‹ Dictionnaire lyriqueChapitre 203 sur 773 · DON GREGORIO NELL' IMBARRAZZO · texte numérisé non relu

DON GREGORIO NELL' IMBARRAZZO

opéra-bouflfe, musique de Airoldi, représenté il Venise en i850.

DON GREGORIO Ou LE PRÉCEPTEUR

DANS L'EMBARRAS, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Sauvage et de Leuven, n\usique de M. le comte Gabrielli, représenté à rOpéra-Comique le 17 décembre 1859. La comédie du comte Giraud, le Précepteur dans

l'embarras, a fourni la plupart des scènes de cet opéra-comique, comme elle avait déjà défrayé l'opéra de Donizetti, VAjo neW imbarrazz-o. La musique est agréable et écrite avec facilité. On a remarqué la complainte de Daniel dans la fosse aux lions, avec accompagnement d'orgue , et le trio de la répétition du Diable amoureux. Joué par Couderc, Crosti, "Warot, Lemaire, Nathan, M'ies Pannetrat, Lemercier et Prost.

DON GUALTERIO IN CIVETTA, opéra italien, musique de Mortellari, représenté à Florence en 1776. '

DON JUAN (IL DISSOLUTO PUNITO, OS- SIA DON GIOVANNI), opéra en deux actes, paroles de l'abbé Da Ponte , musique de Mozart, représenté pour la première fois à Prague, le 4 novembre 1787. Mozart fut si satisfait de la manière dont la troupe de Bondini avait chanté ses Noces de Figaro, écrites en 1786 pour Vienne, qu'il convint, avec le directeur de cette troupe, de charger l'abbé Da Ponte, qui avait déjà arrangé pour la scène lyrique le Mariage de Figaro de Beaumarchais, de tailler un livret dans le Festin de Pierre de Molière , et d'en faire un opéra, da metersi in musical. Mozart s'engageait à remettre la partition achevée pour la saison d'automne, moyennant le prix de 100 ducats (1,200 fr.). Mozart revint à Prague vers la fin de l'été, et il livra son opéra le 28 octobre. Il est bien extraordinaire qu'un tel ouvrage ait pu être appris en sept jours. Mais ce sont les dates de l'histoire.

Le sujet de Don Juan appartient originairement au poëte espagnol Tirso de Molina. Nous venons de voir qu'il a été traité successivement par Albertini, Righini, Fabrizzi et Gazzaniga. Scudo, dans la Bévue des Deux 3f ondes d'abord, puis dans son livre intitulé : Critique et littérature musicale , a publié un travail long et bien fait sur Don Juan. Comme il a résumé tout ce qui a été écrit sur les différentes parties de ce chef-d'œuvre depuis un demi-siècle, nous en donnons des extraits en retranchant les tirades soi-disant philosophiques et les citations peu exactes qui étaient familières à l'écrivain. » Le caractère de don Juan a été le sujet de nombreux commentaires. La critique a souvent agité la question de savoir si Tirso de Molina était lo véritable créateur de ce type de la passion révoltée, et quels étaient les emprunts qu'a pu faire à l'écrivain espagnol l'auteur du iVisanthropc. Il ne saurait y avoir de doute pour nous sur l'origine de ce caractère étrange : il

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est sorti tout vivant de la légende du moyen âge fécondée par l'imagination espagnole, du mélange de la foi chrétienne et de la fantaisie populaire. C'est là que le premier et obscur chroniqueur espagnol qui s'est occupé de ce personnage héroïque en a puisé l'histoire. C'est aussi dans la légende chrétienne , modifiée par l'imagination du peuple allemand , que Gœthe a trouvé le caractère tout métaphysique du docteur Faust. Trois conditions sont nécessaires, en effet, pour que le caractère de don Juan puisse exister et se produire : 10 un dogme qui refrène les appétits de la chair, qui fasse du mariage une institution divine , et de la vie future une conséquence du gouvernement de la Providence ; 2» le respect de la femme ordonné par la religion, sanctionné par les lois et les mœurs ; 30 la fougue des passions, l'impérieuse vivacité des désirs , l'instinct de la liberté enfin prenant sa source dans la rigueur de la règle même qui en comprime l'essor ; car, pour qu'il y ait de l'héroïsme à braver la loi, il faut qu'elle existe , appuyée de toutes les forces de la société , et qu'on ne puisse échapper à la pénalité qu'elle inflige dans ce monde qu'en tombant sous les coups de la justice éternelle. Il faut qu'il y ait au-dessus de la vie un juge suprême, qui donne raison à la conscience et rétablisse l'ordre troublé parle vice triomphant. Don Juan était un caractère impossible chez les Grecs et chez les Romains. Il est un produit de la poétique du christianisme; et sans la religion qui condamne l'abus des plaisirs et qui enseigne l'immortalité de l'âme , les crimes de ce héros moderne ne seraient que les peccadilles d'un sybarite ou d'un bel esprit de l'antiquité. »

