MARQUISE DE BRINVILLIERS ( LA
drame lyrique en trois actes, paroles de Scribe et Castil - Blaze , musique d'Auber, Batton, Berton , Blangini, Boieldieu, Carafa, Cherubini , Hérold et Paër , représenté à l'Opéra-Comique le 31 octobre I83i. L'histoire de cette célèbre empoisonneuse n'aurait pas dû fournir le sujet d'un opéra. Elle est trop odieuse pour être mise en musique, et l'habileté avec laquelle Scribe défigure les personnages historiques pour les mettre en scène n'a pas suffi à rendre la marquise intéressante. En attribuant à l'amour les crimes de l'empoisonneuse, les auteurs de la pièce ont commis une faute de plus. Ils ont mis sur le compte de cette passion souvent violente, mais jamais capable d'une basse scélératesse, ce qu'on ne peut attribuer qu'à une nature vicieuse, à une cupidité monstrueuse et aux plus sauvages instincts La marquise de Brinvilliers , qui a déjà envoyé son mari dans l'autre monde pour aimer plus librement le comte de Saint-Bris, a adopté une jeune orpheline, Hortense. La voyant devenir l'objet des assiduités de son amant , elle oMient un régiment pour le comte, l'éloigné, et pendant son absence fait épouser à Hortense un fermier générai. Saint- Bris écrit à sa maîtresse qu'il l'aimera tarit
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qu'elle vicra, et lui fait parvenir cette déclaration dans un bouquet. Il tombe entre les roains de la marquise. Qu'elle meure donc, dit-elle , et elle verse un poison violent sur iCs fleurs. C'est le fermier général qui, cédant à un sentiment de méfiance, saisit le premier le fatal bouquet ; il tombe foudroyé. Un certain Galifar, complice de la marquise , veut échanger sa charge d'intendant contre le titre d'époux ; la Brinvilliers le lui promet et l'empoisonne. Avant de rendre le dernier soupir, cet homme dénonce sa maîtresse, qui est arrêtée au nom du roi. Tel est le drame imaginé par Scribe et Castil-Blaze. La partition est un pot-pourri de toutes les manières et de tous les styles, ainsi que l'annonce le nom des auteurs. Carafa a'fourni l'ouverture et le finale du deuxième acte, Cherubini l'introduction, Boieldieu et Berton des couplets, Paër l'air du premier acte , chanté par Mlle Prévost, Blangini a écrit un air accompagrné de danses et un joli duo, Batton un duo également et le finale du premier acte, Hérold le finale du troisième. L'honneur du succès, dans ce tournoi musical, a été pour M. Auber, qui a doté cet ouvrage d'un de ses meilleurs duos scéniques. La troupe de l'Opéra-Comique était à cette époque des plus médiocres; l'exécution de cet ouvrage fut trouvée trèsfaible. Féréol et M' le Prévost chantèrent les principaux rùles.
MARRIED BEAUTIFULL (the) [le Beau marié], opéra anglais, musique de Purcell, représenté en Angleterre en 1694.
MARS JALOUX, opéra-ballet, musique de Batistin (Struck) , représenté à 'Versailles vers 17Î0.
MARTE DELUSO , opéra italien, livret de Rinaldo Ciallis, musique de Ziani, représenté à Venise eu i69i.
