BLASPHÈME
C'est un mot grec qui signifie atteinte à ta réputation. Iila<i>hcmiu se trouve dans Démosthènes. De là vient, dit Ménage, le mot de blâmer. Blasphème ne fut employé dans l'église grecque que pour signifier in jure faite à Plat. Les Romains n'employèrent jamais cette expression , ne croyant pas apparemment qu'on pût jamais offenser l'honneur de Dieu comme on offense ce Ini des hommes.
Il n'y a presque point de synonymes. Blasphème n'emporte pas tout-à-fait l'idée de sacrilège. On dira d'un homme qui aura pris le nom de Dieu en vain, qui dans l'emportement de la colère aura ce qu'on appelle jure le nom de Dieu , c'est un blasphémateur; mais on ue dira pas c'est un sacrilège. L'homme sacrilège est celui qui se parjure sur l'Évangile, qui étend sa rapacité for les choses sacrées, qui détruit les autels, qui trempe sa main daus le sang des prêtres.
Les grands sacrilèges ont toujours été punis de mort chez toutes les nations, et surtout les sacrilèges avec effusion de sing.
L'auteur des Instituts au droit criminel compte parmi les crimes de lèse-majesté divine au secoud chef , l'inobservation des fêtes et des dimanches. Il devait ajouter l'inobservation accompagnée d'au mépris marqué; car la simple négligence est on péché, mais non pas un sacrilège , comme il le dit. Il est abaurdede mettre dans le même rang, comme fan cet auteur, la simonie, l'enlèvement d'une religieuse, et l'oubli d'aller à, vêpres un jour de fête. C'est un grand exemple des erreurs où tombent les jurisconsultes , qui , nayaut pas été appelés à faire des lois, se mêlent d'interpréter celles de l'état.
Les blasphèmes prononcés da^s l'ivresse, dans la colère, dans l'excès de la débauche, dans la chaleur d'uuc conversation indiscrète, ont été soumis par les législateurs à des peines beaucoup plus légères. Par exemple, l'avouât que nous avousdéjà cité, dit que les lois de France condamnent les simples blasphémateurs à une amende pour la première Ibis, double pour la seconde, triple pour la troisième , quadruple pour la quatrième. Le coupable est mis au carcan pour la cinquième récidive, au carcan encore pour la. sixième, et la lèvre supérieure est coupée avec un fer chaud ; et pour la septième fois on lui coupe la langue. Il fallait ajouter que c'ert l'ordonnancede 1666.
Les peines sont presque toujours arbitraires; c'est un grand défaut dans la jurisprudence. Mais aussi ce défaut ouvre uue porte à la clémence, à la compassion; et cette compassion est d une justice étroite : car il serait horrible de punir un emportement de jeunesse, comme on punit des empoisonneurs et des parricides. Une sentence de mort pour un délit qui ne mérite qu'une correction, n'est qu'un assassinat commis avec le glaive de la justice.
N'est-il pas à propos de remarquer ici <
fut blasphème dans «n pays , fut souvent piété dans un autre?
Un marchand de Tyr, abordé au port de Canope, aura pu être scandalisé de voir porter en cérémonie un oguon , un ebat , un bouc ; il aura pu parler indécemment dlshcth, ù'Oshireth et d'Horeth; il anra peut-être détourné la tête, et ne se sera point mis à genoux en voyant passer en procession les parties génitales du genre humain plus grandes que nature. Il en aura dit son sentiment à «ouper, il aura mémo chanté une chanson dans laquelle les matelots tyriens se moquaient des absurdités égyptiaques. Une servante de cabaret l'aura entendu : sa conscience no lui permet pas de cacher ce crime énorme. Elle court dénoncer le coupable au premier shoen qui porte l'image de la vérité sur la poitrine, et on sait comment l'image de la vérité est faite. Le tribunal des shoen ou shotim condamne le blasphémateur tyrien à une mort affreuse , et confisque son vaissciu. Ce marchand était regardé à Tyr comme un ds* plus pieux personnages de la Phénicic.
Numa voit que sa petite horde de Romains est un ramas de flibustiers latins qui volent à droite et à gauche tout ce qu'ils trouvent, bœufs, moutons, volailles, filles. Il leur dit qu'il a parlé à la nymphe Egérie dans une caverne , et que la nymphe lui a donné des lois de la part de Jupiter. Les sénateurs le traitent d'abord de blasphémateur, et le menacent de le jeter de la roche Tarpéienne la tête en bas. Numa se fait un parti puissant. Il gagne des sénateurs qui vont avec lui dans la grotte d'Egéric. Elle leur parle ; elle les convertit. Ils convertissent le sénat et le peuple. Bientôt ce n'est plus Numa qui est un blasphémateur. Ce nom n'est plus donné qu'à ceux qui doutent de l'existence de la nymphe.