Mozart avait trente et un ans. Il venait de perdre son père, pour lequel il n'avait jamais cessé d'avoir la plus tendre affection, et quatre mois après, son plus intime ami , le docteur Sigismond Barisani , premier médecin de l'hôpital de Vienne. Mozart, dont la santé était depuis longtemps chancelante, ressentit un chagrin profond et une atteinte mortelle de cette double perte. « C'est dans de telles dispositions qu'il partit pour Prague avec le libretto de Don Giovanni, dont il avait tracé les principales idées et achevé même plusieurs morceaux. Suivi de sa femme, il descendit d'abord à l'hôtel des Trois-Lions, sur la place au Charbon. Quelques jours après, il accepta un logement dans la maison de son ami Dussek, située à l'extrémité d'un faubourg pittoresque qui domine la ville.

C'est là, dans une chambre bien éclairée , ayant sous ses fenêtres l'aspect réjouissant des beaux vignobles de Kosohirz chargés de fruits, de parfums et de feuilles jaunissantes, où venaient expirer les rayons mélancoliques du soleil d'automne; c'est là que Mozart a terminé le poëmc oiJ gémit encore son âme immortelle. C'est pendant les heures tranquilles de la nuit que Mozart, comme Beethoven, aimait à travailler, et qu'il trouvait ses plus heureuses inspirations. Séparé ainsi du monde extérieur, débarrassé des soucis vulgaires de la vie , promenant son regard ému dans l'infini des cieux , en face de son piano et de son idéal, il s'abandonnait au souffle du sentiment qui l'enlevait sur ses ailes divines.» La composition de la troupe Bondini, pour laquelle Mozart a écrit son chef-d'œuvre, était des plus satisfaisantes. Voici quelle était la distribution des rôles : don Giovanni , signor Bassi , âgé de vingt-deux ans , belle voix de baryton , chanteur et comédien excellent ; dona Anna, signera Teresa Saporiti, voix magnifique de soprano sfogato ; dona Elvira, signera Catarina Micelli, talent d'expression ; Zerlina, signera Catarina Bondini, femme du directeur; don Ottavio, signor Antonio Baglioni, voix de ténor douce et flexible ; Leporello, signor Felice Ponziani , basso comico excellent: don Pedro et Masetto, signor Giuseppe Lolli. Mozart dirigeait toutes les répétitions. Il appelait chez lui les chanteurs pour les. faire étudier, leur donnant ses conseils sur la manière d'exécuter tel ou tel passage , les éclairant sur le caractère du personnage qu'ils représentaient , et se montrant trèsdifficile sur le fini des détails et la précision de l'ensemble. Il reprochait souvent aux virtuoses de presser trop les mouvements et d'altérer par leur pétulance italienne la grâce de ses mélodies. A la première répétition générale, peu satisfait de la manière dont la signera Bondini exprimait la terreur de Zerlina dans le finale du premier acte, lorsque, entraînée par don Juan, elle jette le cri sublime de la pudeur au désespoir , Mozart quitta subitement l'orchestre et monta sur la scène. Il fit recommencer le finale à partir du minucllo. Caché derrière une coulisse , il attendit le passage en question , et puis s'élança tout à coup sur la Bondini, qui, fort effrayée , poussa un cri aigu. 0 Voilà qui est bien , dit-il : c'est ainsi qu'il faut crier. » Quand on fut arrivé à la scène du second acte, oii don Juan apostrophe la statue du commandeur , qui lui répond : Di rider finirai... ce récitatif mesuré, d'un si admirable

