‹ Dictionnaire philosophique (volume 3)Chapitre 60 sur 85 · POSSÉDÉS · texte numérisé non relu

POSSÉDÉS

battre le monde, on le leur rend bien, et alors ils deviennent fort modérés. Mais, pour un pauvre possédé qui se contente de quelques convulsions , et qui ne fait de mal à personne , on n'est pas en droit de lui en faire. Si vous disputez contre lui , yous aurez infailliblement le dessous ; il vous dira : Le diable est entré hier chez moi sous une telle forme ; j'ai depuis ce temps-là une colique surnaturelle , que tous les apothicaires du monde ne peuvent soulager. Il n'y a certainement d'autre parti à prendre avec cet homme que de l'exorciser , ou de l'abandonner au diable.

C'est grand dommage qu'il n'y ait plus aujourd'hui ni possédés, ni magiciens, ni astrologues, ni génies. On ne peut concevoir de quelle ressource étaient il y a cent ans tous ces mystères. Toute la noblesse vivait alors dans ses châteaux. Les soirs d'hiver sont longs, on serait mort d'ennui sans ces nobles amusemens. Il n'y avait guère de château où il ne revînt une fée à certains jours marqués, comme la fée Merlusine au château de Lusignan. Le grand veneur, homme sec et noir, chassait avec une meute de chiens noirs dans la forêt de Fontainebleau. Le diable tordait le cou au maréchal Fabert. Chaque village avait son sorcier ou sa sorcière ; chaque prince avait son astrologue ; toutes les dames se fesaient dire' leur bonne aventure ; les possédés couraient les champs; c'était à qui avait vu le diable, ou à qui le verrait; tout cela était un sujet de conversalions inépuisables, qui. tenait les esprits en haleine.

A présent on joue insipidement aux cartes, et ou a perdu à être détrompé.

Autrefois si vous aviez un ami à Constantin nople et un autre à Moscou, vous auriez été obligé d'attendre leur retour pour apprendre de leurs nouvelles. Aujourd'hui, sans quils sortent de leur chambre , ni vous de la vôtre , vous conversez familièrement avec eux par le moyen d'une feuille de papier. Vous pouvez même leur envoyer par la poste un sachet de l'apothicaire Arnoult contre l'apoplexie, et il est reçu plus infailliblement qu'il ne les guérit.

Si l'un de vos amis a besoin de faire toucher de l'argent à Pétersbourg et l'autre à Smyrne, la poste fait votre affaire.

Votre maîtresse est-elle à Bordeaux, et vous devant Prague avec votre régiment , elle vous assure " régulièrement de sa tendresse; vous savez par elle toutes les nouvelles de la ville, excepté les infidélités qu'elle vous fait.

Enfin la, poste est le lien de toutes les affaires, de toutes les négociations; les absens deviennent par elle présens; elle est la consolation de la vie.

La France, où cette belle invention fut renouvelée dans nos temps barbares , a rendu ce service à toute l'Europe. Aussi n'a-t-elle jamais corrompu ce bienfait; et jamais le ministère qui a eu le département des postes n'a ouvert les lettres d'aucun particulier, excepté quand il a eu besoin de savoir ce qu'elles contenaient. Il n'en est pas ainsi, dit-on, dans d'autres

pays. On a prétendu qu'en Allemagne vos lettres, en

passant par cinq ou six dominations différentes ,

étaient lues cinq ou six fois, et qu'à la fin le cachet

était si rompu , qu'on était obligé d'en remettre un

autre.

M. Craigs , secrétaire d'état en Angleterre , ne voulut jamais qu'on ouvrît les lettres dans ses bureaux ; il disait que c'était violer la foi publique , qu'il n'est pas permis de s'emparer d'un secret qui ne nous est pas confié ; qu'il est souvent plus criminel de prendre à un homme ses pensées que son argent; que cette trahison est d'autant plus malhonnête qu'on peut la faire sans risque , et sans en pouvoir être convaincu.

Pour dérouter l'empressement des curieux , on imagina d'abord d'écrire une partie de ses dépêches en chiffres; mais la partie en caractères ordinaires servait quelquefois à faire découvrir l'autre. Cet inconvénient fît perfectionner l'art des chiffres qu'on appelle sténographie.

On opposa à ces énigmes l'art de les déchiffrer ; mais cet art fut très-fautif et très-vain. On ne réussit qu'à faire accroire à des gens peu instruits qu'on avait déchiffré leurs lettres, et on n'eut que le plaisir de leur donner des inquiétudes. Telle est la loi des probabilités que, dans un chiffre bien fait, il y a deux cents, trois cents, quatre cents à parier contre un, que dans chaque numéro vous ne devinerez pas la syllabe dont il est représentatif.

Le nombre des hasards augmente avec la combinaison de ces numéros; et le déchiffrement devient

totalement impossible quand le chiffre est fait avec un peu d'art.

