‹ Dictionnaire philosophique (volume 2)Chapitre 26 sur 49 · ET ENOCH · texte numérisé non relu

ET ENOCH

Tertullicn dit (b) que cet ouvrage fut conservé dans larche, et qu'Enoch en fît même une seconde copie après le déluge.

Voilà ce que la sainte Écriture et les pères nous disent d'Enoch : mais les profanes de l'orient en disent bien davantage. Ils croient en effet qu'il y a eu un Enoch,. et qu'il fut le premier qui fit des esclaves à la guerre; ils rappellent tantôt Enoch, tantôt Édris; ils disent que c'est lui qui donna des lois aux Egyptiens sous le nom de ce Thaut, appelé par les Grecs Hermès Trismégiste. On lui donne un fils nommé Sabi, auteur de la religion des Sabiens ou Sabéens.

Il y avait une ancienne tradition de Phrygie sur un certain Anach, dont on disait que les Hébreux avaient fait Enoch. Les Phrygiens tenaient cette tradition des Chaldéens ou Babyloniens, qui reconnaissaient aussi un Enoch ou Anach pour inventeur de l'astronomie.

On pleurait Enoch un jour de l'année en Phrygie, comme on pleurait Adoni ou Adonis chez les Plié* niciens.

L'écrivain ingénieux et profond qui croit Êlie un personnage purement allégorique , pense la même chose d'Enoch. Il croit qu'Enoch, Anach, Annoch, signifiait Vannée;, que les orientaux le pleuraient ainsi qu'Adonis, et qu'ils se réjouissaient au commencement de l'année nouvelle ;

(b) Liv. I, De cultu fœminarum , etc. ^

Que le Janus, connu ensuite en Italie, était l'ancien Ànach ou Annoch de l'Asie ;

Que non-seulement Enoch signifiait autrefois chez tous ces peuples le commencement et la fin de l'an , mais le dernier jour de la semaine ;

Que les noms d'Anne , de Jean , de Januarius , Janvier, ne sonf. venus que de cette source.

Il est difficile de pénétrer dans les profondeurs de l'histoire ancienne. Quand on y saisirait la vérité à tâtons, on ne serait jamais sûr de la tenir. Il faut absolument qu'un chrétien s'en tienne à l'Ecriture, quelque difficulté qu'on trouve à l'entendre.

(Cel article a paru dans le grand Dictionnaire encyclo-pê- 'dique. Il y a dans celui-ci des additions, etl ce end vaut bien mieux, des retranchemens.)

L'éloquence est née avant les règles de la rhétorique , comme les langues se sont formées avant la grammaire. La nature rend les hommes éloquens dans les grands intérêts et dans les grandes passions. Quiconque est vivement ému voit les choses d'un autre œil que les autres hommes. Tout est pour lui un objet de comparaison rapide et de métaphore : sans qu'il y prenne garde , il anime tout , et fait passer dans ceux qui l'écoutent une partie de son enthousiasme. Un philosophe très éclairé (*) a remarqué que le peuple même s'exprime par des figures; que rienn'estplus commun, plus naturel que tous les tours qu'on appelle tropes. • - » ..... . . ..•-

(*) Dumarsais.

Ainsi, dans toutes les langues, le cœur brûle, le courage s'allume, les yeux étinceilent, l'esprit est accablé , il se partage , il s'épuise , le sang se glace , la tête se renverse, on est enflé d'orgueil, enivré de vengeance : la nature se peint partout dans ces images fortes, devenues ordinaires.

C'est elle dont l'instinct enseigne à prendre d'abord un air , un ton modeste avec ceux dont on a besoin. L'envie naturelle de captiver ses juges et ses maîtres , le recueillement de l'àme profondément frappée, qui se prépare à déployer les sentimens qui la pressent, sont les premiers maîtres de l'art.

C'est cette même nature qui inspire quelquefois des débuts vifs et animés; une forte passion, un danger pressant , appellent tout d'un coup ^imagination : ainsi un capitaine des premiers califes, voyant fuir les musulmans, s'écria : « Où courez-vous? ce n'est pas là que sont les ennemis. )> On attribue ce même mot à plusieurs capitaines; on l'attribue à Cromwell, Les âmes fortes se rencontrent beaucoup plus souvent que les beaux-esprits. Rasi, un capitaine musulman du tenips même de Mahomet, voit les Arabes effrayés qui s'écrient que leur général Dérar est tué ; (( Qu'importe, dit-il, que Dérar soit mort! Dieu est vivant et vous regarde , marchez. » C'était un homme bien éloquent que ce matelot anglais qui fit résoudre la guerre contre l'Espagne en 174°' « Quand les Espagnols, m'ayant mutilé, me présentèrent la mort, je recommandai mon âme à Dieu, et ma vengeance à ma patrie. »

La nature fait donc l'éloquence; et, si on a dit que

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les poêles naissent et qu'e les orateurs se forment, on l'a dit quand l'éloquence a été forcée d'étudier les lois, le génie des juges et la méthode du temps : la nature seule n'est éloquente que par élans.

