‹ Dictionnaire philosophique (volume 3)Chapitre 64 sur 85 · ET SWIFT · texte numérisé non relu

ET SWIFT

Pourquoi donc les malheurs affreux que causa la ligue en France, et ceux que les guerres du roi et du parlement étalèrent en Angleterre, ont-ils: pu fournir des plaisanteries ? c'est qu'au fond il y avait un ridicule caché dans ces querelles funestes. Les bourgeois de Paris à la tête de la faction des Seize mêlaient l'impertinence aux horreurs de la faction. Les intrigues des femmes, du légat et dès moines avaient un côté comique, malgré les calamités qu'elles apportèrent. Les disputes théologiqiîes et Penthousiasmc1 des puritains en Angleterre étaient très-susceptibles de railleries; et ce fond de ridicule bien développé pouvait devenir plaisant, en écartant les horreurs tragiques qui le couvraient. Si la bulle Unigenitus fesait répandre du sang, le petit poëme de Philotanus n'en serait pas moins convenable au sujet, et on ne pourrait même lui reprocher que de n'être pas aussi gai, aussi plaisant, aussi varié qu'il pouvait l'être, et de ne pas tenir dans le corps de l'ouvrage ce que promet le commencement.

Le poëme d'Hudibras, dont je vous parle, semble être un composé de la Satire Ménippée et de don* Quichotte; il a sur eux l'avantage des vers, il a celuide l'esprit : la Satire Ménippée n'en approche pas ; elle n'est qu'un ouvrage très-médiocre; mais, à force d'esprit, Fauteur d'Hudibras a trouvé le secret d'être fort au-dessous de dom Quichotte. Le goût, la naïveté, Part de narrer, celui de bien entremêler les aventures, celui de ne rien prodiguer ? valent bien mieux que de l'esprit : aussi dom Quichotte est lu de toutes les nations, etHudibras n'est lu que des Anglais,

3j6 PRI0R, BUTLER,

L'auteur de ce poème si extraordinaire s'appelait Butler : il était contemporain de Milton, et eut infiniment plus de réputation que lui , parce qu'il était plaisant, et que le poëmc de Milton était fort triste. Butler tournait les ennemis du roi Charles II en ridicule, et toute la récompense qu'il en eut fut que le roi citait souvent ses vers. Les combats du chevalier Hudibras furent plus connus que les combats des anges et des diables du Paradis perdu : mais la cour d'Angleterre ne traita pas mieux le plaisant Butler , que la cour céleste ne traita le sérieux Milton ; et tous deux moururent de faim, ou a peu près.

Le héros du poëme de Butler n'était pas un personnage feint, comme le dom Quichotte de Michel Cervantes : c'était un chevalier baronnet très -réel , qui avait été un des enthousiastes de Cromwell , et un de ses colonels. Il s'appelait sir Samuel Luke. Pour faire connaître l'esprit de ce poëme unique en son genre, il faut retrancher les trois quarts de tout passage qu'on veut traduire; car ce Butler ne finit jamais. 'J'ai donc réduit à environ quatre -vingts vers les quatre cents premiers vers d'Hudibras , pour évitci la prolixité.

Quand les profanes et les saints Dans l'Angleterre étaient aux prises, Qu'on se battait pour des églises, Aussi fort que pour des catins ; Lorsqu'anglicans et puritains Fesaient une si rude guerre , Et qu'au sortir du cabaret Les orateurs de Nazareth Allaient battre lu caisse eh chaire;

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