BIBLIOTHÈQUE
Uxk grande bibliothèque a cela de bon, qnVHc et ii aie celui qui la regarde. Deux oent mille volumes découragent on homme tenté d'imprimer; mais malheureusement il se dit bientôt i> lui-même : on ne lit point tous ce* livrcs-lù; et en pourra me rire. Il M compare à In goutte d'eau qni se plaignait d'Wre confondue cl ignorée dans l'Océan; un génie eut pilie dVIle; il la fit avaler par une huître. Elle devint la plur, heHe perlo de l'Orient, et ftrt le principal ornenirmt dm trûne du grand mogol. Ceux qui no sont que compilateurs, imitateurs, commentateurs, épmcheurs de phrases, critiques à la petite semaine ; enfin ceux dont un génie n'a point eu phié, resteront toujours gouttes d'eau.
Notre homme travaille donc îufoud de ton galetas avec l'espérance de devenir perle.
U eit vrai que dans cette immense collection de livres il y en a environ cent quatre-vingt -dix-neuf mille qu'on uc lira jamais, du 'moins de suite; mais ou peut avoir besoin d'en consulter quelque» -un* une fois en sa vie. C'est un grand avanta*ge, ponr qaiOon-
que veut s'instruire , de trouver sous m main dans le palais des rois le volume et la page qu'il cherche sans qu'on le fasse attendre un moment. Ccst une des plus nobles institutions. Il n'j a point eu de dépense plus magnifique et plus utile.
La bibliothèque publique du roi de France est la plus belle du monde entier, moins encore par le nombre et la rareté des volumes que par la facilité1 et la politesse avec laquelle les bibliothécaires les prêtent â tous les savans. Cette bibliothèque est sans contredit le monument le plus précieux qui soit en France.
Celte multitude étonnante de livres ne doit point épouvanter. On a déjà remarqué que Paris contient environ sept cent mille hommes , qu'on ne peut vivre avec tous, et qu'on choisit trois ou quatre amis. Ainsi il ne faut pas plus se plaindre de la multitude des livres que de celle des citoyens.
Un homme qui veut s'instruire un peu de son être, et qui n'a pas de temps à perdre, est bien embarrassé. Il voudrait lire à la fois Hobbes, Spinosa, Baylc qui a écrit contre eux, Leibnitz qui a disputé contre Bayle, Clarke qui a disputé contre Leibnitz, Malcbranche qui diffère d'eux tons, Locke qui passe pour avoir confondu Malcbrancbc, StiUingflcct qui croit avoir vaincu Locke , Cudworth qui pense être au-dessus d'eux, parce qu'il n'est entendu do personne. On mourrait do vieillesse avant d'avoir feuilleté la centième partie des romans métaphysiques.
On est bien aise d'avoir les plus anciens livres, comme on recherche les plan anciennes médailles. Cest là ce qui fait l'honneur d'une bibliothèque. Les plus anciens livres du monde sont les cinq Kings des Chinois, le Shastabah des Brames dont M. Holwell nous a fait connaître des passages admirables, ce qui peut rester de l'ancien Zoroastre, les fragmens de Sancboniathon qu'Eusébe nous a conservés, et qui portent les caractères de l'antiquité la plus reculée, Je ne parle pas du Pcntateuque qui est au-dessus de tout ce qu'on en pourrait dire.
Nous avons encore la prière du véritable Orphée, que l'hiérophante récitait daus lee anciens mystères des Grecs. « Marchez Jans la voie de la justice, adorez le seul maître de l'cnivcrs. 11 est un; il est seul par lui-même. Tous les £tres lui doivent leur existence, il agit dans eux et par eux. Il voit tout, et jamais n'a été vu des yeux mortels, a Hous en avons parlé ailleurs.