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caractère, n'était d'abord accompagné que par trois trombones. Comme l'un des trombonistes attaquait toujours faux la note qui lui était confiée, Mozart s'approcha de son pupitre pour lui expliquer la manière de s'y prendre. Blessé dans son amour-propre, le musicien lui répliqua avec aigreur : « On ne joue pas ainsi du trombone , et ce n'est pas de TOUS que je l'apprendrai. — Vous avez raison, lui répondit en riant Mozart ; Dieu me garde de vouloir vous enseigner ce que vous savez mieux que moi 1 Mais veuillez avoir la bonté de me donner un instant votre partie, j'arrangerai cela d'une manière plus commode... » Et d'un, trait de plume il ajouta à l'accompagnement primitif trois hautbois , trois clarinettes et trois bassons.

» On sait comment fut écrite l'ouverture de Bon Juan. La veille de la première représentation, Mozart passa gaiement la soirée avec quelques amis. L'un de ceux-ci lui dit : « C'est demain que doit avoir lieu la première représentation de Don Giovanni , et tu n'as pas encore terminé l'ouverture! » Mozart feignit un peu d'inquiétude, se retira dans sa chambre, où l'on avait préparé du papier de musique , des plumes et de l'encre, et se mit à composer vers minuit. Sa femme, qui était à côté de lui , lui avait apprêté un grand verre de punch, dont l'effet, joint à la fatigue extrême, assoupissait fréquemment le pauvre Mozart. Pour le tenir éveillé , sa femme se mit à lui raconter des contes bleus, et trois heures après il avait terminé cette admirable symphonie. Cependant , ainsi que le fait observer très-judicieusement M. Oulibicheff , ce miracle est peut-être moins grand qu'on ne le pense, Mozart, comme Rosini, ayant l'habitude de composer de tête ses plus grands morceaux, les gardait très-longlemps dans sa mémoire, et, lorsqu'il se mettait à écrire, il ne faisait guère que copier. Il est au moins probable que c'est ainsi qu'a été composée l'ouverture de Bon Juan. Le lendemain à sept heures du soir, un peu avant le lever du rideau , les copistes n'avaient pas encore fini de transcrire les parties d'orchestre. A peine avaient-ils apporté les feuilles encore humides, que Mozart fit son entrée à l'orchestre et se mit au piano , salué par de nombreux applaudissements. Quoique les musiciens n'eussent pas eu le temps de répéter l'ouverture , conduits par un chef habile , Strobach, ils l'exécutèrent à première vue avec une telle précision, que l'assemblée éclata en transports d'enthousiasme. Pendant que I,eporello chantait l'introduction, Mozart

dit en riant à ses voisins : Quelques notes sont tombées sous les pupitres; néanmoins l'ouverture a bien marché.

» Le succès de Don Juan fut immense : chaque morceau fut redemandé , et la ville de Prague se montra digne du grand homme qui lui avait donné un pareil chef-d'œuvre. L'opéra de Don Juan , après avoir été représenté pendant une quinzaine d'années consécutives par une troupe de chanteurs italiens qui desservait les villes de Leipzig et de Prague, fut traduit en langue bohème, et mis ainsi à la portée du peuple, qui s'en montra tout aussi bon appréciateur que les classes supérieures pour lesquelles il avait été composé.