Il est triste parmi nous que ce qui est blasphème à Rome, à Notre-Dame de Lorctte, dans l'enceinte des chauoines de San-Gennaro, soit piété dans Londres, dans Amsterdam, dans Stockholm , dans Berlin, dans Copenhague, dans Berne, dans Bade, dans Hambourg. Il est encore plus triste que dans Je même pays , dans la même ville , dans la même rue on so traite réciproquement de blasphémateur.
Que dis -je ? des dix mille Juifs qui sont à Rome , il n'y en a pas un seul qui ne regarde le pape comme le chef de ceux qui blasphèment ; et réciproquement les cent mille chrétiens qui habitent Rome à la place des deux millions de joviens (a) qui la remplissaient du temps de Trajan , croient fermement que les Juifs s'assemblent les samedis dans leurs synagogues poui blasphémer.
Un cordclicr accorde sans difficulté le titre de blasphémateur au dominicain, qui dit que la sainte Vierge est née dans le péché originel, quoique les dominicains aicut une bulle du pape qui leur permet d'enseiguer dans leurs couvens la conception maculée , et qu'outre cette bulle ils aient pour eux la déclaration expresse de saint Thomas d'Aquin.
La première origine de la scission faite dans les trois quarts de la Suisse , et dans une partie de la
ba.< se- Allemagne, fat une querelle dans l'église cathédrale de Francfort , entre un corde lier dont j'ignore le nom , et un dominicain nommé Vigandt
Tous deux étaient ivres, selon l'usage de ce tempslà. L'ivrogne cordelier, qui prêchait, remercia Dieu tlauâ «on sermon do ce qu'il n'était pas jacobin, jurant qu'il in Hait ealerraàecr les jacobins blasphémateurs qui croyaient la sainte V ici gc née eu péché mortel , et délivrée du péché par le« seuls mérites de son BU i i'ivroRiic jacobin lui dtt tout haut : Vous eu ave* morvti, blasphémateur vous-même. Le cordelier descend de chaire un grand crucifix de Air a la main , oa donne cent coups a son adversaire , et la laisse presquomoft sur la place»
Ce fut pour venger cet outrage que les dominicains firent beaucoup dé miracles en Allemagne et m Suisse. Ils prétendaient prouver leur fol par ces miracle*. Emu* ils trouvèrent J« moyeu de fleur* imprimer dans Berne les stigmates de notre Seigneur Jeeus»Gbrist, a un du leurs frire s lais nommé Jet ter ; ce fut la sainte Vierge elle-même qui lui fit cette opération; mais elle emprunta la main du sous-prieur, qui avait pris un habit de femme, et entouré sa tète d'une auréole. Le malheureux petit frère bu » exposé tout en sang sur l'autel des dominicains de Berna u la vénération du peuple, cria enfin au meurtre, au sacrilège ; les raoiues» pour l'apaiso*, loeommuniè-
blimé corrosif} l .xeèa dVl .
l'hostie (*>,
Les moines ahws l'accusèrent devant l'évêque de
açcuaèrautcux,-ménu^s les moines ; quatre d'entre eux furent brûles à Berne, le 3 1 mai, 1 5oo. ^ à la porte de Marsilly.
Ccst ainsi que finit cette abominable histoire qui détermina eufiu les Bernois à choisir une religion, mauvaise à la vérité à nos yeux catholiques , mais dans laquelle ils sentie ut délivré* des cordclicrs ot des jacobins.
La foule de semblables sacrilèges est incroyable. C cst à quoi l'esprit* de parti conduit.
Les jésuites oui soutenu pendant cent ans que les jansénistes étaient des blajrauémateuxs» el ''°*t prouvé par mille lettres de cachet» Les jansénistes ont répondu par plus de quatre mille volumes, que c'était les jésuites qui blasphémaient L'écrirai» des Gazettes ecclésiastiques pré tend que tous les honnêtes gens blasphèment contre lui; et û blasphème du haut de sou grenier contre tous les honnêtes gens du royaume. Le libraire du garcticr blasphème contre lui , et se plaint de mourir de fitini. il vaudrait mieux être poli el honnête.
