‹ Dictionnaire lyriqueChapitre 135 sur 773 · I.E l'ACliUX · texte numérisé non relu

I.E l'ACliUX

Uiîveillc-toi, France oppiinnV, On te crut morte, et tu donu.iis; Un jour voit mourir une ar;i»'i-.

Mais un peuple ne meurt jainuis.

Pousse le cri de délivrance.

Et la victoire y répondra :

Guerre aux tyrans! Jamais en France, Jamais l'Anglais ne régnera.

En France, jamais l'Angleterre N'aura vaincu pour conquérir; . Ses soldats y couvrent la terre, La terre doit les y couvrir.

Poussons le cri de délivrance.

Et la victoire y répondra:

Vive le roi ! Jamais en France, Jamais l'Anglais ne régnera !

La musique et la poésie de ces strophes suffisent à réunir dans une commune admiration les noms de Casimir Delavignc et de Il-jlévy. Le dauphin, sous l'habit d'un écuyer, prend part à ce chant de délivrance interrompu par l'arrivée des soldats anglais, de Bedford et de la reine Isabeau. Dans l'entrevue de celle-ci avec Odette, on doit remarquer la belle phrase : licspect à ce roi qui succombe, dont l'harmonie et le caractère sont d'une élévation et d'une distinction extrêmes. Le dauphin , que son amour frivole pour Odette avait amené, ne tarde pas à apprendre d'elle la mission qu'elle doit remplir auprès do son père; ce qui amène ce passage :

En respect mon amour se change :

Reste pure, Odette, et sois l'ange De tes rois et de ton pays !

Pour eux, c'est en toi que j'espère ; L'ange qui va sauver le pire Sera respecté par le fils.

Quoique Duprez n'aimât pas ce rôle sacrifié , il le chantait avec beaucoup de charme, et il a laissé de bons souvenirs, surtout dans ce duo : Gentille Odette, eh quoi? ton cœur palpite. Le dauphin, reconnu, est sauvé par Odette de la poursuite des Anglais. Au second acte, on assiste ii une fête donnée par Isabeau de Bavière au duc de Bedford, dans l'hôtel Saint-Paul. M'nc Dorus-Gras se faisait applaudir dans cette scène. Elle est suivie de celle dite de la Folie, la plus remarquable page écrite par Halévy. Les récitatifs, le cantabile : C'est grand' pitié que ce roi, que leur père, portent l'empreinte de l'égarement , et chaque phrase a le caractère qui convient au sens. Lorsque le musicien pense et sent oomme le poëte, l'œuvre dramatique est parfiite. Odette cherche à distraire Charles VI; nous signalerons ici des couplets de la facture la plus distinguée : Ah! qu'un ciel sans nuage, et le grand duo des cartes, au moyen duquel la jeune fille cherche à faire vibrer dans le

CHAR

cœur du roi la fibre guerrière ; mais c'est en vain. Isabeau parvient à lui faire signer à la fois l'adoption du jeune Lancastre et la déchéance du dauphin. Le troisième acte est rempli en grande partie par la marche du cortège qui se rend au couronnement du jeune Anglais. Le roi reprend ses sens et arrache la couronne du front de l'enfant. L'air de Raymond, Fête maudite, est accentué avec énergie. La reine et Bedford , au quatrième acte, remettent sous les yeux de Charles l'acte d'abdication qu'il a signé. Le roi le brûle et les chasse. Epuisé par cet effort, il s'étend sur un lit de repos et chante cette phrase touchante :

Avec la douce chansonnette

Qu'il aime tant.

Berce, berce, gentille Odette,

Ton vieil enfant.

Suit alors une ballade admirablement dite par Mme Stolz : Chaque soir , Jeanne sur la ■plage. L'accompagnement de hautbois produit un effet ravissant. Le roi s'est endormi, mais dès qu'il rouvre les yeux , Isabeau fait apparaître des spectres, Clisson, Jean sans Peur, l'homme de la forêt du Mans , qui lui déclarent qu'il mourra de la main du dauphin. Ce prince est arrêté par l'ordre de son père. Le cinquième acte a deux tableaux : le premier représente les bords de la Seine où se réunissent les chevaliers fidèles, Dunois, Tanneguy-Duchâtel , La Hire, Xaintrailles. Guidés par Odette, ils iront à Saint-Denis s'opposer à ce qu'on livre la France à l'étranger. Le second tableau montre le chœur de l'abbaye de Saint-Denis. Tous les personnages s'y rencontrent. Odette saisit l'oriflamme et le place entre les mains du roi. Une bataille s'engage ; les Anglais sont repoussés, et Charles vient tomber mourant dans les bras de son fils. Casimir Delavigne n'a pas terminé son poëme aussi simplement. En voici les derniers vers , si la longueur du spectacle et l'horreur naturelle du public français pour l'inédit, l'inusité, n'y avaient mis obstacle, il eût été beau d'entendre déclamer cette prosopopée prophétique, sur de beaux accords, tels que Halévy aurait pu les imaginer.

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