BOUR
Royal, le 29 novembre suivant. Le Bourgeois
(jcntilhomme obtint à Paris un grand succès. Chacun croyait y reconnaître le portrait de son voisin, et on ne se lassait point d'aller applaudir cette peinture si vraie et si naturelle des vaniteuses prétentions de la richesse roturière. « Le personnage de M. Jourdain, dit La Harpe, est un des plus vrais et dos plus gais qui soient au théâtre. Tout ce qui est autour de lui le fait ressortir : sa femme, sa servante Nicole, ses maîtres de danse, de musique, d'armes et de philosophie; le grand seigneur son ami, son confident et son débiteur ; la dame de qualité dont il est amoureux ; le jeune homme qui aime sa fille, et qui ne peut l'obtenir, parce qu'il n'est pas gentilhomme; tout sort à mettre en jeu la sottise de ce pauvre bourgeois... Molière a su tirer encore des autres personnages un comique inépuisable; l'humeur brusque de Mme Jourdain, la gaieté franche de Nicole, la querelle des maîtres sur la prééminence de leur art, les préceptes de modération débités par le philosophe qui, un moment après, se met en fureur et se bat en l'honneur et gloire de la philosophie ; la leçon de M. Jourdain, à jamais fam.euse par sa découverte, qui ne sera jamais oubliée, que depuis quarante ans il faisait de la prose sans le savoir. La galanterie niaise du bourgeois et le sang-froid cruel de l'homme de cour..., la brouillerie des jeunes amants et de leurs valets, sujet traité si souvent par Molière, et avec une perfection toujours la même et toujours différente : tous ces morceaux sont du grand peintre de l'homme, et nullement du farceur populaire. " Le célèbre Lulli joua un rôle dans cette pièce, s'il faut en croire l'anecdote suivante : Le musicien florentin avait acheté la charge de secrétaire du roi ; il alla trouver là compagnie pour se faire recevoir ; mais ces messieurs lui répondirent unanimement qu'ils ne voulaient pas d'acteur parmi eux. H eut beau leur dire qu'il n'avait jamais joué sur le théâtre que trois fois, dans le Bourgeois gentilhomme, et cela devant le roi ; ils furent sourds. Il alla s'en plaindre au ministre Louvois, qui lui dit que les secrétaires du roi avaient raison. « Quoi I monsieur, lui répondit Lulli, si le roi vous ordonnait, tout ministre que vous êtes, de danser devant lui, vous le rcfusei-iez? » D'après une autre version, la réplique du musicien aurait été celle-ci : « Eh! monsieur, tout ministre que vous êtes, vous en auriez bien fait autant. » Louvois, ne sachant que répondre, lui expédia un ordre qui le fît recevoir.
BRAD
BOURGUIGNONNES (les), opéra-comique en un acte et en prose, paroles de M. Henri Meilhac, musique de M. Louis Défies, représenté pour la première fois à Bade en 1861, puis à rOpéra-Comique le 16 juillet 1863. Manette est venue passer quelques jours à la ferme de son cousin par alliance, Landry, dont la femme Thérèse a le tort de faire la besogne de son homme, ce qui permet à celui-ci de se livrer à une oisiveté dangereuse pour la paix du ménage. Heureusement, Manette est une fine mouche. Elle éconduit Landry, qui cherche à lui conter fleurette, et, grâce à ses conseils, Thérèse écarte à temps le danger qui menace son bonheur conjugal. Manette apprend à la jeune femme le secret du ménage, c'est-à-dire l'art de tenir un époux en haleine, en inquiétant son orgueil et son cœur. La scène dans laquelle les deux cousines boivent du vin de Bourgogne pour se donner du cœur est de mauvais goût. La chanson à boire, qui semble être un accessoire obligé de tous les livrets d'opéra-comique, est déplacée dans la bouche d'une femme. Ce petit livret ne manque ni d'esprit ni d'habileté. C'est un agréable marivaudage en sabots. Le sujet est usé jusqu'à la corde, mais les variations ont presque le mérite de la nouveauté. Cette agréable saynète eut d'ailleurs l'avantage de servir de début, à rOpéra-Comique, à MUe Girard, la seule Dugazon de notre époque, qui chantait avec un brio incomparable l'air : Tends ton verre, la Bourguignonne. On remarqua aussi un trio excellent, et la partition se fixa au répertoire de l'Opéra-Comique ; ce qui dispense de tout autre éloge.
