BANQUE
La banque est en trafic d'espèces centre du papier, etc.
Il y a des banques particulières et des banques publiques.
Les banques particallôrc» consistent en lettres de change qu'un particulier voue donne pour recevoir votre argent au lieu ir iiqué. Le banquier prend demi pour cent, et son correspondant, chez qui vous allez, prend aussi demi pour cent quand il voas paye. Ce premier gain «et convenu cnîzc cas sans eu avertir le porteur (i).
Le second gain, beaucoup plus considérable, se fait sur la valeur des espèces. Ce gain dépend de l'intelligence du banquier ci de l'ignorance du remetteur d'argent. Les banquiers ont entre eux une langue par lieu lière, comme les chimistes; et le passant qui n'est pas initié a ces mystères en est toujours la dupe. Ils vous disent, par exemple, uous remettons de Berlin a Amsterdam, VincstUim pour le certain; le change est haut, il est A trente-quatre, treutc-ciuq; et avec ce jargon , il se trouve qu'an homme qui croit le* entendre perd six ou sept pour ccut; de sorte que, s'il fait environ quinze voyages à Amsterdam en remettant toujours son argent par lettres de change, il s •
(i) Cet abus subsiste encore. SU est contre le bon sen» H« btnoir d'une juridiction , on peut reganier le hanniMeuient hors de l'état comme une infraction au droit des gêna.
( i ) Ce profit est lotirent beaucoup moindre ; h manière oVil on Je dit consiste à donner à celui <j«i voua remet «en arpent comptant des Wtimqw ne sont payable» qu'a
nxr nes, cnprote t>lui prochaines.
tiouvcva que ses deux banquiers auront eu A la fiu
tout sou bien. Ccst ce qui produit d'ordinaire à tous
que c'est que l'tnccrtaut pour le tertni»; lo voici.
Les éeua d'Amsterdam ont un prix fixe an Hollande, et lotir prix varie en AU a magne. Ce ut ècus ou patagoas de Hollande, argent de banque, fiut cent écus de soixante aous chacun : il faut partir de la et voir ce que les Allemands leur dotutent pour les cent cens.
Vous donnez an banquier d'Allemagne , eu t3o, ou 1 3 1 , ou 1 39 risdales > et v.; et c'est là l'inccïrtain. Pourquoi I 3 1 risdales OU l3a? parce que l'argent d Allemagne passe pour âtre plus feinte «le titre que ce!sà de Hollande.
Vous êtes censé recevoir poids pour poids et titre t.our titre ; il faut donc que vou mugne uu plus grand nombre d'iciu», les donnez d'un litre inférieur.
Pouiquoi tantôt i3a ou i33 écus, ou quelquefois i3G? Cest que l'Allemagne a plus tiré de marchandises qu'A lV>rdinatre de la Hollande : l' Allemagne est débitrice , et alors les banquiers d'Amsterdam exigent un plus grand profit , ils abusent de la néeossité on l'on est ; et, quand on tire sur eux , ils ne veulent donner leur argent qu'à un prix fort haut. Les banquiers d'Amsterdam disent aux banquiers de Francfort ou de Berlin : Vous nous devez, et vous tirez encore de l'argent sur nous : donneznous donc cent trente-six écus pour cent patagons.
Ce n'est là encore que la moitié du mystère. J'ai donné é Berlin treize cent soixante écus, et je vais a Amsterdam avec une lettre de change de mille ccus, ou pstagons. Le banquier d'Amsterdam me dit : Voulez-vous de l'argent courant, on de l'argent de ban que ? Je lui réponds que je n'entends rien A ce langage, cl que je le prie de faire pour le mieux. Croyez moi , me dit-il , prenez de l'argent courant. Je n'ai pas de peine A le croire.
Je pense recevoir la valeur de ce que j'ai dont» A Berlin; f» crois, par exemple, que, si je rapportais sur-lc-cbamp A Berlin l'argent qu'il me compte, je ne perdrais rien ; point du tout , je perds encore sur cet article, et voici comment. Ce qu'on appelle argent de banque eu Hollande, est supposé J'argcm déposé eu i(k>9 à la caisse publique , à Ja banque générale. Les patagons déposés y furent neçus pour soixante sous de Hollande, et en valaient soixantetrois (a). Tous les gros paiomens se fiant en billets sur la banque d'Amsterdam; ai*«n je devais recevoir soixante-trois sous à celte banque pour un billot d'un écu. J'y vais, ou bien je négocie mon billet, et je ne reçois que soixante-deux sous et demi , ou soixantedeux sous pour mou natagon de banque; c'est pour lu peine de ces messieurs, ou pour coux qui .«escomptent mon billet ; cela s'appelle l'eesa, -du -mot italien aider : on m'aide donc à perdre nn -son par écu , et mou banquier m'aide encore davantage en
(s) tb ne ▼aient réellement que Go font, rooii la murante que l'on dit valoir 6o mus ne Je* vaut pa», à cause du . U tVbrique,etdud«Letc^eneëprnurer.rrtrv.8«.
m'épargnent la peine d'aller aux changeurs : il dm fait paedro deux, août , «a ma disant que l'ayio est fort haut, que l'argent est fort cher; il wo vola, et je le remercie (3).
