DIVINITE DE JESUS
Les sociniens, qui sont regardes comme des blasphémateurs , ne reconnaissent point la divinité de Jésus-Christ. Ils osent prétendre, avec les philosophes de l'antiquité, avec les Juifs, les mahométans, et tant d'autres nations, que l'idée d'un Dieu homme est monstrueuse, que la distance d'un Dieu à l'homme est iufinie, et qu'il est impossible que l'être infini, immense, éternel ait été contenu dans un corps périssable.
Us ont la confiance de citer en leur faveur Eusèbe, évèquc de Césarée, qui, dans son Histoire ecclésiastique, liv. I, chap. XI, déclare qu'il est absurde que Ja nature non engendrée , immuable , du Dieu toutpuissant, -prenne la forme d'un homme. Us citent les Pores de l'église, Justin et Tertullien, qui ont dit la même chose; Justin dans son dialogue avec ïriphon, et Tertullien dans son discours contre Praxeas.
ils, citent saint Paul qui n'appelle jamais Jésus- Christ Dieu, et qui l'appelle homme très-souvent. Ils poussent l'audace jusqu'au point d'affirmer que les chrétiens passèrent trois siècles entiers à former peu à peu l'apothéose de Jésus , eï qu'ils n'élevaient cet étonnant édifice qu'à l'exemple des païens qui avaient divinisé des mortels. D'abord, selon eux3 on ne re-
garda Jésus que comme un homme inspiré de Dieu; ensuite comme une créature plus parfaite que les autres. On lui donna quelque temps après une place audessus des anges, comme le dit saint Paul. Chaque jour ajoutait à sa grandeur. Il devint une émanation de Dieu produite dans le temps. Ce ne fut pas assez ; on le fit naître avant le temps même. Enfin on le fit Dieu consubstantiel à Dieu. Crellius , Voquelsius , Natalis Alexander, Hornebeck, ont appuyé tous ces blasphèmes par des argumens qui étonnent les sages , et qui pervertissent les faibles. Ce fut surtout Fauste Sociu qui répandit les semences de cette doctrine dans l'Europe ; et sur la fin du seizième siècle il s'en est peu fallu qu'il n'établit une nouvelle espèce de christianisme. Il y en avait déjà eu plus de trois cents espèces»
SECTION PREMIÈRE
Il est dit dans l'Encyclopédie, à l'article Divorce , que, « l'usage du divorce ayant été porté dans les Gaules par les Romains , ce fut ainsi que Bissine ou Bazinc quitta le roi deThuringe son mari, pour suivre Childéric qui l'épousa.» C'est comme si on disait que, les Troycns ayant établi le divorce à Sparte, Hélène répudia Ménélas, suivant la loi, pour s'en aller avec Paris en Phrygie.
La fable agréable de Paris, et la fable ridicule de Childéric qui n'a jamais été roi de France , et qu'on prétend avoir enlevé Bazine femme de Bazin, n'ont rien de commun avec la loi du divorce.
On cite encore Chérébert , régule de la petite ville de Lutèce près d'Issi, lutetia Parlsiorum , qui répudia sa femme. L'abbé Velly, dans son Histoire de France, dit que Chérébert, ou Caribert, répudia sa femme Iugoberge pour épouser Mirefleur, fille d'un artisan, et ensuite Theudegilde, fille d'un berger, qui « fut élevée sur le premier trône de l'empire français. »
Il n'y avait alors ni premier ni second trône chez ces barbares que l'empire romain ne reconnut jamais pour rois. Il n'y avait point d'empire français.
L'empire des Francs ne commença que par Charîemagne. Il est fort douteux que le mot Mircfleur fût en usage dans la langue welche ou gauloise, qui était un patois du jargon celte. Ce patois n'avait pas des expressions si douces.
Il est dit encore que le réga ou régule Chilpéric , seigneur de la province du Soissonnais, et qu'on appelle roi de France, fit un divorce avec la reine Andove ou Andovère ; et voici la raison de ce divorce.
Cette Andovère, après avoir donné au seigneur de Soissons trois enfans mâles, accoucha d'une fille. Les Francs étaient en quelque façon chrétiens depuis Clovis. Andovère, étant relevée de couche, présenta êa fille au baptême. Chilpéric de Soissons, qui apparemment était fort las d'elle, lui déclara que c'était un crime irrémissible d'être marraine de son enfant, qu'elle ne pouvait plus être sa femme par les lois de l'église, et il épousa Frédegonde; après quoi il chassa Frédcgonde, épousa une Visigothe, et puis reprit Frédegonde.
Tout cela n'a rien de bien légal, et ne doit pas plus être cité que ce qui se passait en Irlande et dans les îles Orcades.
Le code Justinien , que nous avons adopté en plusieurs points, autorise le divorce : mais le droit canonique, que les catholiques ont encore plus adopté, ne le permet pas.
L'auteur de l'article dit « que le divorce se pratique dans les états d'Allemagne de la confession d'Âugsbourg. »:
On peut ajouter que cet usage est établi dans toua les pays du nord , chez tous les réformés de toutes les confessions possibles, et dans toute l'église grecque.
Le divorce est probablement de la même date à peu près que le mariage. Je crois pourtant que le mariage est de quelques semaines plus ancien , c'està-dire, qu'on se querella avec sa femme au bout de quinze jours, qu'on la battit au bout d'un mois, et qu'on se sépara après six semaines de cohabitation.
Justinien, qui rassembla toutes les lois faites avant lui, auxquelles il ajouta les siennes, non -seulement confirme celle du divorce, mais il lui donne encore plus d'étendue; au potnt que toute femme dont le mari était non pas esclave, mais simplement prisonnier de guerre pendant cinq ans, pouvait, après les cinq ans révolus, contracter un autre mariage.