Les préceptes sont toujonrs venus après l'art. Tibias fut le premier qui recueillit les lois de l'éloquence, dont la nature donne les premières règles.

Platondit ensuite, dans sonGorgias, qu'un orateur doit avoir la subtilité des dialecticiens, la science des philosophes, la diction presque des poètes, la voix et les gestes des plus grands acteurs.

Aristote fît voir après lui que la véritable philosophie est le guide secret de l'esprit de tous les arts : il creusa les sources de l'éloquence dans son livre de la Rhétorique; il fit voir que la dialectique est le fondement de l'art de persuader, et qu'être éloquent c'est savoir prouver.

Il distingua les trois genres , le délibératif, le démonstratif et le judiciaire. Dans le délibératif, il s'agit d'exhorter ceux qui délibèrent à prendre un parti sur la guerre et sur la paix , sur l'administration publique, etc.; dans le démonstratif, ile faire voir ce qui est digne de louange ou de blâme; dans le judiciaire , de persuader, d'absoudre ou de condamner, elc. On sent assez que ces trois genres rentrent souvent l'un dans l'autre.

IL traite ensuite des passions et des mœurs que tout orateur doit connaître.

Il examine quelles preuves on doit employer dans ces trois genres d'éloquence. Enfin , il traite à fond de l'élocutiouj sans laquelle tout languit; il recora-

mande les métaphores, pourvu qu'elles soient justes et nobles; il exige surtout la convenance et ia Lienséance. Tous ces préceptes respirent la justesse éclairée d'un philosophe et la politesse d'un Athénien; et, en donnant les règles de l'éloquence, il est éloquent avec simplicité.

Il est à remarquer que la Grèce fut la seule contrée de la terre où Ton connût alors les lois de l'éloquence , parce que c'était la seule où la véritable éloquence existât. L'art grossier était chez tous les hommes; des traits sublimes ont échappé partout à la nature dans tous les temps : mais remuer les esprits de toute une nation polie ; plaire , convaincre et toucher à la fois, cela ne fut donné qu'aux Grecs. Les orientaux étaient presque tous esclaves : c'est un caractère de ïa servitude de tout exagérer; ainsi l'éloquence asiatique fut monstrueuse. L'occident était barbare du temps d'Aristote.

L'éloquence véritable commença à se montrer ' dans Rome du temps des Gracques, et ne fut perfectionnée que du temps de Cicéron. Marc -Antoine l'orateur, Hortensius, Curion, César, et plusieurs autres, furent des hommes éloquens.

Cette éloquence périt avec la république , ainsi que celle d'Athènes. L'éloquence sublime n'appartient, dit-on, qu'à la liberté; c'est qu'elle consiste à dire des vérités hardies, à étaler des raisons et des peintures fortes. Souvent un maître n'aime pas la vérité , craint les raisons , et aime mieux un compliment délicat que de grands traits,

Cicéron, après avoir donné les exemples dans ses

harangues, donna les préceptes dans son livre de l'Orateur; il suit presque toute la méthode d'Aristote, et s'explique avec le style de Platon.

Il distingue le genre simple, le tempéré et le sublime. Rollin a suivi cette division dans son Traité des études; et, ce que Cicérôn ne dit pas, il prétend que (( le tempéré est une belle rivière ombragée de vertes forêts des deux côtés; le simple, une table servie proprement, dont tous les mets sont d'un goût excellent, et dont on bannit tout raffinement; que le sublime foudroie, et que c'est un fleuve impétueux qui renverse tout ce qui lui résiste. »

Sans se mettre à cette table, sans suivre ce foudre , ce fleuve et cette rivière , tout homme de bon sens voit que l'éloquence simple est celle qui a des choses simples à exposer, et que la clarté et l'élégance sont tout ce qui lui convient. Tl n'est pas besoin d'avoir lu Aristofe , Cicéron et Quintilien , peur sentir qu'un avocat qui débute par un exorde pompeux au sujet d'un mur mitoyen, est ridicule : c'était pourtant le vice du barreau jusqu'au milieu du dix -septième siècle; on disait, avec emphase des choses triviales. On pourrait compiler des volumes de ces exemples; mais tous se réduisent à ce mot d'un avocat, homme d'esprit, qui, voyant que son adversaire parlait de la guerre de Troie et du Scamandre , l'interrompit en disant : « La cour observera que ma partie ne s'appelle pas Scamandre, mais Michaut. »

Le genre sublime ne peut regarder que de puissans intérêts traités dans une grande assemblée. On en voit encore de vives traces dans le parlement d'An-

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glcterrc; on a quelques harangues qui y furent prononcées en 1739, quand il s'agissait de déclarer la guerre à l'Espagne. L'esprit de Démosthènes et de Cicéron semble avoir dicté plusieurs traits de ces discours ; mais ils ne passeront pas à la postérité comme ceux des Grecs et des Romains, parce qu'ils manquent de cet art et de ce charme de la diction qui mettent le sceau de l'immortalité aux bons ouvrages.

Le genre tempéré est celui de ce discours d'appareil 7 de ces harangues publiques, de ces complimens étudiés, dans lesquels il faut couvrir de fleurs la futilité de la matière.