Voilà comme se fait ta banque des négocions , U un bout de l'Europe à l'autre.
La banque d'un état est d'uu autre gante : ou c'esj uu argent que les particulier* déposant pour leur >cule UWé, sans en tirer de profit, comme ou fit à Amsterdam eu 1609, et a Koterdam eu i63G ; ou c'est une cearpagaie autorisée qui reçoit l'argeut des
pu
arrivé à la Suède , à Venise , à l'Angleterre , à la Hollaude, daus les temps les plus désastreux , arriva a la
particuliers pour l'employer à SOT» alliage, et qui
1 un intérêt ; c'est ce qui se pratiqus vu Angleterre, où la banque autorisée par le parle» meut donne 4 pour cent aux propriétaires.
Ea Franc* ou voulut établir me banque de l'état sur ce modula en 1717. L'objet était de payer avec les billets de cotte Banque toutes les dé penses couid* l'état, de recevoir les impositions en même et d'acquitter tous lu billet* ; de donner sans aucun déeompte tout rargeotqui serait tiré sur 1 banque, soit par les règnicolcs , soit par l'étranger, et parla de lui assurer le plus grand crédit. Celte opération doublait réellement les espèces en ne fabriquant de billets de banque quautaul qu'il y avait d'argent courant dans le royaume, et le triplait si, eu fesaat deux Ibis autant de bdiets qu'il y avait de monnaie, ou avait soin de faire les paietneusà point nom usé; car, la caisse ayant pris faveur, chacun y eut laissé son argent, et non- seulement on eût porté le «redit au triple, maison l'eût poussé encore plus loin , comme eu Angleterre. Plusieurs gens de finance, plusieurs gros banquiers, jaloux du sieur Law, indc cette banque, voulurent l'anéantir dans »nce; ils s'unirent avec des négociai» hollandais, et tirèrent sur elle tout son fonds en huit jours. Le gouvernement , au lieu de fournir de nouveaux fonds pour les paicmens, ce qui était le seul moyen de soutenir la banque , imagina de punir la mauvaise volonté de ses c un émis , en portaut par un «dit la monnaie an tiers au delà de sa valeur; de sorte que, quand les agens hollandais vinrent pour recevoir les derniors paiemens , on ne leur paya en argent que les deux tiers réels de leurs lettres de change, niais ils n'avaient plus que peu de chose à retirer. Leurs grands coups avaient été frappés , la banque était épuisée, ce haussement de la valeur numéraire des espèces acheva de la décrier. Ce fut la première époque du bouleversement do fameux système de Law. Depuis ce temps, il n'y eut plus en France de banque publique; et ce qui n'était pas
(3) J*aî vu un ! nier 1rr»-conuu .'< Paiis |. rendit' 3 j:oar 1 00 pour faite pa**cr & Berlin une somme d'orge»! au pair : c'est 4o *ooi par lirre p-snnt; un chariot de poste rranspurterait île lardent de Pari» & Dcrlio àHnoins de 20 vous par livre. Un de» principaux objet» i;uc se proposait le ministre de l'rance en 1 7- j dans l cubluscuirnl des c.ictMjeric» royales, était de diminuer ce» proGu énormes des banquier*, et d la lenir toujnur» au- J *»oui du, prix du transport de Tardent ; aussi 1 s banquiers M mirent à crier que et ministère n'entendait rirn aux nuances ; et tcux dt s financier* qui font un commerce d<' bauqlM entre le» caisse» des proTino» et k Uuior royal , ne minquéreat point
U'etn d« l'arit des banquiera.
ïoas les bous gouveruemens sentent les a i antages d'une ban(|uc d'état ; cependant la France et l'Espagne n'en ont point : c'est à ceux qui sout à la tète dt ce* royaumes d'en péuéucr la raison.
BAKQUEROUIE.
0« connaissait peu de banqueroutes en France avant le seb.ième siècle. La grande raisou c'est qu'il n'y avait point de bauquiers. Des Lomlards, des Juifs prêtaient sur gages *u denier dix : ou counucr* çait argent comptant. Le change, 1er remises en pays étranger, étaient un secret ignoré dr tous les juges.
