‹ Dictionnaire philosophique (volume 3)Chapitre 78 sur 85 · Q UI S QUI S. RAM US · texte numérisé non relu

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explication , pouvait donc paraître équivoque ; et c'était assurément une bien petite faute.

Ensuite , en examinant le livre , on aurait pu observer :

Que ce n'est point parce que les singes ont les mains différentes de nous qu'ils ont moins de pensées; car leurs mains sont comme les nôtres.

Qu'il n'est pas vrai que l'homme soit l'animal le plus multiplié sur la terre ; car dans chaque maison il y a deux ou trois mille fois plus de mouches que d'hommes.

Qu'il est faux que du temps de Néron on se plaignît de la doctrine de l'autre monde nouvellement introduite, laquelle énervait les courages; car cette doctrine était introduite depuis long-temps (b).

Qu'il est faux que les mots nous rappellent des images ou des idées ; car les images sont des idées : il fallait dire des idées simples ou composées.

Qu'il est faux que la Suisse ait à proportion plus d'habitans que la France et l'Angleterre.

Qu'il est faux que le mot de libre soit synonyme ^éclairé ; lisez le chapitre de Locke sur la puissance.

Qu'il est faux que les Romains aient accordé à César, sous le nom dHmperator, ce qu'ils lui refusaient sous le nom de rex ; car ils le créèrent dictateur perpétuel , et quiconque avait gagné une bataille était imperatOTi Cicéron était imper ator.

Qu'il est faux que la science ne soit que le souve-

{b) Voyez Ciqéron, Lucrèce, Virgile, etc.

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nir des idées d'autrui ; car Archimède et Newton inventaient.

Qu'il est faux autant que déplacé de dire que la Lecouvreur et Ninon aient eu autant d'esprit qu'Aristote et Solon ; car Solon fit des lois, Aristote quelques livres excellens, et nous n'avons rien de ces deux demoiselles.

Qu'il est faux de conclure que l'esprit soit le premier des dons, de ce que l'envie permet à chacun d'être le panégyriste de sa probité, et qu'il n'est pas permis de vanter son esprit; car, premièrement, il n'est permis de parler de sa probité que quand elle est attaquée ; secondement , l'esprit est un ornement dont il est impertinent de se vanter, et la probité une chose nécessaire dont il est abominable de manquer.

Qu'il est faux que Ton devienne stupide dès qu'on cesse d'être passionné ; car, au contraire, une passion violente rend l'âme stupide sur tous les autres objets*

Qu'il est faux que tous les hommes soient nés avec les mêmes talens ; car, dans toutes les écoles des arts et des sciences tous ayant les mêmes maîtres, il y en a toujours très-peu qui réussissent*

Qu'enfin, sans aller plus loin, cet ouvrage, d'ailleurs estimable, est un peu confus, qu'il manque de méthode , et qu'il est gâté par des contes indignes d'un livre de philosophie.

Voilà ce qu'un véritable homme de lettres aurait pu remarquer. Mais de crier au déisme et à l'athéisme tout à la fois, de recourir indignement à ces deux accusations contradictoires, de cabaler pour perdre un homme d'un très-grand mérite , pour le dépouiller

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lui et son approbateur de leurs charges, de solliciter contre lui non-seulement la Sorbonne, qui ne peut faire aucun mal par elle-même, mais le parlement, qui en pouvait faire beaucoup, ce fut la manœuvre la plus lâche et la plus cruelle; et c'est ce qu'ont fait deux ou trois hommes pétris de fanatisme, d'orgueil et d'envie.

Du gazetier ecclésiastique.

Lorsque l'Esprit des lois parut, le gazetier ecclésiastique ne manqua point de gagner de l'argent, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, en accusant dans deux feuilles absurdes le président de Montesquieu d'être déiste et athée. Sous un autre gouvernement Montesquieu eût été pendu : mais les feuilles du gazetier, qui à la vérité furent bien vendues, parce qu'elles étaient calomnieuses , lui valurent aussi les sifflets et l'horreur du public.

De Patouillet.

