la science, du pdùVoir, et te péfrivèif, là sdîfeticë, ià gldre, ^a^Mht , les (irtt tous rendes malhedreux: — G'fet dotfc iîti liiiirchê to^t â tbrf avantagé, et que je dëvraré reftser de édricture? — Tu le peux. — N'y a-t-ff CTofic aucune chose à demënfder, qtti puisse fendre fieufeû^i ? -^ M y en â une. — Ce h'fet pas â tbi de mé fâ féVélef ,« je la sais; mate nrè pieot-tù psfs hte rfir'è si je fà èbrinaîis? — Tti lai cônèiaîs ; èîte ^'est mêlée à feutes féâ actions de ta vie , quelquefois en fdî , Fe pTûS souvent chez fës autres , et je pùîs t'èftfîf fnér qii'i] n'y a pfafs: besoin de fhoîi aidé pouf ^t/é là plupaYtdes fiom'rhé's ià possèdent. — Est-6é ùrie qdsfffté rtforb'le t éSt-ce lihë éhdsè matérielle t — Tu m'eh deriiànrfes trop. As-tn fait ton choix? Parié vite : j'ai hâté d'ert fiiftîf . — Tu n'étais pàs^s? preèsé tout à' l'heure. — C'est que tout à l'heure j'étafs sôUs une de ces tnillé fôfmes qui me déguîsént à moi-même, et me rendent le présénl! supportable. O^^nd j 'emprisonne riïoîi'.étrésbus les traits d'une créatuYé hdmaidè vicieuse ou mêprisaWe , je me trouve à la haùtetff du siècle que je ^éné, et je l'ié souffre pas di/ misérable rôle auquel je suis^ réduit. Lèl vanité se satisfait de ^tdtiés ttiot^, màfs l'orgueil veut de grandes choses , et (\i sais qu'il fut là cause de ma cliute ; mais jamais iî ne ftit soumis à une si rude épreuve. Après avoir lulté avec 0ieu , après avoir mené tsfnt de vastes esprits , suscité de si fortes passions', fait éclater de si grandes catasf^'Ophés, |e ^uis hoïîtéux d'en êtfe réduit a-ut

