‹ Dictionnaire philosophique (volume 3)Chapitre 6 sur 85 · MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

MÉTAPHYSIQUE

Trans lïaturam, au delà de la nature. Mais ce qui est au delà de la nature est-il quelque chose ? par na*ture on entend donc matière, et métaphysique est ce qui n'est pas matière.

Par exemple, votre raisonnement qui n'est ni long, ni large, ni haut, ni solide, ni pointu;

Votre âme à vous inconnue qui produit votre raisonnement;

Les esprits dont on a toujours parlé, auxquels on a donné long -temps un corps si délié qu'il n'était plus corps, et auxquels on a ôté enfin toute ombre de corps, sans savoir ce qui leur restait;

La manière dont ces esprits sentent sans avoii? l'embarras des cinq sens, celle dont ils pensent sans tête, celle dont ils se communiquent leurs pensées sans paroles et sans signes;

Enfin , Dieu que nous connaissons par ses ouvrages, mais que notre orgueil veut définir; Dieu dont nous sentons le pouvoir immense; Dieu entre lequel et nous est l'abîme de l'infini , et dont nous osons sonder la nature;

Ce sont là les objets de la métaphysique.

On pourrait encore y joindre les principes mêmes des mathématiques , des points sans étendue , des lignes sans largeur, des surfaces sans profondeur, des unités divisibles à l'infini, etc.

Bayle lui-même croyait que ces objets étaient des

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ôtres de raison ; mais ce ne sont en effet que les choses matérielles considérées dans leurs masses,. dans leurs superficies, dans leurs simples longueurs ou largeurs, dans les extrémités de ces simples longueurs ou largeurs. Toutes les mesures sont justes et démontrées, et la métaphysique n'a rien à voir dans la géométrie. C'est pourquoi on peut être métaphysicien sans être géomètre. La métaphysique est plus amusante; c'est souvent le roman de l'esprit. En géométrie, au contraire, il faut calculer, mesurer. C'est une gêne continuelle, et plusieurs esprits ont mieux aimé rêver doucement que se fatiguer.

SECTION PREMIÈRE

Un miracle, selon l'énergie du mot, est une chose admirable ; en ce cas tout est miracle. L'ordre prodigieux, de la nature , la rotation de cent millions de globes autour d'un million de soleils , l'activité de la lumière , la vie des animaux , sont des miracles perpétuels.

Selon les idées reçues, nous appelons miracle la violation de ces lois divines et éternelles. Qu'il y ait une éclipse de soleil pendant la pleine lune , qu'un mort fasse à pied deux lieues de chemin en portant sa tête entre ses bras, nous appelons cela un miracle.

Plusieurs physiciens soutiennent qu'en ce sens il n'y a point de miracles, et voici leurs argumens :

Un miracle est la violation des lois mathématiques, divines, immuables, éternelles. Par ce seul

exposé ? uu miracle est une contradiction dans les termes : une loi ne peut être à la fois immuable et violée. Mais une loi, leur dit -on, étant établie par Dieu même, ne peut-elle être suspendue par son auteur? Ils ont la hardiesse de répondre que non, et qu'il est impossible que l'être infiniment sage ait fait des lois pour les violer. 11 ne pouvait, disent-ils, déranger sa machine que pour la faire mieux aller; or il est clair qu'étant Dieu il a fait cette immense machine aussi bonne qu'il Ta pu; s'il a vu qu'il y aurait quelque imperfection résultante de la nature de la matière, il y a pourvu dès le commencement; ainsi il n'y changera jamais rien.

De plus Dieu ne peut rien faire sans raison; or quelle. raison le porterait à défigurer pour quelque temps son propre ouvrage ?

