‹ Dictionnaire philosophique (volume 2)Chapitre 42 sur 49 · GOUVERNEMENS · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENS

voleurs et d'usuriers, tantôt gouvernés par des juges, tantôt par des espèces de rois, tantôt par de grands pontifes, devenue esclave sept ou huit fois, et enfin chassée du pays qu'elle avait usurpé.

Je conçois , dit le brame , qu'on ne doit trouver sur la terre que très-peu de républiques. Les hommes sont rarement dignes de se gouverner eux-mêmes. Ce bonheur ne doit appartenir qu'à de petits peuples qui se cachent, dans les îles ou entre des montagnes, comme des lapins qui se dérobent aux animaux carnassiers; mais à ia longue ils sont découverts et dévorés.

Quand les deux voyageurs furent arrivés dans l'Asie Mineure, le conseiller dit au brame : Croiriczvous bien qu'il y a eu une république formée dans un coin de l'Italie , qui a duré plus de cinq cents ans, et qui a possédé cette Asie Mineure, l'Asie, l'Afrique, la Grèce, les Gaules, l'Espagne, et l'Italie entière? Elle se tourna donc bien vite en monarchie, dit le brame? Vous l'avez deviné, dit l'autre; mais cette monarchie est tombée, et nous fesons tous les jours de belles dissertations pour trouver les causes de sa décadence et de sa chute. Vous prenez bien de la peine, dit l'Indien; cet empire est tombé parce qu'il existait. Il faut bien que tout tombe, j'espère bien qu'il en arrivera tout autant à l'empire du grand-mogol.

A propos, dit l'Européan, croyez-vous qifil faille plus d'honneur dans un état despotique, et plus de vertu dans une république? L'Indien, s'étant fait expliquer ce qu'on entend par honneur, répondit que l'honneur était plus nécessaire dans une république,

4^6 ÉTATS, CtC.

et qu'on avait bien plus besoin de vertu dans un état monarchique. Car, dit-il, un homme qui prétend être élu par le peuple, ne le sera pas s'il est déshonoré; au lieu qu'à la cour il pourra aisément obtenir une charge , selon la maxime d'un grand prince , qu'un courtisan pour réussir doit n'avoir ni honneur, ni humeur. A l'égard de la vertu, il en faut prodigieusement dans une cour pour oser dire la vérité. L'homme vertueux est bien plus à son aise dans une république, il n'a personne à flatter.

Croyez- vous, dit l'homme d'Europe , que les lois et les religions soient faites pour les climats , de même qu'il faut des fourrures à Moscou, et des étoffes de gaze à Dehli? Oui, sans doute, dit le brame;; toutes les lois qui concernent la physique sont calculées pour le méridien qu'on habite 3 il ne faut qu'une femme à un Allemand , et ilen faut trois ou quatre à un Persan.

Les rites de la religion sont de même nature. Comment voudriez-vous, si j'étais chrétien, que je disse la messe dans ma province, où il n'y a ni pain ni vin! A l'égard des dogmes , c'est autre chose ; le climat n'y fait rien. Votre religion n'a-t-elle pas commencé en Asie, d'où elle a été chassée; n'existe-t-elle pas vers la mer Baltique , où elle était inconnue ?

Dans quel état, sous quelle domination aimeriezvous mieux vivre, dit le conseiller? Partout ailleurs que chez moi, dit son compagnon; et j'ai trouvé beaucoup de Siamois , de Tunquinois , de Persans et de Turcs, qui en disaient autant. Mais, encore una fais, dit PEuropéan, quel état choisiriez-vous? Li*

trame répondit : Celui où l'on n'obéit quaux lois. Cest une vieille réponse, dit le conseiller. Elle n'en est pas plus mauvaise, dit le brame. Où est ce payslà, dit le conseiller? Le brame dit : Il faut le chercher. Voyez l'article Genève dans l'Encyclopédie (i).