Ce n'est pas que beaucoup de gens ne se ruinassent ; mais cola ne s'appelait point kinquvatic ; on disait ilrcoujiiiu-e ; ce mot est plus doux i l'oreille. On se servait du mot du rompture dans la coutume du Boulonnais; mais rompture ne soone pas si bien.
Les banqueroutes nous viennent d'itai"!, buncorottu, ixinou oUa , gmnlarolta c la t}iii?ii~Li non iiupicttr. Chaque lA-gocianl avait son banc daus la place du change ; cl, quand il avait mal fait ses aCUirca, qu'il se déclarait (altite, et qu'il abandonnait son bien à ses créanciers moyennant qu'il en retînt une bonne partie pour lui, il était libre et réputé' trèsgalaul homme. On n'avait rien a lui dire, sou banc é-tait cassé ,bana> rottoybauca rutta; il pouvait même, daus certaines villes, garder tous ses biens et frustrer ses créanciers, pourvu qu'il s'assît le derrière uu sur une pieirc en présence de tous les marchands. C'était une dérivation douce de l'aucicn proverbe romain <r>/irre aul in œre aM in citte, payer de son argent ou de sa peau. Mais cette coutume n'existe plus ; les créanciers ont préféré leur argent au derrière d'un banqueroutier.
En Angleterre et dans d'autres paj s, on se déclare banqueroutier dans les gazettes. Les associes et les créanciers s'assemblent en vertu de celte ncnvcllc, qu'on lit dans les cafés, et Us s'arrangent comte Us peuvent.
Comme parmi les banqueroutes il y en a souvent de frauduleuses, il a fallu les p»tnir. Si elles sont portées en justice, elles sont partout regardées comme un vol, et les coupables partout condamnés à des peines ignominieuses.
11 n'est pas vrai qu'on ait statué en France peine de mort contre les banqueroutiers sans distinction. Les simples faillites n'emportent aucune peine ; les banqueroutiers frauduleux furent soumis à la peine de mort , aux états d'Orléans sous Otaries IX . rt aux états de Dlois en 1 576; mais ces édits renouvelés par Henri IV ne furent que comminatoires.
Il est trop difficile de prouver qu'un homme s'est déshonoré exprès, et a cédé volontairement tous ses biens à ses créanciers pour les tromper. Dans le doute, ou s'est contenté do mettre le malheureux au pilori , ou de l'envoyer aux galères, quoique d'ordinaire un banquier soit uu mauvais forçat.
Les banqueroutiers turent fort favorablement traités la dernière anuée du règne de Louis XIV, «t
pendant la régence. Le triste état où l'intérieur du royaume Tut réduit, la multitude des marchands qui ne pouvaient ou qui ne voulaient pas payer, la quantité d'effets invendus ou invendables , la crainte de l'interruption de tout commerce obligèrent le gouvernement , en 1 7 1 5 , 1716,1718, 1721, 1733 et 1726, à faire suspendre toutes les procédures contre tous ceux qui étaient dans le cas de la faillite, Le» discussions do ces procès furent renvoyées aux juges consuls; c'est une juridiction de Marchands trèsexperts dans ces cas, et plus faite pour entrer dant ces détails de commerce que des parlemens qui ont toujours été plus occupés des lois du royaume que de la finance. Comme l'état fesait alors banqueroute , il eût été trop dur de punir les pauvres bourgeois banqueroutiers.
Nous avons eu depuis des hommes considérables, banqueroutiers frauduleux ; mais ils n'ont pas été punis.
Un homme de lottres de ma conuaissance perdit quatre-vingt mille francs à la banqueroute d'un magistrat important , qui avait eu plusieurs millions net en partage de la succession de monsieur son père , et qui, outre l'importance de sa charge et do sa personne, possédait encore une dignité assez importante à la cour. Il mourut maigre tout cela, et monsieur son fils, qui avait acheté aussi une charge importante, s'empara des meilleurs effets.
L'homme de lettres lui écrivit, ne doutant pas de ta loyauté, attendu que cet homme avait une dignité d'homme de loi. h'imp>trtnnt lui manda qu'il protégerait toujours les gens de lettres , s'enfuit , et ne paya rien.
BAPTÊME, Mol grec qui signifie immersion.
SECTION PREMIÈRE
Nous ne parlons point du baptême eu théologiens; nous ne sommes que de pauvres gens de lettres qui n'entrons jamais dans le sanctuaire.
Les Indiens, de temps immémorial, se plongeaient et se plongent encore dans le Gange. Les hommes, qui se conduisent toujours par les sens, imaginèrent aisément que ce qui lavait le corps, lavait aussi Pjiue. Il y avait de grandes cuves dans les souterrains des temples d'Egypte pour les prêtres et pour les initiés.