BOURSE DE L'AVARE PERDUE (la) , opéra.
comique allemand, musique de Schauensée, représenté à Lucerne en i754.
BRACONNIER (le) , opéra, musique de Raymont, représenté aux Italiens vei's 1765.
BRACONNIER (le), opéra-comique en un acte, paroles de MM. Vanderburch et de Leuven, musique do M. Gustave Hoquet, représenté à l'Opéra-Comique le 29 octobre 1847. Sur un livret très-naïf et sans intérêt, M. Gustave Héquct a écrit une partition bien médiocre. On y a remarqué toutefois un bon quatuor et le duo entre le braconnier Hébert et Lisa, fille du garde-chasse. Ce petit ouvrage a été chanté par Jourdan, Chaix et M'iu Lcmercier.
BRADAMANTE (la) , opéra italien, musique de Cavalli, roprôsentc à Venise en 1650.
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BRADAMANTE, opéra en cinq actes, paroles de Roy, musique de Lacoste, représenté pour la première fois à Paris, sur le théàtte de l'Opéra, le 2 mai 1707. L'illustre nièce de Charlemagne ne réussit pas mieux à l'Opéra qu'au Théâtre-Français. Elle n'eut pas d'ailleurs, pour se faire accepter, une musique digne d'elle. Cette musique était de Lacoste, chef d'orchestre de notre première scène lyrique de 1710 à 1714, et dont les sept jjartitions, sans originalité, sont aujourd'hui complètement oubliées. Ne cherchons pas à les tirer de la poussière où elles dorment du sommeil profond réservé aux œuvres médiocres.
BRADAMANTE, opéra allemand en quatre actes, musique de Reichardt, représenté à Vienne en 1808.
BRADAMANTE, opéra en trois actes, musique de Tauwitz, représenté à Riga en 1S44.
BRAMINE, opéra-comique en un acte, musique de Piccinni (Alexandre), représenté au Gymnase le 17 juin 1822.
BRAMINI (gli), opéra italien, musique de Gnecco, représenté en Italie vers 1794.
BRASSEUR D'AMSTERDAM (le), opéracomique en un acte, paroles de M. de Najac musique de M. Alary, représenté à Ems le 19 aoiit 1861. Ce petit ouvrage a un cachet de sensibilité bourgeoise qui rappelle les pièces du commencement de ce siècle. La femme de M. Vauberg se croit incomprise par son mari ; elle s'abandonne à des idées romanesques, qui peu à peu revêtent la forme plus arrêtée d'un certain Raoul de Floriac; mais, préférant le rôle de galant homme à celui d'homme galant, Raoul, ami de Vanberg, l'avertit du danger auquel son prosaïsme exagéré l'expose. La femme du brasseur comprend qu'elle côtoyait l'abîme, et le ménage se réconcilie, grâce au dévouement de l'amitié. Plusieurs morceaux agréables ont été distingués dans ce petit opéra : la romance chantée par Mme Cambardi : De chagrin je me meurs; la scène : Si je l'aime, c'est fait de moi, et le rondeau final. Huet et Caussade ont joué les rôles de Vanbcrg et de Raoul.