Ces trois genres rentrent encore souvent l'un dans l'autre , ainsi que les trois objets de l'éloquence qu'Arisiote considère; et le grand mérite de l'orateur est de les mêler à propos.

La grande éloquence n'a guère pu en France être connue au barreau , parce qu'elle ne conduit pas aux honneurs comme dans' Athènes, dans Rome, et comme aujourd'hui dans Londres, et n'a point pour objet de grands intérêts publics : elle s'est réfugiée dans les oraisons funèbres , où elle tient un peu de la poésie. Bossuet , et après lui Fléchier, semblent avoir obéi à ce précepte de Platon, qui veut que l'éloeulion dïm orateur soit quelquefois celle même d'un poète.

L'éloquence de la chaire avait été presque barbare jusqu'au P. Bourdalouc; il fut un des premiers qui firent parler la raison.

Les Anglais ne vinrent qu'ensuite, comme l'avoue

Burnet, évêque de Salisbury. Ils ne connurent point l'oraison funèbre; ils évitèrent dans les sermons les traits véhémens qui ne leur parurent point convenables à la simplicité de l'Evangile, et ils se défièrenf de cette méthode des divisions reckerchées , que l'archevêque Fénélon condamne dans ses Dialogues sur l'éloquence.

Quoique nos sermons roulent sur l'objet le plus important à l'homme, cependant il s'y trouve peu de morceaux frappans , qui , comme les beaux endroits de Cicéron et de Démosthènes, soient devenus les modèles de toutes les nations occidentales. Le lecteur sera pourtant bien aise de trouver ici ce qui arriva la première fois que Massillon, depuis évêque de Clermont , prêcha son fameux sermon du petit nombre des élus : il y eut un endroit où un transport de saisissement s'empara de tout l'auditoire; presque tout le monde se leva à moitié par un mouvement involontaire; le murmure d'acclamation et de surprise fut si fort qu'il troubla l'orateur , et ce trouble ne servit qu'à augmenter le pathétique de ce morceau; le voici : m Je suppose que ce soit ici notre dernière heure à tous , que les cieux vont s'ouvrir sur nos; têtes , que le temps est passé et que l'éternité commence, que Jésus-Christ va paraître pour nous juger selon nos œuvres, et que nous sommes tous ici pour attendre de lui l'arrêt de la vie ou de la mort éternelle : je vous le demande, frappé de terreur comme vous, ne séparant point mon sort du vôtre, et me mettant dans la même situation où nous devons tous paraître un jour devant Dieu notre juge ; si Jésus-

Christ, dis-je, paraissait dès à présent pour faire la terrible séparation des justes et des pécheurs, croyezvous que le plus grand nombre fut sauvé ? Croyezvous que le nombre des justes fût au moins égal à celui des pécheurs? Croyez-vous que, s'il fesait maintenant la discussion des œuvres du grand nombre qui est dans cette église, il trouvât seulement dix justes parmi nous ? En tiouverait-il un seul ?» (Il y a eu plusieurs éditions différentes de ce discours, mais le fond est le même dans toutes. )

Cette figure, la plus hardie qu'on ait jamais employée, et en même temps la plus à sa place, est un des plus beaux traits d'éloquence qu'on puisse lire chez les nations anciennes et modernes ; et le reste du discours n'est pas indigne de cet endroit si saillant. De pareils chefs-d'œuvre sont très-rares, tout est d'ailleurs devenu lieu commun. Les prédicateurs qui ne peuvent imiter ces grands modèles , feraient mieux de les apprendre par cœur et de les débiter à leur auditoire (supposé encore qu'ils eussent ce ta* lent si rare de la déclamation) que de prêcher dans un style languissant des choses aussi rebattues qu'Inutiles.

On demande si l'éloquence est permise aux historiens : celle qui leur est propre consiste dans l'art de préparer les événemens , dans leur exposition toujours élégante, tantôt vive et pressée , tantôt étendue et fleurie , dans la peinture vraie et forte des mœurs générales et des principaux personnages , dans les réflexions incorporées naturellement au récit, et qui 11 y paraissent point ajoutées. L'éloquence de Démos-

tliènes ne convient point à Thucydide ; une harangue directe qu'on met dans la bouche d'un héros., qui ne la prononça jamais, n'est guère qu'un beau défaut, au jugement de plusieurs esprits éclairés.

Si pourtant ces licences pouvaient quelquefois se permettre, voici une occasion où Mézerai dans sa grande histoire semble obtenir grâce pour cette hardiesse approuvée chez les anciens; il est égal à eux pour le moins dans cet endroit : c'est au commencement du règne de Henri IY, lorsque ce prince, avec très-peu de troupes, était pressé auprès de Dieppe par une armée de trente mille hommes, et qu'on lui conseillait de se retirer en Angleterre. Mézerai s'élève au-dessus de lui-même en fesant parler ainsi le maréchal de Biron^, qui d'ailleurs était un homme de génie, et qui peut fort bien avoir dit une partie de ce que 1 historien lui attribue : «Quoi! sire, on vous conseille de monter sur mer, comme s'il n'y avait pas d'autre moyen de conserver votre royaume que de le quitter L Si vous n'étiez pas en France, il faudrait percer au travers de tous les hasards et de tous les obstacles pour y venir : et maintenant que vous y êtes, on voudrait que vous en sortissiez î et vos amis seraient d'avis que vous fissiez de votre bon gré ce que le plus grand effort de vos ennemis ne saurait vous contraindre de faire! En l'état où vous ête^s, sortir seulement de France pour vingt-quatre heures, c'est s'en bannir pour jamais. Le péril, au reste, n'est pas si grand qu'on vous le dépeint; ceux qui nous pensent envelopper sont ou ceux mêmes que nous avons tenus enfermés si lâchement dans Paris , ou gens qui ne valent