Justinien était chrétien, et même théologien; comment donc arriva-t-il que l'église dérogeât à ses lois? Ce fut quand l'égli-se devint souveraine et législatrice. Les papes n'eurent pas de peine à substituer leurs décrétâtes au code dans l'occident , plongé
dans l'ignorance et dans la barbarie. Ils profitèrent tellement de la stupidité des hommes , qu'Honorius III, Grégoire IX, Innocent III, défendirent par leurs bulles qu'on enseignât le droit civil. On peut dire de cette hardiesse : Cela n'est pas croyable, mais cela est vrai.
Comme l'église jugea seule du mariage, elle jugea seule du divorce. Point de prince qui ait fait un divorce , et qui ait épousé une seconde femme sans l'ordre du pape, avant Henri VIII, roi d'Angleterre, qui ne se passa du pape qu'après avoir long-temps sollicité son procès en cour de Rome.
Cette coutume , établie dans les temps d'ignorance, se perpétua dans les temps éclairés, par la seule raison qu'elle existait. Tout abus s'éternise de lui-même; c'est l'écurie d'Augias; il faut un Hercuhi pour la nettoyer.
Henri IV ne put être père d'un roi de France que par une sentence du pape : encore fallut -il, comme on l'a déjà remarqué, non pas prononcer un divorce, mais mentir en prononçant qu'il n'y avait point eu de mariage.
On sait que toute croyance enseignée par l'église , est un dogme qu'il feut embrasser. Il est triste qu'il
(*) Cette section était formée du Mémoire d'un magistrat, écrit vers Van 1764 , qu'on trouvera à l'article Adultère, t. Iet de ce Dictionnaire. ( R. }
Dict. ph. 4. 8
y ait des dogmes reçus par l'église latine et rejetés par l'église grecque. Mais si l'unanimité manque, la charité la remplace. C'est surtout entre les cœurs qu'il faudrait de la réunion.
Je crois que nous pouvons à ce propos rapportée un songe qui a déjà trouvé grâce devant quelques personnes pacifiques.
Le 1 8 février de Tan i y 63 de l'ère vulgaire , le soleil entrant dans le signe d,3S poissons, je fus transporté au ciel, comme le savent tous mes amis. Ce ne fut point la jument Borac de Mahomet qui fut ma monture; ce ne fut point le char enflammé d'Élie qui fut ma voiture; je ne fus porté ni sur l'éléphant de Saminonocodom le Siamois, ni sur le cheval de saint George patron de l'Angleterre, ni sur le cochon de saint Antoine : j'avoue avec ingénuité que mon voyage se fit je ne sais comment.
On croira bien que je fus ébloui; mais ce qu'on ne croira pas, c'est que je vis juger tous les morts. Et qui étaient les juges ? c'étaient, ne vous en déplaise , tous ceux qui avaient fait du bien aux hommes, Cou* fucius, Solon, Socrate, Titus, les Antonins, Ëpictète, Charron, de Thpu, le chancelier de l'Hospital; tous les grands hommes qui, ayant enseigné et pratiqué les vertus que Dieu exige, semblent seuls être en droit de prononcer ses arrêts.
Je ne dirai point sur quels trônes ils étaient assis, ni combien de millions d'êtres célestes étaient prosternés devant l'éternel architecte de tous les globes, ni quelle foule d'habitans de ces globes innombrables comparut devant les juges. Je ne rendrai compte ici
que de quelques petites particularités tout-à-fait intéressantes dont je fus frappé.
Je remarquai que chaque mort qui plaidait sa cause j et qui étalait ses beaux sentimens ] avait à côté de lui tous les témoins de ses actions. Par exemple, quand le cardinal de Lorraine se vantait d'avoir fait adopter quelques-unes de ses opinions par le concile de Trente, et que, pour prix de son orthodoxie, il demandait la vie éternelle, tou' aussitôt paraissait autour de lui vingt courtisanes ou dames de la cour, portant toutes sur le front le nombre de leurs rendezvous avec le cardinal. On voyait ceux qui avaient jeté avec lui les fondemens de la ligue; tous les complices de ses desseins pervers venaient l'environner.
Vis-à-vis le cardinal de Lorraine était Jean Chauvin, qui se vantait, dans son patois grossier, d'avoir donné des coups de pied à l'idole papale, après que d'autres l'avaient abattue. J'ai écrit contre la peinture et la sculpture, disait-il; j'ai fait voir évidemment que les bonnes œuvres no servent à rien du tout, et j'ai prouvé qu'il est diabolique de danser le menuet; chassez vite d'ici le cardinal de Lorraine, et placez-moi à côté de saint Paul.
Comme il parlait, on vit auprès dé lui un bûcher enflammé; un spectre épouvantable, portant au cou une fraise espagnole à moitié brûlée, sortait du milieu des flammes avec des cris affreux : Monstre , s'écriait-il, 'monstre exécrable, tremble, reconnais ce Servet que tu as fait périr par le plus cruel des supplices, parce qu'il avait disputé contre toi sur la manière dont trois personnes peuvent faire une seule
substance. Alors tous les juges ordonnèrent que le cardinal de Lorraine serait précipité dans l'abîme, mais que Calvin serait puni plus rigoureusement (i).
Je vis une foule prodigieuse de morts qui disaient : J'ai cru, j'ai cru; mais sur leur front était écrit : J'ai fait; et ils étaient condamnés.
Le jésuite Le Tellier paraissait fièrement, la bulle Unigenitus à la main. Mais à ses côtés s'éleva tout d'un coup un monceau de deux milie lettres de cachet. Un janséniste y mit le feu , Le Tellier fut brûlé jusqu'aux os; et le janséniste, qui n'avait pas moins cabale que le jésuite , eut sa part de la brûlure.