basses întrigufes et dux soliës prélëfilidfls Hë répoctile aêtdêllfe , et je M cUtliè â rfrcli-méttië ce que j'ai été, potir oublier, éutâtit que je puiè , ce que je stiis devenu. Cme terrrié qîië tii rh'sls forfcé dé prehdfe hi'èst ttâi- ëbhsétjuéril; odieuse et insuppoi-table; Hâtë*4o! âdric, è'I dis-mot ce qhê to veux. — Je ne le saiâ pas! er.cdft* , et j'ai ctihipté sur toi jibur m'2lidë^ ddrts fiîbh choix. ~ie t'ar dit qdé c'était Imp6?siWe. ~ Tu peux cependant fàifè pbur mbi ce que tb ds fait pouf tffe^ aricêlrè^ ; ftl pëtjx me mohtfef à riu les pdssîdtis dès âutrëè hbmmes, leurs espérances, leut^jdle^, leurs douleurs, lé secret de lelir existence, afiiiqOe je puisse tiret* dé cet ènséignerriefit lihé lumière qui mé guide. -^ Je puis farfe toiit cèld, niais tii dbis savoir que tes ancêtres èe sont engagée à hi'àppdi'tetiir avant que j'aie côhirriènfcé irtôn réHt. Vbis cet acte ; j'ai laissé ëii blanc le noni do la chose que tii me demàhdéfa^ : àigne-le ; et pa\i après m''avo'ir eritendti , ih écriras tdt-mêmé te qiie lu désifeS être , ou fce que tu désires avoir. » — Armand ôighà et heprit. « Maintenant je t'écoute. Parie. — Pas ainsi. La solennité que hi*imposeraît â mbî-mémfe cette formé primitive' fatîgUergllt là friable àtteïïlîdn. Écbùtè : mêlé à la vfé humaine, j'V prends piiis de part que les hortiméè ne pensent, ie té cbrliefai mon histoire, oii pltrtôtjè té conterai (a leur. — Je serai cdrïeux de la cô'nftîfft^ë. -^ Gaffdè ce sentiment; car du tnbméfft cjud tu m'auras demandé une éorifildeh'cè, il faudra l'éhtendre jtisqu'aii bbut. Cependant lu pouffas refuser de F éntè'ndfé éh rhè' dbtîriaht (ifië des pièces dé monnaie de ëétte bbbrsé. — J'acceple , si tèulèfois^ ce n*èél pas uffè condition p^ur ifiof de' dè/néoféf Héhé une résidence fixe'. — " Vaf btt tU vod^fsts , Je serai tbujdùré atf fefïdez-vbfcfâr pâftot/t ôtf ih fh'appeflefas. Mais songe que ^e rt'ést cpf ?cj qtie iti peux me' revoir sous fha véritàfblè' fbfrnë. Tu WappèllefaS avec cette ^nnétté à tdufè hetrre , en fbut }ku , sur (fuelqbé place que ce siffl... » —Trois heures sènnèrerift, et le diable d?Sp^ut. AffYrahd dé hëitii se rètfotivà Séuf. Lér bourse qui contenait séS jdiirs était Stfr sa trfÇrfe. Il etrt envié de l'ouVrif pour fés èompter, radis II Aë p^rt y i^arvènîf , et ft se cowfchjf après i'avolf sbîgnerfséifrfedt pigfcée SôtrS soii chevèl... A — Noti>4l^ répétas, if éstftehefrx c^^e lè^ Wî^brr e^ fiifconléeà par Fe' dfféfclé saîérrt généralement de nature à ne' pétfvdîf être htés d'iAi lecteù^r chrétien ; car , ëÉni ée cifdfe, ratfleur, dbitt on ne saurait nriéf le gfaïiÀ r/rérité , eût pu faire un irès-bon livre.

tië magîèfén âvi Caire. -^ NouS emprun-

t6hs à St. Léonf de Lâborde un fragment curieux qo'îf a pdblié eïï août ms da'ffs fa Ae-

APPEiNDIGË.

vue des deux Mondes , el qu'on retrouve dans ses Commentaires géographiques sur la Genèse. Nous en avions dit quelque chose au root VERas. — «L'Orient, cet antique pays, ce vieux berceau de tous les arts et de toutes les sciences, fut aussi el de tout temps le domaine du savoir occulte et des secrets puissants qui frappent l'imagination des peuples. — J'étais établi au Caire depuis plusieurs mois (4827), quand je fus averti un matin par lord Prudboe qu'un Algérien , sorcier de son métier, devait venir chez lui pour lui montrer un tour de magie qu'on disait extraordinaire. Bien que j'eusse alors peu de conGance dans la magie orientale , j'acceptai rinvitation ; c'était d'ailleurs une occasion de me trouver en compagnie fort agréable. Lord Prudhoe me reçut avec sa bonté ordinaire et cette humeur enjouée qu'il avait su conserver au milieu de ses connaissances si variées et de ses recherches assidues dans les contrées les plus difQciles à parcourir. — Un homme grand el beau, portant turban vert et benisch de même couleur, entra: c'était TAlgérien. Il laissa ses souliers sur le bout du tapis, alla s'asseoir sur un divan et nous salua tous à tour de rôle de la formule en usage en Egypte. Il avait une physionomie douce et affable, un regard vif, perçant, je dirai même accablant, et qu'il semblait éviter de ûxer, dirigeant ses yeux à droite et à gauche plutôt que sur la personne à laquelle il parlait ; du reste , n'ayant rien de ces airs étranges qui dénotent des talents surnaturels et le métier de magicien. Habillé comme les écrivains ou les hommes de loi, il parlait fort simplement de toutes choses et même de sa science, sans emphase ni mystère, surtout de ses expériences, qu'il faisait ainsi en public et qui semblaient à ses yeux plutôt un jeu à côté de ses autres eecreis qu'il ne faisait qu'indiquer dans la conversation. On lui apporta la pipe et le café, et pendant qu'il parlait on fît venir deux enfants sur lesquels il devait opérer. — Le spectacle alors commença. Toute la société se rangea en cercle autour de l'Algérien, qui fil asseoir un des enfants près de lui , lui prit la main et sembla le regarder attentivement. Cet enfant, fils d'un d'Européen, était âgé de onze ans et parlait facilement l'arabe. Achmed, voyant son inquiétude au moment où il tirait de son écritoire sa pliime de jonc, lui dit: «N'aie pas peur, enfant, je vais l'écrire quelques mots dans la main , tu y regarderas et voilà tout.» — L'enfant se remit de sa frayeur, et l'Algérien lui traça dans la main un carré entremêlé bizarrement de lettres et de chiffres, vçrsa au milieu une encre épaisse