(fcj t-Vjre* lea .Voyage» de Uur
-que Je Saliilmry ,
ntutofl^ dit dominicain» de Berne, p»r Abraham Ituchoi, profai-cur i Lausanef le Procès verbal de la condamnation de* dominicain»; et l'original du procès, conservé* dan* U bibliothèque de Berne. Le même bit est rapport.» dans l'Esaal M)r te irucur» rt l'esprit des nation». Pnisse-t-il *tre partout 1 FuavtmK aale eonsaissait en France il y • vioet ao*>(*).
(') Ilestappelé ^-dansl Eu»mrle.ln«ar.,tbOaUX1
•l Jalsar, dans 1a Pelinquc et l/pilatiog, art. Digrwwn tur les Mcriléou qui amenèrent , ele. (K.)
Une chose aussi remarquable (|uccoii»olaute, c'est que jamais en aucun pays do la terre, chea Us idolâtres les plus feus, aucun homme n'a été regardé
comme un blasphémateur pour avoir reconnu un Dieu suprême, éternel et tout-puissant. Ce n'est pas sans doute pour avoir reconnu cette vérité qu'on fit boire la ciguë à Soerato, puisque le dogme d'un Dieu suprême était annoncé dans tous les mystères de la Grèce. Ce fut une faction qui perdit Socrale. Oh l'accusa au hasard de ne pas reconnaître les dieux se* condairee ; ce lut sur cet article qu'un le traita de blasphémateur.
On accusa de blasphème les premiers chrétiens par la même raison ; mais les partisans de l'ancienne religion de l'empire » les jovions qui reprochaient le blasphème aux premiers chrétiens, furent enfin condamnée ou» -mêmes comme blasphémateurs sous Théodos«U.l)ryd«nadit:
This tiie to day and tne other lo morrmv omit, And tfceyr ers ail <fo<J» almigky in tAair turau.
Tei est chaque parti, d
BLED otr BLE.
SECTI01» PKEalttaK.
Ofigine du mot et de là éhbsé.
vienne de panis. Mais pour faire du pain il faut du blé. Les Gaulois avaient du blé du temps de César; où avaient-Us pris oa jnotWe7 Ou prétend que c'est do bladam, mot employé dans la latinité barbare dit moyen âge, par le chancelier Derrfgnes, de Vintil, i qui l'empereur Frédéric II fit, diuov, crever veu yeux.
Mais les mots latin» de cas siècles barbares n'étaient que d'auciens mot* celtes ou tudesques l*tl<uisée. Bladum venait donc de notre bleint, et non' pas
les paysobla disent encore Ma .
Cette science n'est pas infiniment ntile ; mais on serait curieux du savoir oè les Gaulois et les Teutons avaient trouvé du blé pour le semer? On vous répond que les Tyriens en avaient apporté en Espagne , les Espagnols en Gaule et les Gaulois en Germante. Et où les Tyriens avaient-ils pris ce Mé? Cher les Grecs probablement, dont ils l'avaient reçu en échange de leur alphabet.
Qui avait fldt oe prêtent aux Grées ? OJlsdt autrefois Gérés sans doute ; et quand on a remonté a Géré», on ne peut guère aller plu» haut H faut que Gérés soit descendue exprès du eiel pour nous donner in fromeut, du seigle , do l'orge , eto.
Mais comme te crédit de Gérés qui donna le Wé aux Grecs, et celui dlshtcth ou Isis qui en gratins! l'Egypte, est fort déchu aujourd'hui, nous reitoiw dans l'incertitude sur l'origine du blé.
Sancboniathou assura qtt* Oagen ou Dagen , l'un des petits -fils de Thaut, ivkitcn Phénicie ItuielH dance dn blé. Or sou Thaut est «feu près du temps de notre Jarcd. U résulte de là que le blé est fort au-
ci«* , el qu'il csl de la même antiquité «p» Pberbe, Bent-étre que ec Dagen-rat le premier qui fit du pain; mai* cela n'est pas démontré.
Chose étrange! nous suv.ms positivement que nous avoua l'obligation du vin a 5\oc, et nous ne savons pa» à qui uOtis devons le pain. Et, chose encore plus étrange, noua sommes si ingrats envers \oé, que
do Bacehus, «(qu'à pciuc on cliantor eu rhomlcur de- Noé notre bienfaiteur.