» Don /wan fut représenté à Vienne en 1788. Mozart ajouta alors à la partition primitive quatre nouveaux morceaux : 1» l'air de Leporello, au second acte : Ah! pieta signori miei! 2° le duo entre Leporello et ZerUna: Per gueste tue manine ; 3" l'air de dona Elvira : Mi tradi queW aima ingrat a! 4" celui de don Ottavio : Délia sua pace. Cette partition n'eut pas à Vienne le retentissement qu'elle avait obtenu dans la capitale de la Bohême. Comprise par quelques esprits d'élite et par les maîtres de l'art , le public resta presque indiiîérent devant une si grande merveille. Il courait en foule applaudir la Tarare de Salieri, dont on a oublié jusqu'au nom, et laissait dona Anna exhaler sa douleur dans une salle déserte. Mozart, qui a toujours eu la conscience de son génie, et qui savait que Don Juan en était l'expression la plus parfaite, disait, pour se consoler de l'indifférence du public viennois : « Don Juan a été composé pour les habitants de la ville de Prague, pour quelques-uns de mes amis et surtout pour moi. « Un jour que l'opéra de Don Juan était critiqué avec amertume devant Haydn, celuici répondit avec la modestie d'un grand maître : « Il est difficile de décider qui de vous a raison, messieurs; tout ce que je puis dire , c'est que Mozart est le plus grand compositeur qui existe en ce moment. »

» Don Juan fut représenté à Berlin le 12 octobre 1791. Excepté deux critiques célèbres, Keichard et Runzen, qui apprécièrent dignement le chef-d'œuvre de Mozart , cette magnifique création passa inaperçue du public ordinaire. Mozart n'a pu jouir du bonheur ineffable d'entendre interpréter comme il l'avait conçu le drame de son cœur. Il en est jjresque toujours ainsi de ces grandes conceptions de l'esprit humain qui devancent le temps, et qui sont destinées à faire l'éduca-

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tion de la postérité. Ce n'est qu'après la mort du sublime compositeur, et à partir des premières années de ce siècle , que les compatriotes de Mozart commencèrent à goûter la musique de Don Juan , qui dès lors se répandit dans tout le nord de l'Europe. A Moscou, à Saint-Pétersbourg , à Londres, Don Juan devint l'opéra favori de cette partie des clas- .scs supérieures qui cultive les beaux-arts. Il ne pénétra en Italie que vers isu. Il fallut des mois entiers de pénibles études avant qu'une société d'amateurs d'élite parvînt à le déchiffrer d'une manière supportable ; mais jamais la nation italienne ni les autres peuples du Midi n'ont pu se familiariser avec cette musique d'un spiritualisme si profond. Les virtuoses italiens , sauf de rares exceptions, se sont toujours montrés hostiles au génie de Mozart , et il n'y a pas longtemps qu'une cantatrice célèbre disait, à une répétition générale de Don Juan : Xon capisco niente a questa maledetta musica. »

L'ouverture en ré mineur est une véritable introduction instrumentale au drame luimême. Elle en reproduit le caractère dominant, et telle était bien l'intention de Mozart, puisqu'il ne lui a pas donné de terminaison , mais l'a enchaînée à l'air de Leporello , qui sert de début à l'ouvrage. « Les quatre principaux peisonnagcs apparaissent successivement sous les traits les plus saillants de leur caractère, et le choc qui les rapproche et engage l'action fait jaillir de sombres pressentiments. Cette introduction se divise en quatre épisodes. Enveloppé de son manteau et assis devant la porte d'une maison espagnole où don Juan a pénétré furtivement pendant la nuit, Loporcllo se lamente sur le sort qui le condamne à servir. 11 chante une sorte de récitatif mesuré d'un rhythme franc, d'un caractère plein de rondeur. La phrase incidente par laquelle Leporello exprime l'intention d'abandonner son état et de se ffiire aussi homme de qualité :

Vo^lio far il gcntiluomo E non vo'jlio pià scrcir,

se distingue par l'élégance de la mélodie comme par le brio dos accompagnements.

Rien n'échappe au génie de Mozart.

« Une gamme ascendante et rapide, parcourue diatoniquement par les premiers violons, annonce le second épisode et l'arrivée de don Juan, poursuivi par dona .\nna qui se suspend à son bras. — Il en résulte un trio où le désespoir de la femme outragée , le trouble du séducteur et la poltronnerie de Leporello