et lui dit do chercher le reflet de son visage. L'enfant répondit qu'il le voyait. Le magicien demanda un réchaud qui fut apporté sur-lechamp ; puis il déroula trois petits cornets do papier qui contenaient différents ingrédients , qu'il jeta en proportion calculée sur le feu. Il l'engagea de nouveau à chercher dans l'encre le reflet de ses yeux , à regarder bien attentivement, et à l'avertir dès qu'il verrait paraître un soldat turc balayant une place. L'enfant baissa la tête; les parfums pétillèrent au milieu des charbons; et le magicien, d'abord à voix basse, puis l'élevant davantage, prononça une kyrielle de mots dont à peine quelques-uns arrivèrent distinctement à nos oreilles. — Le silence était profond ; l'enfant avait les yeux fixés sur sa main; la fumée s'éleva en larges flocons, répandant une odeur forte el aromatique. Achmed , impassible , semblait vouloir stimuler de sa voix , qui de douce devenait saccadée, une apparition trop tardive, quand tout à coup, jetant sa tète en arrière , poussant des cris el pleurant amèrement, l'enfant nous dit, à travers les sanglots qui le suffoquaient , qu'il ne voulait plus regarder, qu'il avait vu une figure affreuse ; il semblait terrifié. L'Algérien n'en parut point étonné , il dit simplement : a Cet enfanl a eu peur, laissez-le ; en le forçant on pourrait lui frapper trop vivement l'imagination. » — On amena un petit Arabe au service de la maison et qui n'avait jamais vu ni rencontré le magicien ; peu intimidé de tout ce qui venait de se passer, il se prêta gaiement aux préparatife et fixa bientôt ses regards dans le creux de sa main, sur le reflet de sa figure, qu'on apercevait , même de côté , vacillant dans l'encre. — Les parfums recommencèrent à s'élancer en fumée épaisse , et les formules parlées en un chant monotone , se renforçant et diminuant par intervalles , semblaient devoir soutenir son attention : « Le voilà 1 s'écria-t- il; et nous remarquâmes l'émotion soudaine avec laquelle il porta ses regards sur le centre des signes magiques. — Comment est-il habillé ? — Il a une veste rouge brodée d'argent, un turban et des pistolets à sa ceinture. — Qne fait-il ? — Il balaie une place devant une grande lente riche et belle ; elle est rayée de rouge et de vert avec des boules d'or en haut. — Regarde qui vient à présent ? — C'est le sultan suivi de tout son mopde. Oh! que c'est beau 1... Et l'enfant regardait à droite el à gauche comme dans les verres d'une optique dont on cherche à étendre l'espace. — Comment est son cheval? — Blanc, avec des plumes sur la tête. — Elle sultan? — Il a une barbe noire, un benisch