Ah', nimiùm facile* oui triait* erimina ardu Flumintd toUi poue putatit aquâ.
(Ovib., Fatt. II, 45-46.)
Le vieux Boudier, à Tige de quatre-vingts ans, traduisit comiquement ces deux vers.
C et» une drôle de maxime Qu'une lessive eŒice un crime.
Comme tout signe est indifférent par lui-même, Dieu daigua consacrer cette coutume chez le peuple hébreu. On baptisait tous les étrangers qui venaient sVlablir dans la Palestine; ils étaient appelés pro^li/tes de domicile.
Ils n'étaient pas forcés à recevoir la circoncision, mais seulement à embrasser les sept préceptes des
noacbides, et à ne sacrifier à aucun dien des étrangers. Les prosélytes de justice étaient circoncis ci baptisés ; on baptisait aussi les femmes prosélyte* , toutes nues, en préseuce de trois hommes.
Les Juifs les plus dévots venaient recevoir le bap téme de la main des prophètes les plus vénérés par le peuple. C'est pourquoi on courut à saint Jean qui baptisait dans lo Jourdain.
Jésus-Christ même, qui i>e baptisa jamais personne, daigna recevoir \s baptême de Jean. Cet usage ayant été long-temps un accessoire de la religion judaïque, reçut une nouvelle dignité, un uouveau pri\ de notre sauveur même; il devint le principal rite et le sceau du christianisme. Cependant les quinze premiers évêques de Jérusalem furent tons Juifs. Le* chrétiens de la Palestine conservèrent très -longtemps la circoncision. Les chrétiens do saint Jeau ne reçurent jamais le baptême du Christ.
Plusieurs autres sociétés chrétiennes appliquèrent un cautère au baptisé avec un fer rouge, déterminées à cette étonnante opération par ces paroles de saint Jean-Baptiste , rapportées par saint Luc : « Je baptise par l'eau , mais celui qui vient après moi baptisera par le feu.
Les séleuciens, les herminiens et quelques autre-» en usaient ainsi. Ces paroles il baptisera par le (eu . n'ont jamais été expliquées. Il y a plusieurs opinions sur le baptême do feu dont saint Luc et saint Matthieu parlent. La plus vraisemblable, peut-être, est que c'était une allusion à l'ancienne coutume des dévols à la déesse de Syrie , qui , après s'être plongé» ans l'eau , s'imprimaient sur le corps des caractères avec un fer brûlant. Tout était superstition chez le* misérables hommes; et Jésus substitua une cét^émonic sacrée, un symbole efficace et divin à ces superstitions ridicules (a).
Dans les premiers siècles du christianisme , rien n'était plus commun que d'attendre l'agonie pour recevoir le baptême. L'exemple de l'empereur Constantin en est une assez forte preuve. Saint Ambroise n'était pas encore baptisé quand on le fit évêque de
(a) Oo «Imprimait cet stigmate* principal-ment mi cou et an poignet, afin de mieux faire M voir, par ces marques apparentes, qu'on était initié et qu'on appartenait à U déesse. Voytt le chapitre Je U déaae de Syrie , écrit par un initié et inséré dan» Lucien. Plutarque, dans son Traité de la superstition, dit que cette déesse donnait des ulcères au gras des jambe* de ceux qui mangeaient des viandes défendîtes. Cela peut avoir quelque rappoit avec le rveutéroantne, qui, après avoir défendu de manger dr I ixiou , du criûon,du chameau . de I anguille, etc., dit (•) : « Si vous n'observez pas ces commaiidentens vous seres maudit, itc t.e ïcisneur vous donnera des ulcère» malins dans les genoux et dans le gras des jambes. » C'est ain»i que le mensonge était eu Syrie l'ombre de la vérité hébraïque, qui a Uil place elle-même à une vérité plut lumineuse.
Le baptême par le feu, c'est -i-dire, ces stigmates , étaient presque partout en utage. Vous liseï dans P.tcchiel(**):«Tui'< tout, vieillards, enfant , fille», excepté ceux qui seront marqué» du thau.u Voyet dans l'Apocalypse (••'):« Ne frappez point la terre , la mer et les arbres , jusqu'à ce que nous avons marqué le» serviteur» de Dieu sur le fronL lit le nombre des ffiarqu- •> était de cent quarante-quatre mille, u
(♦) Chap. XXVIII, t. 35. — (••; Cbep. IX, v. «. {•••) Chap. VII, v. 3 c; j.
Milan. La coutume s'abolit bientôt d'atteudre la mort pour se mettre dana le bien sacré.
Du baptême des morts.
