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murée; et Jules César au comte don Pedro Anzuces, en jouant aux dames avec Gait'eros, ■entre Cavanas et Olias. n Sarmiento , que ce bourdonnement agace, déclare que le pauvre hidalgo a quelque démon dans la bouche, sur quoi Roland reprend que « Qui a le démon en ■ bouche va à Rome , et qu'il a été a Rome, dans la Manche , en Transylvanie et dans la ville de Montauban; que Montauban est un château dont Renaud était le seigneur; que Renaud était un des douze pairs de France de ceux qui mangeaient avec l'empereur •Charlemagne , autour de la table ronde , laquelle n'était pas carrée ni octogone. » N'y tenant plus, Sarmiento envoie au diable l'enragé bavard ; mais aussitôt ce dernier lui fait savoir que «le diable a plusieurs manières de nous tuter ; que la plus dangereuse est celle de la chair ; que chair n'est pas poisson ; que le poisson est flegmoneux ; que les flegmatiques ne sont pas abonnés à la colère; que l'homme se compose de quatre éléments : de colère, de sang, de flegme, de méchanceté ; que la mélancolie n'est pas la joie, parce que la joie consiste à avoir de l'argent , que l'argent fait l'homme , que les hommes ne sont pas des bêtes, que les bêtes pâturent, etc. » L'idée vient au seigneur Sarmiento d'utiliser cette langue infatigable. Sa femme, Béatrix, est bavarde comme une paire de castagnettes entre les mains d'une danseuse; Roland est le perroquet qui fera taire cette pie borgne'; il va mettre aux prises ces deux animaux domestiques, et, d'avance , il parie pour le bachelier. C'est en effet le preux Roland qui l'emporte dans le duel singulier qu'il engage avec dame Béatrix. Il parle, il parle, il parle encore; et lorsque la femme de Sarmiento veut répliquer, il élève le ton, il gesticule. Pas une pause et pas un silence ; un quart de mot ne passerait pas entre les intervalles de ses phrases effrénées. » Il enchaîne, dit M. P. de Saint- Victor, des kyrielles de lazzi à des chapelets de proverbes, des ribambelles de coq-à-l'âne à des festons de billevesées. C'est ie salmigondis faisant le bruit d'un charivari. » Béatrix tient bon d'abord ; à la fin, elle tombe stupéfiée, paralysée, inerte, sous cette douche de paroles qui ne tarit pas. Lorsqu'elle se relève, elle est guérie à jamais de l'intempérance de sa glotte. A bavarde, bavard et demi. Au scénario de Michel Cervantes , M. Nuitter a ajouté un alcade à grandes manches et à grande baguette , avec une perruque qui tombe ébouriffée sur ses gros yeux écarquillés, un de ces alcades qui, ainsi que le fait spirituellement remarquer le critique de la
Presse , perchent sur leurs fauteuils comme les épouvantails sur les cerisierà, et qui se passent, de pièce en pièce, les dés du Bridoie de Rabelais, et le bégayement du Brid'oison do Beaumarchais. Cet alcade fait l'amusement de la pièce, car si le type n'est pas neuf, il est du moins de ceux qui sont toujours applaudis. Dans les Bavards, il est complété par la longue et blême figure d'un greffier qui suit à pas comptés son doux maître, comme le spectre de la maigreur talonnant le dieu de l'obésité. Sarmiento a de plus une pupille dont Roland est amoureux, et que le havard finit par épouser à force de ruses et de stratagèmes. Une assez jolie scène, qui appartient aussi au librettiste français, est celle où dame Béatrix feint d'être muette pour se venger du complot ourdi contre son babil. Son mari l'interroge sur un cas urgent ; point de réponse, mais en revanche une pantomime animée et vive : « Il pleut des soufflets , Sarmiento ! Il Ses valets et ses servantes, l'alcade et le greffier « imitent son silence autour d'elle rangés,» et le bonhomme se débat, stupéfait et hagard, au milieu de ces statues vivantes, qui grimacent et qui gesticulent. « Sur ce joli poëme, dit M. P.' de Saint-'Victor, M. Offenbach a jeté des airs à faire damner l'alcade de la pièce et à défrayer toutes les sérénades de Paris. Ce n'est plus de la caricature musicale , mais un tableau de genre plein de couleur et d'esprit. La bouffonnerie en est élégante ; le musicien reste léger dans sa charge ; ses coq-à-l'âne même ont des ailes. Le verre d'Offenbach n'est pas grand, mais il boit toujours dans son verre, et la liqueur qu'il y verse gagne et s'épure tous les jours. » Parmi les airs que l'on a le plus applaudis dans les Bavards, nous citerons le chœur de créanciers et le petit trio bouffe du premier acte, qui trotte si joliment sur sa mesure syllabique. Le second acte contient un charmant quintette, une valse entraînante et d'amusants couplets de table. Les Bavards, avant de paraître aux Bouffes- Parisiens, avaient diverti la belle compagnie à Bade, pendant la saison de 1863. Ils ont fourni à M^e Ugalde un des triomphes de sa carrière artistique, et ont été repris avec succès.