APPENDICE

vert, to En3uite TAIgérien nous dil ; a Maintenant, messieurs, nommez la personne que vous désirez faire paraître ; ayez soin seulement de bien articuler les noms, afin qu*il ne puisse pas y avoir d'erreur. » Nous nous regardâmes tous, et comme toujours dans ce moment personne ne retrouva un nom dans sa mémoire. — aShakspeare, dit enfin le major Félix , compagnon de voyage de lord Prudhoe. — Ordonnez au soldat d'amener Shakspeare, dit l'Algérien. — Amène Shakspearel cria l'enfant d'une voix de^maître. — Le voilà ! » ajouta>t-ll après le temps nécessaire pour écouter quelques-unes des formules inintelligibles du sorcier. Notre étonnement serait difficile à décrire , aussi bien que la fixité de notre attention aux réponses de l'enfant. — « Comment est-il ? — Il porte un benisch noir, il est tout habillé de noir, il a une barbe. — Est-ce lui ? nous demanda le magicien d'un air fort naturel , vous pouvez d'ailleurs vous informer de son pays , de son âge. — Eh bien! ou est-il né? dis-je. — Dans un pays tout entouré d'eau.» Cette réponse nous étonna encore davantage. — Faites venir Cradock , ajouta lord Prudhoe avec cette impatience d'un homme qui craint de se fier trop facilement à une supercherie. Le Caouas l'amena. — Comment est-il habillé? — Il a un habit rouge, sur sa tète un grand taibousch noir, et quelles drôles de bottes 1 je n en ai jamais vu de pareilles: elles sont noires et lui viennent par-dessus les jambes. » — Toute» ces réponses, dont on retrouvait la vérité sous un embarras naturel d'expressions qu'il aurait été impossible de feindre, étaient d'autant plus extraordinaires qu'elles indiquaient d'une manière évidente que l'enfant avait i:0u$ les yeux des choses entièrement neuves pour lui. Ainsi, Shakspeare avait le petit manteau noir de l'époque , qu'on appelait benisch, et tout le costume de couleur noire qui ne pouvait se rapporter qu'à un Euro^ péen, puisque le noir ne se porte pas en Orient, et en y «coûtant une barbe que les Européens ne portent pas avec le costume franc, c'était une nouveauté aux yeux de Tenfant. Le lieu de sa naissance, expliqué par un pays tout entouré d'eau, est à lui seul surprenant. Quant à Tapparition de M. Cradock, qui était alors en mission diplomatique près du pacha, elle est encore plus singulière, car le grand tarbousch noir, qui est le chapeau militaire à trois cornes, et ces bottes noires qui se portent par-dessus la culotte , étaient des choses que 1 enfant avouait n'avoir jamais vues auparavant ; et pourtant elles lui apparaissaient. — Nous fîmes encore apparaître plusieurs per-

sonnes, et chaque réponse, au milieu de son irrégularité, nous laissait toujours une pro« fonde impression. Enfin le magicien nous avertit que l'enfant se fatiguait, il lui releva la tète en lui appliquant ses pouces sur le$ yeux et en prononçant des paroles mystérieuses; puis il le laissa. L'enfant était comme ivre : ses yeux n'avaient point une direction fixe, son front était couvert de sueur, tout son être semblait violemment attaqué. Cependant il se remit peu à peu, devint gai, content de ce qu'il avait vu ; il se plaisait à le raconter, à en rappeler toutes les circonstances, et y ajoutait des détails comme à un événement qui se serait réellement passé sous ses yeux. — Mon étonnement avait surpassé mon attente; mais j'y joignais une appréhension plus grande encore : je craignais une mystifi-» cation et je résolus d'examiner par moi-même ce qui, dans ces apparitions en apparence si réelles et certainement si faciles à obtenir, appartenait au métier de charlatan, et ce qui pouvait résulter d'une influence magnétique quelconque. Je me retirai dans le fond de la chambre et j'appelai Bellier , mon drogman. Je lui dis de prendre à part Acbmed et de lui demander si pour une somme d'argent, qu'il, fixerait, il voulait me dévoiler son secret; à la condition^ bien entendu, que je m'engagerais à le tenir caché de son vivant» — lA spectacle terminé, Achmed, tout en fumant,, s'était mis à causer avec quelques-uns des spectateurs, encore tout surpris de son talent; puis après il partit. J'étais à peine seul avec Bellier, que je m'informai de la réponse qu'il avait obtenue. Achmed lui avait dit qu'il consentait à m'apprendre son secret. Le lendemain nous arrivâmes à la grande mosquée El-Ahzar, près de laquelle demeurait Acbmed l'Algérien. Le magicien nous reçut poliment et avec une gaieté affable ; un enfant jouait près de lui : c'était son fils. Peu d'instants après, un petit noir d'une bizarre tournure nous apporta les pipes. — La conversation s'engagea. Achmed nous apprit qu'il tenait sa science de deux cheicks célèbres de son pays, et ajouta qu'il ne nous avait montré que bien peu de ce qu'il pouvait faire. — a Je puis, ditil , endormir quelqu'un sur-le-champ, le faire tomber, rouler, entrer en rage, et au milieu de ses accès le forcer de répondre à mes demandes et de me dévoiler tous les secrets. Quand je veux aussi je fais asseoir la personne sur un tabouret isolé, et, tournant autour avec des gestes particuliers , je l'endors immédiatement ; mais elle reste les yeux ouverts, parle et gesticule comme dans l'état de veille. — Nous réglâmes nos conditions ; il

