‹ Dictionnaire infernal, ou Recherches et anecdotes sur les démonsChapitre 51 sur 319 · RA · texte numérisé non relu

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grant délit; la perfide baguellc Irabit encore toutes les espérances.— Néanmoins la bagueiie divinatoire ne périt point ; ceux qui prétendirent la faire tourner se multiplièrent même ; et ce talent vint jusqu'en Belgique. 11 y eut à Heigne , près de Gosselies , un jeune garçon qui découvrit les objets cachés ou perdus au moyen de la baguette de coudrier. Cette baguette , disait-il, ne pouvait pas avoir plus de deux ans de pousse. — Un homme, voulant éprouver Tart de Tenfantde Heigne, cacha un écu au bord d'un fossé , le long d'un sentier qu'on ne fréquentait presque pas. Il fit appeler le jeune garçon , et.lui promit un escalin s'il pouvait 'retrouver l'argent perdu. Le garçon alla cueillir une branche de coudrier ; et tenant dans ses deux mains les deux bouts de cette baguette , qui avait la forme d'un Y, après avoir pris différentes directions, il marcha devant lui et s'engagea dans le petit sentier. La baguette s'agitait plus vivement. Il passa le lieu où l'écu était caché ; la baguette cessa de tourner. L'enfant revint donc sur ses pas; la baguette sembla reprendre un mouvement très-vif; elle redoubla vers l'endroit qu'on cherchait. Le devin se baissa , chercha dans l'herbe et trouva le petit écu, à l'admiration de tous les spectateurs. — Sur l'observation que le bourgeois fit, pour essayer la baguette, qu'il avait perdu encore d'autre argent , le jeune garçon la reprit, mais elle ne tourna plus. — On se crut convaincu de la réalité du talent de l'enfant. On lui demanda qui l'avait instruit. « C'est le hasard , dit-il ; ayant un jour perdu mon couteau, on gardant les troupeaux de mon père, et sachant tout ce qu'on disait de la baguette de coudrier, j'en fis une qui tourna, qui me fit retrouver ce que je cherchais et ensuite beaucoup d'autres objets perdus. » C'était très -bien. Malheureusement d'autres épreuves, examinées de plus près, ne réussirent pas, et on reconnut que la t>aguette divinatoire était là aussi une supercherie. Mais on y avait cru un siècle , et des savants avaient fait imprimer cent volumes pour l'expliquer. — « Faut-il rassembler des arguments pour prouver l'impuissance de la baguette divinatoire? ajoute M. Salguesi. Que l'on dise quel rapport il peut y avoir entre un voleur, une source d'eau, une pièce de métal et un bâton de coudrier. On prétend que la baguette tourne en vertu de l'attraction. Mais par quelle vertu d'attraction les émanations qui s'échappent, d'une fontaine, d'une pièce d'argent ou du corps d'un meurtrier tordent-elles une branche de coudrier qu'un homme robuste tient

« De» Errears et des préjugés, etc., t. l'S p. 166.

fortement entre ses mains ? D'ailleurs, ï)ourquoi le môme homme trouve-l-il des fontaines, des métaux, des assassins et des voleurs, quand il est dans son pays, et ne trouve-t-il plus rien quand il est à Paris? Tout cela n'est que charlatanisme. Et ce qui détruit totalement le merveilleux de la baguette^ c'est que tout le monde, avec un peu d'adresse, peut la faire tourner à volonté. Il ne s'agit que de tenir les extrémités de la fourche un peu écartées, de manière à faire ressort. C'est alors la force d'élasticité qui opère le prodige. » — Cependant on croit encore à la baguette divinatoire dans le Dauphiné et dans le Hainaut; les paysans n'en négligent pas l'usage, et elle a trouvé des défenseurs sérieux. Formey, dans V Encyclopédie, explique ce phénomène par le magnétisme. Ritter, professeur de Munich, s'autorisait récemment des phénomènes du galvanisme pour soutenir les merveilles de la baguette divinatoire ; mais il n'est pas mort sans abjurer son erreur.—- L'abbé de La Garde écrivit au commencement avec beaucoup de foi l'histoire des prodiges de Jacques Aymar ; en 1692 même, Pierre Garnier, docteur-médecin de Montpellier, voulut prouver que les opérations de la baguette dépendaient d'une cause naturelle * ; cette cause naturelle n'était, selon lui, que les corpuscules sortis du corps du meurtrier dans les endroits où il avait fait le meurtre et dans ceux où il avait passé. Les galeux et les pestiférés, ajoute-t-il, ne transpirent pas comme les gens sains, puisqu'ils sont contagieux ; de même les scélérats lâchent des émanations qui se reconnaissent ; et si nous ne les sentons pas, c'est qu'il n'est pas donné à tous les chiens d'avoir le nez fin. Ce sont là. ditil, page 23 , des axiomes incontestables. « Or, ces corpuscules qui entrent dans le corps de l'homme muni de la baguette l'agitent tellement , que de ses mains la matière subtile passe dans la baguette même, et, n'en pouvant sortir assez promptement , la fait tourner pu la brise : ce qui me paraît la chose du monde la plus facile à croire... » — Le bon père Ménestrier, dans ses Réflexions sur les indica-^ tions de la baguette, Lyon, 4694, s'étonne du nombre de gens qui devinaient alors par ce moyen à la mode. « A combien d'effets, poursuit-il , s'étend aujourd'hui ce talent ! Il n'a point de limites. On s'en sert pour juger de la bonté des étoffes et de la différence de leurs prix, pour démêler les innocents des coupables, pour spécifier le crime. Tous les jours cette vertu fait de nouvelles découvertes mconnues