On baptisa aussi les morts. Ce baptême est constate par ce passage de saint Paul dana sa Lettre aux Corinthiens : a Si on ne ressuscite point, que feront ceux qui reçoivent le baptême poar les morts?» Cest ici un point de fait. On Ton baptisait les morts mêmes, on l'on recevait le baptême en leur non.-, comme on a reçu depuis les indulgences pour délivrer du purgatoire les Ames de ses amis et de ses parens.
Saint Épiphane et saint Chrisostômc nous apprennent que dans quelques sociétés chrétiennes , et prin- | cipalemcnt chez les marcionites , on mettait uu vivant sous le lit d'un mort ; on lui demandait s'il voulait être baptisé; le vivant répondait oui; alors ou prenait le mort, et on le plongeait dans nne cuve. Cette coutume fut bientôt condamnée : saint Paul en fait mention, mais Une la condamne pas; au contraire, il s'en sert comme d'un argument invincible qui prouve la résurrection.
Du baptême d'aspersion.
Les Grecs conservèrent toujours le baptême par immersion. Les Latins, vers la fin du huitième siècle, ayant étendu leur religion dans les Gaules et la Germanie, et voyant que l'immersion pouvait faire périr les enfans dans les pays froids, substituèrent la simple aspersion ; ce qui les fit souvent anathématiser par l'église grecque.
On demanda à saint Cyprien , évéque de Carthage, ai ceux-là étaient réellement baptisés, qui s'étaient tait seulement arroser tout le corps? Il répond dans sa soixante et seizième Lettre , « que plusieurs églises ne croyaient pas que ces arrosés fussent chrétiens; que pour lui il pense qu'ils sont chrétiens , mais qu'ils ont une grâce infiniment moindre que ceux qui ont été plongés trois fois selon l'usage. »
On était initié chez les chrétiens dès qu'on avait été plongé ; avant ce temps on n'était que catéchumène. Il fallait pour être initié avoir des répondans, des cautions, qu'on appelait d'an nom qui répond à parrains , afin que l'Eglise s'assurât de la fidélité des nouveaux chrétiens, et que les mystères ne fussent point divulgués. Cest pourquoi , dans les premiers siècles, les gentils furent généralement aussi mal instruits dos mystères des chrétiens que ceux-ci l'étaient des mystères dlsis et de Cérès fcleusinc.
Cyrille d'Alexandrie, dans son écrit contre l'empereur Julien , s'exprime ainsi : e Je parlerais du baptême , si je ne craignais que mon discours ne parvînt à ceux qui ne sont pas initiés. » Il n'y avait alors aucun culte qui n'eût ses mystères, ses associations, ses catéchumènes, ses initiés, ses profès. Chaque •cetc exigeait de nouvelles vertus, et recommandait à ses p.énitcns une nouvelle vie. Initium nova vittr, et de là le mot d'initiation. L'initiation des chrétiens et des chrétiennes était d'être plongés tout nus dans une cuve d'eau froide ; la rémission de tous les péchés était attachée à ce signe. Mais la différence entre le baptême chrétien et les cérémonies grecques, sy-
tiennes, égyptiennes, romaines, était la même qu'entre la vérité et le mensonge. Jésus-Christ éiait le grand prêtre de la nouvelle loi.
Dès le second siècle on commença à baptiser des enfans; fl était naturel que les chrétiens désirassent que leurs enfans, qui auraient été damnés sans ce sacrement, en fussent pourvus. On conclut enfin qu'il fallait le leur administrer au bout de huit jours ; parce que, chez les Juifs, s'était à cet âge qu'ils étaient circoncis. L'église grecque est encore dans cet usage.
Ceux qui mouraient dans la première semaine étaient damnés, scion les pères de l'église les plus rigoureux. Mais Pierre Chrysologue , au cinquième siècle, imagina les limbes, espèce d'enfer mitigé, et proprement bord d'enfer, CuiLourg denier, où vont les petits enfans morts saus baptême, et où les patriarches restaient avant la descente de Jésus-Christ aux enfers. De sorte que l'opinion que Jésus-Christ était descendu aux limbes, et non aux enfers, a prévalu depuis.
Il a été agité si un chrétien dans les déserts d'Arabie pouvait être baptisé avec du sable; on a répondu que non : si on pouvait baptiser avec de l'eauvosc ; et on a décidé qu'il fallait de l'eau pure ; que cependant on pouvait se servir d'eau bourbeuse. On voit aisément que toute cette discipline a dépendu de la prudence des premiers pasteurs qui l'ont établie.
