‹ Dictionnaire philosophique (volume 3)Chapitre 41 sur 85 · PARLEMENT D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PARLEMENT D'ANGLETERRE

Les membres du parlement d'Angleterre aiment à se comparer aux anciens Romains autant qu'ils le peuvent (*).

Il n'y a pas long-temps que M. Schipping, dans la chambre des communes, commença son discours par ces mots : La majesté du peuple anglais serait blessée. La singularité de l'expression causa un grand éclat de rire; mais, sans se déconcerter, il répéta les mêmes paroles d'un air ferme , et on ne rit plus. J'avoue que je ne vois rien de commun entre la majesté du peuple anglais et celle du peuple romain , encore moins entre leurs gouvernemens. Il y a un sénat à Londres dont quelques membres sont soupçonnés , quoiqu'à tort sans doute , de vendre leurs voix dans l'occasion ,

(*) Cet article a été écrit vers 1 j3 1.

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*commc on fesaît à Rome : voilà toute la ressemblance. D'ailleurs les deux nations me paraissent entièrement différentes , soit en bien, soit en mal. On n'a jamais connu chez les Romains la folie hor ible des guerres de religion ; cette abomination était réservée à des dévots, prêcheurs d'humilité et de patience. Marins et Sylla, Pompée et César, Antoine et Auguste, ne se battaient point pour décider si le Flamen devait porïer sa chemise par-dessus sa robe, ou sa robe par-dessus sa chemise ; et si les poulets sacrés devaient manger et boire, ou bien manger seulement, pour qu'on prît les augures. Les Anglais se sont fait pendre autrefois réciproquement à leurs assises, et se sont détruits en bataille rangée pour des querelles de pareille espèce. La secte des épiscopaux et le presbytérianisme ont tourné, pour un temps, ces têtes mélancoliques. Je m'imagine que pareille sottise ne leur arrivera plus ; ils me paraissent devenir sages à leurs dépens, et je ne leur vois nulle envie de s'égorger dorénavant pour des syllogismes. Toutefois qui peut répondre des hommes ?

Voici une différence plus essentielle entre Rome et l'Angleterre, qui met tout l'avantage du côté de la dernière ; c'est que le fruit des guerres civiles de Rome a été l'esclavage , et celui des troubles d'Angleterre, la liberté. La nation anglaise est la seule de la terre qui soit parvenue à régler le pouvoir des rois eu leur résistant, et qui d'efforts en efforts ait enfin établi ce gouvernement sage, où le prince, tout puissant pour faire du bien, a les mains liées pour faire du mal, où les seigneurs sont grands sans insolence et

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sans vassaux , et où le peuple partage le gouvernement sans confusion.

La chambre des pairs et celle des communes sont les arbitres de la nation ; le roi est le sur-arbitre. Cette balance manquait aux Romains; les grands et io peuple étaient toujours en division à Rome, sans qu'il j eût un pouvoir mitoyen qui pût les accorder- Le sénat de Rome qui avait l'injuste et punissable orgueil do ne vouloir rien partager avec les plébéiens, ne connaissait d'autre secret, pour les éloigner du gou~ vernement, que de les occuper toujours dans les guerres étrangères ; il regardait le peuple comme une bête féroce, qu'il fallait lâcher sur leurs voisins, de peur qu'elle ne dévorât ses maîtres. Ainsi le plus grand défaut du gouvernement des Romains en fit <les conquérans ; c'est parce qu'ils étaient malheu reux chez eux, qu'ils devinrent les maîtres du monde, jusqu'à ce qu'enfin leurs divisions les rendirent esclaves.

Le gouvernement d'Angleterre n'est point fait pour un si grand éclat, ni pour une fin si funeste; son but n'est point la brillante folie de faire des conquêtes, mais d'empêcher que ses voisins n'en fassent. Ce peuple n'est pas seulement jaloux de sa liberté, il Test encore de celle des autres. Les Anglais étaient acharnés contre Louis XIV, uniquement parce qu'ils lui croyaient de l'ambition.

Il en a coûté, sans doute, pour établir la liberté en Angleterre; c'est dans des mers de sang qu'on a noyé l'idole du pouvoir despotique : mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher leurs lois

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Les autres nations n'ont pas versé moins de sang qu'eux; mais ce sang quelles ont répandu pour la Oause de leur liberté n'a fait que cimenter leur servitude.