Je voyais arriver à droite et à gauche des troupes de faquirs , de talapoins , de bonzes , de moines blancs , noirs et gris , qui s'étaient tous imaginés que, pour faire leur cour à l'Être suprême, il fallait ou chanter, ou se fouetter, ou marcher tout nus. J'entendis une voix terrible qui leur demanda : Quel bien avez-vous fait aux hommes ? A cette voix succéda un morne silence , aucun n'osa répondre , et ils furent tous conduits aux Petites-Maisons de l'univers : c'est un des plus grands bâtimens qu'on puisse imaginer.
L'un criait : c'est aux métamorphoses de Xaca qu'il faut croire ; l'autre , c'est à celles de Sammonocodom; Bacchus arrêta le soleil et la lune, disait celui-ci; les dieux ressuscitèrent Pélops, disait celuilà. Voici la bulle In cœnd Domini, disait un nouveau
(i) CelaVest pas juste ; le cardinal de Lorraine avait allufiié plus de bûchers que Calvin,
venu, et l'huissier des juges criait : Aux Petites-Maisons ! aux Petites-Maisons !
Quand tous ces procès lurent vidés , j'entendis alors promulguer cet arrêt : De par l'éternel créateur, CONSERVATEUR, RÉMUNÉRATEUR, VENGEUR, PAR- DONNEUR, etc., etc., soit notoire à tous les habitans des cent mille millions de milliards de mondes qu'il nous a plu de former, que nous ne jugerons jamais aucun desdits habitans sur leurs idées creuses, mais uniquement sur leurs actions : car telle est notre justice.
J'avoue que ce fut la première fois que j'entendis un tel édit ; tous ceux que j'avais lus, sur le petit grain de.sable où je suis né , finissaient par ces mots : « Car tel est notre plaisir. »
La république romaine , qui s'empara de tant d'états, en donna aussi quelques-uns.
Scipion fit Massinisse roi de Numidie.
Lucullus, Sylla, Pompée, donnèrent une demidouzaine de royaumes.
Cléopâtre reçut l'Egypte de César; Antoine, et ensuite Octave donnèrent le petit royaume de Judée à Hérode.
Sous Trajan on frappa la fameuse médaille régna assignata, les royaumes accordés.
Des villes, des provinces données en souveraineté à des prêtres, à des collèges pour la plus grande gloire de Dieu ou des dieux ; c'est ce qu'on ne voit dans aucun pays.
Mahomet et les califes , ses vicaires, prirent beaucoup d'états pour la propagation de leur foi, mais on ne leur fît aucune donation. Ils ne tenaient rien que de leur Alcoran et de leur sabre.
La religion chrétienne , qui fut d'abord une société de pauvres, ne vécut long-temps que d'aumônes. La première donation est celle d'Anania et de Saphira sa femme. Elle fut en argent comptant, et ne réussit pas aux donateurs.
Donation de Constantin.
La célèbre donation de Rome et de toute l'Italie au pape Silvestre par l'empereur Constantin, fut soutenue comme une partie du symbole jusqu'au seizième siècle. Il fallait' croire que Constantin, étant à Nicomédie, fut guéri de la lèpre à Rome par le baptême qu'il reçut de l'évêque Silvestre ( quoiqu'il ne fut point baptisé ) , et que pour récompense il donna surle-champ sa ville de Rome et ses provinces occidentales à ce Silvestre. Si Pacte de cette donation avait été dressé par le docteur de la comédie italienne, il u'aurait pas été plus plaisamment conçu. On ajoute que Constantin déclara tous les chanoines de Rome consuls et patrices, patricios et consulcs ejfici; qu'il tint lui-même la bride de la haquenée sur laquelle monta le nouvel empereur évêque , tenentes et [renum equi illius (*).
Quand on fait réflexion que cette belle histoire a
(*) Voyez l'Essai sur les mœurs, etc., tome 1, chap. X, où. cette donation se trouve traduite en entier..
été en Italie une espèce d'article de foi, et une opinion révérée du reste de l'Europe pendant huit siècles; qu'on a poursuivi comme des hérétiques ceux qui en doutaient, il ne faut plus s'étonner de rien.
Donation de Pépin.
Aujourd'hui on n'excommunie plus personne pour avoir douté que Pépin l'usurpateur ait donné et pu donner au pape l'exarchat de Ravenne ; c'est tout au plus une mauvaise pensée, un péché véniel qui n'entraîne point la perte du corps et de l'âme.
Voici ce qui pourrait excuser les jurisconsultes allemands qui ont des scrupules sur cette donation.
i°. Le hihliothécaire Anastase, dont le témoignage est toujours cité, écrivait cent quarante ans après l'événement.
2°. Il n'était point vraisemblable que Pépin , mal affermi en France, et à qui l'Aquitaine fesait la guerre , allât donner en Italie des états qu'il avouait appartenir à l'empereur résidant à Constantinople.
3°. Le pape Zacharie reconnaissait l'empereur romain-grec pour souverain de ces terres disputées par les Lombards, et lui en avait prêté serment, comme il se voit par les lettres de cet évoque de Rome Zacharie à l'éveque de Maïence Boniface. Donc Pépin ne pouvait donner au pape les terres impériales.
4°. Quand le pape Etienne II fit venir une lettre du ciel , écrite de la propre main de saint Pierre à Pépin, pour se plaindre des vexations du roi des Lombards Astolphc 7 saint Pierre ne dit point du tout dans sa lettre que Pépin eut fait présent de l'exarchat de Ra-
venne au pape ; et certainement saint Pierre n'y aurait pas manqué , pour peu que la chose eût été seulement équivoque ; il entend trop bien ses intérêts.
5°. Enfin , on ne vit jamais l'acte de cette donation ; et ce qui est plus fort, on n'osa pas même en fabriquer un faux. Il n'est pour toute preuve que des récits vagues mêlés de fables. On n'a donc , au lieu de certitude, que des écrits de moines, absurdes, copiés de siècle en siècle.
