TEO
Troubat (Jules), dernier secrétaire de Sainte- Beuve, l’un de ses exécuteurs testamentaires et son légataire universel, né, à Montpellier, le 19 septembre 1836. Il était en rhétorique au lycée de cette ville, quand son père, commis marchand drapier, fut englobé dans le coup de réseau tendu par le général Rostolan, qui arrêtait et emprisonnait 300 républicains coupables de s’être réunis pour protester contre le 2 décembre. La captivité du père de M. T. dura 38 jours. Il fut lui-même arrêté, quelques années après, le 20 janvier 1868, dans sa ville natale, à la suite de l’attentat d’Orsini, par ordre du préfet de l’Hérault, M. Gavini, et condamné à 3 mois de prison pour apologie de fait qualifié crime (délit qui a disparu depuis des codes frauçais) et détention illégale de caractères d’imprimerie. M. T. s’occupait beaucoup de politique et de littérature dans sa jeunesse à Montpellier avec son ami J.-B. Soûlas, qui, après avoir publié un volume de « Physionomies littéraires » très remarqué dans Le Furet , journal littéraire et théâtral, vint à Paris, où il collabora au Figaro , et mourut en 1859, à l’âge de 29 ans. Ce journal Le Furet , fondé en 1854 par M. Achille Kuhnholtz, membre de la Société des gens de lettres, décida aussi de la destinée du plus brillant de ses collaborateurs, Edmond Gondinet, mort le 22 novembre 1888, avec qui M. T. était resté étroitement lié depuis ses années de jeunesse et de province. M. Gondinet avait fait jouer sa première pièce sur le théâtre de Montpellier au mois de septembre 1855. En 1857, M. T. fit la connaissance à Montpellier de M. Champfleury, qui était venu en excursion botanique avec le peintre Courbet et Schanne (le fameux Schaunard de « La Vie de Bohême », de Mürger). Un conseil de M. Champfleury à M. T. donné sous les ormes du Peyron, « Ve- « nez à Paris, un jeune homme laborieux y fait « toujours son chemin », lui montra la voie à suivre ; mais il ne partit que l’année suivante, après sa sortie de prison. M. Champfleury le prit en amitié et lui fit faire divers travaux. Il le présenta notamment à M. Arsène Houssaye ; qui chargea immédiatement M. T. du compterendu, pour le journal L’Artiste , des ventes de tableaux et curiosités à l’hôtel Drouot. En 1861, Sainte-Beuve, qui allait reprendre au Constitutionnel la série des « Lundis », faisant suite aux « Causeries », et connus sous le nom de « Nouveaux Lundis », avait besoin d’un secrétaire pour remplacer M. Pons sur le point de le quitter. Il chargea son ami le docteur Veyne de lui en trouver un. Le docteur Veyne, également ami de M. Champfleury, chez qui il avait vu M. T., pensa que « le jeune homme » pourrait faire l’affaire, et c’est ainsi que M. T. devint secrétaire de Sainte-Beuve, auprès de qui il demeura jusqu’à la mort du grand critique (1869). Au mois d’avril 1871, pendant la Com-