Un ex-jésuite, nommé Patouillet, s'avisa de foire, en 1764? un mandement sous le nom d'un prélat, dans lequel il accusait encore deux hommes de lettres connus d'être déistes et athées, selon la louable coutume de ces messieurs. Mais comme ce mandement attaquait aussi tous les parlemens du royaume , et que d'ailleurs il était écrit d'un style de collège, il ne fut guère connu que du procù.'îur général qui le défera ; et du bourreau qui le brûla.

$UI5QUIS. N0N0TTE. /tfl

Du Journal chrétien.

Quelques écrivains avaient entrepris un Journal chrétien, comme si les autres journaux étaient idolâtres. Ils vendaient leur christianisme vingt sous par mois, ensuite ils le proposèrent à quinze, il tomba à douze , puis disparut à jamais. Ces bonnes gens avaient en 1760 renouvelé l'accusation ordinaire de déisme et d'athéisme contre M. de Saint - Fois , à l'occasion de quelques faits très-vrais rapportés dans les Essais sur Pays. Ils trouvèrent cette fois-là, dans l'auteur qu'ils attaquaient, un homme qui se défendait mieux que Ramus : il leur fit un procès criminel au Châtelet. Ces chrétiens furent obligés de se rétracter^ après quoi ils restèrent dans leur néant.

De Nonotïe.

Un autre ex-jésuite, nommé Nonotte, dont nous avons quelquefois dit deux mots* pour le faire connaître, fit encore la même manœuvre en deux volumes, et répéta les accusations de déisme et d'athéisme contre un homme assez connu. Sa grande preuve était que cet homme avait , cinquante ans aupara* vant , traduit dans une tragédie deux vers de Sophocle , dans lesquels il est dit que les prêtres païens s'étaient souvent trompés. Nonotte envoya son livre à Rome au secrétaire des brefs ; il espérait un bénéfice et n'en eut point ; mais il obtint l'honneur inestimable de recevoir une lettre du secrétaire des brefs.

C'est une chose plaisante que tous ces dogues

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attaqués de la rage aient encore de la vanité. Ce Nonotte , régent de collège et prédicateur de village , le plus ignorant des prédicateurs, avait imprimé dans son libellç, que Constantin fut en effet très-doux et très - honnête dans sa famille; qu'en conséquence le Labarum s'était fait voir à lui dans le ciel; que Dioclétien avait passé toute sa vie à massacrer des chrétiens pour son plaisir, quoiqu'il les eût protégés sans interruption pendant dix-huit années; que Clovis ne fut jamais cruel; que les rois de ce temps-là n'eurent jamais' plusieurs femmes à la fois; aue les confessionnaux furent en usage dès les premiers siècles de l'église ; que ce fut une action très-méritoire de faire une croisade contre le comte de Toulouse , de lui donner le fouet, et de le dépouiller de ses états.

M. Damilaville daigna relever les erreurs de Nonotte, et l'avertit qu'il n'était pas poli de dire de grosses injures, sans aucune raison, à l'auteur de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations; qu'un critique est obligé d'avoir toujours raison, et que Nonotte avait rarement observé cette loi.

Comment I s'écrie Nonotte, je n'aurais pas toujours raison 7 moi qui suis jésuite , ou qui du moins l'ai été ! Je pourrais me tromper, moi qui ai régenté en province et qui même ai prêché I Et voilà Nouotte qui fait encore un gros livre pour prouver à l'univers que, s'il s'est trompé, c'est sur la foi de quelques jésuites; que par conséquent on doit le croire. Et il entasse, il entasse bévue sur bévue, pour se plaindre à l'univers du tort qu'on lui fait, pour éclairer l'uni-

QUISQUIS. LARCHER. /{jo

vers très-peu instruit de la vanité de Konotte et de ses erreurs.

Tous ces gens-là trouvent toujours mauvais qu'on ose se défendre contre eux. Ils ressemblent au Scara* mouche de l'ancienne comédie italienne , qui volait un rabat de point à Mézetin : celui-ci déchirait un peu le fabat en se défendant : et Scaramouche lui disait : Comment ! insolent, yous me déchirez mon rabat !

