‹ Dictionnaire philosophique (volume 3)Chapitre 61 sur 85 · PRÊTRES DES PAÏENS · texte numérisé non relu

PRÊTRES DES PAÏENS

Dom Navarette, dans une de ses lettres à doit Juan d'Autriche , rapporte ce discours du dalaï-lama à son conseil privé.

« Mes vénérables frères, vous et moi nous savons très-bien que je ne suis pas immortel; mais il est bon que les peuples le croient. Les Tartares du grand et du petit Thibet sont un peuple de col raide et de lumières courtes, qui ont besoin d'un joug pesant et de grosses erreurs. Persuadez-leur bien mon immortalité dont la gloire rejaillit sur vous, et qui vous procure honneurs et richesses.

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<c Quand le temps viendra où les Tartares seront plus éclairés, on pourra leur avouer alors que les grands lamas ne sont point immortels, mais que leurs prédécesseurs Pont été; et que ce qui était nécessaire pour la fondation de ce divin édifice, ne l'est plus quand l'édifice est affermi sur un fondement inébranlable.

a J'ai eu d'abord quelque peine à faire distribuer aux vassaux de mon empire les agrémens de ma chaise percée, proprement enchâssés dans des cristaux ornés de cuivre doré; mais ces monumens ont été reçus avec tant de respect, qu'il a fallu continuer cet usage, lequel après tout ne répugne en rien aux bonnes mœurs, et qui fait entrer beaucoup d'argent dans notre trésor sacré.

« Si jamais quelque raisonneur impie persuade au peuple que notre derrière n'est pas aussi divin que notre tête; si on se révolte contre nos reliques, vous en soutiendrez la valeur autant que vous le pourrez.

« Et, si vous êtes forcés enfin d'abandonner la sainteté de notre cul, vous conserverez toujours dans l'esprit des raisonneurs le profond respect qu'on doit à notre cervelle, ainsi que dans un traité avec lesMongules nous avons cédé une mauvaise province pour être possesseurs paisibles des autres.

« Tant que nos Tartares du grand et du petit Thibet ne sauront ni lire ni écrire, tant qu'ils seront grossiers et dévots, vous pourrez prendre hardiment leur argent, coucher avec leurs femmes et avec leurs filles, et les menacer de la colère du dieu Fo s'ils osent se plaindre.

prêtres. 36g

« Lorsque le temps de raisonner sera arrivé ( car enfin il fout bien qu'un jour les hommes raisonnent) , vous prendrez alors une conduite tout opposée, et vous direz le contraire de ce que vos prédécesseurs ont dit j car vous devez changer de bride à mesure que les chevaux deviennent plus difficiles à gouverner. Il faudra que votre extérieur soit plus grave, vos intrigues plus mystérieuses, vos secrets mieux gardés, vos sophismes plus éblouissans, votre politique plus fine. Vous êtes alors les pilotes d'un vaisseau qui fait eau de tous cotés. Ayez sous vous des subalternes qui soient continuellement occupés à pomper, à calfater, à boucher tous les trous. Vous voguerez avec plus de peine; mais enfin vous voguerez, et vous jetterez dans l'eau ou dans le feu, selon qu'il conviendra le mieux, tous ceux qui voudront examiner si vous avez bien radoubé le vaisseau.

r« Si les incrédules sont ou le prince des Kalkas , ou le conteish dcsKalmouks, ou un prince de Casan, ou tel autre grand seigneur qui ait malheureusement trop d'esprit, gardez-vous bien de prendre querelle avec eux. -Respectez-les, dites-leur toujours que vous espérez qu'ils rentreront dans la bonne voie. Mais, pour les simples citoyens, ne les épargnez jamais; plus ils seront gens de bien, plus vous devez travailler aies exterminer; car ce sont les gens d'honneur qui sont les plus dangereux pour vous.