Saint Clément d'Alexandrie , le plus savant des
pères de l'église, ou plutôt le seul savant dans l'antiquité profane, lui donne presque toujours le nom d'Orphée de Thrace, d'Orphée le Théologien, pour le distinguer de ceux qui ont écrit depuis sous son , nom. Il cite de lui ces vers qui ont tant de rapport à la formule des mystères (a) :
Lui icul il crt pariait ; tovt ett iouf *on pouroir. 11 Toit tout l'unÎTen , et nul m peut le voir.
Nous n'avons plus rien ni de Musée, ni de Linus. Quelques petits passages de ces prédécesseurs d'Homère orneraient bien une bibliothèque.
<-)Str«n.(liv.V.
Auguste avait formé la bibliothèque nommée Palatine. La statue d'Apollon y présidait. L'empereur l'orna des bustes des meilleurs auteurs. On voyait vingt-neuf grandes bibliothèques publiques à Rome. Il y a maintenant plus de quatre mille bibliothèques considérables en Europe. Choisissez ce qui vous convient, et tàchjz de ne vous pas cunuyer (*).
BIEN, SOUVERAIN BIEN, Chimère.
SECTION PREMIÈRE
Le bonheur est une idée abstraite , composée de quelques sensations de plaisir. Platon , qui écrivait mieux qu'il ne raisounait, imagina son Monde archétype, c'est-à-dire, son monde original, ses idées générales du beau, du bi«n, de l'ordre, du juste, comme s'il y avait des êtres éternels appelés ordre, bien, beau, juste, dont dérivassent les faibles copies de ce qui nous paraît ici-bas juste, beau et bon.
Ccst donc d'après lui que les philosophes ont recherché le souverain bien, comme les chimistes cherchent la pierre philosophale : mais le souverain bien n'existe pas plus que le souverain carré ou le souverain cramoisi ; il y a des couleurs cramoisies , il y a des carrés : mais il n'y a point d'être général qui s'appelle ainsi. Cette chimérique manière de raisonner a gâté long-temps la philosophie.
Les animaux ressentent du plaisir à faire toutes les fonctions auxquelles ils sont destinés. Le bonheur qu'on imagine serait une suite non interrompue de plaisirs : une telle série est incompatible avec nos organes , et avec notre destination. Il y a un grand plaisir à manger et à boire, un plus grand plaisir est dans l'union des denx sexes : mais il est clair que, si l'homme mangeait toujours , ou était toujours dans l'extase do la jouissance, ses organes n'y pourraient suffire : il est encore évident qu'il ne pourrait remplir les destinations de la vie, et que le genre humain, en ce cas, périraif par le plaisir.
Passer continuellement, aans interruption, d'un plaisir à un autre, c'est encore uue chimère. Il faut que la femme qui a conçu accouche, ce qui est une peine ; il faut que l'homme fende le bois et taille la pierre, ce qui n'est pas un plaisir.
Si on donne le nom de bonheur à quelques plaisirs répandus dans cette vie , il y a du bonheur en effet. Si on ne donne ce nom qu'à un plaisir toujours permanent, ou à uue file continue et variée de sensations délicieuses , le bonheur n'est pas fait pour ce globe terraqué : cherchez ailleurs.
Si on appelle honhertr une situation de l'homme, comme des licbcsscs, de la puissance, de la réputation, etc. , on ne se trompe pas moins. II y a tel charbonnier plus heureux que tel souverain. Qu'on demande à Cromwcll s'il a été plus content quand il était protecteur que quand il allait au cabaret dans sa jeunesse : il répondra probablement que le temps de sa tyrannie n'a pas été le plus rempli de plaisirs. Combien de laides bourgeoises sont plus satisfaites qu'Hélène et Cléopâtrc!