Ceux qui se vantent de déchiffrer une lettre sans être instruits des affaires qu'on y traite , et sans avoir des secours préliminaires , sont de plus grands charlatans que ceux qui se vanteraient d'entendre une langue qu'ils n'ont point apprise.

Quant à ceux qui vous envoient familièrement par la poste une tragédie en grand papier et en gros caractère , avec des feuilles blanches pour y mettre vos observations, ou qui vous régalent d'un premier tome de métaphysique en attendant le second, on peut leur dire qu'ils n'ont pas toute la discrétion requise , et qu'il y a même des pays où ils risqueraient de faire connaître au ministère qu'ils sont de mauvais poètes et de mauvais métaphysiciens.

Pourquoi ne fait-on presque jamais la dixième partie du bien qu'on pourrait faire ?

Il est clair que , si une nation qui habite entre les Alpes, les Pyrénées et la mer, avait employé à l'amélioration et à l'embellissement du pays la dixième partie de l'argent qu'elle a perdu dans la guerre de 1 741 ? et la moitié des hommes tués inutilement en Allemagne, l'état aurait été plus florissant. Pourquoi ne l'a-t-on pas fait? pourquoi préférer une guerre que l'Europe regardait comme injuste, aux travaux heureux de la paix, qui auraient produit l'agréable et l'utile ?

Pourquoi Louis XIV, qui avait tant de goût pour

les grands monumens, pour les fondations, pour les beaux-arts, perdit- il huit cents millions de notre monnaie d'aujourd'hui à voir ses cuirassiers et sa maison passer le Rhin à la nage, à ne point prendre Amsterdam , à soulever contre lui presque toute l'Europe ? que n'aurait-il point fait avec ces huit cents millions?

Pourquoi, lorsqu'il réforma la jurisprudence, ne fut-elle réformée qu'à moitié ? tant d'anciens usages fondés sur les décrétales et sur le droit canon , devaient-ils subsister encore ? Etait-il nécessaire que , dans tant de causes qu'on appelle ecclésiastiques , et qui au fond sont civiles, on appelât à son évêque , de son évêque au métropolitain , du métropolitain au primat,* du primat à Rome ad apostolos , comme si les apôtres avaient été autrefois les juges des Gaules en dernier ressort?

Pourquoi , lorsque Louis XIV fut outragé par le pape Alexandre VII , Chigi, s'amusa-t-il à faire venir un légat en France pour lui faire de frivoles excuses , et à dresser dans Rome une pyramide dont les inscriptions ne regardaient que les archers du guet de Rome? pyramide qu'il fit démolir bientôt après. Ne valait-il pas mieux abolir pour jamais la simonie, par laquelle tout évêque des Gaules et tout abbé paie à la chambre apostolique italienne la moitié de son revenu ?

Pourquoi le même monarque , bien plus outragé par Innocent XI, Odescalchi, qui prenait contre lui le parti du prince d'Orange , se contenta-4-il de faire soutenir quatre propositions dans ses universités, et

se refusa-t-il aux vœux de toute la magistrature , qui sollicitait une rupture éternelle avec la cour romaine ?

Pourquoi, en fesant des lois, oublia-t-on de ranger toutes les provinces du royaume sous une loi uni* forme, et laissa-t-on subsister cent quarante coutumes, cent quarante-quatre mesures différentes?

Pourquoi les provinces de ce royaume furent-elles toujours réputées étrangères l'une à l'autre; de sorte que les marchandises de Normandie, transportées par terre en Bretagne, paient des droits comme si elles venaient d'Angleterre?

Pourquoi n'était-il pas permis de vendre en Picar* die le blé recueilli en Champagne, sans une permission expresse , comme on obtient à Rome pour trois jules la permission de lire des livres défendus?

Pourquoi laissait -on si long -temps la France souillée de l'opprobre de la vénalité ? Il semblait réservé à Louis XV d'abolir cet usage, d'acheter le droit de juger les hommes comme on achète une maison de campagne , et de faire payer des épices à un plaideur comme on fait payer des billets de comédie à la porte ?

Pourquoi instituer dans un royaume les charges et dignités (1) de Conseillers du roi : Inspecteurs des boissons ,

* Inspecteurs des boucheries ,

(0 Le contrôleur- général Ponchartrain , depuis chancelier, est un des ministres qui ont le plus employé ce moyen d'ohtenir des secours momentanés : c'est lui qui disait : La Providence veille sur ce royaume; à -peine ta roi a-t-il créé une charge , que. Dieu crie sur-le-champ un sot pour Vacheter.

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Conseillers du roi : Greffiers des inventaires, Contrôleurs des amendes, Inspecteurs des cochons, Péréquateurs des tailles, Mouleurs de bois à brûler, Aides à mouleurs , Empileurs de bois, Déchargeurs de bois Jieuf, Contrôleurs des bois de charpente , Marqueurs de bois de charpente , Mesureurs de charbon, Cribleurs de grains } Inspecteurs des. veaux, Contrôleurs de volaille , Jaugeurs de tonneaux , Essayeurs d'eau-de-vie , Essayeurs de bière., Rouleurs de tonneaux, Débardeurs de foin, Planchéieurs débâcleurs, Auneurs de toiles, Inspecteurs des perruques? Ces offices, qui font sans doute la prospérité et la splendeur d'un empire, formaient des communautés nombreuses qui avaient chacune leurs syndics. Tout cela fut supprimé en 17 19, mais pour faire place à d'autres de pareille espèce dans la suite des temps.