Les anabaptistes , et quelques autres communions qui sont hors du giron , ont cru qu'il uc fallait baptiser, initier personne qu'en connaissance de cause. Vous faites promettre, disent-ils , qu'on sera de la société chrétienne; mais un enfant ne peut s'engager à rien. Yous lui donnez un répondant , un parrain ; mais c'est un abus d an ancien usage. Cette précaution était très- convenable dans le premier établissement. Quand des inconnus, hommes faits, femmes et filles adultes, venaient se présenter aux premiers disciples pour être reçus dans la société , pour avoir part aux aumônes , ils avaient besoin d'une caution qui répondît de leur fidélité ; il fallait s'assurer d'eux ; ils juraient d'être à vous : mais un eufanl est dans un cas diamétralement opposé. Il est arrivé souvent qu'un enfant baptisé par des Grecs à Constantinople, a été ensuite circoncis par des Turcs ; chrétien à huit jours, musulman à treize ans, il a trahi les sermens de son parrain. Cest aine des raisons que les anabaptistes peuvent alléguer \ mais cette raison, qui serait bonne en Turquie, n'a jamais été admise dans des pays chrétiens, où le baptême assure l'état d'un citoyen. 11 faut se conformer aux lois et aux rites de sa patrie
Les Grecs rebaptisent les Latins qui passent d'une de nos communions latines à la communion grecque; l'usage était dans le siècle passé que ces catéchumènes prononçassent ces paroles : « Je crache sur mon père et ma mère qui m'ont fait mal baptiser. » Peut-être celte coutume dure encore et durera loiifctemps dans les provinces.
Idées des unitaires rigides sur le baptême.
« Il est évident, pour quiconque veut raisonner tans préjugé, que le baptême n'est ni une marque de
grâco conter*, ai un sceau d'alliance, mai* une simple marque de profcuio»;
« Que le baptême n'est nécessaire, ni dt nécessité de précepte, ni de nécessité de moyen;
m Qati a a point été institué par Jésus-Christ, et <ree te chrétien pent s' es paner, sans qu'il poisse en résulter pour lui nacra iixcnvénicnt;
« Qu'en un doit pu hrptif cr les en fans , m les adoJtan, ni en général aucun homme;
«Qenkbapteme pouvait être d'usage dans la nais- »ance de christianisme à oni qui sortaic*! de pagaaume> peur readro paWiquc leur proies? joû de foi, et en otou ta marque authentique; eut» qu*«. présent 3 f it absolument inutik et tou'j-à-ttit indificicnl. a
SECTION II
LB'barptfeie, l'immersion dans l'en», l'asptrrsion , la purification par l'eau, est do la ni a* liante antiquité. Être propre, c'était être pur -levant les dieux. Mnl prêtre n'ma jamais approcher de* autels avec sme souilhirc sur son corps. La pente naturelle à transportai- à l'âme ec qui ap parti** eu corps fit ceoire aisément qae ks 1 userai km s , les nbmtious, .Vraii-nt Ici taches de l aine comme ettes Oteet collet des yétemens : et en lavant son corps on crut laver
4aos letknge, dont ou crut les ceux sacrées : de là les histiataons si fréquentes chez tous les peuples. Les uatious orientales qui habitent des pays chauds furent les pios religieusement attachée» à ces coutumes.
Oq était obligé ds se baisser chez les Juiis après une pollution, quand «Bavait touché ua animal impur, quand on avait touché en moit, et dene beaucoup d'aotros occasions.
Lorsque les -Juifs recevaient parmi ount ua étranger converti à Jear religion-, ilsk bafnisaicut nprès l'avoir circoncis; et si cotait uae «aune, vile était urapkiaent baptisée . c'tnt-à-dàre , plongéu dans l'eau en présence de «irais témoins. Cette immersion était réputée deuner à la personne baptisée une nouvelle naissance, nric nouvelle vie : elle devenait à la fois Juke ot pure; ses enanns nés avant oo baptême avaient point de portion dans l'héritage de leurs frère* qui naissaient »pr«rs cm d'un père et d une mure ainsi 'régénérés : de sor*c que chez les Juifs, être bapti*' et rei mitre étaient ht même c. h ose, et cotte idée est desseunéo attachée au baptême; jusqu'à nosijours* ainsi, luwquc Juan le précinrscar se mit à baptiser dans le Jourdain , îl ne Gl que suivre un usage immémorial. Les prêtres de la loi ne lui demandèrent pas compte de ce baptême comme d'une nouveauté ; mais ils l'accusèrent de s'arroger un droit qui n'appartenait qu'à eux; comme les prêtre» catholiques ro. nains seraient en droit de se plaindre qu'un laïque VingérAt de dire la messe. Jean fesaît une chose légale , mais il ne la fesait pas légalement.
Jean voulut avoir des disciples, et il en eut. II fut chef de secte dans le bas peuple, et c'est ce qui lui coûta la vie. H parait même que Jésus tel d'abord au rang de ses disciple», puisqu'il fut baptise par lui
dans le Jourdain , ot que Je au lui envoya des gons de
son parti quelque temps avant sa mort.