Mais il y a une petite observation à faire ici ; c'est que, quand nous disons : Il est probable qu'un tel i est plus heureux qu'un tel autre, qu'un jeune a de grands avantages sur Charles- Quint, qu'une marchande de modes est plus satisfaite qu'une princesse; nous devons nous en tenir à ce probable. Il y a grande apparence qu'un muletier se portant bien a plus de plaisir que Charles-Quint mange de goutte ; mais il se peut bien faire aussi que Charles- Quint avec des béquilles repasse dans sa tête avec tant de plaisir qu'il a tenu un roi de France et un pape prisonniers, que son sort vaille encore mieux a toute force que celui d'un jeune muletier vigoureux.
Il n'appartient certainement qu'à Dieu , * un être qui verrait dans tous les cœurs, de décider quel est l ltommc le plus heureux. Il n'y a qu'un seul cas où un homme puisse affirmer que son état actuel est pire ou meilleur que celui de son voisin : ce cas est celui de la rivalité, et le moment de la victoire.
Je suppose qu'Archiméde a un rendez-vous la nuit avec sa maîtresse. Nomcntanus a le môme rendezvous à la même heure. Archimèdc se présente n la porte ; on la lui ferme au nez , et on l'ouvre à son rival, qui fait un excellent souper, pendant lequel il ne manque pas de se moquer d'Archimèdo, et jouit ensuite de sa maîtresse, tandis que l'autre reste dans la rue exposé au froid, à la pluie et à la grêle. Il est certain que Nomentauus est en droit de dire : Je suis plus heureux celte nuit qu'Archiméde , j'ai plus de plaisir que lui ; mais il faut qu'il ajoute : Supposé qu'Archiméde ne soit occupé que du chagrin do ne point faire un bon souper, d'être méprisé et trompé par une belle femme , d'être supplanté par son rival et du mal que lui font la pluie, la grêle et le froid. Car si le philosophe de la rue fait réflexion que ni une câlin ni la pluie ne doivent troubler son Ame ; s'il s'occupe d'un beau problème , tt s'il découvre la proportion du cylindre de la sphère, il peut éprouver uu plaisir cent fois au-dessus de celui de Nomcntanus.
Il n'y a donc que le seul cas du plaisir actuel et de la douleur actuelle, où Ton puisse comparer le sort de deux hommes, en fesant abstraction de tout le reste. Il est indubitable que celui qui jouit de sa maitresse est plus heureux dans ce moment que son rival méprisé qui gémit. Un homme sain, qui mange une bonne perdrix , a sans doute un moment préférable à celui d'un homme tourmenté de la colique; maison ne peut aller au delà avec sûreté; on ne peut évaluer l'être d'un homme avec celui d'un autre; on n'a point de balance pour peser les désirs et les sensations.
Nous avons commencé cet article par Platon et son souverain bien ; nous le finirons par Solon , ot par ce grand mot qui a fait tant de fortune : « Il ne faut appeler personne heureux avant sa mort. .1 Cet axiome n'est au fond qu'une puérilité, comme tant d'apophtiiègmes consacrés dans l'antiquité. Le moment de la mort n'a rien de commun avec le sort qu'oc a éprouvé dans la vie; on peut périr d'une mort violente et infime, et avoir goûté jusque-là tous les plaisirs dont la nature humaine est susceptible. Il est très-possible «* très -ordinaire qu'uu homme heureux cesse dt i»ict. rniL
'être : qui en doute ? mais il n'a ; meus heureux.
Que veut donc dire le mot de Solon? qu'il n'est pas sûr qu'un homme qui a du plaisir aujourd'hui en ait demain ! en ce cas, c'est une vérité si incontestable et si triviale , qu'elle ne valait pas la peine d'être dite.
SECTION II
Le bien-être est rare. Le souverain bien en ce monde ne pourrait-il pas être regardé comme souverainement chimérique ? Les philosophes grecs discutèrent longuement à leur ordinaire cette question. No vous imaginez-vous pas, mon^ber lecteur, voir des mendians qui raisonnent sur la pierre philosophale ?
Le souverain bien! quel mot! autaut aurait-il valu demander ce que c'est que le souverain bleu , ou le souverain ragoût, le souverain marcher, le souverainlire, etc.