BA'ïADÈRES (les) , opéra en trois actes, paroles de Jouy, musique de Catel, représenté pour la première fois à l'Opéra le 7 août 1810. Nous" laissons volontiers la parole à l'auteur du poëme, qui explique habilement les raisons qui l'ont inspiré. « La considéra-
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tion dont jouit, dans l'Indoustan, cette classe do femmes connues en Europe sous le nom de bayadères, repose sur une opinion religieuse , présentée dans les livres indiens couinie un fait historique. Le récit très-succinct que je vais en faire paraîtra d'autant moins déplacé, qu'on y reconnaîtra la source où j'ai puisé le dénoûmcnt et quelques-unes des situations du drame que le lecteur a sous les yeux. On lit , dans un des pouranas (poèmes historiques et sacrés), que Schirven, l'une des trois personnes de la divinité des Indes orientales, habita quelque temps la terre, sous la figure d'un rajah célèbre, nommé Devendren. En prenant les traits d'un homme, le dieu ne dédaigna pas d'en prendre les passions, et il fit de l'amour la plus douce occupation de sa vie. Son peuple , dont il n'était pas moins adoré pour ses défauts que pour ses vertus, le sollicitait en vain de donner un successeur à l'empire , en choisissant du moins une épouse légitime dans le grand nombre de femmes de toutes les classes qu'il avait rassemblées autour de lui. Devendren différait toujours, parce qu'il ne voulait épouser que celle dont il était aimé le plus tendrement, et que, tout dieu qu'il était, il avait peine à lire dans les cœurs; à la fin cependant , le rajah s'avisa , pour éclaircir ses doutes, d'un stratagème qui réussit au delà de .ses espérances. Il feignit de toucher à sa dernière heure, rassembla toutes ses maîtresses autour de son lit de mort, et déclara qu'il prenait pour épouse celle qui l'aimait assez pour n'être pas effrayée de l'obligation terrible qu'elle contracterait en acceptant sa foi. Cette proposition ne tenta personne ; le bûcher de la veuve se montrait trop voisin du trône et du lit conjugal : douze cents femmes gardaient un silence imperturbable , lorsqu'une jeune bayadère dont le rajah avait été quelque temps épris, instruite de son état et de sa position, se présenta au milieu de l'assemblée muette, s'approcha du lit du prince et déclara qu'elle était prête à payer de sa vie l'insigne faveur de porter un seul moment le nom de son épouse. On célébra leur hymen à l'instant même, et quelques heures après, Devendren mourut ou du moins feignit de mourir. Fidèle à sa promesse , la bayadère fit aussitôt les apprêts de sa mort On éleva, par son ordre , un bûcher de bois odorant sur les bords du Gange; elle y plaça le corps de son époux , l'alluma de sa propre main et s'élança dans les flammes ; mais au même instant le feu s'éteignit; Devendren, debout sur le bûcher, tenant entre ses bras
sa fidèle épouse, se fit connaître au peuple, et publia sur la terre l'hymen qu'il accomplit dans les cieux. Avant de quitter le séjour des mortels, il voulut, pour y perpétuer le souvenir de son amour cl de sa reconnaissance, qu'à l'avenir les bayadères fussent attachées au service de ses autels , que leur profession fût honorée et qu'elles portassent le nom de devadasis (favorites de la divinité). »
Cet opéra obtint un succès très-marqué.
Nourrit père, Dérivis et Mme Branchu, chargés des rôles principaux, s'en acquittèrent avec un incomparable talent. La partition, constamment poétique et mélodique , est un modèle de correction harmonique. Il fut réduit à deux actes, le 31 août 1821.
Un premier opéra de Catel, Sc'miramis, donné en 1802 , n'avait obtenu qu'un succès d'estime, quoiqu'il surpassât en mérite les Bayadères ; mais le théâtre est une loterie, dit M. Castil-Blaze, et un premier ouvrage est toujours accueilli du public avec défiance. Le succès des Bayadères engagea l'administration à remettre en scène Sémiramis. L'infortunée reine de Babylone se montra deux fois seulement, et rentra dans le tombeau de Ninus pour n'en plus sortir. Les paroles et la musique des Z?aj/adèrM sont depuis longtemps oubliées ; mais il se rattache à la représentation de cet opéra une anecdote assez curieuse, que nous allons raconter ici : Napoléon aimait la musique, mais il n'aimait qu'une musique douce et terne , digne pendant de la plate et ridicule poésie de la plupart des rimeurs de son règne. « N'est-il pas singulier, écrit M. de Pontécoulant, que lui, aux oreilles duquel le bruit des canons et de la chute des empires avait si souvent retenti, n'aimât, en fait de musique, qu'une harmonie faible et pour ainsi dire monotone ? Au théâtre de la cour et dans les concerts des Tuileries , tous les instruments étaient pourvus de sourdines. Ce goût de pianissimo était bien étonnant chez l'homme du monde qui faisait le plus de fracas et qui le redoutait le moins. » On avait donc persuadé à l'empereur que la musique du nouvel opéra en vogue, les 5oyadères, lui siérait à merveille. Un jour, l'auteur et le compositeur sont avertis que Napoléon veut entendre leur ouvrage , et qu'il se rendra le soir môme à l'Opéra. Catel est heureux...; mais, à la représentation, il reste anéanti ; il croit à une cabale, U ne reconnaît plus sa partition... C'est que l'on n'avait pas prévenu le malheureux compositeur que Persuis, chef d'orchestre, exécutait, par ordre, la partition des Bayadères à la sourdine. L'em-
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