GUILLAUME
Quand l'Hclvétie est un champ de supplices
Où l'on moissonne ses enfants.
Que de Gessler tes armes soient complices!
Combats et meurs pour nos tyrans !
■WALTER
Pour nous, Gessler, préludant aux batailles. D'un vieillard a tranché les jours :
Celte victime attend des funérailles.
Elle a des droits k tes secours.
ARNOLD
Ah! quel affreux mystère!
Un vieillard, dites-vous?
WALTER
Que la Suisse révère,
ARNOLD
Son nom?
■WALTER
Je dois le taire.
CmLLAUME.
Parler, c'est le frapper au cœur.
ARNOLD
Mon père?
VALTER
Oui, ton père ! Mechtal, l'honneur de nos hameaux. Ton père assassiné par la main des bourreaux !
ARNOLD
Qu'entends-je ! 6 crime ! hélas, j'expire ! Ces jours, qu'ils ont osé proscrire, Je ne les ai pas défendus !...
Mon père, tu m'as dû maudire.
De remords mon cœur se déchire, O ciel, je ne te verrai plus !
C'est une des situations les plus fortes et
aussi une des plus belles qu'un compositeur
ait eu à traiter. Rossini }• a montré son gé-
GUIL
GUIL
nie, et lorsque cette scène était dite par Duprez, Baroilhet et Levasseur, c'est-à-dire par des interprètes d'un talent supérieur, nous avons vu des spectateurs verser des larmes, d'autres se lever de leurs fauteuils d'orchesti'c pour acclamer l'œuvre et les artistes, des dames agiter leurs mouchoirs dans les loges, enfin un enthousiasme indescriptible. Je ne sais si je reverrai de pareils succès, mais, pour les hommes de ma génération , c'était alors l'âge d'or de l'opéra français.
Toute la sonorité de l'orchestre a fait place à un profond silence, bientôt discrètement troublé par l'arrivée des Suisses conjurés; ils débouchent des forêts, ou bien ils abordent sur la rive.
■WALTER
Du seul canton d'Uri nous regrettons l'absence.