Ne vaudrait-il pas mieux retrancher tout le faste et tout le luxe de la grandeur, que de les soutenir misérablement par des moyens si bas et si honteux?

Pourquoi un royaume réduit souvent aux extrémités et à quelque avilissement , s'est-il pourtant soutenu, quelques efforts que l'on ait faits pour l'écraser? c'est que la nation est active et industrieuse. Elle ressemble aux abeilles; on leur prend leur cire et leur miel , et le moment d'après elles travaillent à en faire d'autres.

Pourquoi, dans la moitié de l'Europe, les filles prient-elles Dieu en latin, qu'elles n'entendent pas ?

Pourquoi presque tous les papes et tous les évéques, au seizième siècle, ayant publiquement tant de bâtards, s'obstinèrent-ils à proscrire le mariage des prêtres, tandis que l'église grecque a continué d'ordonner que ses curés eussent des femmes?

Pourquoi dans l'antiquité n'y eut-il jamais de querelle théologique, et ne distingua-t-on jamais aucun peuple par un «om de sectes ? Les Egyptiens n'étaient point appelés Isiaques , Osiriaques ; les peuples de Syrie n'avaient point le nom de Cybéliens. Les Cretois avaient une dévotion particulière à Jupiter, et ne s'intitulèrent jamais Jupitériens. Les anciens Latins étaient fort attachés â Saturne , et il n'y eut pas un village du Latîum qu'on appelât Saturnien : au contraire , les disciples du Dieu de vérité , prenant le titre de leur maître même, et s'appelant oints comme lui, déclarèrent , dès qu'ils le purent , une guerre éternelle à tous les peuples qui n'étaient pas oints, et se firent pendant plus de quatorze cents ans la guerre entre eux, en prenant les noms acariens, de muni" chéens, de donatistes, de hussites, de papistes, de lu-» tkériens, de calvinistes. Et même, en dernier lieu, les

Dict. Ph. 7„ 3o

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jansénistes et les molinistes n'ont point eu de mortification plus cuisante que de n'avoir pu s'égorger en bataille rangée. D'où vient cela?

Pourquoi un marchand libraire vous vend-il publiquement le Cours d'athéisme du grand poëte Lucrèce, imprimé à l'usage du dauphin, fils unique de Louis XIV, par les ordres et sous les yeux du sage duc de Montausier, et de l'éloquent Bossuet, évêque de Meaux , et du savant Huet , évêque d'Avranches ? C'est là que vous trouvez ces sublimes impiétés, ces vers admirables contre la Providence et contre l'immortalité de l'âme , qui passent de bouche en bouche à tous les siècles à venir,

Ex nihilo riihil^ iri nihïlum nit posse reverti,

Rien ne vient du néant, rien ne s'anéantit. »

Tancjere enim ac tangi nisi corpus nulla potest res, JLe corps seul peut toucher et gouverner. le corps.

'ZVec benè pro meritis capitur, née tangitur irâ(Deus)* Rien ne peut flatter Dieu, rien ne peut l'irriter,

Tantàm rellicjio potuit suadere malorum ! C'est la religion qui produit tous les maux.

Desipere est mortale œterno juriejere et una Consentire putare et junai mutua posse.

Il faut être insensé pour oser joindre ensemble Ce qui dure à jamais, et ce qui doit périr.

Nil icfitur mors est, ad nos ne,que pertinet hilum. Cesser d'être n'est rien ; tout meurt avec le corps.

Tflortalem tamen esse animam fateare necesse est. Non , il n'est point d'enfer, et notre âme est mortelle.

Hinc Acherusia fît stultoium deniquè vita. Les vieux fous sont en proie aux superstitions.

et cent autres vers qui sont le charme de toutes les nations; productions immortelles d'un esprit qui se crut mortel.

Non-seulement on vous vend ces vers latins dans la rue Saint-Jacques et sur le quai des Augustins; mais vous achetez hardiment les traductions faites dans tous les patois dérivés de la langue latine ; traductions ornées de notes savantes qui éclaircissent la doctrine du matérialisme, qui rassemblent toutes les preuves contre la divinité , et qui l'anéantiraient si elle pouvait être détruite. Vous trouvez ce livre relié en marroquin dans la belle bibliothèque d'un grand prince dévot, d'un cardinal, d'un chancelier, d'un archevêque, d'un président à mortier; mais on condamna les dix-huit premiers livres de l'histoire du sage de Thou dès qu'ils parurent. Un pauvre philosophe velche ose-t-il imprimer, en son propre et privé nom, que si les hommes étaient nés sans doigts ils n'auraient jamais pu travailler en tapisserie ; aussitôt un autre velche, revêtu pour son argent d'un office de robe, requiert qu'on brûle le livre et l'auteur.