APPE^DfOE.

dgfniirtda qtiar^hte pièisti-eâ d'Espagne ël le seriheht sui* le Koran de ne révélei' ce sect^t à personne. Lli sonlme fut réduite à trehtd paires ; e(, le sërtfnent fa't oU plutôt chanté, Il fit monter son {ieiil ^rçon et prépâ^a, pendant ((ue nôiis fbmtons, tdlls tes ihgrédiehts rtécessàifés â sort Ojièratiofi. Apffts avoir toiipé délns tiH grèfhd fobleati tih petit tfîofceau d^ papier il f^aça dessus les signes à dëssinèh dans Id main et les lettres qui y oht l*appori ; pyis, at)rês lin moment d'hésitatidn, îl iné lë dbtliia. — J'écHVis la prière qiie voici ÉOiis ^ dictée : <r Ameilob-Aioiiha el-DJetihi-Aîoiîbaef-0jéilrioun-Ânsi(ou-Betakki-Malalah6ulou- Wm-Alëikoiilm-tarîckr, Anziloii, tÉri(;kî. » ^ Les fl>o!s pahflims soni: «r Takeh - Mabachi. -^' At«fea^-l!idî. — Koosotnbrà-Djadu. » — L*Algêfiën opé^é sur soh ehfàrnt devaint moi. Gë petit garçon en aVaH urièr telle hsrbibdc tfùë lès ftppsritiotis se sDccédàlent sans (fif!teolté. ïf rious ^conta des choses fort extraofdiAalfës, et dârts lesquelles on remat'clhsfît tjHé ofigiriàlHé i[ui ôtaJt toute crsiintë de iùpebéheKie. -«-s J'opérai le lendeftriâih devant Achiriëd évec beaucoup âë succès, et aveè (dule Yêmoitûti qtre peut dôhrter le pôovblr étrange ^'il rëmt de rfië dofhrtltihiquer. A Aléxsln- Â-ie Je fts de noiivellës expéfiènfces, pëhsaAt Wètt tjU'à celte distàricé Je ne {worf^aïs à^ot de^doote sur Fabsence d'intelligence énirë fe mitgïcie^ et les enfants (jue j*èmpfovais , et , [trtfr ëti être encore plii* s*^, je \e^ {rtfàls chercher darts les qiiartiefs les blûs i-ecûfés bii siir les iviîi^, au moment cfù rte érrrrvaieW de la càttpâ^ftë. J'obtifts deè réVéfatloris surbrenéWteirqui toutes savaient h ri cÀ*actèréld*ongîrraffîtê encore plùs^ extraordinaire qcre VeHâ ëtë cWfff d'hné UrHè abstraite, tfne ftrfâf éiitè âoffes, je fî» appar^i^e I6rd Phidhbe, tiài était ëti Caire, et Ténf^rit, dans la déscn()iion def ëtfk cosCume , se Mi à dire : « Tîéti^, fc'e^ Mi dr^e, îf èi uri sabre (f argent » Or, tord PrtfdRdé était le seul [)eut-é?tre ert Egypte qui ptet-tt* bn ëabre avec uft f^rt-reslu de ce hîéfeff . — b& ^tôu^: rfft Cëirë , |e ëhi' qtr'ort' parlant déj^dema scréffte, M im mafift, â nion gVarid