L'historien Joscphc parle de Jean, et ne parle pas de Jésus ; c'est une preuve incontestable que Jean- Baptiste avait de son tout» beaucoup plus de réputeliow que celui qu'il baptisa. Une grande multitude le suivait, dit eu célèbre oistbrieu, et les Juifs paraissaient disposées à cnlrcprsadre tout ce qu'il kur eut coawnandô. Il parait par ce passage que Jean était non-scukment um chef de secto, mais un chef de parti. Joscphc ajoute qu dérode eu conçut de l'inquiétude. Eu ofïai , il se rendu rcvkuiablt s ilerode, qui le Cl colin mourir; mais Jésus u'ccr à faire qu'aux pharisiens : voila pourquoi Joscpbo /ait mention de Jean comme d'un homme qui avait excité les Juifi
rend» par son rtslc criminel d'état, au lie'j que Je* sas, n'ayant pas approche «k la cour, fut ignoré df l'historien Josèphc.
, La secte de Jean-Baptiste subsista très-di&ircnU de la discipline de Jésus. On vo;l dans les Actes dos apôtres que, vingt ans après Je supplice de Jésus, A polio d Alexandrie , quoique devenu chrétien, ne connaissait qtie le baptême d<* Jvsn, ci n'avait aucune notion du Saint-Esprit. Plusieurs voyageurs, et entre autres Chardin , le plus accrédité de tous , disent qu'il y a encore on Perse dus disciples de Juan, qu'on appelle S'aet«, qui se baptisent on sod nom, et quiee» connoisseut à la vérité Jésus gavr un prophète , uvais non pas pour tm Dieu.
A l'égard de Ji'sus, il reçut le baptême, mais ne le conféra a- personne : ses apôtres baptisaient les catéchumènes mi les circoncisaient, selon 1 occasion; cest ce qai est évident par l'epésation de la circoncision que l'aul fit à Tinsoéhéo, «ou disciple.
II pavait 'encore que, qaaad àct apôtres baptiseront, ce fut toujours au seul nom de Jeans-Christ. Jamais les Actes des a peins ne font mention d'aucune personne fc.iptisoe an uoro du Père , de Fats m da Saint-Esprit : c'est ce qui pout faire croire que Tau-eur des Actes des apéarrs ne connaissait pas Ptëwangik de Kafthiou., dans lequel il est dit : « Allez enseigner toutes ses nations, et baptisez -les au nom du Père, du h ils et du Saint-Esprit, n La religion chrétienne u-'avart pas encore reçu sa Corme : le Syav ImjIc même qu on apjiellc le Symbole Jts autlrci , ne fui tait qu'après eux, et c'est de quoi personne no doute, Oe<voit, par HEpiire de Paul aux Corinthiens , une coutume fort singulière qui sïntruiluisit alors, c'est qu'on baptisait lusinnrtsr, mais bicutdt l'église naissante réserva k- baptême pour les seuls vivans : on ne baptisa d'abord que les adultes; souvent même ob attendait jusqu'à cinquante ans, et jusqu'à sa derniéve maladie , afin de porter dans l'autre monde k verte tout entière d un baptémo encore récent.
Aujourd hni ou baptise tous. les cnCans ; il n'y a que les anabaptistes qui résument celte cérénaonk pour l'âge où l'on est adulte ; ils se plongent tout k cueps'daan Peau. 'Pour les quakers, qui composent une société fort nombreuse en Angleterre ut en Amérique, ils ne font point usage du baptême : ils se fondent sur ce que Jésus-Christ ne baptisa aucun de
», et ils se piquent do n'être chrétiens que comme on IV tait du temps de Jésus-Christ ; ce qui met entre eux et lus antres communions une prodi-
ADOtViON tM POSTANTE.
L'fjupebeux Julien le Philosophe, dans son immortelle Satire des Césars , met ces proies dam la Louche de Couslanoe , fils de Comtartin : *« Quiconque se sont coupable de viol, de nrenrtre, de rapine , de sacrilège , et de tous ks crime* les pins «bomioabios, des que ji l*ur*ii>.L avec cette eau, il sera net et pur. »
Ccat en effet cette fatale doctriMqi>i engagea les empereurs chrétiens et les grands d« l'empire à différer leur baptême jusqu'à la mort. On croyait avoir trouvé lo secret do vivre ciùniuel , et de mourir ucux .
(TW Ae M. Boesjmwa.)
AOTXE ADDITION.