Pourquoi les spectacles sont-ils anathématisés par certaines gens qui se disent du premier ordre de l'état, tandis que les spectacles sont nécessaires à tous les ordres de l'état, tandis qu'ils sont payés par le souverain de l'état, qu'ils contribuent à la gloire de l'état, et que les lois de l'état les maintiennent avec autant de splendeur que de régularité ?

Pourquoi abandonne-t-on au mépris , à l'avilissement, a l'oppression, à la rapine, le grand nombre de ces hommes laborieux et innocens qui cultivent la

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terre tous les jours de l'année pour vous en faire manger tous les fruits; et qu'au contraire on respecte , on ménage, on courtise l'homme inutile et souvent trèsméchant qui ne vit que de leur travail , et qui n'est riche que de leur misère ?

Pourquoi , pendant tant de siècles , parmi tant d'hommes qui font croître le blé dont nous sommes, nourris, ne s'en trouva-t-iï aucun qui découvrît cette erreur ridicule , laquelle enseigne que le blé doit pourir pour germer , et mourir pour renaître ; erreur qui a produit tant d'assertions impertinentes , tant de fausses comparaisons , tant d'opinions ridicules?

Pourquoi les fruits de la terre étant si nécessaires pour la conservation des hommes et des animaux , voit-on cependant tant d'années et tarit de contrées où ces fruits manquent absolument ?

Pourquoi la terre est-elle couverte de poissons dans la moitié de l'Afrique et de l'Amérique ?

Pourquoi n'est-il aucun territoire où il n'y ait beaucoup plus d'insectes que d'hommes ?

Pourquoi un peu de sécrétion blanchâtre et puante forme-t-elle un être qui aura des os durs, des désirs et des pensées; et pourquoi ces êtres-là se persécuteront-ils toujours les uns les autres?

Pourquoi existe-t-il tant de mal, tout étant formé par un Dieu que tous les théistes se sont accordés à nommer bon ?

Pourquoi , nous plaignant sans cesse de nos maux , nous occupons-nous toujours à les redoubler?

Pourquoi, étant si misérables, a-t-on imaginé

que n'être plus est un grand mal, lorsqu'il est clair que ce n'était pas un mal de n'être point avant sa naissance?

Pourquoi pleut-il tous les jours dans la mer, tandis que tant de déserts demandent de la pluie , et sont toujours arides ?

Pourquoi et comment a-t-on des rêves dans le sommeil , si on n'a point d'âme? et comment ces rêves sont-ils toujours si incohérens, si extravagans, si on en a une ?

Pourquoi les astres circulent - ils d'occident en orient plutôt qu'au contraire ?

Pourquoi existons-nous ? pourquoi y a-t-il quelque chose ?

Le préjugé est une opinion sans jugement. Ainsi dans toute la terre on inspire aux enfans toutes les opinions qu'on veut avant qu'ils puissent juger.

Il y a des préjugés universels, nécessaires, et qui font la vertu même. Par tout pays on apprend aux enfans à reconnaître un Dieu rémunérateur et vengeur; à respecter, à aimer leur père et leur mère; à regarder le larcin comme un crime, le mensonge intéressé comme un vice, avant qu'ils puissent deviner ce que c'est qu'un vice et une vertu.

Il y a donc de très-bons préjugés; ce sont ceux que le jugement ratifie quand on raisonne.

Sentiment n'est pas simple préjugé ; c'est quelque chose de bien plus fort. Une mère n'aime pas son fils, parce qu'on lui dit qu'il le faut aimer; elle le chérit

heureusement malgré elle. Ce n'est point par préjugé que vous courez au secours d'un enfant inconnu prêt à tomber dans un précipice, ou à être dévoré par une bête.

Mais c'est par préjugé que vous respecterez un homme revêtu de certains habits , marchant gravement, parlant de même. Vos parens vous ont dit que vous deviez vous incliner devant cet homme ; vous le respectez avant de savoir s'il mérite vos respects : vous croissez en âge et en connaissance; vous vous apercevez que cet homme est un charlatan pétri d'orgueil, d'intérêt et d'artifice ; vous méprisez ce que vous révériez, et le préjugé cède au jugement. Vous avez cru par préjugé les fables dont on a bercé votre enfance ; on vous a dit que les Titans firent la guerre aux dieux, et que Vénus fut amoureuse d'Adonis; vous prenez à douze ans ces fables pour des vérités ; vous les regardez à vingt ans comme des allégories ingénieuses.

Examinons en peu de mots les différentes sortes de préjugés, afin de mettre de l'ordre dans nos affaires. Nous serons peut-être comme ceux qui, du temps du système de Lass, s'aperçurent qu'ils avaient calculé des richesses imaginaires.

Préjugés des sens.