Un Juif m » assuré que le Lie venait do lui-même
va^c*, les châtaignes, Ici nèfles dans l'occident. Je le veux, croire jusqu'à ce qui- je sois sûr du contraire; car enfin il faut bien que le hk croisse quelque part. 11 est devenu k nourriture ordiuairu et indispensable dans les plus beaux climat.* et dans tout le nord.
De grand* philosophe» dont nous ostimnui les lakns, cl demi nous ne suivons point les systèmes, ont prétendu , (la us 1 Hisioirx- naïutclk du chien, p. •(»"», rjiic les hommes oui fait le hk ; que nos pires, à force de semer de l ivrait el du grituen, les ont changes en iïynieiii. Connue mi philosophe* ne sont pas de notre avi» sur les coquilles, il» nou» permettront de it'élrc pas du Jour sur k blé. Nous ne pensons pat qu avec du jasmin on oit jamais lait venir des tulipes. Nous trouvons que k gunne du bk est tout différent de celui de l'ivraie, et nous ne croyons a aucune transmutation . (Juoid on nous eu montrera , nous j
article /iirc-à-fxiiti, qu'on ne
Nous avons vu , mange point de pain dans les trois quarts de la terre. On prétend que les Éthiopien* se moquaient des Egyptien* qui vivaient de pain. Mais enfin, puisque c'est noire nourriture pnnripulc , le hk est devenu un des plus grand* objets du commerce «t de la politique. Un a tant écrit sur cette matière, que, si un laboureur semait autant de Lk pesant que nous avons de volumes sur cette denrée , il pourrait espérer la plus ample récolte , et devenir plua riebe qoe qui, dans leurs salons vernis tt dorés, ig l'excès de sa peine et de sa misère.
StCTION M.
Richesse du blé.
Dfcs qu'on commence a balbutier en économie politique, on fuit comme font dans notre rue tons las voisins et les voisines qui demandent : Combien a-t-il de routes? comment vit-il ? combien sa fille auru-t-clle •>n mariage ? etc. On deroando eu Europe : L'Allemagne e-Nclle plus de blés que la France? L'Angleterre rccueilk-t-ellc (et non pas r/cclte-t-elk) de plus belles moissous que l'Espagne .' \x blé de Pologne produit il autant de farine que celui de Sicile ? La grande question est de savoir si un pays purement agricole est plus riche qu'un pays purement com-
La supériorité du pays de bk est démontrée par le livre , an«i petit que plein , de M. Melon , k premier homme qui ait raisonné en France , par la voie de l'imprimerie, immédiatement après la déraison universelle du système de Law. M. Melon a pu tomber
dans quelques erreurs i
instruits, dont les erreur» etit été relevées à leur tour, tu attendant qu'on relève les miennes, voici le lait. L'Egypte devint la meilleure terre à froment de
I univers, lorsqu hpres plusieurs siècles qu'il est difficile de compter au juste, les habita us curent trouvé lo secret de taire servir « ht tecondité du sol an fleuve destructeur, qui avait toujours inondé le pays, et qui n'était utile qu'aux rets d'Egypte, au* insectes, aux reptiles et aux crocodiles. Son eau inômo , uièko d uue bourbe noire , ae pouvait désaltérer ni laver k» habitait*. 11 fallut des travaux immenses, un temps prodigieux pour dompter lu Ikuve , la partager nu canaux , fonder des villes dans un terrain autrefois mouvant , et changer les cavernes des rochers en vastes bâtimens.
Tout cela est plus étonnant que des pyramides ; tout cela fait , voilà un peuple sûr de sa nourriture avec le meilleur blé du monda, sans même avoir presque besoin do kbourer. Le voilà qui élève, et qui engraisse de la Yokilk supérieure à oolIcdeCsua. Il est velu du plus beau lin dans k climat k plus tempéré.
II n'a donc aucun besoin réel dos autres pcupks.
I-cs Arabes ses voisins au contraire no rocucilknt pas un settor de blé depuis le désert qui ontouro k lac de Sodomc, et qui va jusqu'à Jérusalem , jusqu'au voisinage 4a TEupbrale, à 1 Yémen, e». r la terre de Gad ; ce qui compose un pays quatre fois plus étendu que l'Egypte. Us disent : Nous avons des voisins qui ont tout k nécessaire ; allons dans l Inde leur chercher du super Un -, portous-kur du sucre , des aromates, des épicerie*, des curiosités; soyons les pourvoyeurs de leurs fantaisies, et ils nous donneront de la urine. Ils en disent autant des Babyloniens ; ils s'étabJissont courtiers de ces deux nations opulentes, qui regorgent de blé ; ol , en étant toujours leurs serviteurs, ils restent toujours pauvres. Mctnpbis et ftabylone jouissent ; el les Arabes les servent; la lorre à blé demeure toujours la leek riche ; k superllu de son froment attire les niétaut., les parfum», les ouvrages d industrie. I<e possesseur du bk impose donc toujours Ja loi à celui qui a boâoitt de pain} el Midac aurait donné tout son or à uu laboureur de Picardie.
