ÉZÉCHIEL
ÈZËCIIIEL.
De quelques passages singuliers de ce prophète, et de quelques usages anciens.
On sait aujourd'hui qu'il ne faut pas juger des usages anciens par les modernes; qui voudrait réformer la cour d'x4lcinoùs dans l'Odyssée , sur celle du grand - turc , ou de Louis XIV, ne serait pas bien reçu des savans : qui reprendrait Virgile d'avoir représenté le roi Evandre couvert d'une peau d'ours et accompagné de deux chiens, pour recevoir des ambassadeurs, serait un mauvais critique.
Les mœurs des anciens Égyptiens et Juifs sont encore plus différentes des nôtres que celles du roi Alcinoùs , de Nausica sa fille, et du bon -homme "Èvandre. Ëzéchiel, esclave chez les Chaldéens, eut une vision près de la petite rivière de Chobar qui se perd dans l'Euphrate.
On ne doit point être étonné qu'il ait vu des animaux à quatre faces et à quatre ailes, avec des pieds de veau, ni des roues qui marchaient toutes seules, et qui avaient un esprit de vie; ces symboles plaisent à l'imagination ; mais plusieurs critiques se sont révoltés contre l'ordre que le Seigneur lui donna de manger pendant trois cent quatre-vingt-dix jours du pain d'orge, de froment et de millet, couvert d'excrémens humains. •
Le prophète s'écria: Pouah! pouah! pouah Ijnri-on. âme n'a point été jusqu'ici pollue; et le Seigneur lui répondit : Hé bien, je vous donne de la fiente de
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bœuf au lieu d'excrémens d'homme, et vous pétrirez votre pain avec cette fiente.
Comme il n'est point d'usage de manger de telles confitures sur son pain, la plupart des hommes trouvent ces commandemens indignes de la majesté divine. Cependant il faut avouer que de la bouze de vache et tous les diamans du grand-mogol sont parfaitement égaux, non-seulement aux yeux dun être divin, mais à ceux d'un vrai philosophe; et, à l'égard des raisons que Dieu pouvait avoir d'ordonner un tel déjeuner au prophète ? ce n'est pas à nous de les demander.
Il suffit de faire voir que ces commandemens qui nous paraissent étrange, ne le parurent pas aux Juifs.
Il est vrai que la synagogue ne permettait pas, du temps de saint Jérôme, la lecture d'Ézéchiel avant l'âge de trente ans; mais c'était parce que dans le chapitre XVIII, il dit que le Ols'ne portera plus l'iniquité de son père, et qu'on ne dira plus, les pères ont mangé des raisins verts, et les d<?nts des enfans en sont agacées.
En cela il se trouvait expressément en contradiction avec Moïse, qui, au chapitre XXVIII des Nombres, assure que les enfans portent l'iniquité des pères, jusqu'à la troisième et quatrième génération.
Ezéchiel, au chapitre XX, fait dire encore au Seigneur, qu'il a donné aux Juifs des préceptes qui ne sont pas bons. Voilà pourquoi la synagogue interdisait aux jeunes gens une lecture qui pouvait faire douter dé l'irréfragabilité des lois de Moïse.
Les censeurs de nos jours sont encore plus éfoncict. ph. 4. 39
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nés du chapitre XVI d'Ezéchiel : Voici comme le prophète s'y prend pour faire connaître les crimes de Jérusalem. Il introduit le Seigneur parlant à une fille , et le Seigneur dit à la fille : Lorsque vous naquîtes, on ne vous avait point encore coupé le boyau du nombril, on ne vous avait point salée, vous étiez toute nue, feus pitié de vous; vous êtes devenue grande, votre sein s'est formé, votre poil a paru; j'ai passé, je vous ai vue, j'ai connu que c'était le temps des amans ; j'ai couvert votre ignominie; je me suis étendu sur vous avec mon manteau ; vous avez été à moi ; je vous ai lavée, parfumée, bien habillée, bien chaussée ; je vous ai donné une écharpe de coton, des bracelets, un collier; je vous ai mis une pierrerie au nez, des pendans d'oreille, et une couronne sur la tête, etc.
Alors, ayant confiance à votre beauté, vous avez forniqué pour votre compte avec tous les passans.... Et vous avez bâti un mauvais lieu... et vous vous êtes prostituée jusque dans les places publiques, et vous avez ouvert vos jambes à tous les passans. . . . et vous avez couché avec des Égyptiens.... et enfin, vous avez payé des amans , et vous leur avez fait des présens afin qu'ils couchassent avec vous... et, en payant au lieu d'être payée, vous avez fait le contraire des autres filles... Le proverbe est, telle mère, telle fille, et c'est ce qu'on dit de vous , etc.
On s'élève encore davantage contre le chapitre XXIII. Une mère avait deux filles qui ont perdu leur virginité de bonne heure; la plus grande s'appelait Oolla, et la petite Oliba..,. « Oolla a été folk de* jeunes seigneurs, magistrats, cavaliers; elle a
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couché avec desÉgypticns dès sa première jeunesse... Oliba sa sœur a bien plus forniqué encore avec des officiers, des magistrats et des cavaliers bien faits; elle a découvert sa turpitude; elle a multiplié ses fornications; elle a recherché avec emportement les embrassemens de ceux qui ont leur membre comme un âne , et qui répandent leur semence comme des chevaux.... ».