N'est-ce pas une chose plaisante que nos yeux nous trompent toujours, lors même que nous voyons très- bien, et qu'au contraire nos oreilles ne nous trompent pas? Que votre oreille bien conformée entende, vous êtes belle , je vous aime; il est bien sûr

qu'on ne vous a pas dit, je vous hais , vous êtes laide ; mais vous voyez un miroir uni; il est démontré que vous vous trompez , c'est une surface très-raboteuse. Vous voyez le soleil d'environ deux pieds de diamètre : il est démontré qu'il est un million de fois plus gros que la terre;

Il semble que Dieu ait mis la vérité dans vos oreilles, et Terreur dans vos yeux; mais étudiez l'optique, et vous verrez que Dieu ne vous a pas trompé , et qu'il est impossible que les objets vous paraissent autrement que vous les voyez dans l'état présent des choses.

Préjugés physiques.

Le soleil se lève, la lune aussi, la terre est immobile ; ce sont là des préjugés physiques naturels. Mais que les écrevisses soient bonnes pour le sang, parce qu'étant cuites eJles sont rouges comme lui; que les anguilles guérissent la paralysie parce qu'elles frétillent; que la lune influe sur nos maladies parce qu'un jour on observa qu'un malade avait eu un redoublement de fièvre pendant le décours de la lune; ces idées et mille autres ont été des erreurs d'anciens charlatans, qui jugèrent sans raisonner, et qui? étant trompés, trompèrent les autres.

Préjugés historiques.

La plupart des histoires ont été crues sans examen, et cette créance est un préjugé. Fabius Pictor raconte que, plusieurs siècles avant lui, une vestale de la ville d'Albe, allant puiser de l'eau dans sa

cruche, fut violée, qu'elle accoucha de Romulus et de Rémus, qu'ils furent nourris par une louve, etc. Le peuple romain crut cette fable ; il n'examina point si dans ce temps-là il y avait des vestales dans le Latium, s'il était vraisemblable que la fille d'un roi sortît de son couvent avec sa cruche, s'il était probable qu'une louve allaitât deux enfans au lieu de les manger; le préjugé s'établit.

Un moine écrit que Cïovis , étant dans un grand danger à la bataille de Tolbiac , fit vœu de se faire chrétien s'il en réchappait; mais est- il naturel qu'on s'adresse à un dieu étranger dans une telle occasion ? n'est-ce pas alors que la religion dans laquelle on est né agit le plus puissamment ? Quel est le chrétien qui , dans une bataille contre les Turcs , ne s'adressera pas plutôt à la sainte Vierge qu'à Mahomet ? On ajoute qu'un pigeon apporta la sainte ampoule dans son bec pour oindre Clovis, et qu'un ange apporta l'oriflamme pour le conduire; le préjugé crut toutes les historiettes de ce genre. Ceux qui connaissent la nature humaine savent bien que l'usurpateur Clovis et l'usurpateur Rolon ou Roi se firent chrétiens pour gouverner plus sûrement des chrétiens, comme les usurpateurs turcs se firent musulmans pour gouverner plus sûrement les musulmans.

Préjugés religieux.

Si votre nourrice vous a dit que Cérès préside aux blés , ou que Vistnou et Xaca se sont fait hommes plusieurs fois, ou que Sammonocodom est venu couper une forêt, ou qu'Odin vous attend dans sa salle

vers le Jutland , ou que Mahomet ou quelque autre a fait un voyage dans le ciel ; enfin si votre précepteur vient ensuite enfoncer dans votre cervelle ce que votre nourrice y a gravé , vous en tenez pour votre vie. Votre jugement veut-il s'élever contre ces préjugés, vos voisins et surtout vos voisines crient à l'impie, et vous effraient; votre derviche, craignant de voir diminuer son revenu, vous accuse auprès du cadi, et ce cadi vous fait empaler s'il le peut, parce qu'il veut commander à des sotsjy et qu'il croit que les sots obéissent mieux que les autres : et cela durera jusqu'à ce que vos voisins et le derviche et le cadi commencent à comprendre que la sottise n'est bonne à rien , et que la persécution est abominable.

La religion anglicane ne règne qu'en Angleterre et en Irlande ; le presbytérianisme est la religion dominante en Ecosse. Ce presbytérianisme n'est autre chose que le calvinisme pur, tel qu'il avait été établi en France et qu'il subsiste à Genève. Comme les prêtres de cette secte ne reçoivent de leurs églises que des gages très-médiocres , et que par conséquent ils ne peuvent vivre que dans le même luxe que les évêques, ils ont pris ïe parti naturel de crier contre les honneurs où ils ne peuvent atteindre. Figurez-vous l'orgueilleux Diogène qui foulait aux pieds l'orgueil de Platon : les presbytériens d'Ecosse ne ressemblent pas mal à ce fier et gueux raisonneur. Ils traitèrent Charles II avec bien moins d'égards que Diogène n'avait traité Alexandre ; car , lorsqu'ils prirent les

armes pour lui contre Cromwell qui les avait trompés, ils firent essuyer à ce pauvre roi quatre sermons par jour; ils lui défendaient de jouer; ils le mettaient en pénitence ; si Bien que Charles se lassa bientôt d'être roi de ces pédans , et s'échappa de leurs mains comme un écolier se sauve du collège.