pas mieux , et qui auront plus d'affaires entre euxmêmes que contre nous. Enfin, sire, nous sommes en France, il nous y faut enterrer : il s'agit d'un royaume, il faut l'emporter ou y perdre la vie; et, quand même il n y aurait point d autre sûreté pour votre sacrée personne que la fuite, je sais bien que vous aimeriez mieux mille fois mourir de pied ferme que de vous sauver par ce moyen. Votre majesté ne souffrirait jamais qu'on dise qu'un cadet de la maison de Lorraine lui aurait fait perdre terwi; encore moins qu'on la vît mendier à la porte d un prince étranger. Non, non, sire, ri n'y a ni couronne, ni honneur pour vous au-delà de la mer : si vous allez au-devant du secours d'Angleterre , il reculera ; si vous vous présentez an port de La Rochelle en homme qui se sauve, vous n'y trouverez que des reproches et du mépris. Je ne puis croire que vous deviez plutôt fier votre personne à l'inconstance des flots, et à la merci de l'étranger, qu'à tant de braves gentilshommes et tant de vieux soldats, qui sont prêts à lui servir de remparts et de boucliers : et je suis trop serviteur de votre majesté pour lui dissimuler que , si elle cherchait sa sûreté ailleurs que dans leur vertu, ils seraient obligés de chercher la leur dans un autre parti que dans le sien. »

Ce .discours fait un effet d'autant plus beau, que Mézcrai met ici en effet dans la bouche du maréchal de Biron ce qu'Henri IV avait dans le cœur.

Il y aurait encore bien des choses à dire sur l'élo- (ruenec, mais les livres n'en disent que trop ; et dans un siècle éclairé le génie aidé des exemples en sait plus que n'en disent tous les maîtres.

Figure, allégories, symboles, etc.

Tout est emblème et figure dans l'antiquité. On commence en Chaldée par mettre un bélier , deux chevreaux, un taureau dans le ciel pour marquer les productions de la terre au printemps. Le feu est le symbole de la Divinité dans la Perse, le chien céleste avertit les Egyptiens des inondations du Nil ; le serpent, qui cache sa queue dans sa tête, devient l'image do l'éternité. La nature entière est peinte et déguisée.

Vous retrouvez encore dans l'Inde plusieurs de ces anciennes statues efïhvyantes et grossières dont nous avons déjà parlé, qui représentent la vertu munie de dix grands bras avec lesquels elle doit combattre les vices, et que nos pauvres missionnaires ont prises pour le portrait du diable, ne doutant pas que tous ceux qui ne parlaient pas français ou italien n'adorassent le diable.

Mettez tous ces symboles de l'antiquité sous les yeux de l'homme du sens le plus droit, qui n'en aura jamais entendu parler, il n'y comprendra rien; c'est une langue qu'il faut apprendre.

Les anciens poètes théologiens furent dans la nécessité de donner des yeux à Dieu, des mains, des pieds; de l'annoncer sous la figure d'un homme.

Saint Clément d'Alexandrie (a) rapporte ces vers de Xénophanes le Colophonien, digne de toute notre attention :

(«) Stromates 5 liv. V.

Grand Dieu, quoi que l'on fasse, et quoi qu'on ose feindre, On ne peut te comprendre , et moins encore te peindre. Chacun figure en toi ses*attributs divers, Les oiseaux te feraient voltiger dans les airs , Les bœufs te prêteraient leurs cornes menaçantes, Les lions t'armeraient de leurs dents déchirantes, Les chevaux dans les champs te feraient galoper.

On voit par ces vers de Xénophanes que ce n çst pas d'aujourd'hui que les hommes ont fait Dieu à leur Image. L'ancien Orphée de Thrace, ce premier théologien des Giecs; fort antérieur à Homère, s'exprime ainsi , selon le même Clément d'/Uexandrie :

Sur son trône éternel assis dans les nuages , Immobile, il régit les vents et les orages ; Ses pieds pressent la terre , et du vague des airs Sa main touche à la fois aux rives des deux mers ; Il est principe, fin, milieu de toutes choses*

Tout étant donc figure et emblème, les philosophes, et surtout ceux qui avaient voyagé dans l'Inde , employèrent cette méthode; leurs préceptes étaient des emblèmes, des énigmes.

A 'attisez pas le feu avec une e'pée, c'est-à-dire , n'irritez point des hommes en colère.