La Hollande parait de nos jours une exception , et n'en est point une. Los vicusitudes de ce monde ont tellement tout houkvcrsé, ouo les babitans d un marais, persécutés par l'Océan qui menaçait de les noyer, et par l'inquisition qui apportait des fagots pour les brûler, allèrent au bout du monde s'emparer des dos qui produisent des épierrras devonacs aussi nécessaires aux riches que k pain Test au* pa livras. Les Arabes vendaient de la mirrhe, du baume et des perles, à Mctnpbis et à Baby lotie : les Hollandais vendent de tout » l'Europe et à l'Asie, et mettrM k pri» à tout.
Ht n'ont point de blé, dites-vous; ils en oui plus que l'Angtelei ru et la i nnce. Çjui est téclknient possesseur du bk? L'eal le marchand qui l'achète du laboureur. Ce n'était p*s k simple agriculteur de Cbaidée ou d'Egypte qui proiituit beaucoup de son froment. C'était k marchand rhatdécn on l'Egyptkit adroit qui en fesak des amas, et les. vendait au» Ara-
bei ; il en rôtirait dei ■ronttet , des perics , des rubis , qu'il vendait chèrement au riche*. Tel est le Hollandais; il achète partout et revend partout; il n'y a point pour lui de mauvaise récolte; il est toujours prêt A secourir pour de l'argent ceux qui manquent de farine.
Que trois ou quatre négociant entendus, libres, sobres, à l'abri de toute vexation , exempts de toute crainte, s'établissent dans un port: que leurs vaisseaux soient bons, que leur équipage sache vivre de gros fromage et de petite bière , qu'ils fasscut acheter à bas prix du froment A Dantzick et A Tunis, qu'ils sachent le conserver, qu'ils sachent attendre; et ils feront précisément ce que font les Hollandais
section tti.
Histoire du blé en France.
Dans les anciens gouvernemens ou anciennes anarchies barbares , il j eut je ne sais quel seigneur ou roi de Soissons qui mit tant d'impôts sur les laboureurs, les batteurs en grange, les meuniers, que tout le inonde s'enfuit, et le laissa sans pain régner tout seul à son aise (<j).
Comment fit-on pour avoir du blé, lorsque les Normands, qui n'en avaient pas chez cm, vinrent ravager la France et l'Angleterre; lorsque les guerres féodales achevèrent de tout détruire ; lorsque ces brigandages féodaux so mêlèrent aux irruptions des Anglais; quand Edouard III détruisit les moissons do Philippe de Valois, et Henri V celles de Charles VI; quand les armées de l'empereur Charles -Quint et celles de Henri VIII mangeaient la Picardie; enfin tandis que les bons catholiques et les bons réformés coupaient le blé en herbe, égorgeaient pères, mères et enfans, pour savoir si on devait se servir de pain fermenté ou de pain axjmc les dimanches ?
Comment on fesait ? Le peuple ne mangeait pas la moitié de son besoin; ou se nourrissait très-mal ; on périssait de misère; la population était trèsmédiocre ; des cités étaient déserte».
Cependant vous voyez encore de prétendus historiens qui vous répètent que la France possédait vingt-neuf millions d'babitaos du temps de la Saint- Bartfaélcmi.
C'est apparemment sur ce calcul que l'abbé de Caveirac a bit l'apologie de la Saint-Barthélcmi; il a prétendu que le massacre de soixante et dis mille hommes, plus ou moins, était une bagatelle dans un royaume alors florissant, peuplé de vingt-neuf millions d'hommes qui nageaient dans l'abondance.
Cependant la vérité ert que la France avait peu d'hommes et peu de blé; cl qu'elle était excessivement misérable, ainsi que l'Allemagne.
