PIERRE LE GRAND
Ces paroles sont tirées d'une brochure intitulée le Contrat social, ou insocial , du peu sociable Jean- Jacques Rousseau. Il n'est pas étonnant qu'avant fait des miracles à Venise, il ait fait des prophéties sur Moscou; mais, comme il sait bien que le bon temps des miracles et des prophéties est passé , il doit croire que sa prédiction contre la Russie n'est pas aussi infaillible qu'elle lui a paru dans son premier accès. Il est doux d'annoncer la chute des grands empires, cela nous console de notre petitesse. Ce sera un beau
surtout qu'il a montré un véritable génie : on ne peut assez s'étonner de voir Rousseau Lui reprocher de ne s'être pas borné à aguerrir sa nation; et il faut avouer que le Russe qui, en 1700, devina 1 influence des lumières sur l'état politique des empires . et sut apercevoir que le plus grand bien qu'on puisse faire aux hommes, est de suLstituer des idées justes aux préjugés qui les gouvernent, a eu plus de génie que le Genevois qui, en 1750, a voulu nous prouver les grands avantages de l'ignorance.
Lorsque Pierre monta sur le trône, la Russie était à peu près au même état que la France, Y Allemagne et l'Angleterre au onzième siècle. Les Russes ont fait en quatre-vingts ans, que les vues de Pierre ont été suivies , plus de progrès que nous n'en avons fait en quatre siècles : n'est-ce pas une preuve que ces vues n'étaient pas celles d'un homme ordinaire ?
Quant à la prophétie sur les conquêtes futures des Tartares , Rousseau aurait dû observer que les barbares n'ont jamais battu les peuples civilisés que lorsque ceux-ci ont négligé la tactique , et que les peuples nomades sont toujours trop peu nombreux pour être redoutables à de grandes nations qui ont des armées, ï! e-t différent de détrôner un despote pour se mettre a sa place, de lui imposer un tribut après l'avoir vaincu , ou de subjuguer un peuple. Les Romains conquirent la Gaule et l'Espagne; les chefs des Goths et des Francs ne firent que chasser les Romains et leur succédèi .
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gain pour la philosophie quand nous verrons incescessamment les Tartares Nogais , qui peuvent, je crois, mettre jusqu'à douze mille hommes en campagne, venir subjuguer la Russie, l'Allemagne, l'Italie et la France. Mais je me flatte que l'empereur de la Chine ne le souffrira pas; il a déjà accédé à la paix perpétuelle; et, comme il n'a plus de jésuites chez lui, il ne troublera point l'Europe. Jean-Jacques, qui a, commie on le croit , le vrai génie , trouve que Pierre le Grand ne lavait pas.
Un seigneur russe, homme de beaucoup d'esprit, qui s'amuse quelquefois à lire des brochures , se souvint en lisant celle-ci, de quelques vers de Molière , et les cita fort à propos :
Il semble à trois gredins, dans leur petit cerveau, Que , pour être imprimés et relie's en veau 7 Les voilà dans l'état d'importantes personnes , Qu'avec leur plume ils font le destin des couronnes.
• Les Russes, dit Jean- Jacques , ne seront jamais policés. J'en ai vu du moins de très - polis , et qui avaient l'esprit juste , fin, agréable, cultivé, et même conséquent, ce que Jean -Jacques trouvera fort extraordinaire.
Comme il est très-galant, il ne manquera pas de dire qu'ils se sont formés à la cour de l'impératrice Catherine j que son exemple a influé sur eux , mais que cela n'empêche pas qu'il n'ait raison , et que bientôt cet empire sera détruit.
Ce petit bon-homme nous assure, dans un de ses modestes ouvrages, qu'on doit lui dresser une statue. Ce ne sera probablement ni à Moscou, ni à Péters-
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bourg qu'on s'empressera de sculpter Jean -Jacques.
Je voudrais, en général , que, lorsqu'on juge les nations du haut de son grenier, on fût plus honnête et plus circonspect. Tout pauvre diable peut dire ce qu'il lui plaît des Athéniens, des Romains, et des anciens Perses. Il peut se tromper impunément sur les tribunats, sur les comices, sur la dictature. Il peut gouverner en idée deux ou trois mille lieues de pays, tandis qu'il est incapable de gouverner sa servante. Il peut dans un roman recevoir un baiser acre de sa Julie, et conseiller à un prince d'épouser la fille d'un bourreau. Il y a des sottises sans conséquence ; il y en a d'autres qui peuvent avoir des suites fâcheuses.
Les fous de cour étaient fort sensés; ils n'insul taient par leurs bouffonneries que les faibles , et respectaient les puissans; les fous de village sont aujourd'hui plus hardis.
On répondra que Diogène et PArétin ont été tolérés; d'accord : mais une mouche, ayant vu un jour une hirondelle qui, en volant, emportait des toiles d'araignées, en voulut faire autant; elle y fut prise.
Ne peut-on pas dire de ces législateurs qui gouvernent l'univers à deux sous la feuille, et qui de leurs galetas donnent des ordres à tous les rois, ce qu'Homère dit de Calcas?
Os eàe ta eonta, ta te essomena, pro V eonta. 11 connaît le passe, le présent, l'avenir.