De Larcher, ancien répétiteur du collège, Mazarin.

Une autre lumière de collège, un nommé Larcher ; pouvait, sans être un méchant homme, faire un méchant livre de critique, dans lequel il semble inviter toutes les belles dames de Paris à venir coucher pour de l'argent, dans l'église Notre-Dame, avec tous les rouliers et tous les bateliers, et cela par dévotion. Il prétend que les jeunes parisiens sont fort sujets à la sodomie ; il cite pour son garant un auteur grec son favori. Il s'étend avec complaisance sur la bestialité; et il se tache sérieusement de ce que dans un errata de son livre on a mis par mégarde : BeUialitè} lisez bêtise.

Mais ce même Larcher commence son livre comme ceux de ses confrères, par vouloir faire brûler l'abbé Eazin. Il l'accuse de déisme et d'athéisme, pour avoir dit que les fléaux qui affligent la nature viennent tcus de la Providence. Et après cel-aM. Larcher est tout étonné qu'on se soit moqué de lui.

A présent que toutes les impostures de ces mes-

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sieurs sont reconnues, que les délateurs en fait de religion sont devenus l'opprobre du genre humain; que leurs livres, s'ils trouvent deux ou trois lecteurs, n'excitent que la risée ; c'est une chose divertissante de voir comment tous ces gens -là s'imaginent que l'univers aies yeux sur eux; comme ils accumulent brochures sur brochures, dans lesquelles ils prennent à témoin tout le public de leurs innombrables efforts pour inspirer les bonnes mœurs, la modération et la piété.

Des libelles de Langleviel , dit La Beaumelle.

On a remarqué que tous ces écrivains subalternes de libelles diffamatoires, sont un composé d'ignorance , d'orgueil , de méchanceté et de démence. Une de leurs folies est de parler toujours d'eux-mêmes , eux qui par tant de raisons sont forcés de se cacher.

Un des plus inconcevables héros de cette espèce est un certain Langleviel de La Beaumclfe, qui atteste tout le public qu'on a mal ortographié son nom. Je m'appelle Langleviel et non pas Langlevieux, dit -il dans une de ses immortelles productions; donc tout ce qu'on me reproche est faux , et ne peut porter sur moi.

Dans une autre lettre, voici comme il parle à l'univers attentif : « Le six du même mois parut mon ode : on la trouva très -belle, et elle l'était pour Copenhague où je l'envoyai, et autant pour Berlin , où il y a peut-être moins de goût qu'à Copenhague. J'avais le projet de faire imprimer les classiques français , mais- j'en fus détourné le 27 janvier par une avenUire

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de galanterie qui eut des suites funestes. Je fus volé par le capitaine Cocchius, dont la femme m'avait fait des agaceries à l'opéra. Je fus condamné sans avoir été interrogé ni confronté, et je fus conduit à Spandau. J'écrivis au roi. Je crois que Darget supprima mes lettres. lî écrivit à l'ingénieur Lefebvre qu'on ne cherchait qu'à me jouer un mauvais tour. Vous voyez que Darget ne me disait pas bien finement que son maître avait des impressions fâcheuses contre moi. »î

Hé pauvre homme ! qui dans le monde peut s'embarrasser si tu as donné une galanterie à madame Cocchius, ou si madame Cocchius te Fa donnée! qu'importe que tu aies été volé par M. Cocchius , ou que tu Taies volé ? qu'importé que Darget se soit moqué de toi ? qui saura jamais qu'un natif des Cévennes ait fait une ode à Copenhague ?

On retrouve partout la mouche d'Ësope qui du fond d'un char, dans un chemin sablonneux, s'écriait: Que j'élève de poussière !

L'orgueil des petits consiste à parler toujours dé soi. L'orgueil des grands est de n'en jamais parler. Ce dernier orgueil est infiniment plus noble ; mais il est quelquefois un peu insultant pour la compagnie. Il veut dire : Messieurs, vous ne valez pas la peine quô je cherche à être estimé de vous.

Tout homme a de l'orgueil ; tout homme est sen-* sible. Le plus habile est celui qui sait le mieux cacher son jeu.