Chacun met son bien où il peut, et en a autant qu'il peut à sa façon, et à bien petite mesure.
Quid itm? quid non «fcm? rouiii lu quoi jubtt atttr...: Cattor qaiultt tqu'u, ovo proqnatus tôitm Pugnit , etc.
Cattor veut dt* chevaux , Pollux veut de* lutteurs i Comment concilier tant de goùu, tant d'humeur»?
Le plus grand bien est celui qui vous délecte avec tant de force, qu'il vous met dans l'impuissance totale do sentir autre chose , comme le plus grand mal est celui qui va jusqu'à nous priver do tout sentiment. Voilà les deux extrêmes de la nature humaine, et cea momens sout courts.
Il n'y a ni extrêmes délices, ni extrêmes tournions qui puissent durer toute la vie : le souverain bien et le souverain mal sont des chimères.
Nous avons la belle fable de Crantor; il fait comparaître aux jeux olympiques la Richesse, la Volupté, la Sauté, la Vertu; f Lacune demande la pomme : la Richesse dit , c est moi qui suis le souverain bien , car avec moi on acheté tous les biens : la Volupté dit , la pomme m'appartient, car on ne demande la richesse que pour m'avoir : la Santé assure que sans elle il n'y a point de volupté, et que la richesse est inutile : enfin la Vertu représente qu'elle est au-dessus des trois autres, parce qu'avec de l'or des plaisirs et de la santé, on peut se rendre trèsméprisable si on se cowiuit mal. La Vertu eut la pomme.
La fable est très-ingénieuse ; clic le serait encore l>lus si Crantor avait dit que le souverain bien est l'assemblage des quatre rivales réunies, vertu, santé, richesse, volupté : mais cette ft blc ne résout ni ne peut résoudre la question absurde du souverain bien. La vertu n'est pas un bien : c'est un devoir; elle est d'un genre différent , d'un ordre supérieur. Elle n'a rien à voir aux sensations douloureuses on agréables. Un homme vertueux avec la pierre et la goutte, sans appui, sans amis, privé du nécessaire, persécuté, enchaîné par un tyran voluptueux qui se porte bien, est très-mal heureux ; et le persécuteur iusôlcnt qui caresse une nouvelle maîtresse <ur son lit de pourpre
•«très- heureux. Dites que le sage persécuté est préférable à sod indigne persécuteur ; dites que vous ai» oasxtJtaay et qur vous détestez. 1 autre; mais avouez qoc le sage dans levier* enrage. Shie sage n'en con* rient pas, il vous trompe, c'est un charlatan.
biept.
Du bien et dwnudyhjMque et moral.
Voici une question des plus difficiles et des plus importantes. Il s'agit de tonte la vie-humaine II serait bien puis important de trouver un remède à nos maux , mais il n'y en a point , et nous sommes réduit, a rechercher tristement leur origine. Ccst sur cette origine qu'on' dispute depuis Zoroaslrc, et qu'on a , scion , lus apparences, disputé avant lui. C'est pour expliquer ec mélange do bien et do mal qu'on a imaginé les deux principes ; Oromasc , l'auteur de la lumière, et Arimanc, l'auteur des ténèbres; la boite de Pandore , les deux tonneaux de Jupiter, la pomme mangée par Êve , cftant d'autres systèmes. Le premier des dialecticiens y non pas le premier des philo» .sepheffj WlhrBtW'Baj-le a fnk' assez vorr comment il est difficile aux chrétiens qui admettent nu seul Dieu, bon et juste, de répondre aux objections des manichéens uuTT«cOimai«WHtdeux dieux , dont l'un est bon et l'autre méchant.