Ae mettez point la lampe sous le boisseau. — Ne cachez peint la vérité aux hommes.

Abstenez-vous des fèves. — Fuyez souvent les assemblées publiques dans lesquelles on donnait son suffrage avec âes fèves blanches ou noires.

N'ayez point dlùrondelles dans votie maison.- — Qu'elle ne ne soit point remplie de babillards.

Dans (a tempête , adorez Vécho. — Dans les troubles civils . retirez-vous à la campagne.

N'écrivez point sur la neige. — N'enseignez pas les esprits mous et faibles.

Ae mancjez ni votre cœur, ni votre cervelle. — Ne vous livrez ni au chagrin , ni à des entreprises trop difficiles , etc.

Telles sont les maximes de Pythagore, dont le sens n'est pas difficile à comprendre.

Le plus beau de tous les emblèmes est celui de Dieu, que Timée de Locres figure par cette idée : « Un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. » Platon adopta cet emblème ; Pascal l'avait inséré parmi les matériaux dont il voulait faire usage, et qu'on a intitulé ses Pensées.

En métaphysique, en morale, les anciens ont tout dit. Nous nous rencontrons avec eux , ou nous les répétons. Tous les livras modernes de ce genre ne sont que des redites.

Plus vous avancez dans l'orient , plus vous trouvez cet usage des emblèmes et des figures établi; mais plus aussi ces images sont- elles éloignées de nos moeurs et de nos coutumes.

C'est surtout chez les Indiens, les Egyptiens, les Syriens, que les emblèmes qui nous paraissent les plus étranges étaient consacrés. C'est là qu'on portait en procession avec le plus profond respect les deux organes de la génération, les deux symboles de la vie. Nous en rions, nous osons traiter ces peuples d'idiots barbares, parce qu'ils remerciaient Dieu innocemment de leur avoir donné l'être. Qu'aurai entils dit, s'ils nous avaient vus entrer dans nos temples avec l'instrument de la destruction à notre coté ?

A Thèbes on représentait les péchés du peuple

par un Loue. Sur la côte de Phénicie, une femme nue avec une queue de poisson était l'emblème de la nature.

Il ne. faut donc pas s'étonner si cet usage des symboles pénétra chez les Hébreux , lorsqu'ils eurent formé un corps de peuple vers le désert de la Syrie.

De quelques emblèmes dans la nation juive.

Un des plus beaux emblèmes des livres judaïques est ce morceau de PEcclésiaste.

« Quand les travailleuses au moulin seront en peti ■' nombre et oisives, quand ceux nui regardaient par les trous s'obscurciront, que Vimandier fleurira; que la sauterelle s'engraissera, que ^s câpres tomberont, que la cordelette d'argent se cassera , que l'a bandelette

d'or se retirera , et que la cruche se brisera sur la

fontaine ».

Cela signifie que les vieillards perdent leurs dents, que leur vue s'affaiblit, que leurs cheveux blanchissent comme la fleur de l'amandier, que leurs pieds s'enflent comme la sauterelle , que leurs cheveux tombent comme les feuilles du câprier, qu'ils ne sont plus propres à la génération , et qu'alors il faut se préparer au grand voyage.

Le Cantique des cantiques est (comme on sait) un emblème continuel du mariage de Jésus-Christ avec Tcglise.

« Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche , car vos tétons sont meilleurs que du vin — qu'il mette sa main gauche sous ma tête , et qu'il m'embrasse de la main droite — que tu es belle, ma chère, tes yeux sont des

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yeux de colombe — tes cheveux sont comme des troupeaux de chèvres, sans parler de ce que tu nous caches — tes lèvres sont comme un petit ruban d'écarlate, tes joues sont comme des moitiés de pommes d'écarlatc, sans parler de ce que tu nous caches — que ta gorge est belle ! — que tes lèvres distillent le miel! — Mon bien-aimé mit sa main au trou, et mon ventre tressaillit à ses attouchemens — ton nombril est comme une coupe faite au tour — ton ventre est comme un monceau de froment entouré de lis — - tes deux tétons sont comme deux faons gémeaux de chevreuil — ton cou est comme une tour d'ivoire — ton nez est comme la tour du mont Liban — .ta tête es* comme le mont Carmel, ta taille est celle d'un palmier. J'ai dit, je monterai sur le palmier et je cueillerai de ses fruits; que ferons -nous de notre petite sœur? elle n'a pas encore de tétons. Si c'est un mur, bâtissons dessus une tour d'argent; si c'est une porte, fermons-la avec du bois de cédre. »

11 faudrait traduire tout le Cantique pour voir qu'il est un emblème d'un bout à l'autre; surtout l'ingénieux domCalmet démontre que le palmier sur lequel monte le bien-aimé, est la croix à laquelle on condamna notre Seigneur Jésus-Christ, Mais il faut avouer qu'une morale saine et pure est encore pféférabW* à ces allégories»

On voit dans les livres de ce peuple une foule d'emblèmes typiques qui nous révoltent aujourd'hui et qui exercent notre incrédulité et notre raillerie \ mais qui paraissent communs et simples aux peuples asiatiques.