Il y a un cas où l'on est malheureusement obligé de parler de soi , et même très-long-temps ; c'est quand on a un- procès. Alors il faut hieiv instruire- ses

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juges. C'est un devoir de leur donner bonne opinion de vous. Cicéron, en plaidant prodomo suâ^ fut obligé de rappeler ses services à la république : Démosthènes avait été réduit à la même nécessité dans sa harangue contre Eschine, Hors de là taisez vous, et ne faites parler que votre mérite, si vous en avez.

La mère du maréchal de Villars disait à son fils : Ne parlez jamais de vous qu'au roi , et de votre femme à personne.

On pardonne à un tailleur qui vous apporte votre habit, de vouloir vous persuader qu'il est un trèsbon ouvrier. Sa fortune dépend de l'opinion qu'il vous inspire.

Il était permis à Du Belloi de vanter un peu les vers durs et mal faits de son Siège de Calais; toute son existence était fondée sur cette pièce, aussi intrépide qu'éblouissante. Si Racine avait parlé ainsi d'Iphigénie, il aurait révolté les lecteurs.

C'est presque toujours par orgueil qu'on attaque de grands noms. La Beaumelle dans un de ses libelles insulte messieurs d'Erlac, de Sinner, de Diesbac, de Vatteville, etc., et il s'en justifie en disant que c'est un ouvrage de politique. Mais dans ce même libelle , qu'il appelle son livre de politique, il dit en propres mots (c) : ce Une république fondée par Cartouche aurait eu de plus sages lois que la république de Soion. » Quel respect cet homme a pour les voleurs !

(<7) « Le roi de Prusse ne tient son sceptre que de i'abus que l'empereur a fait de sa puissance, et de la

(c) Num. XXXIII. — (d) Ibid, CLXXXÏIT.

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lâcheté des autres princes. » Quel juge des rois et des royaumes!

(e) (( Pourquoi aurions-nous de l'horreur du régicide de Charles I ? il serait mort aujourd'hui. >x

Quelle raison , ou plutôt quelle exécable démence ! Sans doute , il serait mort aujourd'hui , puisque cet horrible parricide fut commis en 1649. Ainsi donc il ne faut pas , selon Langleviel , détester Ravaillac parce que le grand Henri IV fut assassiné en 16 1 o.

(f) « Cromwell et Richelieu se ressemblent. » Cette ressemblance est difficile à trouver; mais ïa folie atroce de l'auteur est aisée à reconnaître.

Il parle de messieurs de Mauvepas , Chauveïîn , Machault, Berner, en les nommant par leurs noms sans y mettre le monsieur, et il en parle avec un ton d'autorité qui fait rire.

Ensuite il fit le roman des Mémoires de madame de Maintenon, dans lequel il outrage les maisons de Noaiïles , de Richelieu , tous les ministres de Louis XIV, tous les généraux d'armée; sacrifiant toujours la vérité à la fiction , pour l'amusement des lecteurs.

Ce qui paraît son chef-d'œuvre en ce genre, c'est sa réponse à un de nos écrivains qui avait dit en parlant de la France :

<c Je défie qu'on me montre aucune monarchie sur la terre dans laquelle les lois, la justice distributive , et les droits de l'humanité, aient été moins foulés aux pieds. »

(e) ISTum. CCX. — (f ) Ibil

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Voici comme ce monsieur réfute cette assertion qui est de la plus exacte vérité.

;<( Je ne puis relire ce passage sans indignation , quand je me rappelle toutes les injustices générales et particulières que commit le feu roi. Quoi! Louis XIV était juste quand il ramenait tout à lui-même , quand il oubliait (et il l'oubliait sans cesse) que l'autorité n'était confiée à un seul que pour la félicité de tous? Était-il juste quand il armait cent mille hommes {cj) pour venger l'auront fait par un fou (//) à un de ses ambassadeurs, quand en 1667 il déclarait la guerre à l'Espagne pour agrandir ses états, malgré la légitimité d'une renonciation solennelle et libre (i) ; quand il envahissait la Hollande uniquement pour l'humilier ; quand il bombardait Gènes pour la punir de n'être pas son alliée (A") ; quand il s'obstinait à ruiner totalement la France pour placer un de ses petits- fil s sur un trône étranger (/) ?