De fond dit système des morivehéansy tout ancien qu'il esty n'en était'pns plus raisonnable, li 'faudrait «voir établi' des lewBm'géométriqiMJS-pour oser en< venir à ce théorème : « Il y a deuxêtreswéccswires, tous 'deux suprêmes f tons deux iufmûty ton»1 deux également puissans, tous deux s'étttnt fait la guerre, et s'aceordaut enfin pour verser sur cette petite planète, l'un tou*les*résorsda«a bénéficoace, et l'autre tout l'abîme de sa malice. » En vain , par cette hypothèse, expliquent-ils la casse dn bien et du mal; la fable de Promélhéc l'explique encore mieux ; mais tonte hypothèse qui ne sort qu'à rendre raison des choses, et qui n'est pas d'ailleurs fondée sur deiprin-
ebrenens (en fusant abstraction de la révélation quii fait» tout croire) n'expliquent pas mieux l'origine deihien et duieiavqne les facteurs de
Dés qu'ils disent : Dieu est un père tendre, Dfcu est un roi juste-; dès qu'ils ajoutent l'idée de l'infini à cet amour, à cette bonté, à cette justice humaine qu'ils connaissent, ils tombent bientôt dans la pin» horrible des contxadiattenst Comment ce souverain qui a la plénitude infinie' de cette justice que nous connaissons; comment un père qui a une tendresse infinie pou* sesenfans; comment cet 'être infiniment puiasant a-it-il pu former des créatures à son image, pour les faire l'instant d'après tenter par un être malin, pour les faire succomber, pour faire' mourir ceux qu'il avait» crèrs immortel*^ pour inonder leur postérité<kmalbeors etdcerimeeîOnuo parle pas ici
tante à notre faible raison. Comment Dieu rachetant ensuito le genre humain par la iwortde sou'fil* eoiquey ou plutôt,
m o cirant pour les hommes, livre-t-il à l'horrenrdes tortures éternelles presque tout co genre humain, pour lequel il est mort l Certes, à ne regarder ce sys* tème qu'en philosophe (saus le secours de la foi), il' est monstrueux, ilest abominable. Il fait de Dieu on. la.-maike-nMmo, et 'la malice infinie, qai a fait des êtres p rai sans pour les. rendre éternellement malheur reux, os l'impuissance et l'imbécillité même, qui n'a' pu ni prévoir, ni empêcher les malheurs de ses créature». Mais-il n'est pu question daas cet artictsda malheur éternel, il ne s'agit que de» biens «* des maux que noueéprouvons dans cottc>vie* Ancun des docteurs de tua» d'églises qui s cet article n'a po ]
On ne conçoit pas comment Bayle, qui maniait avec tant de force et de finesse les armes de la dialectique, s'est contenté de faire argumenter (a) un manichéen, un calviniste, un mouniste, un socinien ; que n'a-t-il fait parler un homme raisonnable? que Dayle n'a-t-il parlé lui-même, i cjue nou6 ce que no
Un père qui tue ses enfaas est un 'monstre; un roi qui fait tomber dans le piège ses sujets, pour avoir un prétexte de les livrer à des supplices, est un tyran exécrable. Si vous concevez- dans Dieu le même bonté que vous exigez dun père, la même justice que vous exigez d'un roi, plus de Dieu cet, en lui donnant ui Gales, voua le rendes infiniment odieux ; vous faitee souhaiter qu'il n'existe pas, vous damnez des arme» à ■ l'athée, ert'atbéo sera toujours en droit de vous dire : Il vaut mieux ne point reconnaître de divinité' que de lui imputer précisément ce que vous puniriez dan* les hommes.
Commençons donc pas dire : Ce n'est pea à nous a donner à Dieu le» alteibo» humsÙM) ce n'est pas à nous à faire Dieu à notre image. Justine humaine, bonté humaine, sagesse humaine, rien.de tout celéne peut convenir. On a beau étendre à l'infini cesqualités, ce ne seront jamais que des qualités humaines dont nous reculons les bornes; c'est comme si nous donnions à Dieu la solidité infinie, le mouvement inûni, la rondeur, la divisibilité, infinies. Ces attributs ne peuvent être les sions.