BRASSEUR DE PRESTON (le), opéra-CO-
mique en trois actes, paroles de MM. de Leuvcnet Brunswick, musique d'Adolphe Adam, représenté à l'Opéra-Comique le 31 octobre 1838. Voici de quelle façon un critique raconte le libretto du Brasseur -. « Daniel Robinson a pour industrie de brasser de la bière
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à Preston sous le roi George II; c'est pourquoi on l'appelle le brasseur de Preston. Les troupes royales sont auprès de la ville, à la veille de livrer le combat au prince Edouard, lils du prétendant; mais Daniel s'en soucie autant qu'un poisson d'une pomme. Le brasseur va se marier, et recommande à sa fiancée, Effie, de ne pas le confondre avec son frère George, qui lui ressemble de la façon la plus alarmante. En revanche, le moral des deux jeunes gens diffère complètement :
George est tapageur , bambochcur , mais brave, généreux et loyal; Daniel est doux comme un agneau non encore sevré, et timide comme un lièvre. On n'attend plus pour la noce que le frère George... Tout à coup le sergent Toby se présente avec une mine effarée et inquiète, et demande à Daniel si le lieutenant George n'est pas à la brasserie. Le congé de deux jours qu'il avait obtenu est expiré sans qu'il ait reparu, et, comme on doit livrer bataille le lendemain, il serait considéré comme déserteur et déshonoré, s'il ne revenait au camp avant midi. Cette triste nouvelle tombe dans la joie générale comme une goutte d'eau glacée dans une chaude vapeur, et abat subitement l'allégresse des convives; la noce est interrompue: Daniel veut courir à la recherche de son frère, et il monte en carriole, suivi de la jeune Effie, tout éplorée. »
Au second acte, nous sommes transportés dans le camp anglais. Daniel arrive avec Effie et le brave sergent : grâce à la miraculeuse ressemblance, les soldats prennent Daniel pour George : cette méprise suggère à Toby l'idée de revêtir le brasseur de l'uniforme de George, et de lui faire tenir, à la bataille, la place de son frère absent. Daniel se prête de bonne grice à cette substitution de personnes, comme on dirait en argot judiciaire; mais il est peu martial de son naturel, et se connaît médiocrement en stratégie. Toby, qui est un homme exppditit et que rien n'embarrasse, lui donne sur place une leçon de tenue militaire ; il lui apprend à marcher fendu comme un compas, à rouler de gros yeux, à porter son chapeau de travers, à fumer dans une pipe culottée, à dire morbleu ! sacrebleu ! et autres fleurs de rhétorique soldatesque. Cette leçon profite beaucoup plus à Elfie qu'au débonnaire Daniel. Cependant le conseil a prononcé, et le lieutenant George doit garder pendant deux mois les arrêts forcés. C'est dur; mais en comparant cette punition aux dangers que le rôle qu'il a accepté pouvait lui lairo courir, le brasseur se console. Entre
Jenkins, un vieil officier de marine : • Vous êtes le lieutenant Robinson? — Oui, monsieur. — En ce cas, vous devinez l'objet de ma visite. Ma sœur, séduite et abandonnée par vous! Il me faut une réparation, le mariage ou un duel à mort, à votre choix; prenez votre épée et suivez-moi. — Impossible, monsieur; j'ai dû rendre mon épée, je suis aux arrêts. » Au même instant, on crie : Aux armes! ce sont les Ecossais, t Aux armes, mon lieutenant, dit Toby. — Impossible, sergent; je suis aux arrêts. — Aux arrêts! un jour de bataille ! Malheur! mon brave George serait déshonoré. Je vais supplier le général de les lever ; il ne me refusera pas cette faveur, la première que je lui demande. » En effet, Toby revient bientôt après avec le consentement du général. Le malheureux brasseur n'a pas été plus tôt hissé sur un cheval, que la courageuse bête (je parle du cheval) l'emporte au galop au milieu des rangs ennemis. Le bruit du canon lui a fait prendre le mors aux dents... Les Ecossais sont en pleine déroute, et le général, pour récompenser les prodiges de valeur du lieutenant Robinson, le nomme capitaine sur le champ de bataille. Il est de plus désigné pour aller présenter au roi les drapeaux pris sur l'ennemi... Le roi, charmé de sa belle conduite, le charge de la pacification de l'Irlande. Daniel ne peut refuser, et, par surcroît de désespoir, il doit partir le soir même ; mais, comme un malheur n'arrive jamais seul, le major Jenkins revient avec le contrat de mariage qu'il a préparé d'avance, et somme le lieutenant supposé d'accomplir sapromesse... Heureusement, George revient, et, par un coup do théâtre très-adroit, se substitue à Daniel au moment où celui-ci, traqué dans ses derniers retranchements, va épouser Anna Jenkins.
Daniel se démet alors de son métier de héros improvisé , et retourne à sa brasserie de Preston, où il épouse son Effie.. Le sujet si usé des ménechmes a fourni le sujet de cette pièce, assez spirituelle et habilement mouvementée pour se passer, au besoin, de musique. La partition d'Adolphe Adam est une des meilleurs productions de ce compositeur. Non-seulement il la jugeait ainsi lui-même, mais les critiques lui prédirent un succès au moins égal à ceux du Chalet et du Postillon de Lonjumeau. Les couplets de Chollet au premier acte; le chœur des soldats; la poétiqueromance : Pour sauver sa vie, et le récit do Chollet racontant les prouesses de son cheval, sont des morceaux bien en situation. Le compositeur et les auteurs avaient fait aussi