AVERTISSEMENT
Le deuxième Supplément de mon Histoire des Opéras que je donne au public embrasse une période de quatre années et contient plus de trois cents ouvrages nouveaux dus à environ deux cents compositeurs, parmilesquels on ne compte pas moins de quatre-vingts Français.
Les lecteurs de mes livres savent que je ne poursuis pas l'achèvement d'un tel ouvrage dans le but de satisfaire leur curiosité, mais que je cherche à leur présenter un tableau de l'histoire de l'art musical contemporain pour les instruire et les convaincre de la nécessité de modifier un état de choses aussi funeste à leurs jouissances artistiques qu'à la conservation de l'art lui-même.
En eifet, la nature des ouvrages représentés, le succès extraordinaire qu'ont obtenu de préférence ceux qu'à d'autres époques le goût public aurait infailliblement repoussés, la rareté des œuvres sérieuses, la facilité et la légèreté que les musiciens apportent dans le choix des livrets qui doivent servir de thèmes à leurs inspirations, les entreprises financières considérables, que la multiplicité des théâtres d'opérettes burlesques suppose, l'indifférence et la complicité même des honnêtes gens en présence de cette décadence accélérée que n'a pas
même arrêtée la gravité des malheurs de la patrie : tout cela est bien propre à fixer l'attention des esprits sérieux, sans même qu'il soit nécessaire de sortir du domaine de l'art proprement dit.
Quand on a consacré trente années de sa vie à l'étude et à l'exercice des beaux-arts et tenté de longs efforts pour les faire concourir au véritable progrès de la civilisation et à une renaissance du beau idéal dans les travaux de l'intelligence, on pense avoir le droit d'avertir ceux qui ont quelque jugement en ces matières ou qui se trouvent investis d'une part de responsabilité directe ou indirecte dans l'administration des beaux-arts en France.
Félix Clément.