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minel et le procureur du roi le conduisirent dans la cave. 1! parut très-ému en y entrant; son pouls s'éleva comme dans une grosse fièvre ; sa baguette , qu'il tenait â la main, tourna rapidement dans les deux endroits où Ton avait trouvé les cadavres du mari et de la femme. Après quoi, guidé par la baguette ou par un sentiment intérieur, il suivit les rues où les assassins avaient passé , entra dans la cour de Tarchevêché, sortit de la ville par le pont du Rhône, et prit à main droite le long de ce fleuve. — Il fut éclairci du nombre des assassins en arrivant à la maison d'un jardinier, où il soutint opiniâtrement qu'ils étaient trois , qu'ils avaient entouré une table et vidé une bouteille sur laquelle la baguette tournait. Ces circonstances furent confirmées par l'aveu de deux enfants de neuf à dix ans, qui déclarèrent qu'en efTet trois hommes de mauvaise mme étaient entrés à la maison et avaient vidé la bouteille 'désignée par le paysan. On continua de poursuivre les meurtriers avec plus de confiance. La trace de leurs pas, indiquée sur le sable par la baguette , montra qu'ils s'étaient embarqués Aymar les suivit par eau , s'arrétant à tous les endroits où les scélérats avaient pris terre, reconnaissant les lits où ils avaient couché, les tables où ils s'étaient assis, les vases où ils avaient bu. — Après avoir long-tenïps étonné ses guides, il s'arrêta enfin devant la prison deBeaucaire, et assura qu'il y avait là un des criminels. Parmi les prisonniers qu'on amena, un bossu qu'on venait d'enfermer ce jour même pour un larcin commis à la foire fut celui que la baguette désigna. On conduisit ce bossu dans tous les lieux qu'Aymar avait visHés : partout il fut reconnu. En arrivant à Bagnols, il finit par avouer que deux Provençaux l'avaient engagé, comme leur valet, à tremper dans ce crime ; qu'il n'y avait pris aucune part ; que ses deux bourgeois avaient fait le meurtre et le vol, et lui avaient donné six écus et demi. — Ce qui sembla plus étonnatii encore, c'est que Jacques Aymar ne pouvait se trouver auprès du bossu sans éprouver de grands maux de cœur, et qu'il ne passait pas sur un lieu où il sentait qu'un meurtre avait été commis sans se sentir Tenvie de vomir. — Comme les révélations du bossu confirmaient les découvertes d'Aymar, les uns admiraient son étoile, et criaient au prodige, tandis que d'autres publiaient qu'il était sorder. Cependant on ne put trouver les deux assassins, et le bossu fut rompu vif. Dès lors plusieurs personnes furent douées du talent de Jacques Aymar, talent ignoré jusqu'à lui. Des femmes mêmes firent tourner la baguette. Elles avaient des convulsions et des maux de cœur
en passant sur un endroit où un meurtre avait été commis ; ce mal ne se dissipait qu'avec un verre de vin. — Aymar faisait tant de prodiges qu'on publia bientôt des livres sur sa baguette et ses opérations. M. de Vagny, procureur du roi à Grenoble , fit imprimer une relation intitulée : Histoire merveilleme d'un maçon qui, conduit par la baguette divinatoire, a suivi un meurtrier pendant quarantecinq heures sur la terre et plus de trente sur Veau. Ce paysan devint le sujet de tous leB entretiens. Des philosophes ne virent , dans les prodiges de la baguette , qu'un effet des émanations des corpuscules; d'autres les attribuèrent à Satan. Le père Lebrun fut de ce nombre, etMalebrancheadopta son avis. — Lefilsdu grand Condé, frappé du bruit de tant de merveilles, fît venir Aymar à Paris. On avait volé à mademoiselle de Condé deux petits flambeaux d'argent. Ayrtrar parcourut quelques rues de Paris en faisant tourner la baguette ; il s'arrêta à la boutique d'un orfèvre, qui nia le vol, et se trouva très-offensé de l'accusation. Mais le lendemain on remit à Thôtel le prix des flambeaux; quelques personnes dirent que le paysan l'avait envoyé pour se donner du crédit. — Dans de nouvelles épreuves , la baguette prit des pierres pour de l'argent; elle indiqua de l'argent où il n'y en avait poiht. En un mot, elle opéra avec si peu de succès qu'elle perdit son renom. Dans d'autres expériences la baguette resta immobile quand il lui fallait tourner. Aymar, un peu confondu , avoua enfin qu*il n'était qu'un imposteur adroit, que la baguette n'avait aucun pouvoir, et qu'il avait cherché à gagner de l'argent par ce petit charlatanisme... — Pendant ses premiers succès, une demoiselle de Grenoble, à qui la réputation d'Aymar avait persuadé qu'elle était douée aussi du don de tourner la baguette , craignant que ce don ne lui vtnt dé l'esprit malin, alla consulter le perd Lebrun , qui fui conseilla de prier Dieu en tenant la baguette. La demoiselle jeûna , et prit la baguette en priant. La baguette ne tourna plus; d'où l'on conclut que c'était le démon ou l'imagination troublée qui l'agitait. — On douta un peu de la médiation du diable dès que le fameux devin fut reconnu pour un charlatan. On lui joua surtout un tour qui décrédita considérablement la baguette. Le procureur du roi au Châtelet de Paris fît conduire Aymar dans une rue où l'on avait assassiné un archer du guet. Les meurtriers étaient arrêtés, on connaissait les rues qu'ils avaient suivies, les lieux où ils s'étaient cachés : la baguette resta immobile. On fit venir Aymar dans la rue de la Harpe , où l'on avait saisi un voleur en fla-
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