' Dans sa Dissertation physiqne en forme de lettre à M. de Sevra , seigneur de Fléchéres , etc. la-12. Lyon . 1692, '

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jusqu'à présent. » — Il y eut même en 4700, à Toulouse, un brave homme qui devinait avec la baguette ce que faisaient des personnes absentes. 11 consultait la baguette sur le passé, le présent et l'avenir; elle s'abaissait pour répondre oui et s'élevait pour la négative. On pouvait faire sa demande de vive voix ou mentalement ; « Ce qui serait bien prodigieux, dit le père Lebrun, si plusieurs réponses (lisez la plupart) ne s'étaient trouvées fausses ^ » — Un fait qui n'est pas moins admirable , c'est que la baguette ne tourne que sur les objets où l'on a intérieurement Tintention de la faire tourner. Ainsi, quand on cherche une source, elle ne tournera pas sur autre chose, quoiqu'on passe sur des trésors enfouis ou sur des traces de meurtre. Pour découvrir une fontaine , il faut mettre sur la baguette un linge mouillé : si elle tourne alors , c'est une preuve qu'il y a de Teau à l'endroit qu'elle indique. Pour trouver les métaux souterrains , on enchâsse successivement à la tète de la baguette diverses pièces de métal, et c'est un principe constant que la baguette mdique la qualité du n^tal caché sous terre, en touchant précisément ce même métal. — Nous répétons qu'on ne croit plus à la baguette , et que cependant on s en sert encore dans quelques provinces. 11 fallait autrefois qu'elle fût de coudrier ou de quelque autre l)ois spécial ; depuis, on a employé toute sorte de bois, et même des côtes de baleine ; on n'a plus même exfjîé que la baguette fût en fourche. — Secret de la baguette divinatoire et moyen de la faire tourner, tiré du Grand Grimoire, page 87 •. — Dès le moment que le soleil paraît sur l'horizon, vous prenez de In main gauche une baguette vierge de noisetier sauvage , et la coupez de la droite en trois coups , en disant : a Je te rafiiasse ou nom d'Éloïm, Mutraihon, Adonay et Sémiphoras, afm que tu aies la vertu de la verge de Mcïse et de Jacob pour découvrir tout ce que je voudrai savoir. » Et pour la faire tourner, il faut dire, la tenant serrée dans ses mains, par les deux bouts qui font la fourche : « Je to commande, au nom d'Éloïm, Muthrathon, AdonayetSémiphoras,deme révéler... a [on indique c^ qu'on veut savoir).

Baguette magique. — On VOit , comme

nous l'avons dit, que toutes les fées ou sorcières ont une baguette magique avec laquelle elles opèrent, fioguet rapporte ^ que Françoise Secrétain et Thévenne Pagel faisaient mourir les bestiaux en les touchant de leur

* Histoire des pratiques superstitieuses, t. II, p. 357. ^ Ce secret est aussi dans F» Dragon roucc, p. 85. ^ Pi«-cour8 de" sorcier», cïi, 39.

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