L'avocat italien qui écrivit en 1722, pour faire voir qu'originairement Parme et Plaisance avaient été concédas au saint-siége comme une dépendance de l'exarchat (a) , assure que « les empereurs grecs furent justement dépouillés de leurs droits, parce qu'ils avaient soulevé les peuples contre Dieu. » C'est de nos jours qu'on écrit ainsi! mais c'est à Rome. Le cardinal Bellarmin va plus loin : « Les premiers chrétiens, dit-il, ne supportaient les empereurs que parce qu'ils n'étaient pas les plus forts. » L'aveu est franc, et je suis persuadé que Bellarmin a raison.
Donation de Charlemagne.
Dans le temps que la cour de Rome croyait avoir besoin de titres , elle prétendit que Charlemagne avait confirmé la donation de l'exarchat, et qu'il y avait ajouté la Sicile, Venise, Bénévent, la Corse, la Sardaigne. Mais comme Charlemagne ne possédait aucun de ces états, il ne pouvait les donner; et, quant à la ville de Ravenne , il est bien clair qu'il la garda ,
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[a) Page i202 seconde partie.
puisque dans son testament il fait un legs à sa ville de Ravenne , ainsi qu'à sa ville de Rome. C'est beaucoup que les papes aient eu Ravenne et la Romagne avec le temps; mais, pour Venise, il n'y a point d'apparence qu'ils fassent valoir dans la place Saint-Marc le diplôme qui leur en accorde la souveraineté.
On a disputé pendant des siècles sur tous ces actes, iustrumens, diplômes : C'est une opinion constante, dit Giannonc, ce martyr de la vérité, que toutes ces pièces furent forgées du temps de Grégoire VII (/;). E costante opinione presso i piii gravi scrittori che tutti questi istrumenti e diplomi furono supposti netempi d'Ildebrando.
lïonation de Bénévent par V empereur Henri II L
La première donation bien avérée qu'on ait faite au siège de Rome, fut celle de Bénévent; et ce fut un échange de l'empereur Henri III avec le pape Léon IX; il n'y manqua qu'une formalité, c'est quil eût fallu que l'empereur qui donnait Bénévent en fût le maître. Elle appartenait aux ducs de Bénévent, et les empereurs romains-grecs réclamaient leurs droits sur ce duché. Mais l'histoire n'est autre chose que la liste de ceux qui se sont accommodés du bien d'autrui.
Donation de la comtesse Mathilde.
La plus considérable des donations, et la plus authentique, fut celle de tous les biens delà fameuse
(h) Lib. IX , cap. III.
comtesse Mathilde à Grégoire VII. C'était une jeune veuve qui donnait tout à son directeur. Il passe pour constant que l'acte en fut réitéré deux fois, et ensuite confirmé par son testament.
Cependant il reste encore quelque difficulté. On a toujours cru à Rome que Mathilde avait donné tous ses états , tous ses Liens présens et à venir à son ami Grégoire VII, par un acte solennel, dans son château de Canossa, en 1077, pour le remède de son âme et de l'âme de ses parens. Et, pour corroborer ce saint instrument, on nous en montre un second de l'an 1 1 02, par lequel il est. dit que c'est à Rome qu'elle a fait cette donation, laquelle s'est égarée, et qu'elle la renouvelle et toujours pour le remède de son âme.
Comment un acte si important était-il égaré? la cour romaine est-elle si négligente? comment cet instrument écrit à Canosse avait -il été écrit à Rome ? que signifient ces contradictions? Tout ce qui est bien clair, c'est que l'âme des donataires se portait mieux que l'âme de la donatrice, qui avait besoin, pour se guérir, de se dépouiller de tout en faveur de ses médecins. .
Enfin, voilà donc, en 1102, une souveraine réduite, par un acte en forme, à ne pouvoir pas disposer d'un arpent de terre; et, depuis cet acte jusqu'à sa mort, en iii5, on trouve encore des donations de terres considérables, faites par cette même Mathilde à des chanoines et à des moines. Elle n'avait donc pas tout donne. Et enfin, cet acte de 1102 pourrait bien avoir été fait après sa mort par quelque habile homme.
La cour de Rome ajouta encore à tous ses droiis le testament de Malhilde qui confirmait ses donations. Les papes ne produisirent jamais ce testament.
IJ fallait encore savoir si cette riche comtesse avait pu disposer de ses biens, qui étaient la plupart des fiefs de l'empire.
L'empereur Henri V, son héritier 7 s'empara de tout , ne reconnut ni testament, ni donations, ni fait, ni droit. Les papes, en temporisant, gagnèrent plus que les empereurs en usant de leur autorité; et, avec le temps, ces césars devinrent si faibles, qu'enfin les papes ont obtenu de la succession de Mathilde ce qu'on appelle aujourd'hui le patrimoine de saint Pierre.
Donation de la suzeraineté de Naples aux papes.
Les gentilshommes normands, qui furent les premiers instrumens de la conquête de Naples et de Sicile, firent le plus bel exploit de chevalerie dont on ait jamais entendu parler. Quarante à cinquante hommes seulement délivrent Salerne au moment quelle est prise par une armée de Sarrasins. Sept autres gentilshommes normands, tous frères, suffisent pour chasser ces mêmes Sarrasins de toute la contrée, et pour l'ôter à l'empereur grec qui les avait payés dingratitude. Il est bien naturel que les peuples dont ses héros avaient ranimé la valeur , s'accoutumassent à leur obéir par admiration et par reconnaissance.