! idée tirée de la lessive , qu'un pot d'eau nettoie tons les crimes ! Aujourd Lui qu'on baptise lous les eokna , parce qu'une ioYJe non moins absurde les supposa tous CTisnisw**, les voilà tous sauves jusqu'à ce qu ils aient l'ilge de raison , et qu'ils poissent devenir coupables. Egorgcz-los doue au plus vite pour leur assurer le pwedis. Cette oonséquenec est si juste qu'il y a eu une secte dévote qui s'en allait empoisonnant on tnant tous les petits endos nouvellement baptisés. Ces dévots raisonnaient parfaitement. Us disaient : Nous fesons à ces petit» innecens le plus grand bien possible ; nous les corpèchons d'être méchant et malhsureus dans celle vie, et nous leur douuaus la vie éternelle.
BARAC ET DEBORA, Et par oeomion , des chars de guerre,
Noos ne prétondons point discuter ici en quel temps Barac Tut chef du peuple juif; pourquoi; étant chef, il laissa commander son armée par uuc femme ; si celte femme nommée Débora avait épousé Lapido'ib ; si clic était la pu rente ou l'amie de ltarac , ou même sa l'Ile ou sa mère; ni quel joui se donna la bataille du Thabor en Galilée, entre cette Débora et le capitaine huara, géucral des armées du roi Jabin , lequel Sisara commaudait vers la Galilée une armée de trois cent mille f.uitassins, dix mille cavaliers et trois mille chars armés en guerre, si l'on en croit ^historien Joséphc ((»).
Nous laisserons meme ce Jabin, roi d'un village nomme A mm:, qui avait plus de troupes que le grand turc. Nous plaignons beaucoup la destinée de son grand- visir Sizara, qui, ayant perdu la bataille en Gaulée , sauta de son chariot à quatre ebevaux , et s'enfuit à pied pour courir plus vite. 11 alla demandée l'hospitalité à une sainte femme juive qui lui donna du lait, et qui lui enfonça Ain grand clou de charrette
(-)Amiq, jud.,u>. V.
dans la Cfite quand il fut endormi. Noas en somme* tréi-ftebés; mais ce n'est pns cela dont il ('agit : nous voulons perler des chariots de guerre.
Ces» an pied du mont Thabor, auprès de terrent de Cison, que 6e donna la bataille. I-e mont Thabor est une montagne escarpée dont les branches un peu moins hautes s'étendent dans une grande partie de la Galilée. Entre cette montagne et les rochers voisins est nnc petite plaine soméo de gros cailloux , et impraticable aux évolutions de la cavalerie. Cette plaines! do quatre à cinq cents pas. il est « croire que le capitaine Sizara n'j rangea pas res trots uent mille hommes e« bataille; ses trois mille chariots auraient difficilement manœuvre dans oet endroit.
Il est à croire que tes Hébreux n'a chariots de guerre dans un pays uniquement renomme pour les ioes : maïs les Asiatiques s'en serraient dans les grandes plaines.
ConfueiiH,ouplutôtConfuue,dit positivement^' ) que de temps immémorial, les vice rois des provinces do la Chine étaient tenus de fournir a l'empereur chacun mille chariot s de guerre »t t el é. s à e quatre, chevaux .
Les chars devaient être en asage long-temps avant la guerre de Troie, puisque Homère ne dit peint que ce fut une invention nouvelle; mais ces chars n'étaient point armés oomme ceux de Babylone; les roues ni l'essieu ne portaient point de fers ireiKbans.
Celte invention dut être d'abord très- formidable dans les grandes plaines, surtout quand les chars étaient en grand nombre et qu'ils couraient avec impétuosité , garnis de longues piques et de faux ; mais, quand on y fut accoutumé, il parut si aisé d'éviter leur choc, qu'ils cessèrent d'être en usage par toute le terre.
On proposa, dans la guerre de 174' > &c renouveler cette ancienne invention et de la rectifier.
Un ministre d'état fit construire un de ces chariots qu'on essaya. On prétendait que, dans de grandes plaines comme celles de Luleec, or pourrait s'en servir avec avantage, en isî sachant derrière la cavalerie , dont les escadrons s'ouvriraient pour les laisser passer, et les suivraient ensuite. Les généraux jugèrent que cette manœuvre serait inutile et mémo dangereuse dan3 un temps 06 le canon seul gagne les batailles. Il fut répliqué qafl y aurait dans l'armée à chars de guerre autant de canons pour les proléger, qu'il y en aurait dans l'armée ennem<c pour les fracasser. On ajouta que ces chars seraient d'abord .t l'abri du canon derrière les bataillons on escadrons , que ceux-ci s'ouvriraient pour laisser courir ces char* avec impétuosité, que cotte attaque inattendue pourrait faire un effet prodigieux. Les généraux n'oppo scrent rien à ces raisons; mais ils ne voulurent poit* jouer à ce jeu renouvelé des Perses.