Devant un jeune et vif bachelier français, criaillant le matin dans les écoles de théologie , le soir chantant avec les dames, un théologien anglican est un Caton ; mais ce Caton paraît un galant devant un presbytérien d'Ecosse. Ce dernier affecte une démarche grave, un air fâché, un vaste chapeau, un long manteau par-dessus un habit court; prêche du nez, et donne le nom de prostituée de Babylone à toutes les églises où quelques ecclésiastiques sont assez heureux pour avoir cinquante mille livres de rente, et où le peuple est assez Bon pour le souffrir, et pour les appeler monseigneur, votre grandeur et votre éminence. Ces messieurs, qui ont aussi quelques églises en Angleterre, ont mis les airs graves et sévères à la mode en ce pays. C'est à eux qu'on doit la sanctification du dimanche dans les trois royaumes. Il est défendu ce jour-là de travailler et de se divertir; ce qui est le double de la sévérité des églises catholiques. Point d'opéra, point de comédie, point de concert à Londres le dimanche; les cartes même y sont si expressément défendues, qu'il n'y a que les personnes de qualité, et ce qu'on appelle les honnêtes gens, qui jouent ce jour-là : le reste de la nation va au sermon , au cabaret, et chez des filles de joie.

Quoique la secte épiscopaîe et la presbytérienne

PRÉTENTIONS. 35g

soient les deux dominantes dans la Grande-Bretagne, toutes les autres y sont bien venues, et vivent assez bien ensemble , pendant que la plupart de leurs prédicans se détestent réciproquement, avec presqu'autant de cordialité qu'un janséniste damne un jésuite.

Entrez dans la bourse de Londres, cette place plus respectable que bien des cours , dans laquelle s'assemblent les députés de toutes les nations pour l'utilité des hommes : là , le Juif, le maliométan et le chrétien traitent l'un avec l'autre comme s'ils étaient de la même religion , et ne donnent le nom àHnfidèles qu'à ceux qui font banqueroute. Là le presbytérien se fie à l'anabaptiste, et l'anglican reçoit la promesse du quaker. Au sortir de ces pacifiques et libres assemblées, les uns vont à la synagogue, les autres vont boire; celui-ci va se faire baptiser*dans une grande cuve au nom du Père, par le Fils, au Saint-Esprit; celui-là fait couper le prépuce de son fils , et fait marmoter sur J'enfant des paroles hébraïques qu'il n'entend point ; les autres vont dans leur église attendre l'inspiration de Dieu, leur chapeau sur la tête 4 et tous sont contens.

S'il n'y avait en Angleterre qu'une religion , son despotisme serait à craindre; s'il n'y en avait que deux, elles se couperaient la gorge : mais il y en a trente, elles vivent en paix et heureuses.

Il n'y a pas dans notre Europe un seul prince qui ne s'intitule souverain d'un pays possédé par son voisin. Cette manie politique est inconnue dans le

reste du monde ; jamais le roi de Boutan ne s'est dit empereur de la Chine ; jamais le conteish tartare ne prit le titre de roi d'Egypte.

Les plus belles prétentions ont toujours été celles des papes; deux clefs en sautoir les mettaient visiblement en possession du royaume des cieux. Ils liaient et ils déliaient tout sur la terre. Cette ligature les rendait maîtres du continent; et les filets de saint Pierre leur donnaient le domaine des mers.

Plusieurs savans théologiens ont cru que ces dieux diminuèrent eux-mêmes quelques articles de leurs prétentions , lorsqu'ils furent vivement attaqués par les titans nommés luthériens, anglicans, calvinistes, etc. Il est très-vrai que plusieurs d'entre eux devinrent plus modestes, que leur cour céleste eut plus de décence; cependant leurs prétentions se sont renouvelées dans toutes les occasions. Je n'en veux pour preuve que la conduite d^Aldobrandin , Clément VIII, envers le grand Henri IV, quand il fallut lui donner une absolution dont il n'avait que faire , puisqu'il était absous par les évêques de son royaume, et qu'il était victorieux.

Aldobrandin résista d'abord pendant une année entière, et ne voulut pas reconnaître le duc de Nevers pour ambassadeur de France. A la fin il consentit à ouvrir la porte du royaume des cieux à Henri, aux conditions suivantes.

i°. Que Henri demanderait pardon de s'être fait ouvrir la porte par des sous -portiers tels que des évêques, au lieu de s'adresser au grand portier.

2°. Qu'il s'avouerait déchu du trône de France jus-

PRÉTENTIONS. 36 i

qu'a ce qu'Aldobrandin le réhabilitât par la plénitude de sa puissance.

3°. Qu'il se ferait sacrer et couronner une seconde fois, l'a première étant nulle, puisqu'elle avait été faite sans l'ordre exprès d'Aldobrandin.