Voilà les premiers droits à la couronne des deux Siciies.Les éveques de Rome ne pouvaient pas donner
ces états en fief plus que le royaume de Boutan ou ds Cachemire,
Ils ne pouvaient même en accorder l'investiture , quand on la leur aurait demandée; car, dans le temps de l'anarchie des fiefs , quand un seigneur voulait tenir son bien allodial en fief pour avoir une protection , il ne pouvait s'adresser qu'au souverain , au chef du pays où ce bien était situé. Or, certainement le pape n'était pas seigneur souverain de Naples, de la Pouille et de la Calabre.
On a beaucoup écrit sur cette vassalité prétendue, mais on n'a jamais remonté à la source. J'ose dire que c'est le défaut de presque tous les jurisconsultes comme de tous les théologiens. Chacun tire bien ou mal, d'un principe reçu, les conséquences les plus favorables à son parti. Mais ce principe est-il vrai ? ce premier fait sur lequel ils s'appuyent est-il incontestable? C'est ce qu'ils se donnent bien de gardo d'examiner. Ils ressemblent à nos anciens romanciers qui supposaient tous que Francus avait apporté en France le casque d'Hector. Ce casque était impénétrable sans doute, mais Hector en effet l'avait- il porté ? Le lait de la Vierge est aussi très-respectable; mais vingt sacristies qui se vantent d'en posséder une roquille, la possèdent-elles en effet.
Les hommes de ce temps-là, aussi méchans qu'imbéciles, ne s'effrayaient pas des plus grands crimes, et redoutaient une excommunication qui les rendait exécrables aux peuples encore plus méchans qu'eux et beaucoup plus sots.
Robert Guiscard et Richard , vainqueurs de la
Pouille et de la Calabre, furent d'abord excommuniés par le pape Léon IX. Us s'étaient déclarés vassaux de l'empire ; mais l'empereur Henri III , mécontent de ces feudataires conquérans , avajt engagé Léon IX à lancer l'excommunication à la tête d'une armée d'Allemands. Les Normands , qui ne craignaient point ces foudres comme les princes d'Italie les craignaient, battirent les Allemands et prirent le pape prisonnier. Mais, pour empêcher désormais les empereurs et les papes de venir les troubler dans leurs possessions, ils offrirent leurs conquêtes à l'église, sous le nom d'oblata. C'est ainsi que l'Angleterre avait payé le denier de saint Pierre ; c'est ainsi que les premiers rois d'Espagne et de Portugal, en recouvrant leurs états contre les Sarrasins, promirent à l'église de Rome deux livres d'or par an. Ni l'Angleterre, ni l'Espagne, ni ïe Portugal, ne regardèrent jamais le pape comme leur seigneur suzerain.
Le duc Robert, oblat de l'église , ne fut pas non plus feudataire du pape; il ne pouvait pas l'être , puisque les papes n'étaient pas souverains de Rome. Cette ville alors était gouvernée par son sénat, et l'évêque n'avait que du crédit ; le pape était à Rome précisément ce que l'électeur est à Cologne. Il y a une différence prodigieuse entre être oblat d'un saint et être feudataire d'un évêque.
Baronius, dans ses Actes, rapporte l'hommage prétendu fait par Robert, duc de la Pouille et de la Calabre , à Nicolas II ; mais cette pièce est suspecte comme tant d'autres, on ne l'a jamais vue ; elle n'a jamais été dans aucune archive. Robert s'intitula :
Dict. Ph. /J g
duc par la grâce de Dieu et de saint Pierre; mais certainement saint Pierre ne lui avait rien donné et n'était point roi de Rome.
Les antres papes, qui n'étaient pas plus rois que saint -Pierre j reçurent sans difficulté l'hommage de tous les princes qui se présentèrent pour régner à Naples, surtout quand ces princes furent les plus forts.
Donation de V Angleterre et de l'Irlande aux papes par le roi Jean.
En 1 2 1 3 , le roi Jean , vulgairement nommé Jean-* sans-terre, et plus justement sans vertu, étant excommunié et voyant son royaume mis en interdit, Je donna au pape Innocent III et à ses successeurs :
Non contraint par une crainte, mais de mon plein (jrê et de Vas/is de mes barons, pour la rémission de mes péchés contre Dieu et Vèglise^ je résigne l'Angleterre et l'Irlande à Dieu, à saintPierre, à saintPaul, et à monseigneur le pape Innocent , et à ses successeurs dans la chaire apostolique.
Il se déclara feudataire lieutenant du pape; paya d'abord huit mille livres sterling comptant au légat Pandolphe ; promit d'en payer mille tous les ans ; donna la première année d'avance au légat qui la foula aux pieds, et jura entre ses genoux qu'il se soumettait à tout perdre faute de payer à l'échéance.
Le plaisant de cette cérémonie fut que le légat s'en alla avec son argent, et oublia de lever l'excommunication.
Examen de la vassalité de Naples et de l'Angleterre.
On demande laquelle vaut le mieux de la donation de Robert Guiscard, ou de celle de Jean- sans-terre : tous deux avaient ^té excommuniés, tous deux donnaient leurs états à saint Pierre, et n'en étaient pltis que les fermiers. Si les barons anglais s'indignèrent du marché infilme de leur roi avec le pape et le cassèrent, les barons napolitains ont pu casser celui du duc Robert : et, s'ils l'ont pu autrefois, ils le peuvent aujourd'hui.
De deux choses l'une; ou l'Angleterre et la Pouille étaient données au pape selon la loi de l'église , ou selon la loi des fiefs ; ou comme à un évêque , ou comme à un souverain. Comme à un évêque, c'était précisément contre la loi de Jésus- Christ, qui défendit si souvent à ses disciples de rien prendre, et qui leur déclara que son royaume n'est point de ce monde.
Si comme à un souverain , c'était un crime de lèsemajesté impériale. Les Normands avaient déjà fait hommage à l'empereur. Ainsi nul droit, ni spirituel , ni temporel , n'appartenait aux papes dans cette affaire. Quand le principe est si vicieux, tous les effets le sont. Naples n'appartient pas plus au pape que l'Angleterre.
