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RÊVE D'AMOUR, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Dennery et Cormon, musique d'Auber ; représenté à l'Opéra-Comique le lundi 20 décembre 1869. C'est le dernier rêve de gloire du plus aimable compositeur français de notre siècle, du successeur de Boieldieu, du maître des maîtres modernes, à rOpéra-Comique seulement, ce qui est encore beaucoup dire. Nul doute que si la pièce eût été mieux imaginée, la donnée un peu plus vraisemblable, si le sentiment de la nature eût été plus réel, tout en restant un peu voilé par une sorte de glacis de convention, la musique eût réussi, car elle n'est pas inférieure à celles du Maçon, de la Sirène, de la BarcaroUe, en un mot des partitions de second ordre d'Auber. Il y a même çà et là dans le dernier ouvrage écrit par le maître des hardiesses harmoniques et des effets d'instrumentation qui attestent qu'il s'était maintenu au courant du mouvement musical, et que, sans abjurer ses dieux, il s'initiait aux doctrines nouvelles. Le livret est, comme je l'ai dit, sans véritable intérêt. Un paysan romanesque a trouvé nne beiie demoiselle endormie, comme une Marion, sous un pommier, l'a contemplée, a déposé un baisor sur sa joue et s'est enfui à toutes jambes. Mlle Henriette de la Roche- Villers a conservé le souvenir de cet épisode; elle n'a pu voir Marcel, c'est le nom du paysan, elle le croit beau, noble, riche. Cependant Marcel doit épouser Denise; la noce se prépare, les habitants du château arrivent pour jouir du spectacle d'une noce au village. La belle endormie apparaît aux yeux effarés de Marcel qui quitte tout, Denise, la noce et les violons, et se sauve encore. On a représenté là un des charmants tableaux de Lancret, complété par des costumes et des décors empruntés à ceux de Wattcau. C'est la Balançoire, le Colin-maillard que les auteurs de la mise en scène ont ingénieusement reproduits. En rôdant autour du pare, Marcel rencontre Henriette, lui parle ; il est fou d'amour, il veut se rapprocher de la noble demoiselle et s'enrôle. Il revient nécessairement capitaine à l'acte suivant. Entre temps, un vrai chevalier, amoureux d'Henriette qui se croit sa cousine, lui révèle qu'elle n'est que la fille adoptive du marquis de la Rochc- Villers et qu'on l'a recueillie dans la famille même où Marcel allait entrer. Ce qui aurait dû motiver et amener son union avec Marcel l'en éloigne par un caprice des librettistes. Henriette, voyant le désespoir de Denise, s'éprend d'une grande tendresse pour elle, et,

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; lorsque Marcel revient, lui déclare qu'elle est sa sœur ; Denise épouse Marcel et Hen-

i riette le chevalier. On voit que cette pièce ne méritait pas d'être mise en musique par Auber; mais la partition sera lue avec ua vif intérêt par les musiciens; l'ouverture en est charmante, pleine de frais motifs ; c'est une fort jolie pastorale. La romance de Marcel au second acte est expressive, ainsi que les couplets de Denise : Ce qu'on voit faire, et le duo d'Henriette et du chevalier ; au deuxième acte, on a remarqué une jolie valse; au troisième, précédé d'une gavotte, un trio bouffe excellent: Dans un bon ménage, qui doit commander? Cet ouvrage a été interprété par Capoul , Gailhard , Sainte-Foy, Prilleux, M'ic» Priola, Girard et Nau.

RHEINGOLD, Opéra allemand, musique de M. Richard Wagner; représenté sur le théâtre de Munich le 22 septembre 1869. Cet ouvrage est la première partie d'une trilogie dont les fanatiques de la musique de l'avenir attendent l'avènement qui sera à leurs yeux la Messiade de l'art ; cette trilogie a pour titres : Siegfried, les Walkyries, le Crépuscule des dieux. Le prophète s'appuie d'ailleurs fortement surlebras séculier. S. M. Louis II favorise largement ses élucubrations ; il assistait à cette représentation, qui d'ailleurs a eu peu de succès, malgré un orchestre de cent vingt musiciens, des instruments nouveaux d'une sonorité formidable, et le concours d'un certain nombre d'enclumes donnant des intonations différentes.

RICCARDO, opéra en trois actes, livret de Fr. Arlberg, musique de HermannBchrens; représenté àStockholm en mars 1869. M. Behrens est un compositeur allemand qui a fixé son domicile dans cette ville. Le rôle principal dans cet ouvrage a été rempli par M. Arlberg, l'auteur du livret.

RICCARDO DUCA DI YORK, Opéra italien, livret et musique de V. Sassarolli ; représenté au théâtre Doria, de Gênes, le 26 mai 1872. M. Sassarolli est un neveu du célèbre directeur du Conservatoire de Naplcs, Mercadante.