Dans le court espace du règne enfin tranquille de Henri IV, pendant l'admiuistratiop économe du duc de Sulli, les Français en i5g7 eurent une abondante récolte; ce qu'ils n'avaient point vu depnis qu'ils étaient nés. Aussitôt ils vendirent tout leur blé aux étrangers, qui n'avaient pas fait de si heureuses moissons, ne doutant pas que l'année 1 5g8 ne fût encore
(a) Cotait nu CMférir. La chose trriva T.o 56a.
rNNAJRE
meilleure que la précédente. Elle rat très-mauvaise, le peuple alors fut dans le cas de mademoiselle Bernard , qui avait vendu ses chemises et ses draps pour acheter un collier; eUe fut obligée de vendre son collier à perte pour avoir des draps et des chemises. Le peuple pâtit davantage. On racheta chèrement le même blé qu'on avait vendu A un prix médiocre.
Pour prévenir une telle imprudence et un tel malheur, le ministère défendit l'exportation ; et cette loi ne fut point révoquée. Mais sous Henri IV, sous Louis XIII et sous Louis XIV, non-seulement la loi fut souvent éludée ; mais, quand le gouvernement était informé que les greniers étaient bien fournis, il expédiait des permissions particulières sur le compte qu'on lui rendait de l'état des provinces. Ces permissions firent souvent murmurer le peuple ; les marchands de blé furent en horreur comme des monopoleurs qui voulaient affamer une province. Quand il arrivait une disette, elle était toujours suivie de quelque sédition. On accusait le ministère plutôt que la sécheresse ou la pluie (i).
Cependant, année commune, la France avait de quoi se nourrir, et quelquefois de quoi veudre. On se plaignit toujours (et il faut se plaindre pour qu'on vous suce un peu moins); mais la France depuis 1661 jusqu'au commencementdudix-huitième siècle, fut an plus haut point de grandeur. Ce n'était pas la vente de son blé qui la rendait si puissante ; c'était son excellent vin du Bourgogne, de Champagne et de Bordeaux ; le débit de ses eaux-de-vie dans tout le nord, de son huile, de ses fruits, de son sel, du ses toiles , de ses draps , des magnifiques étoiles de Lyon et même de Tours, de ses rubans, de ses modes de toute espèce ; enfin les progrès de l'industrie. Le pays est si bon, le peuple si laborieux, que la révocation de l'édit de Nantes ne put faire périr l'État. Il n'y a peut-être pas une preuve plus convaincante de sa force.
Le blé resta toujours à vil prix : la main-d'œuvre par conséquent ne fut pas chère; le commerce prospéra; et on cria toujours contre la dureté du temps.
La nation ne mourut pas de la disette horrible de 1709; elle fut très -malade, mais elle réchappa. Nous ne parlous ici que du blé qui manqua absolument; il fallut que les Français en achetassent de
leurs
les Hollandais en fournirent
seuls autant que les Turcs.
Quelques désastres que la France ait éprouvés < quelques succès qu'elle ait eus; que les vignes aient gelé, ou qu'elles aient produit autant de grappes que dans la Jérusalem céleste, le prix du blé a toujours été assez uniforme; et, année commune, un setier de blé a toujours payé quatre paires de souliers depuis
(1) Mais eek n'est miré que par la fente «ta dnnw»i,H»., te mêlant de faire d<- » règlemen» sur le commerce de» bM», donnait droit au peuple de lui imputer les disette* qu'il éprouveil. Le »e*l moyen dempAcber ce» dUelles e»t deneoureger par la liberté la plus absolue la commerce et les emmagaiinerara» de bU , de chercher k éclairer le peuple , et a détruire le préjuge qui lui fait détester (es marchands de Me.
(t) Mais U y | tu sauvent d'énormes difterences d'une anné
.Vert l'an 17S0 la nation rassasiée de vers, de tragédies, de comédies, d'opéras, de romans, d'histoires romanesques, de réflexions morales plus romanesques encore , et de disputes théologiques sur la grâce et sur les convulsions, se mit enfin A raisonner sur les blés.
On oublia même les vignes pour ne parler que d« froment et de seigle. On écrivit des choses utiles sur l'agriculture : tout le monde les lut, excepté les laboureurs. On supposa, au sonir de l'opéra comique, que la France avait prodigieusement de blé à vendre. Enfin le cri de la nation obtint du gouvernement, en 1764, la liberté de l'exportation (1).
Aussitôt on exporta. Il arriva précisément ce qu'on avait éprouvé du temps de Henri lYî on vendit uu peu trop; une année stérile survint, H fallut pour la seconde fois que mademoiselle Bernard revendît son collier pour ravoir ses draps et ses chemises. Alors quelques plaignans passèrent d'une extrémité a l'autre. Ils éclatèrent contre l'exportation qulls avaient demandée : ce qui fait voir combien Q est difficile de contenter tout le monde et son père.