Il y a encore une autre façon de se pourvoir contre cet ancien marché; c'est le droit des gens, plus fort que les droits des fiefs. Ce droit des gens ne veut pas qu'un souverain appartienne à un autre souverains et
la loi- la plus ancienne est qu'on soit le maître chez soi, à moins qu'on ne soit le plus faible.
Des donations faites par les papes*
Si on a donné des principautés aux évêques de Rome, ils en ont donné bien davantage. ïl n'y a pas un seul trône en Europe dont ils n'aient fait présent. Dès qu'un prince avait conquis un pays, ou même voulait le conquérir, les papes le lui accordaient au nom de saint Pierre. Quelquefois même ils firent les avances, et l'on peut direiqu'ils ont donné tous les royaumes excepté celui des cieux.
Peu de gens en France savent que Jules II donna les états du roi Louis XII à l'empereur Maximilien , qui ne put s'en mettre en possession ; et l'on ne se souvient pas assez que Sixte-Quint ,' Grégoire XIV et Clément VIII furent près de faire une libéralité de la France à quiconque Philippe II aurait choisi pour le mari de sa fille Claire Eugénie.
Quant aux empereurs , il n'y en a pas un depuis Charlemagne que la cour de Rome n'ait prétendu avoir nommé. C'est pourquoi Swift, dans son conte du Tonneau , dit que milord Pierre devint tout-à-fait fou, et que Martin et Jean, ses frères, voulurent le faire enfermer par avis dé parens. Nous ne rapportons cette témérité que comme un blasphème plaisant d'un prêtre anglais contre Pévêque de Rome.
Toutes ces donations disparaissent devant celles des Indes orientales et occidentales, dont Alexandre VI investit l'Espagne et le Portugal de sa pleine puissance et autorité divine : c'était donner presque
DONATIONS, IOI
toute la terre. Il pouvait donner de même les globes de Jupiter et de Saturne avec leurs satellites.
Donations entre particuliers.
Les donations des citoyens se traitent tout différemment. Les codes des nations sont convenus d'abord unanimement que personne ne peut donner le bien d'autrui , de même que personne ne peut le prendre. (Test la loi des particuliers.
En France la jurisprudence fut incertaine sur cet objet, comme sur presque tous les autres , jusqu'à l'année 1731 , où l'équitable chancelier d'Aguesseau, ayant conçu le dessein de rendre enfin la loi uniforme, ébaucha très -faiblement ce grand ouvrage par l'édit sur les donations . Il est rédigé en quarante-sept articles . Mais, en voulant rendre uniformes toutes les formalités concernant les donations, on excepta la Flandre de la loi générale; et, en exceptant la Flandre, on oublia l'Artois qui devrait jouir de la même exception : de sorte que, six ans après la loi générale, c-n fut obligé d'en faire pour l'Artois une particulière.
On fit surtout ces nouveaux édits concernant les donations et les testamens pour écarter tous les commentateurs qui embrouillent les lois; et on en a déjà fait dix commentaires.
Ce qu'on peut remarquer sur les donations, c'est qu'elles s'étendent beaucoup plus loin qu'aux particuliers à qui on fait un présent. Il faut payer pour chaque présent au fermier du domaine royal , droit de contrôle, droit d'insinuation, droit de centième
denier, droit de deux sous pour livre, droit de huit sous pour livre*
De sorte que toutes les fois que vous donnez à un citoyen , vous êtes bien plus libéral que vous ne pensez. Vous avez le plaisir de contribuer à enrichir les fermiers généraux; mais cet argent ne sort point du royaume , comme celui qu'on paye à la cour de Rome.
Là fable imagina qu'un Ëpiménide avait dormi d'un somme pendant vingt- sept ans, et qu'à son réveil il fut tout étonné de trouver ses petits -enfans mariés qui lui demandaient son nom; sas amis morts, sa ville et les mœurs des habitans changées. C'était an beau champ à la critique, et un plaisant sujet de comédie. La Légende a emprunté tous les traits de ia fable , et les a grossis.
L'auteur de la Légende dorée ne fut pas le premier qui , au treizième siècle, au lieu d'un dormeur, nous en donne sept , et en fit bravement sept martyrs. II avait pris cette édifiante histoire chez Grégoire de Tours, écrivain véridique, qui l'avait prise chez Sigebert, qui l'avait prise chez Métaphraste , qui l'avait prise chezNicéphore. C'est ainsi que la vérité arrive aux hommes de main en main.
Le révérend père Pierre Ribadeneira, de la compagnie de Jésus, enchérit encore sur la Légende dorée dans sa célèbre Fleur des saints, dont il est Fait mention dans le Tartufe de Molière. Elle fut traduite, augmentée et enrichie de taille-douces par le réve-
rend père Antoine Girard de laf même. société; rien D'y manque.
Quelques curieux seront peut-être bien aises de voir la prose du révérend père Girard , îa voici :
« Du temps de l'empereur Dèce, l'église reçut une furieuse et épouvantable bourrasque; entre les autres chrétiens l'on prit sept frères, jeunes, bien dispos et de bonne grâce, qui étaient enfans d'un chevalier d'Éphèsc , et qui s'appelaient Maximien, Marie, Martini en , Denis, Jean, Sérapion et Constantin. L'empereur leur ôta d'abord leur ceinture dorée...; ils se cachèrent dans une caverne ; l'empereur en fit murer l'entrée pour les faire mourir de faim, bl
Aussitôt ils s'endormirent tous sept, et ne se réveillèrent qu'après avoir dormi cent soixante et dixsept ans.