« Vous aurez la simplicité de la colombe , la prudence du serpent, et la griffe du lion, selon les lieux et selon les temps. »,

Le dalaï-lama avait à peine prononcé cesparoles2

3jO TRIÈRE 5.

que la terre trembla, les éclairs coururent d'un pôle à l'autre, le tonnerre gronda, une voie céleste se fit entendre : adorez dieu et non le grand-lama.

Tous les petits lamas soutinrent que la voix avait dit : Adorez Dieu et le grand-lama. On le crut longtemps dans le royaume du Thibet; et maintenant on ne le croit plus.

Nous ne connaissons aucune religion sans prières; les Juifs même en avaient, quoiqu'il n'y eût point chez eux de formule publique, jusqu'au temps où ils chantèrent leurs cantiques dans leurs synagogues, ce qui n'arriva que très-tard.

Tous les hommes, dans leurs désirs et dans leurs craintes, invoquèrent le secours d'une divinité. Des philosophes y plus respectueux, envers l'Être suprême, et moins condescendans à îâ faiblesse humaine, ne voulurent, pour toute prière, que la résignation. C'est en effet tout ce qui semble convenjj entre la créature et le créateur. Mais la philosophie n'est pas faite pour gouverner le monde; elle s'élève trop au-dessus du vulgaire; elle parle un langage qu'il ne peut entendre. Ce serait proposer aux marchandes de poissons frais d'étudier les sections coniques.

Parmi les philosophes mêmes, je ne crois pas qu'aucun autre que Maxime de Tyr ait traité cette matière; voici la substance des idées de ce Maxime.

L'Éternel a ses desseins de toute éternité. Si la prière est d'accord avec ses volontés immuables, il

est très-inutile de lui demander ce qu'il a résolu de faire. Si on le prie de faire le contraire de ce qu'il a résolu, c'est le prier d'être faible, léger, inconstant; c'est croire qu'il soit tel, c'est se moquer de lui. Ou vous lui demandez une chose juste; en ce cas il ,1a doit, et elle se fera sans qu'on l'en prie; c'est même se défier de lui que lui faire instance : ou la chose est injuste, et alors on l'outrage. Vous êtes digne ou indigne de la grâce que vous implorez : si digne, il le sait mieux que vous; si indigne, on commet un crime de plus en demandant ce qu'on ne mérite pas.

En un mot, nous ne fesons des prières à Dieu que parce que nous l'avons fait à notre image. Nous le traitons comme un bâcha, comme un sultan qu'on peut irriter et apaiser.

Enfin toutes les nations prient Dieu ; les sages se résignent et lui obéissent.

Prions avec le peuple, et résignons-nous avec les sages.

Nous avons déjà parlé des prières publiques de plusieurs nations , et de celles des Juifs. Ce peuple en a une depuis un temps immémorial , laquelle mérite toute notre attention par sa conformité avec notre prière enseignée par Jésus-Christ même. Cette oraison juive s'appelle le Kadish; elle commence par -ces mots : « O Dieu ! que votre nom soit magnifié et sanctifié^ faites régner votre règne; que la rédemption fleurisse, et que le Messie vienne promptement ! »

Ce Kadish, qu'on récite en chaldéen, a fait croire qu'il était aussi ancien que la captivité, et que ce fut alors qu'ils commencèrent à espérer un messie j u»

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libérateur., qu'ils ont demande depuis dans les temps de leurs calamités.

Ce mot de messie, qui se trouve dans cette ancienne prière, a fourni beaucoup de disputes surFhistoire de ce peuple. Si cette prière est du temps d»la transmigration à Babylone, il est clair qu'alors les Juifs devaient souhaiter et attendre un libérateur. Mais d'où vient que , dans des tenrps plus funestes encore , après la destruction de Jérusalem par Titus, ni Josèphe ni Ptiilon ne parlèrent jamais de l'attente d'un messie? Il y a des obscurités dans l'histoire de tous les peuples; mais celles des Juifs est un chaos perpétuel. Il est triste pour les gens qui veulent s'instruire, que les Chaldéens et les Egyptiens aient perdu leurs archives, tandis que les Juifs ont conservé les leurs.

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