C'est en faveur des hommes, leur dit-on. C'est donc au moins en faveur de tous les hommes , répondent-ils; car il est impossible de concevoir que la nature divine travaille pour quelques hommes en particulier, et non pas pour tout le genre humain; encore même le genre humain est bien peu de chose : il est beaucoup moindre qu'une petite fourmilière en comparaison de tous les êtres qui remplissent l'immensité. Or n'est-ce pas la plus absurde des folies d'imaginer que l'être infini intervertisse en faveur de trois ou quatre centaines de fourmis, sur ce petit amas de fange, le jeu éternel de ces ressorts immenses qui font mouvoir tout l'univers.

Mais supposons que Dieu ait voulu distinguer un petit nombre d'hommes par des faveurs particulières,

faudra-t-il qu'il change ce qu'il a établi pour tous les temps et pour tous les lieux ? Il n'a cerlcs aucun besoin de ce changement, de cette inconstance, pour favoriser ses créatures; ses faveurs sont dans ses lois mêmes. Il a tout prévu, tout arrangé pour elles; toutes obéissent irrévocablement à la force qu'il a imprimée pour jamais dans la nature.

Pourquoi Dieu ferait -il un miracle? Pour venir à bout d'un certain dessein sur quelques êtres vrvans ! Il dirait donc : Je n'ai pu parvenir par la fabrique de l'univers, par mes décrets divins^ par mes lois éternelles, à remplir un certain dessein; je vais changer mes éternelles idées , mes lois immuables , pour tâcher d'exécuter ce que je n'ai pu faire par elles. Ce serait un aveu de sa faiblesse, et non de sa puissance ; ce serait, ce semble, dans lui la plus inconcevable contradiction. Ainsi donc, oser supposer à Dieu des miracles, c^est réellement l'insulter (si des hommes peuvent insulter Dieu ). C'est lui dire : Vous êtes un être faible et inconséquent. Il est donc absurde de croire des miracles , c'est déshonorer en quelque sorte la Divinité.

On presse ces philosophes; on leur dit : Vous avez beau exalter l'immutabilité de l'Être suprême, l'éternité de ses lois, la régularité de ses mondes infinis ; notre petit tas de boue a été tout couvert de miracles ; les histoires sont aussi remplies de prodiges que d'événemens naturels. Les filles du grand - prêtre Anius changeaient tout ce qu'elles voulaient en blé:, en vin ou en huile; Athalide, fille de Mercure, rcssiisjcita plusieurs fois; Esculape ressuscita Iïippoiyte ;

Hercule arracha Alceste à la mort, Hérès revint au monde après avoir passé quinze jours dans les enfers. Romuîus et Rémus naquirent d'un dieu et d'une vestale; le palladium tomba du ciel dans la ville de Troie; la chevelure de Bérénice devint un assemblage d'étoiles; la cabane de Baucis et de Philémon fut changée en un superbe temple ; la tête d'Orphée rendait des oracles après sa mort; les murailles de Thébès se construisirent d'elles-mêmes au son de la flûte, en présence des Grecs; les guérisons faites dans le temple d'Esculape étaient innombrables, et nous avons encore des monumens chargé du nom des témoins oculaires des miracles d'Esculape.

Nommez-moi un peuple chez lequel il ne se soit pas opéré des prodiges incroyables, surtout dans des temps où Fon savait à peine lire et écrire.

Les philosophes ne répondent à ces objections qu'en riant et en levant les épaules; mais les philosophes chrétiens disent : Nous croyons aux miracles opérés dans notre sainte religion; nous les croyons par la foi , et non par notre raison que nous nous gardons bien d'écouter; car, lorsque la foi parle, on sait assez que la raison ne doit pas dire un seul mol : nous avons une croyance ferme et entière dans les miracles de Jésus -Christ et des apôtres, mais permettez-nous de douter un peu de plusieurs autres ; souffrez, par exemple, que nous suspendions notre jugement sur ce que rapporte un homme simple auquel on a donné le nom de grand. Il assure qu'un petit moine était si fort accoutumé à faire des miracle, que le prieur lui défendit enfin d'exercer soa

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