sont exprimés à la fois et tonr à tour d'une manière admirable. — Je m'attacherai à tes pas comme une furie désespérée (corne furia disperala), s'écrie dona Anna en poussant un cri héroique qui se prolonge depuis le si bémol du médium jusqu'au la bémol en haut ; et cette phrase isolée, d'une vigueur singulière, amène la rentrée de Leporello , tout tremblant, dans le milieu harmonique. Le trio s"'achève avec une plénitude d'ensemble qui se concilie avec l'aisance des parties et la diversité des caractères. Survient tout à coup le commandeur , tenant une épée dans sa main tremblante. Il provoque don Juan , qui lui répond avec le dédain de la jeunesse. — Tu n'échapperas pas à ma vengeance! s'écrie le vieillard. — Misero! réplique don Juan avec un mélange d'orgueil et de pitié, approche donc, puisque tu veux mourir! Ces quelques paroles de récitatif mesuré sont d'une incomparable beauté. Il est impossible d'exprimer avec plus de profondeur et moins de notes l'ivresse, l'intrépidité de la passion qui s'indigne des obstacles qu'on oppose à ses transports. Le combat s'engage. L'orchestre en marque les coups périodiques par une succession de gammes que les premiers violons échangent avec les basses , et qui fuient devant l'oreille comme l'éclair précurseur de l'orage. Une suspension sur l'accord mélancolique de seplième diminuée annonce la fin de la lutte. Le trio qui succède, entre don Juan, le commandeur expirant et Leporello, est un morceau unique dans l'histoire de l'art musical. Le génie de Mozart, tendre, profond, pathétique et religieux , s'y révèle tout entier. Ecrit dans un rhythme solennel et dans le ton de fa mineur, si propre à disposer l'âme à une douce tristesse , ce trio, qui ne dure que dix-huit mesures, renferme, dans un cadre resserré et comme dans un accord suprême, l'idée fondamentale de ce drame mystérieux. Pendant que le commandeur exhale le dernier souffle de la vie, en poussant quelques notes entrecoupées de longs silences, dona Anna, qui, pendant le combat du commandeur avec don Juan, était allée chercher du secours , revient accompagnée de domestiques et de don Ottavio. Elle jette un cri de terreur en apercevant le corps inanimé de son père. Le récitatif qui exprime son désespoir est de la plus grande beauté; le duo qu'elle chante ensuite avec son fiancé est de ce style à la fois énergique et tendre qu'on admire à toutes les pages de celte admirable partition. La partie de don Ottavio est empreinte de cette délicatesse de

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sentiment, de cette réserve respectueuse d'un

jeune homme bien né qui console la femme

promise à son amour. Quoi de plus exquis,

par exemple, que le passage suivant :

Lascia, o cara, La rimembranza amara!

Donna Anna et don Ottavio partis, une ritournelle vive et brisée annonce l'arrivée de dona Elvira. L'air qu'elle chante est un morceau remarquable qui exprime une nuance trèscompliquée de la passion. En effet, donna Elvira est la femme légitime de don Juan. Il n'a pu la séduire qu'en touchant son cœur, qu'en l'attachant à sa destinée par un lien solennel. Il y a dans les cris et dans les larmes de cette femme non-seulement la douleur d'une amante qui implore, mais aussi l'indignation de l'épouse qui revendique la foi promise, son droit méconnu. Lorsqu'elle s'écrie avec transport : •

Ak! chi mi dice mai Quel barbaro dov'é ?

on sent que, malgré les éclats de sa colère, elle est toute prête à pardonner, si un sourire de regret lui rappelle dans l'époux infidèle l'homme qui a su la charmer. Les imprécations de donna Anna nous apprennent qu'elle a été la proie de la ruse et de la force, tandis que les larmes de donna Elvira témoignent qu'elle est une victime de l'amour. La phrase qui forme la conclusion de ce bel air, écrite en notes syncopées qui sepoursuivent et s'enflamment en se heurtant, est une explosion du cœur oii la fureur se mêle à la tendresse. Don Juan, qui entend de loin la voix d'une femme éplorée , s'en approche en

disant :

Cerchiam di consolare n suo tormenlo.

Ah ! oui, murmure tout bas Leporello :

Cosi ne consolù Mille e olto ccnto.