MARTHA ou LE MARCHÉ DE RICHMOND,
opéra scmi-séria en trois actes, paroles de Friedcrick, musique de M. de Flottow, représenté pour la première fois à Vienne le 25 novembre 1847. Une grande dame, qui par \ désœuvrement et par l'attrait piquant de la curiosité, se lance étourdiment dans quel- ! que aventure dont elle a toutes les peines du monde à se retirer saine et sauve ; c'est un sujet qu'on a souvent traité. MM. de Flottow, Burgmiiller et Deldevcz avaient déjà, le le 21 février 1844, donné la musique d'un ballet intitulé : Lady Henriette, qui avait été conçu d'après cette donnée. M. de Flottow en a fait un opéra dont le livret, allemand à l'ori-
gine, a été traduit en italien et représenté salle Ventadour, le il février 1858, puis récemment en français pour le Théâtre-Lyrique et représenté le 18 décembre 1865. Dans chaque traduction, l'époque de l'action a été changée. Dans la pièce allemande, elle se passe au temps de la reine Anne, c'est-à-dire au commencement du xviiie siècle ; dans le livret italien , c'est au xve ; dans la pièce française, elle semble avoir été de beaucoup rapprochée de nous. Lady Enrichetta et son amie , accompagnées de lord Tristano di Mickleford, déguisés tous trois, se rendent au marché de Riehmond , où les servantes arrivent en foule pour chercher des maîtres. Deux jeunes gens, nommés Lionello et Plumkett, remarquent les jeunes filles et les choisissent pour servantes. Le marché est conclu devant le shérif. Les jeunes ladies ont trouvé la chose plaisante ; mais, malgré les protestations de lord Tristano, il n'y a plus à se dédire. Elles partent pour la ferme de leurs maîtres et prennent les noms de Marta et de Betty. En présence d'un rouet, elles se montrent aussi inhabiles que possible à soutenir leurs rôles , ce qui a fourni au compositeur l'occasion d'écrire un des plus jolis quatuors qui soient au théâtre. Lionello et Plumkett sont devenus sérieusement amoureux. Marta se laisse un moment attendrir par la déclaration d'amour de Lionello ; elle consent à lui donner une rose qu'elle porte et qu'il lui demande avec instance, et, dans cette scène charmante, le compositeur a introduit une mélodie irlandaise empreinte de la plus suave rêverie. La poésie, due à Thomas Moore : The last rose of summer (La dernière rose d'été), est d'une simplicité charmante :
Qui sola, vcrgin rosa.
Corne puoi tu fiorir?
Ancora mezzo ascosa E prrsso già d morir.
Lady Enrichetta et sa compagne parviennent à s'esquiver de cette maison , grâce à Tristano, qui arrive avec une voiture. Lionello et Plumkett se mettent à la recherche des deux fugitives. Ils les retrouvent dans une partie de chasse princière et sous les habits de grandes dames. La situation est embarrassante pour la prétendue Marta. A la suite d'une si grande surprise et d'une telle déception, le pauvre Lionello perd momentanément la raison. Marta, en bonne princesse, ne songe plus qu'à réparer le mal qu'elle a causé. EUe recule encore devant une mésalliance. Heureusement que Lionello est aussi d'une grande naissance et que la reine con-
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^ent à lui restituer, en même temps que ses biens, ses titres et sa faveur. Lionello ne peut croire à son bonheur qu'en revoyant lady Enrichetta habillée en servante et dans la même situation qu'au premier acte , c'està-dire au marché de Richmond , et lorsqu'il l'entend repéter cette romance de la Rose , dont la mélodie n'a cessé de vibrer dans son cœur.
Marta est, sinon par sa facture , du moins par son caractère, un ouvrage à la fois poétique et doux, mélancolique et rêveur, bien digne d'être l'opéra favori des Allemands. Son succès a été immense et peut offrir quelque analogie avec celui de la Dame blanche chez nous. Remarquons que c'est encore un sujet de provenance anglaise, aidé d'une mélodie irlandaise, qui a contribué à cette heureuse fortune. On ne peut cependant pas mettre cet ouvrage au rang des chefs-d'œuvre. Le travail harmonique est loin d'être irréprochable. Les intonations ne sont pas partout naturelles pour les voix; l'instrumentation n'offre guère de remarquable que l'accompagnement du quatuor du Rouet. Mais c'est un opéra gracieux, très-bien conduit , et dans lequel l'intérêt ne languit jamais. Nous signalerons d'abord l'ouverture; dans le premier acte, le chant des servantes' et . le chœur :
Ecco suono meziodi; Il mercato s'apre gia.
Dans le second acte', le quatuor du Rouet, le duo de Lionello et de Marta , dans lequel se trouve la célèbre mélodie irlandaise et le
; finale du bonsoir. La chanson du Porter, chantée par Plumkett, le chœur des chasseresses, le morceau d'ensemble sont les morceaux saillants du troisième acte. Les deux duos
■ du dernier acte sont peu remarquables. Ou a introduit dans la représentation au Théâtre-Lyrique la jolie romance : Depuis le jour j'ai paré ma chaumière, de VAme en peine, du même auteur, dont on a changé les paroles. Les rôles furent créés en Allemagne par le ténor Ander , la basse Formés et M'ie Zerr ; au Théâtre-Italien, par Mario, Graziani, Zucchini, Mmes Saint-Urbain et Nantier- Didiée ; au Théâtre-Lyrique par Montjauze, Barré et MUe Nilsson.