Dieu apparaît à Isaie fils d'Amos, et lui dit (a) : te Va, détache ton sac de les reins, et tes sandales de tes pieds; et il le fît ainsi en marchant tout nu et déchaux. Et Dieu dit : Ainsi que mon serviteur Isaïe a marché tout nu et déchaux , comme un signe de trois ans sur l'Egypte et l'Ethiopie, ainsi le roi des Assyriens emmènera des captifs d'Egypte et d Ethiopie, jeunes et vieux, les fesses découvertes à la honte de 1 Egypte. »

Cela nous semble bien étrange, mais informonsnous seulement de ce qui se passe encore de nos jours chez les Turcs et chez les Africains, et dans Tlnde où nous allons commercer avec tant d'acharnement et si peu de succès. On apprendra qu'il n'est pas rare de voir des santons absolument nus, nonseulement prêcher les femmes, mais se laisser baiser les parties naturelles avec respect, sans que ces baisers inspirent ni à la femme ni au santon le moindre désir impudique. On verra sur les bords du Gange une foule innombrable d'hommes et de femmes nus de la tète jusqu'aux pieds, les bras étendus vers le ciel, attendre le moment d'une éclipse pour ^e plonger dans le fleuve.

Le bourgeois de Paris ou de Rome ne doit pas croire que le reste de la terre soit tenu de vivre et de penser en tout comme lui.

Jérémie, qui prophétisait du temps de Joakim melk de Jérusalem (/>) en faveur du roi de Babylone, se

(b) Isaïe, chap. XX, v. i et suiv.

[c) Jérémie, chap. XXVII, v. 2 et suiv.

met des chaînes et des cordes au cou par ordre du Seigneur, et les envoie au roi d'Edom, d'Amnon, de Tyr, de Sidon, par leurs ambassadeurs qui étaient venus à Jérusalem \eis Sédécias; il leur ordonne de parler ainsi à leurs maîtres :

a Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël; vous direz ceci à vos maîtres. J'ai fait la terre, les hommes, les bêtes de somme qui sont sur la surface de la terre, dans ma grande force et dans mon bras étendu, et j'ai donné la terre à celui qui a plu à mes yeux ; et maintenant donc j'ai donné toutes ces terres dans la main de Nabuchodonosor, roi de Babylone mon serviteur, et par-dessus je lui ai donné toutes les bêtes des champs afin qu'elles le servent. J'ai parlé selon toutes ces paroles à Sédécias, roi de Juda, lui disant; Soumettez votre cou sous le joug du roi de Babylone , servez -le, lui et son peuple , et vous vivrez, etc. »

Aussi Jérêmie fuï-il accusé de trahir son roi et sa patrie , et de prophétiser en faveur de l'ennemi pour de l'argent : on a même prétendu qu'il fut lapidé.

Il est évident que ces cordes et ces chaînes étaient l'emblème de cette servitude à laquelle Jérémie voulait qu'on se soumît.

C'est ainsi qu'Hérodote nous raconte qu'un roi des Scythes envoya pour présent à Darius un oiseau, une souris, une grenouille et cinq flèches. Cet emblème signifiait que, si Darius ne fuyait aussi vite qu'un oiseau, qu'une grenouille, qu'une souris, il serait percé par les flèches des Scythes. L'allégorie de Je-

EMBLEME. 25J

rémie était celle de l'impuissance , et l'emblème des Scythes était celui du courage.

C'est ainsi que Sextus Tarquinius consultant son père, que nous appelons Tarquin-le-Superbc , sur la manière dont il devait se conduire avec les Gabiens; Tarquin, qui se promenait dans son jardin, ne répondit qu'en abattant les têtes des plus hauts pavots. Son fils l'entendit et fit mourir les principaux citoyens. C'était l'emblème de la tyrannie.

Plusieurs savans ont cru que l'histoire de Daniel, du dragon, de la fosse aux sept lions auxquels on donnait chaque jour deux brebis et deux hommes à manger, et l'histoire de l'ange qui enleva Habacuc par les cheveux pour porter à dîner à Daniel dans la fosse aux lions, ne sont qu'une allégorie visible, un emblème de l'attention continuelle avec laquelle Dieu veille sur ses serviteurs. Mais il nous semble plus pieux de croire que c'est une histoire véritable, telle qu'il en est plusieurs dans la sainte Écriture, qui déploie sans figure et sans type la puissance divine, et qu'il n'est pas permis aux esprits profanes d'approfondir. Bornons-nous aux emblèmes, aux allégories véritables, indiquées comme telles par la sainte Ecriture elle-même.

<( (</) En la trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j'étais au milieu des captifs sur le fleuve Chobar, les cieux s'ouvrirent et je vis les visions de Dieu, etc. Le Seigneur adressa la parole à Ezéchiel , prêtre , fils de Buzi , dans le pays des Chal-

(ct) Ezéchiel, chap. I.