(g) Où cet ignorant a-t-il vu que Louis XIV ait levé' une armée de cent mille hommes en 1662, dans la querelle des ambassadeurs de France et d'Espagne à Londres ?

(h) Où a-t-il pris que le baron de Batteville , ambassadeur d'Espagne , était fou ?

(i) Où a-t-il pris qu'une renonciation d'une mineure est libre ? Il ignore d'ailleurs la loi de dévolution qui adjugeait la Flandre au roi de France»

(k) Ce n'était pas pour la punir de n'être pas son alliée, mais d'avoir secouru ses ennemis , étant son alliée .

(I) Oublie-t-il les droits du roi d'Espagne, le testament de Charles, les vœux de la nation, l'ambassade qui vint demander à Louis XIV son petit-fils pour roi? Langleviel veut- il détrôner les souverains d'Kspagne, de tapies, de Sicile et de Panne .'

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f« Etait-il juste, respectait-il les lois, était-il plein des droits de l'humanité quand il écrasait son peuple d'impôts (m)', quand, pour soutenir des entreprises imprudentes, il imaginait mille nouvelles espèces de tributs , telles que le papier marqué qui excita une révolte à Rennes et à Bordeaux ; quand , en 1 6g i (rc), il abîmait par quatre-vingts édits bursaux quatrevingt mille familles; quand, en 1692 (0), il extorquait l'argent de ses sujets par cinquante-cinq édits ; quand, en 1693 (/?), il épuisait leur patience et appauvrissait leur misère par soixante autres?

« Protégeait-il les lois , observait-il la justice distributive, respectait-il les droits de l'humanité, fesaitil de grandes choses pour le bien public , mettait-il la France au-dessus de toutes les monarchies de la terre, quand , pour abattre par les fondemens un édit accordé au cinquième de la nation, il surséyait en 1676 pour trois ans les dettes des prosélytes ? (</) »,

Ce n'est pas le seul endroit où ce monsieur insulte

(m) Il remit pour quatre millions d'impôts en 1662 , et il fournit du blé aux pauvres à ses "dépens.

(n) Il ne mit aucun impôt sur le peuple en 1 691, o!ans le plus fort d'une guerre très-ruineuse. Il créa pour un million de rentes sur l'hôtel de ville , des augmentations de gages , de nouveaux offices, et pas une seule taxe sur les cultivateurs, ni sur les marchands. Son revenu , cette année , ne monta qu'à cent douze millions deux cent cinquante et une mille livres.

(0) Même erreur.

(p) Même erreur. Xl est donc démontré que cet ignorant est le plus infâme calomniateur ; et de qui ? de ses rois.

(q) Cette grâce accordée aux prosélytes n'était point à charge â l'état : on voit seulement dans cette observation l'audace d'un

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avec brutalité à la mémoire d'un de nos grands rois , et qui est si chère à son successeur. Il a osé dire ailleurs que Louis XIV avait empoisonné le marquis de Louvois, son ministre (r) ; que le régent avait empoisonné la famille royale (s), et que le père du prince de Condé d'aujourd'hui avait fait assassiner kVergier; que la maison d'Autriche a des empoisonneurs à gages.

Une fois il s'est avisé de faire le plaisant dans une brochure contre 1 Histoire de Henri IV. Quelle plaisanterie !

:« Je lis avec un charme infini, dans l'Histoire du ÎVIogol (t) , que le petit-fils de Sha-Abas fut bercé pendant sept ans par des femmes; qu'ensuite il fut bercé pendant huit ans par des hommes; qu'on l'accoutuma de bonne heure à s'adorer lui-même et à se croire formé d'un autre limon que ses sujets ; que tout ce qui l'environnait avait ordre de lui épargner le pénible soin d'agir, de penser, de vouloir, et de le rendre inhabile à toutes les fonctions du corps et de l'âme ; qu'en conséquence un prêtre le dispensait de la fatigue de prier de sa bouche le grand Être ; que cer-

petit huguenot qui a été apprenti prédicant à Genève , et qui , in'imitant pas la sagesse de ses confrères , s'est rendu indigne de la protection qu'il a surprise en France.