Des gens de beaucoup d'esprit, et d'une bonne volonté sans intérêt, avaient écrit avec autant de sagacité que de courage en faveur de la liberté illimitée du commerce des grains. Des gens qui avaient autant d'esprit et des vues aussi pures, écrivirent dans l'idée de limiter cette liberté ; et M. l'abbé Galiani, Napolitain , réjouit la nation française sur l'exportation des blés; il trouva le secret de faire, même en français, des dialogues aussi amusans que nos meilleurs romans , et aussi instructifs que nos meilleurs livres sérieux. Si cet ouvrage ne fit pas diminuer le prix dn pain , il donna beaucoup de plaisir à la nation , ce qui vaut beaucoup mieux pour elle. Les partisans de l'exportation illimitée lui répondirent vertement. Le résultat fut que les lecteurs ne surent plus où ils en étaient : la plupart se mirent à lire des romans en attendant trois ou quatre années abondantes de suite qui les mettraient en état de juger. Les dames ne surent pas distinguer davantage le froment du seigle. Les habitués de paroisse continuèrent de croire que le grain doit mourir et pourir en terre pour germer.
SECTION IV
Des blés d'Angleterre.
Les Anglais, jusqu'au dix-septième siècle, furent des peuples chasseurs et pasteurs plutôt qu'agriculteurs. La moitié de la nation courait le renard en selle rase avec un bridon : l'autre moitié nourrissait des moutons et préparait les laines. Les sièges des pairs ne sont encore que de gros sacs de laine, pour les faire souvenir qu'ils doivent protéger la principale denrée du royaume. Us commencèrent a s'apercevoir, nu temps de la restauration , qu'ils avaient aussi d'exeetlentes terres a froment. Ils n'avaient guère jus-
a l'autre, et c'est ce qui cause U miaère du peuple, perce ijtu if* Munies n'augmentent pu k proportiee.
(1) Cette Qjeri<5fùtUmhee;ilDeeofnitquetre»peudeble, et bientôt le» maaraisc* récoltes rendirent toute exportation impoMibie. 11 reeuller.it deux grand, bien, d'une liberté alawlue de l'exportation ; l'encouragement de l'agriculture , et une plu. S/ande ooostaace dan. le prix du grain.
qu'alors labouré que pour leurs besoins. Les trois quarts de l'Irlande se nourrissaient de pommes de terre, appelées alors potétis, et par les Français top* nambous, et ensuite pommes de terre. La moitié do l'Ecosse ne connaissait point le blé. Il courait un espèce de proverbe anglais assex plaisant, dont voici le sens t
Si l'époux d*Ève la féconde Au pays d'Écoeee était né, A demeurer ches lui Dieu retirait condamné ,' Et non pas i courir le monde.
L'Angleterre fut le seul des trois royaumes qui défricha quelques champs, mais en petite quantité. 0 est vrai que ces insulaires mangent le plus de viande, le plus de légumes, et le moins de pain qu'ils peuvent. Le manœuvre auverguat et limousin dévore quatre livres de pain qu'il trempe dans l'eau, tandis que le manoeuvre anglais en mange à peine une aveo du fromage, et boit d'une bière aussi nourrissante que dégoûtante qui l'engraisse.
On peut encore, sans raillerie, ajouter à ces raisons lYnorme quantité de farine dont les Français ont chargé long -temps leur tête. Ils portaient des perruques volumineuses hautes d'un demi -pied sur lo front, et qui dcsccndaicut jusqu'aux hanches. Seizo onces d'amidon saupoudraient seize onces de cheveux étrangers, qui cachaient dans leur épaisseur lu buste d'un petit homme ; de sorte que dans une farce , où un maître à chanter du bel air, nommé M. des Soupirs, secouait sa perruque sur le théâtre, on était inondé pendant un quart- d'heure d'un nuago de pousire. Cette mode s'introduisit en Angleterre , mais les Anglais épargnèrent l'amidon.
Pour venir à l'essentiel, il faut savoir qu'en 1689, la première année du règne de Guillaume et de Marie , nn acte du parlement accorda une gratification à quiconque exporterait du blé, et même de mauvaise! eaux-de-vie de grain sur les vaisseaux de la nation.
Voici comme cet acte, favorable à 1a navigation et A la culture, fut conçu (1).