258 EMBLEME.

déens près du fleuve Chobar, et la main de Dieu se fît sur lui. »

C'est ainsi qu'Ézéchiel commence sa prophétie, et après avoir vu un feu, un tourbillon, et, au milieu du feu, les figures de quatre animaux ressemblans à un homme, lesquels avaient quatre faces et quatre ailes avec des pieds de veau et une roue qui était sur la terre et qui avait quatre faces, les quatre parties de la roue allant en même temps et ne retournant point lorsqu'elles marchaient, etc.

Il dit (e) : <c L'esprit entra dans moi et m'affermit sur mes pieds.... ; ensuite le Seigneur me dit : Fils de l'homme, mange tout ce que tu trouveras, mange ce livre et va parler aux enfans d'Israël. En même temps j'ouvris la bouche, et il me fit manger ce livre; et l'esprit entra dans moi et me fit tenir sur mes pieds. Et il me dit : Va te faire enfermer au milieu de ta maison. Fils de l'homme, voici des chaînes dont on te liera, etc. Et toi, fils de 1 homme (|), prends une brique, place-la devant toi et trace dessus la ville de Jérusalem, etc.

<( Prends aussi un poêlon de fer, et tu le mettras comme un mur de fer entre toi et la ville; tu affermiras ta face, tu seras devant Jérusalem comme si tu l'assiégeais, c'est un signe à la maison d'Israël. »

Après cet ordre, Dieu lui ordonne de dormir trois cent quatre-vingt-dix jours sur le côté gauche pour les iniquités d'Israël, et de dormir sur le côté

(c) Ézécliiel, chap. II, v. 2 ; et cLap. Iïl , v. r et suiv. (f) Idem, chap. IV, v. i et suiv.

EMBLÈME. ?.r>9

droit pendant quarante jours pour l'iniquité de la maison de Juda.

Avant d'aller plus loin, transcrivons ici les paroles du judicieux commentateur dom Calmet sur cette partie de la prophétie d'Ézéchiel , qui est à la fois une histoire et une allégorie, une vérité réelle et un emblème. Voici comment ce savant bénédictin s'explique :

ce II y en a qui croient qu'il n'arriva rien de tout cela qu'en vision , qu'un homme ne peut demeurer si long-temps couché sur un même côté sans miracle ; que , l'Écriture ne nous marquant point qu'il y ait eu ici du prodige , on ne doit point multiplier les actions miraculeuses sans nécessité; que, s'il demeura couché ces trois cent quatre-vingt-dix jours, ce ne fut que pendant les nuits ; le jour il vaquait à ses affaires. Mais nous ne voyons nulle nécessité de recourir au miracle, ni de chercher des détours pour expliquer le fait dont il est parlé ici. Il n'est nullement impossible qu'un homme demeure enchaîné et couché sur son côté par trois cent quatre-vingt-dix jours. On a tous les jours des expériences qui en prouvent la possibilité, dans les prisonniers, dans divers malades, et dans quelques personnes qui ont l'imagination blessée, et qu'on enchaîne comme des furieux. Prado témoigne qu'il a vu un fou qui demeura lié et couché tout nu sur son côté pendant plus de quinze ans. Si tout cela n'était arrivé qu'en vision, comment les Juifs de la captivité auraient-ils compris ce que leur voulait dire Ëzéchiel? comment ce prophète aurait-il exécuté les ordres de Dieu? Il faut donc dire

aussi qu'il ne dressa le plan de Jérusalem , qu'il ne représenta le siège , qu'il ne fut lié , qu'il ne mangea du pain de différens grains qu'en esprit et en idée. »

Il faut se rendre au sentiment du savant Calmet, qui est celui des meilleurs interprètes. Il est clair que la sainte Écriture raconte le fait comme une vérité réelle, et que cette vérité est l'emblème, le type, la figure d'une autre vérité.

« Prends (g) du froment, de l'orge, des fèves, des lentilles, du millet, de la vesce, fais-en des pains pour autant de jours que tu dormiras sur le côté. Tu mangeras pendant trois cent quatre-vingt-dix jours;... tu le mangeras comme un gâteau d'orge, et tu le couvriras de l'excrément qui sort du corps de l'homme (i). Les enfans d'Israël mangeront ainsi leur pain souillé. ».

Il est évident que le Seigneur voulait que les Israélites mangeassent leur pain souillé ; il fallait donc que le pain du prophète fût souillé aussi. Cette souillure était si réelle qu'Ézéchiel en eut horreur. Il s'écria (//) : « Àh ! ah ! ma vie (mon âme) n'a pas encore

(g) Ézéchiel, chap. IV, v. 9 et i?..

(1) On prétend que Dieu propose seulement au prophète de faire cuire son pain sous la cendre avec des excrémens d'hommes ou d'animaux. En effet, dans quelques déserts où les matières combustibles sont rares , la fiente des animaux desséchée est employée souvent à faire cuire les alimens ; mais ce n'est pas du pain cuit sous la cendre qu'on prépare avec un feu de cette espèce; et, même en adoptant cette explication des commentateurs , il en reste encore assez pour dégoûter un prophète.

(h) Ézéchiel, chap. IV. v. 14 et i5.