RIENZI, opéra en cinq actes, paroles et musique de M. Richard Wagner, livret traduit par MM. Nuitter et Guillaume ; représenté pour la première fois à Paris, au Théâtre-Lyrique, le 6 avril 1867. (Voyez sur l'ori-. gine et les destinées de cet ouvrage le Dictionnaire lyrique, page 576.) Si la partition du célèbre chef de l'école néo-allemande

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trouve encore quelques admirateurs , tout le monde a été d'accord pour proclamer son livret absurde et absolument dénué d'intérêt dramatique. Deux patriciens romains, Orsini et Colonna, ont formé le projet d'enlever Irène, la sœur du tribun Rienzi ; Adriano, fils de Colonna, défend la jeune fille contre ses ravisseurs ; Colonna est enchanté de la conduite de son fils et lui permet d'épouser Irène; mais Orsini persiste dans son dessein; Rienzi paraît et fait appel au peuple qui lui décerne une ovation. Irène est confiée à l'honneur d'Adriano ; Rienzi est dictateur ; Colonna, Orsini ainsi que les ambassadeurs étrangers lui rendent hommage. Mais Orsini, toujours vindicatif, tente d'assassiner le tribun ; celui-ci a été protégé par sa cuirasse ; il envoie à la mort Orsini et Colonna. Irène et Adriano demandent leur grâce et l'obtiennent; mais le dictateur, nouveau Masaniello, devient bientôt impopulaire; il fait appel aux armes et, comme César, venit, vidit, vicit. Adriano jure de venger la mort de son père qui a succombé dans la bataille. Le clergé, représenté par la personne du cardidal Raimondo, lui retire son appui ; la foule se rassemble ; un tumulte populaire s'élève ; on met le feu au Capitole. Rienzi, Adriano et Irène y trouvent la mort. J'ai condensé dans ce peu de mots tout un bric-à-brac auquel le public n'a généralement rien compris. Ainsi que je l'ai fait observer dans ma première notice, les formes italiennes ne sont pas rares dans cet ouvrage ; aussi Wagner l'a-t-il presque renié avec une ostentation dont personne n'a été dupe. Et cependant ce sont les passages écrits dans les conditions normales et traditionnelles de l'art qui ont seuls été remarqués et applaudis; je veux dire le chœur des messagères de la paix et la prière de Rienzi. Tout le reste est d'une sonorité creuse et impitoyable. La fréquence des tutu, les trémolo et l'emploi constant des instruments de cuivre rendent l'audition de cet opéra très-fatigante, et son véritable titre devrait être : Much ado about nothing. M. Pasdeloup, ayant eu la prétention de faire à l'égard de M. Richard Wagner ce que Habeneck fit autrefois pour les symphonies de Beethoven, consacra de grands efforts et d'assez folles dépenses à la mise en scène de cet opéra ; il n'épargna rien pour en organiser le succès. Le ban et l'arrière-ban des Bavarois, des Prussiens, des Hessois, Wurtembergeois, Badois, auxquels vinrent se joindre les journalistes de la presse libérale, alors en grande majorité partisans de ce

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qu'on appelait la nouvelle école allemande, se donnèrent rendez-vous au Théâtre-Lyrique et s'efforcèrent en vain de faire nn succès au favori du roi de Bavière ; mais Rienzi était bien au-dessous de ce que la réputation du maître allemand promettait. On a eu beau dire que l'opéra de Rienzi est un de ses premiers ouvrages ; qu'il n'avait pas encore répudié les habitudes de l'art italien ; qu'il n'était pas encore entré en possession de son génie. Il est facile de répondre que si, depuis 1842, M. Richard Wagner avait produit une œuvre supérieure à Rienzi, M. Pasdeloup l'aurait choisie de préférence. C'est l'œuvre d'un excellent musicien, doué d'une volonté énergique, d'une présomption et d'une jactance sans pareilles, manquant d'inspiration et émettant des théories creuses pour donnei' le change sur l'impuissance de son génie. M. Pasdeloup a beaucoup fait pour installer chez nous M. Wagner; en faisant exécuter pendant plusieurs années, par son orchestre dans les Concerts populaires, les quatre meilleurs morceaux de son compositeur favori, il est parvenu à lui donner une grande notoriété; il lui a recruté des partisans ; mais on peut affirmer qu'il n'a pas été récompensé de ses labeurs. Il a monté l'opéra de Rienzi avec un luxe de décors et de costumes qu'on n'avait jamais vu au Théâtre-Lyrique, et cette entreprise a été plutôt ruineuse que profitable à sa direction et à l'art; on l'a blâmé d'avoir fait des frais aussi considérables pour une pièce telle que beaucoup de collégiens de treize à quatorze ans n'en imagineraient pas une plus décousue et plus absurde, et pour une partition dont la musique a été jugée assourdissante. Le chœur des messagers de la paix et les couplets de soprano qui y sont intercalés se détachent gracieusement sur ce fond lourd et chargé de sonorités excessives. De même, la prière de Rienzi, à la fin de l'ouvrage, a paru délicieuse à entendre, en raison du contraste qu'elle forme avec le tumulte belliqueux qui règne dans l'ensemble de l'œuvre. Je ne crois pas qu'il existe un seul opéra oii les tutti soient si fréquents et où les cuivres jouent un rôle aussi prépondérant. C'est du fracas et du fatras. Il paraît que M. Pasdeloup a renchéri sur les doctrines du maître et a supprimé de la partition allemande des airs et des duos. Montjauzeabien chanté le rôle de Rienzi; Massy, Bacquié, Lutz, Giraudet et Labat ont interprété les rôles de Baroncelli, Cecco, Orsini, Colonna et Raimondo ; Mlles siernberg et Priola, ceux d'Irène et d'une des messagères de la paix.

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