Le père Girard, loin de croire que ce soit un contre à dormir debout, en prouve l'authenticité par h$ argumens les plus démonstratifs : et, quand on n'aurait d'autre preuve que les noms des sept assoupis, cela suffirait ; on ne s'avise pas de donner des noms à des gens qui n'ont jamais existé. Les sept dormans ne pouvaient être ni trompés, ni trompeurs. Aussi ce n'est pas pour contester cette histoire que nous enparlons, mais seulement pour remarquer qu'il n'y a pas un seul événement fabuleux de l'antiquité qui n'ait été rectifié par les anciens légendaires. Toute l'histoire d'OEdipe, d'Hercule, de Thésée, se trouve chez eux accommodée à leur manière. Ils ont peu inventé, mais iis ont beaucoup perfectionné.
J'avoue ingénument que je ne sais pas d'où Nice-
phore avait tiré cette belle histoire. Je suppose que c'était de la tradition dÉphèse ; car la caverne des sept dormans, et la petite église qui leur est dédiée subsistent encore. Les moins éveillés des pauvres Grecs y viennent faire leurs dévotions. Le chevalier Ricaut et plusieurs autres voyageurs anglais ont vu >ces deux monumens ; mais pour leurs dévotions ils ne les y pnt pas faites.
Terminons ce petit article par le raisonnement d'Abadie. Voilà des mémoriaux institués pour célébrer à jamais l'aventure des sept dormans. Aucun Grec n'en a jamais douté dans Éphèse, ces Grecs n'ont pu être abusés; ils n'ont pu abuser personne; donc l'histoire des sept dormans est incontestable.
i Droit des gensy droit naturel , droit public.
I SECTION PREMIÈRE
Je ne connais rien de mieux sur ce sujet que ces vers de PArioste au chant XLIV (st. 2 ).
Fan lecja ogqi re, pkpi e imperatori,
Doman sarari nimici capitali :
Perché, quai V apparenze esteriori,
Non hanno i cor, non han cjli animi tali,
C^e, non mirando al torto più che al dritto,
Attendon sotamente al lor profitto.
Rois , empereurs , et successeurs de Pierre , Au nom de Dieu signent un beau traité ; Le lendemain ces gens se font la guerre. Pourquoi cela? C'est que la piété, La bonne foi ne les tourmente guère >
Et que, malgré saint Jacques et saint Matthieu,' Leur intérêt est leur unique dieu.
S'il n'y avait que deux hommes sur la terre , comment vivraient-ils ensemble? ils s'aideraient, se nuiraient, se caresseraient, se diraient des injures, se battraient, se réconcilieraient, ne pourraient vivre ï'un sans l'autre , ni l'un avec l'autre. Ils feraient comme tous les hommes font aujourd'hui. Ils ont le don du raisonnement, oui; mais ils ont aussi le don de l'instinct, et ils* sentiront, et ils raisonneront, et ils agiront toujours comme ils y sont destinés par la nature.
UnDieu n'est pas venu sur notre globe pour assembler le genre humain et pour lui dire : a J'ordonne aux Nègres et aux Cafres d'aller tout nus , et de manger des insectes.
É J'ordonne aux Samoièdes de se vêtir de peaux de rangifères, et d'en manger la chair, tout insipide qu'elle est, avec du poisson séché et puant, le tout sans sel. Les Tartares du Thibet croiront tout ce que leur dira le dalaï-lama; et les Japonais croiront tout ce que leur dira le daïrk
« Les Arabes ne mangeront point de cochon, et les Yestphaliens ne se nourriront que de cochon.
X( Je vais tirer une ligne du mont Caucase à l'Egypte, et de FÉgypte.au mont Atlas : tous ceux qui habiteront à l'orient de cette ligne pourront épouser plusieurs femmes ; ceux qui seront à l'occident n'en auront qu'une.
« Si vers le golfe Adriatique, depuis Zara jusqu'à laPolésine, ou vers les marais du Rhin et de la Meuse,
ou vers le mont Jura , ou même dans l'île d'Albion, ou chez les Sarmates, ou chez les Scandinaviens, quelqu'un s'avise de vouloir rendre un seul homme despotique , ou de prétendre lui-même à l'être , qu'on lui coupe le cou au pïus vite, en attendant que la destinée et moi nous en ayons autrement ordonné*
« Si quelqu'un a l'insolence et la démence de vouloir établir ou rétablir une grande assemblée d'hommes libres sur le Mançanarès ou sur la Propontider (ju'il soit ou empalé ou tiré à quatre chevaux.
((Quiconque produira ses comptes suivant une certaine, règle d'arithmétique à Constantinople , au grand Caire, à Tafilet, à Delhi, à Andrinople, sera sur-le-champ empalé sans forme de procès; et quiconque osera compter suivant une autre règle à Rome, a Lisbonne, à Madrid, en Champagne, en Picardie , et vers le Danube , depuis Ulm jusqu'à Belgrade, sera brûlé dévotement pendant qu'on lui chantera des miserere.
« Ce qui sera juste tout le long de la Loire sera injuste sur les bords de la Tamise : car mes lois sont universelles, etc., etc., etc. »i
Il faut avouer que nous n'avons pas de preuve bien claire, pas même dans le Journal chrétien, ni dans la Clef du cabinet des princes, qu'un Dieu soit venu sur la terre promulguer ce droit public. Il existe cependant ; il est suivi à la lettre tel qu'on vient de l'énoncer; et on a compilé, compilé, compilé sur ce droit des nations de très -beaux commentaires qui n'ont jamais fait rendre un écu à ceux qui ont été rui-
nés par la guerre , ou par des édits, ou par les corn* mis des fermes.
Ces compilations ressemblent assez aux Cas de conscience de Pontas. Voici un cas de loi. à examiner : il est défendu de tuer. Tout meurtrier est puni, à moins qu'il n'ait tué en grande compagnie, et au son des trompettes; c'est la règle.