4°. Qu'il chasserait tous les protestans de son royaume, ce qui n'était ni honnête ni possible. La chose n'était pas honnête , parce que les protestans avaient prodigué leur sang pour le faire roi de France; elle n'était pas possible, parce que ces dissidens étaient au nombre de deux millions i

5°. Qu'il ferait au plus vite la guerre au grande turc, ce qui n'était ni plus honnête ni plus possiblev puisque le grand - turc l'avait reconnu roi dans le temps que Rome ne le connaissait pas, erque Henri n'avait ni troupes, ni argent, ni vaisseaux pour aller faire la guerre comme un fou à ce grand-turc son allié. '

6°. Qu'il recevrait, couché sur le ventre tout de son long, l'absolution de monsieur le légat, selon la forme ordinaire; c'est-à-dire, qu'il serait fustigé par monsieur le légat.

7°. Qu'il rappellerait les jésuites chassés de son royaume par le parlement, pour l'assassinat commis sur sa personne par Jean Çhâtel, leur écolier.

J'omets plusieurs autres petites prétentions. Henri en fit modérer plusieurs. Il obtint surtout, avec bien de la peine, qu'il ne serait fouetté que par procureur, et de la propre main d'Aldobrandin,

Vous me direz que sa sainteté était forcée à exiger des conditions si extravagantes , par le vieux démon

Dict. Ph. 7. 3ii

0Ô2 PRÉTEXTIONS.

du midi Philippe II, qui avait dans Rome plus do pouvoir que le pape. Vous comparez Aldobrandin à un soldat poltron , que son colonel conduit à la tran> . chéc à coups de bâton.

Je vous répondrai qu'en effet Clément VIII craignait Philippe II, mais qu'il n'était pas moins attaché aux droits de sa tiare ; que c'était un si grand plaisir pour le petit- fils d'un banquier de donner le fouet à un roi de France, que pour rien au monde Aldobrandin n'eût voulu s'en départir.

Vous me répliquerez que, si un pape voulait réclamer aujourd'hui de telles prétentions, s'il voulait donner le fouet au roi de France, au roi d'Espagne, ou au roi de Naples, ou au duc de Parme, pour avoir chassé le's révérends pères jésuites, il risquerait d'être traité comme Clément VII le fut par Charles- Quint, et d'essuyer dçs humiliations beaucoup plus grandes; qu'il faut sacrifier ses prétentions à son utilité ; qu'on doit céder au temps; que le shérif de la Mecque doit proclamer Àli-beg roi d'Égvpte, s'il est victorieux et affermi. Je vous répondrai que vous avez raison.

Prétentions de V empire, tirées de Glafey et de Scliweder.

Sur Rome (nulle). Charles-Quint même, après avoir pris Rome, ne réclama point le droit de domaine utile.

Sur le patrimoine de saint Pierre, depuis Viterbo jusqu'à Givi£a-Castellana3 terres de la comtesse Ma-

thilde y mais cédées solennellement par Rodolphe de Hapsbourg.

Sur Parme et Plaisance, domaine suprême comme partie de la Lombardie, envahies par Jules- II, données par Paul III à son bâtard Farrièse : hommage toujours fait depuis ce temps au pape ; suzeraineté toujours réclamée par les seigneurs de Lombardie. Le droit de suzeraineté entièrement rendu à l'empereur atix traités de Cambrai, de Londres, à la paix de

Sur la Toscane , droit de suzeraineté exercé par Charles^Quint; état de l'empire appartenant aujourd'hui au frère de l'empereur.

Sur la république de Lucques, érigée en duché par Louis de Bavière en 13^8; les sénateurs déclarés depuis vicaires de l'empire par Charles IV. L'empereur Charles VI, dans la guerre de 1701, y exerça pourtant son droit de souveraineté, en lui fesant payer beaucoup d'argent.

Sur le duché de Milan , cédé par l'empereur Venceslas à Galéas Visconti , mais regardé comme un £e£ de l'empire.

Sur le duché de la Mirandole , réuni à h maison d'Autriche en 1 7 1 1 par Joseph I.

Sur le duché de Mantoue , érigé en duché par Charles-Quint; réuni de même en 1708. -

Sur Guastalla, Novellaria, Bozzolo, Castiglione, aussi fiefs de l'empire , détachés du duché de Mantoue.

Sur tout le Montferrat , dont le duc de Savoie reçut l'investiture à Vienne en 1708,

Sur le Piémont , dont l'empereur Sigismond donna l'investiture au duc de Savoie Àmédée VIII.

Sur le comté d'Asti, donné par Charles-Quint à la maison de Savoie : les ducs de Savoie toujours vicaires en Italie depuis l'empereur Sigismo'nd.

Sur Gênes, autrefois du domaine des rois lombards : Frédéric Barberousse lui donna en fief le rivage, depuis Monaco jusqu'à Porta-Venere; elle est libre sous Charles-Quint en 1 5,29; mais l'acte porte : In cwitate nostrâ Germa, et salçis romani imperii juribus.

