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Renan (Eimest), le plus aimable et spirituel des philosophes, le plus élégant et séduisant des écrivains français, l’un des orientalistes les plus savants, professeur d’hébreu et de langues sémitiques au Collège de France, dont il est le directeur et le patriarche vénéré, membre de l’Académie française, un breton doublé d’un hellène et, en même temps, un parisien, né, à Tréguier, en Bretagne, le 27 février 1823. Ses : « Souvenirs d’enfance et de jeunesse », d’un intérêt saisissant, publiés ne 1883, nous ont fourni des détails piquants sur les débuts de sa vie glorieuse. C’est au séminaire de Saint-Sulpice qu’il entreprit, entr’autres, l’étude des langues sémitiques; mais à l’âge de 23 ans il se sentit suffoqué par l’air lourd et épais du séminaire ; il le quitta en 1845 ; il poursuivit tout seul ses études ; docteur agrégé en philosophie, il remportait le prix Volney , pour un mémoire sur les langues sémitiques, point de départ pour son beau livre intitulé: « Histoire des langues sémitiques », paru la première fois en 1855. L’Académie des Inscriptions et Belles-lettres lui confia une mission en Italie pour y rassembler de nouveaux matériaux sur Averroès et l’Averroïsme. Telle fut l’origine de ses brillants essais sur cette page d’histoire de la philosophie du moyen-âge; mais il profita encore de son séjour en Italie pour y étudier la Renaissance italienne, dont il est un admirateur passionné. Il visita l’Italie plusieurs autres fois en y découvrant chaque fois quelque chose d’interessant, et en y jetant des étincelles de son esprit fait de lumière et de hautes idéalités. Sa femme avec laquelle il voyage est la nièce du célèbre peintre flamand Ary Scheffer; son fils Ary est déjà un peintre en renom. Après l’Italie, M. R. a visité la Grèce et l’Orient, la Syrie, la Phénicie surtout. Sa mission officielle était surtout scientifique ; mais un grand artiste accompagnait partout ce savant érudit ; c était Renan lui-même qui ouvrait des horizons lumineux au patient investigateur. A son retour de la Phénicie, en 1862, il fut nommé professeur d’hébreu au Collège de France ; mais l’apparition de la « Vie de Jésus », ce livre hardi qui a remué tant de consciences, fit l’année suivante interdire son cours. Par ce livre, M. R. parla au monde tout entier, et, depuis lors, son public n’est plus seulement en France, mais dans le monde entier. Aucun écrivain n’a le droit de parler si haut, et cependant il parle à tout le monde, de loin comme de près, avec la bonhomie d’un philosophe content qui cause à son foyer. Il a puisé 1’ « Histoire des origines du Christianisme », où il trace la marche de la nouvelle religion d’amour du Christ à Marc— Aurèle, et 1’ « Histoire du peuple d’Israël », dont le troisième volume vient de paraître, aux meilleures sources, ne négligeant point tout le travail d’exégèse de la critique allemande; mais