ëibhtiehient, lés domeslidùes de iM. Msarra» drognian du ootisutat de France, vinrehl chez niol pour mé prier de leii^ faire retrouver un nlâhtèau qUi àvâil été voté â l'bri d'eux. Je hé (Commençai celle opération qij*aveé uhd certaine crairite. J'étais aussi inquiet dèé ré- (K)hses de l'ènfanl que fes Arabes qui àttendjllenl le recouvrement de leur bien. t*our comble de malheur, le caouas ne voulait pas pargJîlre malgré force parfums que Je précipitais daiis le feil, él les violetitéâ aspiràlidns de m6s itîvocations aut génies les ptiis favorables; ënfih il arriva, et alprès les prêliminàires nécessaires, noué évdquâhies le voleur. FI parut. — tl fallait voir les têtes lendues, les bouches ouveHes, les yeux fixes de tties spec- (atefars, attendant fa réponse de l'oracle, quî en effet rious donna (jne description de sa f^grire, de son turbari, de sa barbe: «C'est Ibrahim, oui, c'est lui, bien sur!» s*écria-tdn de teiis côtés, et Je tîs que je n'avais plus ^*â appuyer mes pouces sur les yeux de mon pîtUeni ; tàr îts m'avaient tous (jiiitfés poor codrir après Ibrahim. Je souhaité qù'd ait été coupable; car j'ai entendu vaguement parler de quelqiies coups de bâtdn qu'il reçut à cette dccasîbri.

Dans ce dédâile d'errem*s et d'illusions' dont nous Ve(iori9 de rassembler les biitorrès ta- Meaox, on në perdra pas de vue ce grand feit, -^ qtre toltft ce qui est faux et Monstrueux a été le fruit des égarements de f esprit bti- Âiain ; 4«re ee^ ê^BretùëMs ri'eht pti êtfë pfbduits qnef par tés iHbsk)^ d'ëhe feâsse pftf- Ibso^Me ^(if à ëôntfriué dé r^pdndr^ s^ éfrebrif sô^ des Wb«i^0«fs dîterë. Mal§ n est tthé MnWtê qtii briffe âii mflieti de fbrites eéà lértébèes, qùoIqàîEf plusieurs ferment ïès yeirx poUi' ite la pdmt irof* : — Itl* Hi iéneèfHs luèét, et tembf& éctm hoh i^mprehetidetiinf. ^ Cette Vrftfe Itmiiérèi n'ésé jèlmais eMiéré ^eé ôétii Fl^lëe catbôiftjue , èentre dei la vérité et de \tf l?beréé, -^ ùH DHaii Efdus maintiende !

Hn.

DENIS-AUGUSTE AFFRE , par la miséricorde divine et ta grâce du saint Siège Apostolique, Archevêque de Paris.

Nous n^avons rien vu de contraire a la foi et aux mœurs dans la troisième édition de Fouvrage intitulé Dictionnaire Infe)maly que nous avons fait examiner avec soin.

Donné k Paris, sous le seing de notre Vicaire général , le sceau de nos armes et le contre-seing de notre Secrétaire , le vingt-sept juillet mil huit cent quarante-quatre.

F. DuPANLOUP, Vicaire général.

Par Mandement de Monseigneur FArchevêquc de Paris.

E. HiRON, Chan. hon., prO'Secrétmre,

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