Il y en a toujours eu dans l'Europe, et probablement dans toute la terre, tant il est naturel d'assembler la famille pour connaître ses.intérêts et pourvoir à ses besoins! Les Tartares avaient leur Cour-ilté. Les Germains, selon Tacite, s'assemblaient pour délibéter. Les Saxons et les peuples du nord eurent leur tnttenagcmot. Tout fut états généraux dans les républiques grecques et romaines.

Nous n'en voyons point chez les Égyptiens , chez les Perses, chez les Chinois, parce que nous n'avons que des fragmens fort imparfaits de leurs histoires; nous ne les connaissons guère que depuis le temps où leurs rois furent absolus , ou du moins depuis le temps où ils n'avaient que les prêtres pour contrepoids de leur autorité.

Quand les comices furent abolis à Rome , les gardes prétoriennes prirent leur place ; des soldats insolens, avides, barbares et lâches, furent la république. Septime Sévère les vainquit et les cassa.

Les états généraux de l'empire ottoman sont les janissaires et les spahis ; dans Alger et dans Tunis c'est la milice.

(i) Cet article a été écrit vers 1757. Voyez aussi l'article

Wol VERSEMENT.

Le plus grand et le plus singulier exemple de ces états généraux est là diète de Ratisbonne qui dure depuis cent ans , où siègent continuellement les représentais de l'empire, les ministres des électeurs, des princes, des comtes, des prélats, et des villes impériales, lesquelles sont au nombre de trente-sept.

Les seconds états généraux de l'Europe sont ceux de la Grande-Bretagne. Us ne sont pas toujours assemblés comme la diète de Ratisbonne, mais ils sent devenus si nécessaires que le roi les convoque tous les ans.

La chambre des communes répond précisément aux députés des villes reçus dans la diète de l'empire; mais elle est en beaucoup plus grand nombre, et jouit d'un pouvoir bien supérieur. C'est proprement la nation. Les pairs et les évêques ne sont en parlement que pour eux, et. la chambre des communes y est pour tout le pays. Ce parlement d'Angleterre n'est autre chose qu'une imitation perfectionnée de quelques états généraux de France.

En i355, sous le roi Jean, les trois états furent assemblés à Paris pour secourir le roi Jean contre les Anglais. Ils lui accordèrent une somme considérable, à cinq livres cinq sous le marc , de peur que le roi n'en changeât la valeur numéraire. Ils réglèrent l'impôt nécessaire pour recueillir cet argent, et ils établirent neuf commissaires pour présider à la recette. Le roi promit, pour lui et pour ses successeurs, de ne faire dans l'avenir aucun changement dans la monnaie.

Qu'est-ce que promettre pour soi et pour ses héritiers? ou c'est ne rien promettre, ou c'est dire ;

Ni moi , ni mes héritiers n'avons le droit d'altérer la monnaie , nous sommes dans l'impuissance de faire le mal.

Avec cet argent, qui fut bientôt levé, on forma aisément une armée, qui n'empêcha pas le roi Jean d'etre fait prisonnier à la bataille de Poitiers.

Ou devait rendre compee aux états au bout de l'année de remploi de la somme accordée. C'est ainsi qu'on en use aujourd'hui en Angleterre avec la chambre des communes. La nation anglaise a conservé tout ce que la nation française a perdu.

Les états généraux de Suède ont une coutume plus honorable encore à l'humanité , et qui ne se trouve chez aucun peuple. Ils admettent dans leurs assemblées deux cents paysans qui font un corps séparé des trois autres, et qui soutiennent la liberté de ceux qui travaillent à nourrir les hommes,

Les états généraux de Danemark prirent une résolution toute contraire en 1660; i's se dépouillèrent de tous leurs droits en faveur du roi. Us lui donnèrent un pouvoir absolu et illimité; mais ce qui est plus étrange , c'est qu'ils ne s'en sont point repentis jusqu'à présent.

Les états généraux en France n'ont point été assemblés depuis 161 3, et les cortez d'Espagne ont duré cent ans après. On les assembla encore en 1 y 1 2 pour confirmer la renonciation de Philippe V à la couronne de Fiance. Ces états généraux n'ont point été convoqués depuis ce temps.

$3o ÉTERNITÉ*

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