Sur les fiefs de tangues, dont les ducs de Savoie ont le domaine direct.

Sur Padoue , Vicence et Vérone , droits devenus caducs.

Sur Naples et Sicile , droits plus caducs encore. Presque tous les états d'Italie sont ou ont été vassaux de l'empire.

Sur la Poméranie et le Mecklembourg, dont Frédéric Barberousse donna les fiefs.

Sur le Danemarck , autrefois fief de l'empire : Othon Ier en donna l'investiture.

Sur la Pologne , pour les terres auprès de la Vistule,

Sur la Bohême et la Silésie, unies à l'empire par Charles IV en 1 355.

Sur la Prusse, du temps de Henri VII : le grandmaître de Prusse reconnu membre de l'empire en i5oo.

Sur la Livonic , du temps des chevaliers de l'épéc.

Sur la Hongrie , dès le temps de Henri II.

Sur la Lorraine, par le traité de i542 : reconnue

état de l'empire , payant taxe pour la guerre du Turc.

Sur le duché de Bar, jusqu'à Tan i3i i, que Phi-* lippe-le-Bel, vainqueur, se fit prêter hommage.

Sur le duché de Bourgogne , en vertu des droits des Marie de Bourgogne.

Sur le royaume d'Arles et la Bourgogne transjurane, que Conrad le Salique posséda du chef de sa femme.

Sur le D'auphiné, comme partie du royaume d'Arles ; l'empereur Charles TV s'éi&nt fait couronner à Arles en i365, et ayant créé le dauphin de France son vicaire.

Sur la Provence, comme membre du royaume d'Arles dont Charles d'Anjou fit hommage à l'empire.

Sur la principauté d'Orange, comme arrière-fief de l'empire

Sur Avignon , par la même raison.

Sur la Sardaigne , que Frédéric II érigea eiï royaume.

Sur la Suisse, comme membre des royaumes d'Arles et de Bourgogne.

Sur la Dalmatie , dont une grande partie appartient aujourd'hui entièrement aux Vénitiens , et l'autre à 1$ Hongrie.

Les prêtres sont dans un état à peu près ce que sont les précepteurs dans les maisons des citoyens, faits pour enseigner, prier, donner l'exemple; ils ne peuvent avoir aucune autorité sur les maîtres de la maison, à moins qu'on ne prouve que celui qui donne

des gages doit obéir à celui qui les reçoit. De toutes tes religions , celle qui exclut le plus positivement les prêtres de toute autorité civile, c'est sans contredit celle dp Jésus : « Rendez à César ce qui est à César. ——Il n'y aura parmi vous ni premier ni dernier. — Mon royaume n'est point de ce monde. »

Les querelles de l'empire et du sacerdoce, qui ont ensanglanté l'Europe pendant plus de six siècles, n'ont donc été de la part des prêtres que des rébellions contre Dieu et les hommes, et un péché continuel contre le Saint-Esprit.

Depuis Calcas , qui assassina la fille d'Agamcmnon, jusqu'à Grégoire XII et Sixte V, deux évêquel de Rome qui voulurent priver le grand Henri IV dtf royaume de France , la puissance sacerdotale a été fatale au monde.

Prière n'est pas domination; exhortation n'est paj despotisme. Un bon prêtre doit être ïe médecin de« âmes. Si Hippocrate avait ordonné à ses malades df prendre de l'ellébore sous peine d'être pendus, Hippocrate aurait été plus fou et plus barbare que Phalaris, et il aurait eu peu de pratiques. Quand un prêtre dit : Adorez Dieu, soyez juste, indulgent, compatissant, c'est alors un très-bon médecin. Quand il dit : Croyez-moi, ou vous serez brûlé, c'est un assassin.

Le magistrat doit soutenir et contenir le prêtre, comme le père de famille doit donner de la considé-» ration au précepteur de ses enfans et empêcher qu'il) n'en abuse. L'accord du sacerdoce et de l'empire est Ici système le plus monstrueux ; car, dès qu'on chercha cet accord, on suppose nécessairement la division $

xi faut dire , la protection donnée par V empire au sacerdoce.

Mais dans les pays où le sacerdoce a obtenu l'empire , comme dans Salem , où Melchisédech était prêtre et roi ; comme dans le Japon \ où le daïri a été si long-temps empereur, comment faut-il faire ? Je réponds que les successeurs de Melchisédech et des daïris ont été dépossédés.

Les Turcs sont sages en ce point. Ils font à la vérité le voyage de la Mecque; mais ils ne permettent pas au shérif de la Mecque d'excommunier le sultan. Ils ne vont point acheter à la Mecque la permission de ne pas observer le ramadan, et celle d'épouser leurs cousines ou leurs nièces ; ils ne sont point jugés par des imans que le shérif délègue; ils ne paient point la première année de leur revenu au shérif. Que de choses à dire sur tout cela! Lecteur, c'est à vous de les dire vous-même.

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