Ce qui devient une révolution en iingleterre n'est qu'une sédition dans les autres pays. Une ville prend les armes pour défendre ses privilèges, soit en Barbarie, soit en Turquie; aussitôt des soldats mercenaires la subjuguent, des bourreaux la punissent, et le reste de la nation baise ses chaînes. Les Français pensent que le gouvernement de cette île est plus orageux que la mer qui l'environne, et cela est vrai ; mais c'est quand le roi commence la tempête, c'est quand il veut se rendre le maître du vaisseau , don% il n'est que le premier pilote. Les guerres civiles de France ont été plus longues, plus cruelles, plus fécondes en crimes que celles d'Angleterre; mais de toutes ces guerres civiles aucune n'a eu une liberté sage pour objet. Dans le temps détestable de Charles IX et de Henri III , il s'agissait seulement de savoir si on serait l'esclave des Guises; pour la dernière guerre de Paris, elle ne mérite que des sifflets. Il me semble que je vois des écoliers qui se mutinent contre le préfet d'un collège, et qui finissent par être fouettés. Le cardinal de Retz, avec beaucoup d'esprit et de courage mal employé , rebelle sans aucun sujet , factieux sans dessein, chef de parti sans armée, cabalait pour cabaler, et semblait faire la guerre civile pour son plaisir. Le parlement de Paris ne savait ce qu'il voulait, ni ce qu'il ne voulait pas. Il levait des Iroupcs par arrêt, il les cassait : il menaçait, et de*

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mandait pardon ; il mettait à prix la tête du cardinal Mazarin , et ensuite venait le complimenter en cérémonie. Nos guerres civiles sous Charles VI avaient été cruelles; celles de la ligue furent abominables ; celle de la fronde fut ridicule.

Ce qu'on reproche le plus en France aux Anglais , et avec raison, c'est le supplice de Charles I, monarque digne d'un meilleur sort , qui fut traité par ses vainqueurs, comme il les eût traités s'il eût été heureux. Après tout , regardez d'un côté Charles I vaincu en bataille rangée, prisonnier, jugé, condamné dans Westminster, et décapité; et de l'autre, l'empereur Henri YII empoisonné par son chapelain en communiant , Henri in assassiné par un moine , trente assas* sinats médités contre Henri IV, plusieurs exécutés, et le dernier privant enfin la France de ce grand roi : pesez ces attentats, et jugez.

Leur influence sur le corps, et celle du corps sur. elles.

Dis-moi, docteur (je n'entends pas un docteur en médecine qui sait quelque chose, qui a long-temps examiné les sinuosités du cervelet , qui a recherché si les nerfs ont un suc circulant, qui a fouillé en vain dans les matrices pour voir comment un être pensant s'y forme, et qui connaît tout ce qu'on peut connaître de notre machine, hélas! j'entends un docteur en théologie), je t adjure par la raison au nom de la« quelle tu frémis : dis-moi pourquoi, ayant vu faire à

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ta servante un mouvement de gauche à droite et de droite à gauche forme par le muscle glutéus et par le vaste externe , sur-le-champ ton imagination s'alluma; deux muscles érecteurs, qui partent de l'ischion, donnèrent un mouvement de perpendicule à ton phallus! Ses corps caverneux se remplirent de sang; tu introduisis ton balanus intra vaginaux de ta servante; et ton balanus frottant suumcliiorida lui donna comme à toi un plaisir d'une ou deux secondes, dont ni elle, ni toi ne connaîtront jamais la cause, et dont naîtra cependant un être pensant , tout pouri du péché originel? Quel rapport, je te prie, de toute cette action avec un mouvement du muscle glutéus de ta gouvernante ? Tu auras beau relire Sanchez et Thomas d'Aquin, et Scot et Bonnaventure , tu ne sauras jamais un mot de cette mécanique incompréhensible par laquelle l'éternel architecte dirige tes idées, tes désirs, tes actions, et fait naître un petit bâtard de prêtre, prédestiné à la damnation de toute éternité.

Le lendemain matin , après avoir pris ton chocolat, ta mémoire te retrace l'image du plaisir que tu goûtas la veille, et tu recommences. Conçois-tu , mon gros automate, ce que c'est que cette mémoire qui t'est commune avec tous les animaux? Sais-tu quelles fibres rappellent tes idées, et peignent dans ton cerveau les voluptés de la veille par un sentiment continué , qui a dormi avec toi et qui s'est réveillé avec toi? Le docteur me répond avec Thomas d'Aquin que tout cela est une production de son âme végétative, de son âme sensitive, et de son âme intellectuelle, çui toutes trois composent une âme, laquelle, n'étant

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