Du temps qu'il y avait encore des anthropophages dans la foret fles Ardennes, un bon villageois ren~ contra un anthropophage qui emportait uu enfant pour le manger. Le villageois, ému de pitié, tua le mangeur d'enfans , et délivra le petit garçon qui s'enfuit aussitôt. Deux passans voient de loin le bon-homme, et l'accusent devant le prévôt d'avoir commis un meurtre sur le grand chemin. Le corps du délit étant sous les yeux du juge, deux témoins parlaient, on devait payer cent écus au juge pour ses vacations; la loi était précise : le villageois fut pendu sur-le-champ pour avoir fait ce qu'auraient fait à sa place Hercule, Thésée, Roland et Àmadis. Fallait -f. pendre le prévôt qui avait suivi la loi à la lettre ? Et que jugea-t-on à la grande audience ? Pour résoudr* mille cas de cette espèce, on a fait mille volumes.
PufFeadorf établit d'abord des êtres moraux. « Ce «ont, dit -il (a), certains modes que les êtres intelligens attachent aux choses naturelles^ ou aux mouvemens physiques, en vue de diriger cm de restreindre la liberté des actions volontaires de l'homme ? pour
(a) Tome I, page s, traduction de Barbeyrac, avec coinmeutaireg.
mettre quelque ordre , quelque convenance et quelque beauté dans la vie humaine. »
Ensuite , pour donner des idées nettes aux Suédois et aux Allemands du juste et de l'injuste, il remarque (b) « qu'il y a deux sortes d'espace, l'un à l'égard duquel on dit que les choses sont quelque part, par exemple ici, là; l'autre à l'égard duquel on dit qu'elles existent en un certain temps, par exemple, aujourd'hui, hier, demain. Nous concevons aussi deux sortes d'états moraux, l'un qui marque quelque situation morale, et qui a quelque conformité avec le lieu naturel; l'autre qui désigne un certain temps en tant qu'il provient de là quelque effet moral, etc. »
Ce n'est pas tout (c) ; Puifendorf distingue trèscurieusement les modes moraux simples et les modes d'estimation , les qualités formelles et les qualités opératives. Les qualités formelles sont de simples attributs ; mais les opérations doivent soigneusement se diviser en originales et en dérivées.
Et cependant Barbeyrac a commenté ces belles choses , et on les enseigne dans les universités. On y est partagé entre Grotius et Puifendorf sur des questions de cette importance. Croyez-moi , lisez les offices de Cicéron.
Rien ne contribuera peut-être plus à rendre un esprit faux, obscur, confus, incertain, que la lecture de Grotius, de Puffendorf, et de presque tous les commentaires sur le droit public.
(fc)Page 16. — (c) Ibi<L
Il ne faut jamais faire un mal dans l'espérance d'un bien, dit la vertu que personne n'écoute. Il est permis de faire la guerre à une puissance qui devient trop prépondérante, dit l'Esprit des lois.
Quand les droits doivent-ils être constatés par la prescription? Les publicistes appellent ici à leur secours le droit divin et le droit humain ; les théologiens se mettent de la partie. Abraham, disent- ils, et sa semence avait droit sur le Canaan, car il y avait voyagé , et Dieu le lui avait donné dans une apparition. Mais, nos sages maîtres, il y a cinq cent quarante-sept ans, selon la Vulgate, entre Abraham, quC acheta un caveau dans le pays, et Josué, qui en saccagea une petite partie. N'importe, son droit était clair et net. Mais la prescription?... Point de prescription. Mais ce qui s'est passé autrefois en Palestine doit-il servir de règle à l'Allemagne et à l'Italie?.... Oui ; car il l'a dit. Soit, messieurs, je ne dispute plus contre vous; Dieu m'en préserve.
Les descendans d'Attila s'établissent , à ce qu'on dit, en Hongrie. Dans quel temps les anciens habitans commencèrent-ils à être tenus en conscience d'être serfs des descendans d'Attila?
Nos docteurs, qui ont écrit sur la guerre et la paix, sont bien profonds; à les en croire ; tout appartient de droit au souverain pour lequel ils écrivent. Il n'a pu rien aliéner de son domaine. L'empereur doit posséder Rome, l'Italie et la France; c'était l'opinion de Barlhole; premièrement parce que l'empereur s'intitule roi des Romains; secondement, parce que l'archevêque de Cologne est chancelier d'Italie, et que
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l'archevêque de Trêves e/t chancelier des Gaules. Do plus , l'empereur d'Allemagne porte un globe doré à son sacre; donc il est maître du globe de la terre.
A Rome, il n'y a point de prêtre qui n'ait appris, dans son cours de théologie, que le pape doit être souverain du monde, attendu qu'il est écrit que Simon, fils de Jone en Galilée, ayant surnom Pierre, on lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon assemblée. » On avait beau dire à Grégoire VII : Il ne s'agit que des âmes, il n'est question que du royaume céleste : Maudit damné, répondait-il, il s'agit du terrestre; et il vous fesait pendre, s'il pouvait*
Des esprits encore plus profonds fortifient cette raison par un argument sans réplique. Celui dont l'évêque de Rome se dit vicaire, a déclaré que son royaume n'est point de ce monde; donc ce monde doit appartenir au vicaire quand le maître y a renoncé. Qui doit l'emporter du genre humain ou des décrétales? Les décrétales, sans difficulté.
On demande ensuite s'il y a eu quelque justice à massacrer en Amérique dix ou douze millions d'hommes désarmés? on répond qu'il n'y a rien de plus juste et de plus saint, puisqu'ils n'étaient pas catholiques, apostoliques et romains.
Il n'y a pas un siècle qu'il était toujours ordonné, dans toutes les déclarations de guerre des princes chrétiens de courre-sus à tous les sujets du prince à qui la guerre était signifiée par un héraut à cotte de mailles et à manches pendantes. Ainsi la signification une fois faite, si un Auvergnat rencontrait une Aile-