(r) Tome III, pag. 269 et 270 du Siècle de Louis XIV, qu'il Fa'sifia et qu'il vendit, chargé de notes infâmes, à un libraire de Francfort, nommé Eslinger, comme il a eu l'impudence de IV youer lui-même,

(s) Tome HT, page 323,

(t) Pages 24 et 2 5.

QUISQUIS. LANGLEVIEi,. ^St

tains officiers étaient préposés pour lui mâcher no- Blement, comme dit Rabelais, le peu de paroles qu'il avait à prononcer; que d'autres lui tâtaient le pouls trois ou quatre fois le jour comme à un agonisant ; qu'à son lever, qu'à son coucher trente seigneurs accouraient, l'un pour lui dénouer l'aiguillette, l'autre pour le déconstiper, celui-ci pour l'accoutrer d'une chemise, celui-là pour l'armer d'un cimeterre, chacun pour s'emparer du membre dont il avait ia surintendance. Ces particularités me plaisent parce qu'elles me donnent une idée nette du caractère des Indiens -, et que d'ailleurs elles me font assez entrevoir celui du petit-fils de Sha-Abas, pour me dispenser de lire tai>t d'épais volumes, que les Indiens ont écrits sur les faits et gestes de cet empereur automate. »;

Cet homme est bien mal instruit de l'éducation des princes mogols. Ils sont à trois ans entre les mains des eunuques, et non entre les mains des femmes. Il n'y a point de seigneurs à leur lever et à leur coucher; on ne leur dénoue point l'aiguillette. On voit assez qui l'auteur veut désigner. Mais reconnaîtra-ton à ce portrait le fondateur des Invalides , de l'Observatoire , de Saint -Cyr; le protecteur généreux d'une famille royale infortunée; le conquérant de la Franche-Comté, de la Flandre française, le fondateur de la marine , le rémunérateur éclairé de tous lias arts utiles ou agréables; le législateur de la France qui reçut son royaume dans le plus horrible désordre, et qui le mit au plus haut point de la gloire et de la grandeur; enfin le roi que dom Us tari s., cet homme d'état si estimé, appelle un homme prodigieux, mal*

Die t. Pb. J, i{ i

tfi% fcUÏSQUIS. LANGLEVIEL.

gré des défauts inséparables de la nature humaine?

Y reconnaîtra-t-on Je vainqueur de Fontenoy et de Laufelt, qui donna la paix à ses ennemis étant victorieux; le fondateur de TÉcole militaire qui, à l'exemple de son aïeul, n'a jamais manqué de tenir son conseil? Où est ce petit -fils automate de Sha- Abas ?

Qui ne voit la délicate allusion de ce brave homme, ainsi que la profonde science de ce grand écrivain? il croit que Sha-Abas était un Mogol , et c'était un Persan de la race des Sophis. 11 appelle au hasard son petit-fils automate; et ce petit-fils était Abas, second fils de ,Saïn-Mirza , qui remporta quatre victoires contre les Turcs, et qui fit ensuite la guerre aux Mogols.

C'est ainsi que ce pauvre homme a écrit tous ses libelles; c'est ainsi qu'il fit le pitoyable roman du madame de Maintenon, parlant d'ailleurs de tout à tort et à travers, avec une suffisance qui ne serait pas jtermise au plus savant homme de l'Europe.

De quelle indignation n'est -on pas saisi quand on yoit un misérable échappé des Cévennes, élevé par charité, et souillé des actions les plus infâmes, oser parler ainsi des rois, s'emporter jusqu'à une licence si effrénée ; abuser à ce point du mépris qu'on a pour lui, et de l'indulgence qu'on a eue de ne le condamner qu'à six mois de cachot!

On ne sait pas combien de telles horreurs font tort a la littérature. C'est là pourtant ce qui lui attire des entraves rigoureuses. Ce sont ces abominable?

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