I ji philosophie 1 avoir été arrangé par un être incompréhensible, éternel, existant par sa nature; mais, encore une fois - la philosophie ne nous apprend pas les attribu's do cette nature. Nous savons ce qu'il n'est pce, et non ce qu'il est.
Pointée bien ni de mal pour Dieu, nr en physique
Qu'est-ce quo le mal physique ? De tous les maux le plus grand mim doute est la mDrt. Voyons .s'il était possible que l'homme eût été immortel.
impérissable, il faudrait qu'il ne fût point compose do perdes; il faudrait qu'il ne naqurt point, qu'il ne prit ni nourriture ni accroissement, qa'il ne pût
•t) Voyn dm» Bïj U> Ut-MUrlt*
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éprouver aucun changement. Qu'où examine toutes ces questions cjuc chaque lecteur peut étendrai « «on gré, et l'on verra que la proposition da l ltooi me. immortel est contradictoire.
Si notre corps organise était immortel, celui des animaux lu serait aussi; or il est, clair qu'eu peu de temps le globe ne pourrait suture à nourrir tant d'animaux; ces êtres immortels, qui oc subsistent qu'en renouvelant leur corps par la nourriture,. périraient donc faute de pouvoir se renouveler; tout cela ctt contradictoire. On an pourrait dire beaucoup davantage, mais tout lecteur vraiment philosophe verra que la mort était nécessaire à tout ce qui est né, que la mort ne peut être ui une erreur de Dieu , ni un maj , ni une injustice, ni un châtiment de l'homme.
L'homme né pour mourir ne pouvait pas plus être soustrait aux. douleurs qu'à la mort, tfour qu'une substance organisée et douée de sentiment n'éprouvât jamais du douleur, il faudrait que tontes les lois de la nature changeassent, que la matière ne fut plus diustblc, qu'il n'y eût plus ni pesanteur, n<* action, ni. force; qu'un rocher pût tomber sur un animal sans l'écraser , qua l'eau ne pût le suffoquer , que ]e feu no pût le brûler. L'homme impassible est donc aussi contradictoire que l'homme immortel.
Ce sentiment de douleur était nécessaire pour uous avertir de nous conserver, et pour nous donner des plaisirs autant que le comportent les Jois générale* auxquelles tout est soumis.
Si nous n'éprouvions pas la douleur, nous nous blcssurions à tout moment sans le sentir. Sans le commencement de la douleur nous ne ferions aucune fonction de la vie, nous no la communiquerions pas, nous u'aurions aucun plaisir. La faim est un commencement de douleur qui nous.avcrtit de preudre de -la nourriture, l'ennui une douleur qui no us' force à nous occuper, L'amour un besoin qui devient doulourcnx quand il s'est pas satisfait. Tout .désir, en un mot, est un besoin , une douleur commencée. La douleur est donc le premier ressort de toutes les actions des animaux. Tout animal doué de scnlimont doit être sujet à la douleur si la matière est divisible; la douleur itail donc aussi nécessaire que la mort. Elle ne peut donc être ni une erreur de la Providence, ni une malice, ni une opinion. Si nous n'avions vu souffrir que les brutes, nous n'accuserions p;ji la nature; si, dans uu état impassible , uous étions témoins de la .mort lente et douloureuse des colombes , sur lesquelles fond un épervier qui dévore à loisir leurs entrailles, et qui ne Tait que ce que nous fesons , nous serions loin de murmurer; mais de quel droit nos corps seront -ils moins sujets à Êt-c déchirés que ceux des brutes? Est-ce parce que nous avons une intelligence supérieure à la leur? Mais qu'a de commun ici l'intelligence avec «in» matière divisible? Quelques idées de plus ou de moins dans un cerveau doivent-elles, pcuvcnt-cllcs empêcher que le feu ne nous brûle, et qu'un rocher ne uous écrase?