EMBLÈME. 26l

été pollue, etc. Et le Seigneur lui dit : Va, je te donne de la fiente de bœuf au lieu de la fiente d'homme, et tu la mettras avec ton pain. »

Il fallait donc absolument que cette nourriture fût souillée pour être un emblème, un type. Le prophète mit donc en effet de la fiente de bœuf avec son pain pendant trois cent quatre-vingt-dix jours, et ce fût a la fois une réalité et une figure symbolique.

De l'emblème d'Oolla et d'Ooliba.

La sainte Écriture déclare expressément qu'OoJla est rcmblème de Jérusalem (1). « Fils de l'homme, fais connaître à Jérusalem ses abominations ; ton père était un Amorrhéen, et ta mère une Céthéenne. » Ensuite le prophète, sans craindre des interprétations malignes, des plaisanteries alors inconnues, parle a la jeune Oolla en ces termes :

Vbera tua intumuerunt , et pilus tuus germinavit : et eras nuda et confusione plena.

Ta gorge s'enfla , ton poil geFma , Ju étais nue et confuse.

Et transwi per te, et vidi te j et ecce tempus tuum, temjms dmantium- et expandi amictum meum super te, et operui ignominiam tuant. Et juravi tibi, et incjressus sum pactum tecum ( ait Dominus Deus), et facto, es mihl

Je passai, je te vis, voici ton temps, voici le temps des amans ; j'étendis sur toi mon manteau, je couvris ta vilenie. Je te jurai, je fis marché avec toi , dit le Seigneur, et tu fus à moi.

Et habens fiduciam in pulchriiudine tua fornicata es in noya.ne luo; et exposuisti fornicationem tuam omnitvanseunti, ut ejus pères.

Mais , fière de ta beauté, tu forniquas en ton nom , tu exposas ta fornication à tout passant pour être à lui.

(î) Ezcchicl, chap. XVI, v. 2 et suiv.

Et œdificasti tîbi lupanar, et fecisti tihi prostibulum in cunctls plaieis.

Et lu bUis un mauvais lieu , tu fis une prostitution dans tous les carrefours.

Et divisisti pedes tuos omni transeunii, et multiplicasti fornicationes tuas.

Et tu ouvris les jambes à tous les passans, et tu multiplias tes fornications.

Et fornicata es cum filiis JEqypti, vicinis tui:. . magnarum carnium; et multiplicasti fornicationem tuam, ad in itdndum me.

Et tu forniquas avec les Égyptiens tes voisins, qui avaient de grands membres ; et tu multiplias ta fornication pour m'irriler.

L'article tTOoliba . qui signifie Samarie, est beaucoup plus fort et plus éloigné des bienséances de notre style.

Denudavit quoque fornicationes suas, discooperuit icjnominiam suam.

Et elle mit à nu ses fornications, et découvrit sa turpitude.

Multiplicavit cnim fornicationes suas, recordans dies adclescentiœ suœ.

Elle multiplia ses fornications comme dans son adolescence.

Et insanivit libidine super concubitum eorum quorum carnes sun' ut carnes asinorum, et sicut fluxus equorum, fluxus eorum.

Et elle fut éprise de fureur pour le coït de ceux dont les membres sont comme les membres des ânes , et dont l'émission est comme l'émission des chevaux.

Ces images nous paraissent licencieuses et révoltantes ; elles n'étaient alors que naïves. Il y en a trente exemples dans le Cantique des cantiques, modèle de l'union la plus chaste. Remarquez attentivement que ces expressions , ces images sont toujours très-sérieuses , et que dans -aucun livre de cette haute antiquité vous ne trouveriez jamais la moindre raillerie sur le grand objet de la génération. Quand la luxuru

est condamnée, c'est avec les termes propres, mais ce n'est jamais ni pour exciter à la volupté, ni pour faire la moindre plaisanterie. Cette haute antiquité n*a ni de Martial, ni de Catulle, ni de Pétrone.

D'Osée et de quelques autres emblèmes.

On ne regarde pas comme une simple vision , comme une simple figure, l'ordre positif donné par le Seigneur au prophète Osée de prendre une prostituée (A ) , et d'en avoir trois enfans. On ne fait point d'enfans en vision; ce n'est point en vision qu'il fit marché avec Gomer fille d'Ëbalaïm, dont il eut deux garçons et une fille. Ce n'est point en vision qu'il prit ensuite une femme adultère par le commandement exprès du Seigneur , qu'il lui donna quinze pièces d'argent et une mesure et demie d'orge. La première prostituée signifiait Jérusalem , et la seconde prostituée signifiait Samarie. Mais ces prostitutions, ces trois enfans, ces quinze pièces d'argent, ce boisseau et demi d'orge, n'en sont pas ins des choses trèsréelles.

Ce n'est point en vision que le patriarche Salmon épousa la prostituée Rahab, aïeule de David. Ce n'est point en vision que le patriarche Juda commit un inceste avec sa belle-fille Thamar, inceste dont naquit David. Ce n'est point en vision que Ruth, autre aïeule de David , se mit dans le lit de Booz. Ce n'est point en vision que David fit tuer Une, et ravit Bethsabée dont naquit le roi Salomon. Mais ensuite tous ces

(k) Voyez les premiers chapitres du petit prophète Osée.

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