‹ Dictionnaire philosophique (volume 3)Chapitre 54 sur 85 · POLYPES · texte numérisé non relu

POLYPES

En qualité de douteur, il y a long-femps que j'ai rempli ma vocation. J'ai douté, quand on m'a voulu

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persuader que les glossopètres que j'ai vus se former dans ma campagne, étaient originairement des langues de chiens.marins; que la chaux employée à ma grange n'était composée que de coquillages; que les coraux étaient le produit des excrémens de certains petits poissons ; que la mer par ses courans a formé le Mont Cenis et le Mont Taurus, et que Niobé fut autrefois changée en marbre.

Ce n'est pas que je n'aime l'extraordinaire , le merveilleux, autant qu'aucun voyageur et qu'aucun homme à système; mais, pour croire fermement, je veux voir par mes yeux, toucher par mes mains, et à plusieurs reprises. Ce n'est pas même assez ; je yeux encore être aidé par les yeux et par les mains des autres.

Deux de mes compagnons, qui font comme moi des questions sur l'Encyclopédie, se sont long-temps amusés à considérer avec moi en tous sens plusieurs de ces petites tiges qui croissent dans des bourbiers à côté des lentilles d'eau. Ces herbes légères, qu'on appelle polypes d'eau douce, ont plusieurs racines, et de la vient qu'on leur a donné le nom de polypes. Ces petites plantes parasites ne fur eut que des plantes jusqu'au commencement du siècle où nous sommes. Leuvenhoeck s'avisa de les faire monter au rang d'à* nimal.Nous ne savons pas s'ils y ont beaucoup gagné.

Nous pensons que, pour être réputé animal, il faut être doué de la sensation. Que l'on commence donc par nous faire voir que ces polypes d'eau douce ont du sentiment , afin que nous leur donnions parmi nous droit de bourgeoisie.

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Nous n'avons pas osé accorder cette dignité à la sensitive, quoiqu'elle parût y avoir les plus grandes prétentions. Pourquoi la donnerions-nous à une espèce de petit jonc ? est-ce parce qu'il revient de bou> ture ? Mais cette propriété est commune à tous les arbres qui croissent au bord de l'eau , aux saules , aux peupliers, aux trembles, etc. C'est cela même qui démontre que le polype est un végétal. Il est si léger qu'il change de place au moindre mouvement de la goutte d'eau qui le porte. De là on a conclu qu'il marchait. On pouvait supposer de même que les petites îles flottantes des marais de Saint -Orner sont des animaux , car eiles changent souvent de place.

On a dit , ses racines sont des pieds , sa tige est son corps, sas branches sont ses bras; le tuyau qui compose sa tige est percé en haut, c'est sa bouche. Il y a dans ce tuyau une légère moelle blanche, dont quelques animalcules presque imperceptibles sont très-avides; ils entrent dans le creux de ce petit jonc en le fesant courber, et mangent cette pâte légère; c'est le polype qui prend ces animaux avec son museau et qui s'en nourrît , quoiqu'il n'y ait pas la moindre apparence de tête, de bouche, d'estomac.

Nous avons examiné ce jeu de la nature avec toute l'attention dont nous sommes capables. Il nous a paru que cette production appelée polype ressemblait à un animal beaucoup moins qu'une carotte ou une as<perg<3. En vain nous avons opposé à nos yeux tous les raisonnemens que nous avions lus autrefois ; le témoignage de nos yeux l'a emporté.

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