Le mal moral, sur lequel on a écrit tant de volumes, n'est au fond que le mal physique. Ce mal moral n'est qu'un sentiment douloureux, qu'un être organisé cause à un autre être organisé. Les rapines, les ou-
SS) etc. , nc^oat un nuil qu'autant qu'Us en causent. Or, comme nous ne pouvons. Msuréasent faire aacaw mal à Dieu, il osLilair, par les lumières de la raiaen (indépeudammeiiLdc la foi qui est tout autre
chose), qu'il n'y a point de nul moral par rapport a I ' fit rosupr taie.
Comme le pies grand de.-, maux pb) tiques est. la mort, le plus grnml de. s maux en murai i ost assunment la guerre : elle entraîne après clloitous les crimes ; calomnies dans los déclarations ;>ipcxu*lies dans les traités ;«arapjuc, la dévastation , la douleus et La mort , sous tantes les formes.
Tout cela .«st .un. mal physique pour llioiume, . • n'est pas plus mal moral par rapport àJMeu que la rage des chiens qui se mondent. .Lien, un lieu commun, aussi fimx que faible , do dieo,qu'il « v a, que. les hommes qui s'uatr égorgent pies loups, les chiens, les chats, les coqs, ks cailles, «te., *c battent entre eux, -espèce contre, -espèce ; les araignées de bois se dévorent les unes les autres t tousses auîles sa battent pour les famrlks. (alto, guerre est la «unie des luis de lauaJurc , des principes qui «ont dans leur aaug ; tout es' in- , tout esl'uéacasairc.
La-aaUirc a donné a l heanmn envivon vingt-deux ans de aie lai n portant l'antre, c'est-àridirc ,^iue sic mille enfans ués da us un mois , les uns étant morts au berceau , les autres ayant vécu jusqu'à ironie tans , dJantres jusqu'à cinquante , quelques - nus jusqu'à quatre-vingts; faites euuiso une rùglu de compagnie, tous trouverez environ vingt-dcuxi ans: pour chacun.
Qu'importe tàiDiou «pion rooureà la : guerre,, eu qu'on meure de la fièvre? La guerre emporte .moins de mortels quo.li* petit'- vérole. Lu il eau de la: guerre est passager , tl celui de l;i jh-J ite vénale régna tou- .jours dans toute la «erre, àda.suno alcr tnatidiantres ; et tous les * fléaux sont tellement oombinés que Ja règle des vingt -deux ans de vie ost toujours non stanto on général.
V li o mme oilmi «. Dieu ren tuait .son prochain , diles*vtous. <Si-cola est, le s tanduo»curf.ides nauon-. sont d'horribles criminels; car ils font égorger, rn invoquant Dieu même, une foule predigioase de lours semblables -pour Idcivâla intérêts qu'il -vaudrait ■mieux aba ndo nner . M aàs oommcit *Jilieivsont-*li [kir 1 1 i m;:- raisonner en-en philosophes)? connue HHejgn !1 et les crocodiles l'eiffunsont ; ce .n'est pas Dieu assu- ,-iiément qu'ils towrment eut , c'est Leur prochain ; ce . m'est q lé envers I homme que) l'homme, peut étro eu ; paWe. Lin voleur ùr- grand chemin ne saurait voler ' au eu. Qu'importe» l'Être é4cnnel oulun pou de métal jauaosoit entre Jes -mains de Jéinjmo ou tlo Bonaventurc ? Nausawrns.drs.désirs nécessaires ,dcs passions Ttdoeeaairos^idcs lois néocssaMcs-ipour les. réprimer; et, tandis que sunnotreibarnTa\ié»e nous nous disputons un brin de paille pour un jour, I univers, marci, ■ à jamais pai des luis élerneausi et immuables , sous lesquelles ost rapgéi l'atome qu'on nomme, lait erre.