Ces descriptions, qui effarouchent tant d'esprits faibles , ne signifient pourtant que les iniquités de Jérusalem et de Samarie; les expressions qui nous •glissent libres ne Tétaient point alors. La même TfiOTcté se montre sans crainte dans plus d'un endroit de l'Ecriture. Il y est souvent parlé d'ouvrir la vulve. Les termes dont elle se sert pour exprimer l'accouplement de Booz avec Ruth, de Juda avec sa bellefille, ne sont point déshonnêtes en hébreu , et le seraient en notre langue.
On ne se couvre point d'un voile quand on n'a pas honte de sa nudité; comment, dans ces temps-là, aurait-on rougi de nommer les génitoires, puisqu'on touchait les génitoires de ceux à qui l'on fesait quelque promesse? c'était une marque de respect ? un symbole de fidélité, comme autrefois parmi nous les seigneurs châtelains mettaient leurs mains entre celles de leurs seigneurs paramonts (*).
Nous avons traduit les génitoires par cuisse. Eliézer met la main sous la cuisse d'Abraham : Joseph met la main sous la cuisse de Jacob. Cette
(*} Suzerains.
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coutume était fort ancienne en Egypte. Les Égyptiens étaient si éloignés d'attacher de la turpitude à ce que nous n'osons ni découvrir, ni nommer, qu'ils portaient en procession une grande figure du membre viril nommé pfiallum , pour remercier les dieux de faire servir ce membre à la propagation du genre humain.
Tout cela prouve assez que nos bienséances ne sont pas les bienséances des autres peuples. Dans quel temps y a-t-il eu chez les Romains plus de politesse que du temps du siècle d'Auguste ? cependant Horace ne fait nulle difficulté de dire dans une pi morale :
Née vereor, ne, dum futuo, vlr rare recurrat.
( Satire II du livre ï , v. 127.)
Auguste se sert de la même expression dans une épïgramme contre Fulvie.
Un homme qui prononcerait parmi nous le mot qui répond à futuo, serait regardé comme un crocheteur ivre; ce mot, et plusieurs autres dont se servent Horace et d'autres auteurs, nous paraît encore plus indécent que les expressions d'Êzéchiel. Défesonsnous de tous nos préjugés quand nous lisons d'anciens auteurs , ou que nous voyageons chez les nations éloignées. La nature est la même partout , et les usages partout différen s.
Je rencontrai un jour dans Amsterdam un rabbin tout plein de ce chapitre. Ah! mon ami, dit-il, que nous vous avons d'obligation! Vous avez fait connaître toute la sublimité de la loi mosaïque, le dé-
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jeûner d'Ézéchiel , ses belles attitudes sur le côté gauche; Oolla et Oliba sont des choses admirables; ce sont des types, mon frère, des types, qui figurent qu'un jour le peuple juif sera maître de toute la terre ; mais pourquoi en avez vous omis tant d'autres qui sont à peu près de cette force ? pourquoi a avez-vous pas représenté le Seigneur disant au sage Osée, dès le second verset du premier chapitre : « Osée, prends une fille de joie, et fais-lui des fils de fille de joie, k Ce sont ses propres paroles. Osée prit la demoiselle, il en eut un garçon, et puis une fille, et puis encore un garçon; et c'était un type, et ce type dura trois années. Ce n'est pas tout , dit le Seigneur , au troisième chapitre : « Va -t'en prendre une femme qui soit non-seulement débauchée, mais adultère: Osée obéit, mais il lui en coûta quinze écus et un setier et demi d'orge; car vous savez que dans la terre promise il y avait très-peu de froment. Mais savez-vous ce que tout cela signifie ? Non, lui dis-je; ni moi non plus, dit le rabbin.
Un grave savant s'approcha , et nous dit que c'étaient des fictions ingénieuses et toutes remplies d'agrément. Ahî monsieur, lui répondit un jeune homme fort instruit, si vous voulez des fictions, croyez-moi 7 préférez celles d'Homère, de Virgile et d'Ovide: quiconque aime les prophéties d'Ëzéchiel mérite de déjeuner avec lui.
ÉZOURVÉDAM.
Qu'est-ce donc que cet Ezourvédam qui est à ïa bibliolhèque du roi de France ? C'est un ancien com-
4^2 ÉZOURVÉDÀM.
mentaire qu'un ancien brame composa autrefois, avant l'époque d'Alexandre, sur l'ancien Védam, qui était lui-même bien moins ancien que le livre du Shasta.
Respectons, vous dis-je, tous ces anciens Indiens. Ils inventèrent le jeu des échecs, et les Grecs allaient apprendre chez eux la géométrie.
Cet Ézourvédam fut en dernier lieu traduit par un brame, correspondant de la malheureuse compagnie française des Indes. II. me fut apporté au mont Rrapac, où j'observe les neiges depuis long-temps; et je l'envoyai à la grande bibliothèque royale de Paris, où il est mieux placé que chez moi.
Ceux qui voudront le consulter verront qu'après plusieurs révolutions produites par l'Éternel, il plut à l'Eternel de former un homme qui s'appelait Adimo et une femme dont le nom répondait à celui de la vie.
Cette anecdote indienne est-elle prise des livres juifs? les Juifs Font-ils copiée des Indiens? ou peuton dire que les uns et les autres Font écrite d'original , et que les beaux esprits se rencontrent?
Il n'était pas permis aux Juifs de penser que leurs écrivains eussent rien puisé chez les bracmanes dont ils n'avaient pas entendu parler. Il ne nous est pas permis de penser sur Adam autrement que les Juifs. Par conséquent je me tais, et je ne pense point.