BARBE
Tocs les naturalistes nous assurent que la sécn lion qui produit la barbe est la même que celle qui perpétue le genre humain. Les eunuques, clit-on, n'ont point de barbe , parce qu'on leur a ôté IcsAcux
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bouteilles dans lesquelles s'élaborait la liqueur pro- I créatrice qui devait à la fois former des hommes et de la barbe au menton. On ajoute que la plupart des impuissans n'ont point do barbe, par la raison qu'ils manquent de cette liqueur, laquelle doit être repompée par des vaisseaux absorbans, s'unir à la lymphe nourricière, et lui fournir de petits ognons de poils sous le menton , sur les joues , etc. , etc.
Il y a des hommes vol us de la tête aux pieds comme les singes ; on prétend que ce sont les plus dignes de propager leur espèce, les plus vigoureux, les plus prêts à tout; et ou leur fait souvent beaucoup trop d'honneur, ainsi qu'a certaines dames qui sont un peu velues, et qui ont ce qu'on appelle une belle palatine. Le fait est que les hommes et les femmes sont tous velus do la tête aux pieds; blondes ou brunes, bruns nu blonds, tout cola est égal. Il u'y a que la paume de ■a maiu et la plante du pied qui soient absolument sans poil. La seule différence, surtout dans nos climats froids, c'est que les poils des dames, et surtout des blondes, sont plus follets, plus doux, plus imperceptibles. 11 y a aussi beaucoup d hommes dont la peau semble très-unie ; mais il en est d'autres qu'on prendrait de loin pour des ours, s'ils avaient une petite queue.
Cette affinité constante cuire le poil et la liqueur séminale, ne peut guère se contester dans notre hémisphère. On peut seulement demander pourquoi les <unuques et les impuissans, étant sa us barbe, ont pourtant des cheveux ? La chevelure serait-elle d'un autre genre que la barbe et que les autres poils? n'auraitellc aucune analogie avec cette liqueur séminale ? Les eunuques ont des sourcils et des cils aux paupières; voilà encore une nouvelle exception. Cela pourrait nuire à l'opinion dominante que l'origine de la barbe est dans les testicules, il y a toujours quelques difficultés qui arrêtent tout court les suppositions les mieux établies. Les systèmes sont comme les rats qui peuvent passer par vingt petits trous, et qui on trouvent enlin deux ou trois qui no peuvent les admettre.
Il y a un hémisphère entier qui semble déposer contre l'union fraternelle de la barbe et de la semence. Les Américains, de quelque contrée, de quelque couleur, do quelque suture qu'ils soient, n'ont ni It.irbc au menton, ni aucun poil sur le corps, excepté les sourcils et les cheveux. J'ai d^s attestations juridiques d'hommes en place qui ont vécu , conversé, combattu avec trente nations de l'Amérique septentrionale; ilsaltestcut qu'ils ne leur ont jamais vu un poil sur le corps, et ils se moquent, comme ils le doivent, des écrivains qui, se copiant les uns les autres, disent que les Américains ne sont sans poil que parce qu'ils se l'arrachent avec des pinces, comme si Christophe Colomb, Fernand Corlei, cl les cutres conquérons, avaient charge leurs vaisseaux de ces petites pincettes avec lesquelles nos dames arrachent teurs poils follets, et en avaient distrituédans tous les cantons de l'Amérique.
J'avais cru long-temps que les Esquimaux étaient exceptés do la loi générale du Nouveau - Monde ; mais on m'assure qu'ils sont imberbes comme les autres. Cependant on f.it des enfaus au Chili, au
Pérou, en Canada, ainsi que dans notre continent barbu. La virilité u'est point attachée, eu Amérique, à des poils tirant sur le noir ou sur le jaune. Il y a donc une différence spécifique entre ces bipèdes et nous , de même que leurs lions , qui n'ont point de crinière, ne sont pas de la même espèce que nos lions d'Afrique (*).
Il est à remarquer que les Orientaux n'ont jamais varié sur leur considération pour la barbe. Le mariage chez eux a toujours été, et est encore l'époque de la vie où l'on ne se rue plus le menton. L'habit long et la barbe imposent du respect. Les Occidentaux ont presque toujours changé d'habit, et, si on l'ose dire, de menton. On porta d*s moustaches sous Louis XIV jusque vers l'année 1 672. Sous Louis XIII c'était une petite barbe en pointe. Henri IV la portait carrée. Charles -Quint, Jules II, François I remirent en honneur à leur cour la large barbe, qui était depuis long-temps passée de mode. Les gens de robe alors, par gravité et par respect pour les usages de leurs pères, se fesaient raser, taudis que les courtisans en pourpoint et en petit manteau , portaient la barbe la plus longue qu'ils pouvaient. Les rois alors, quand ils voulaient envoyer un homme de robe en ambassade, priaient ses confrères de souffrir qu'il laissât croître sa barbe sans qu'on se moqoit de lui dans la chambre des comptes ou des enquêtes. Eu voilà trop sur les barbes.