Ces derniers mots nous préparent très-bien à la scène qui suit. Leporello est chargé par don Juan, qui s'esquive, d'expliquer adonna Elvira les raisons qui lui ont fait déserter la maison conjugale. Il s'acquitte de sa mission en valet complaisant qui se joue de la douleur et de la crédulité de cette pauvre femme. C'est alors qu'il chante l'air si fameux de Madamina, oii il énumère avec l'emphase et la malignité d'un historiographe les nombreuses conquêtes de son maître dans les différentes parties du monde.

Dès les premières mesures, on sent la verve comique pétiller dans l'accompagnement et préparer ainsi l'auditeur au récit pompeusement ironique que va faire Lcpo-

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rello. Tandis que les basses et les violons parcourent en trépignant les notes intégrantes de l'accord de ré majeur, les seconds violons et les altos remplissent le vide en plaquant tout entier l'accord .parfait de la même tonalité. Survient-il une image gracieuse, un éclair de sentiment qui élève le récit à un degré plus lyrique, aussitôt la mélodie se développe, l'orchestre se colore et se remplit d'harmonies charmantes et mystérieuses.

Ainsi, à la dix-septième mesure de la première partie, lorsque Leporello s'attache à spécifier le nombre de victimes que don Juan a faites dans chaque contrée , les hautbois et les cors font entendre un joyeux ramage de tierces qui égayé l'oreiUe, de même qu'un bouquet de fleurs printanières charme le regard. Pendant ce temps, les violons et les basses se défient et se répondent par des gammes diatoniques que les premiers descendent et que les secondes remontent avec une étincelacte rapidité. Ce dernier trait d'accompagnement se trouve aussi dans l'air : Non più andrai du Mariage de Figaro. Tout à coup le mouvement , la tonalité et la mesure changent. Leporello, voulant décrire les qualités physiques et morales qui attirent son maître auprès de chaque femme , se met à chanter un cantabile à trois temps où brille cette finesse tempérée de grâce qui forme l'une des qualités intimes du génie de Mozart.

L'air de Madamina est un morceau parfait dans son genre. C'est un mélange exquis de grâce et de finesse, d'ironie et de sentiment, de déclamation comique et de mélodie, le tout relevé par la poésie et la science des accompagnements. Rien de trop , rien d'excessif, tous les éléments concourent à l'harmonie de l'ensemble : chaque mot est illuminé par l'imagination du compositeur, sans que ces clartés de détail nuisent à l'effet général. La gaieté de Mozart est une gaieté bénigne, qui s'attaque aux vices et aux ridicules de la grandeur sans fronder l'autorité, qui se moque des résultats sans pénétrer jusqu'au principe; c'est une gaieté sereine qui s'attendrit parfois, qui n'a rien de l'âcreté de la gaieté moderne.

Leporello et don Juan ayant quitté successivement la scène , l'on voit arriver une troupe de joyeux paysans. C'est une noce de village, c'est la je'une et jolie Zerlina avec son fiancé Masetto et leurs amis qui chantent et dansent en l'honneur de leur pi-ochain mariage. Le chœur et le petit duo qui s'en détache sont d'une mélodie vive et gracieuse :

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c'est une idylle charmante, respirant la fraîcheur du printemps et les douces illusions de la vie. Don Juan et le ministre de ses plaisirs surviennent au milieu de cette folle et simple jeunesse. Apres avoir jeté un regard de convoitise sur Zerlina, après avoir éveillé sa coquetterie par des propos galants , il ordonne à. Leporello de le débarrasser de la jalousie de Masetto en conduisant tout ce monde dans son château. Leporello exécute en murmurant les ordres perfides de son maître ; et don Juan, resté seul avec Zerlina, chante avec elle un duo qui est le joyau le plus adorable qui soit sorti des mains de Mozart. »

Ce dernier jugement de Scudo nous semble empreint d'exagération ; il y a dans l'œuvre du maître mille choses plus remarquables que ce petit duo. La situation est une des plus hardies qu'on ait mises au théâtre et une des moins poétiques au fond. Mozart a jeté sur ces rudesses comme un voile de distinction mélancolique. Don Juan en est moins odieux, et la crédulité de Zerline plus excusable, voilà tout : ce n'est pas là un chef-d'oeuvre. L'air de Chérubin Voi che sapete lui est bien supérieur.

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