Quand une mesure nommée quarter, égtla à vingtquatre boisseaux de Paris, n'excéiait pas en Angle* terre la valeur de deux livres sterling huit schclling au marché , lo gouvernement payait à l'exportateur de ce quarter cinq schcllings s 5 liv. 1 0 s. de France f A l'exportateur du seigle , quand il ne valait qu'une livre sterling et douze schcllings, on donnait de récompense trois schcllings et six sous » 3 liv. 1 a s. de France. Le reste dans une proportion assez exacte.
Quand le prix des grains haussait, la gratification n'avait plus lieu ; quand ils étaient plus c'iers , î'cx»
(1) Cette prime m pouvait avoir d'autre eflVt que de tenir le' blé en Angleterre «n-dr»ju» du taux naturel. En la cooiiderant relalmment à la culture, elle 0 pour objet de la ire cultiver pku de terrée es blé qu'on n'en cultiverait sans cela, ea qui est une perte réelle, parce qe'on serait rapporter A ce» même» terrée de* production! d'une valeur plus grande. Il n'est juste d'encourager la culture dn blc aux dépens d'une antre culture, qne daU* les pars où la récolte ne uiffit p.. année commune a la subsistance du peuple, parce que ce serait un mal pour une nation de ne pas être itadependante des autres pour. U deurre de nécruite pro suiere, du moius tant que les prrjugr» mercantile, subsisteront
portation n'était plus permise. Ce réglementa éprouvé quelques variations, mais enfin le résultat a été un profit immense. On a vu par un extrait do l'exportajtfon des grains, présenté à la chambre des communes, en t?5l, que lAngleUrrc en avait vendu aux autre» nations en cinq années pour 7,405,766 liv. sterling, qui font cent soixante dis millions trois cent trentetrois mille soixante-dix-huit livres de France. Et sur cette somme que l'Angleterre tira de l'Europe en cinq années , la France en paya environ dix millions et demi.
L'Angleterre devait sa fortune à sa culture qu'elle avait trop loug-tcmps négligée ; mais aussi elle la devait à son terrain. Plus sa terre a valu, plus ello s'est encore améliorée. Ou a su plus de chevaux , de bœufs et d'engrais. Etifin on prétend qu'une récolte abondante peut nourrir l'Angleterre cinq ans , et qu'uuc même récolte peut a pciuc nourrir la France deux anuées.
Mais aussi la France a presque le double d'habitaus; et en ce cas l'Angbtcrrc n'est que d'un cinquième plus riche en blés , pour nourrir la moitié moins d hommes : ce qui est bien compeus* par les autres denrées, ut parles manufactures de la France.
section v.
Mémoire court sur les autres pays.
L'Alloiagke est comme la France; elle a des provinces fertiles en blé, et d'autres stériles; les pays voisins du Khin et du Danube , la Bohême, sont les mieux partagés, il n'y a guire du grand coutmerc de urnin que dans l'intérieur.
La Turquie ne manque jamais de blé, cl en vend peu. L Espagne en manque quelquefois, et n'en vend jamais. Les cotes d'Afrique en ont, et en vendent. La Pologne en est toujours bicu fournie et n'en est pas plus riche.
Les provinces méridionales de la Russie en regorgent ; ou le transporte à celles du nord avec beaucoup de peine; on en peut faire un grand commerce par Riga.
La Suède ne recueille du froment qu'en Scanic ; le reste ne. produit que du seigle; les provinces septentrionales rien. Le Danemurck peu. L'Ecosse encore moins.
La Flandre autrichienne est bien partagée.
En Italie tous les environs de Rome, depuis Vilerbc jusqu'à Terracinc , sont stériles. Le Bolonais , dout les papes se sont emparés , parce qu'il était à leur bienséance , est presque la seule province qui leur donne du pain abondamment.
Les Vénitiens en ont n peine de leur crû pour le besoin , et sout souvent obligés d'acheter des ûrmans a Constautinople , c'csl-a-dirc , des permissions de manger. C'est leur ennemi c: leur vainqueur qui est leur pourvoyeur.
Le Milanais est la terre promise . eu supposant que la Terre promise avait du froment
La Sicile se souvient toujours de Cérès; mais on prétend qu'on n'y cultive pas aussi-bien la terre que du temps dUléron, qui donnait tant de blé aux Ko-
mains. Le royaume de Napks est bien moins fertile que la Sicile, et la disette s'y fait sentir quelquefois, malgré San Gcnnaro.
Le Piémont est un des meilleurs pays.
La Savoie a toujours été pauvre, et le sera.
La Suisse n'est guère plus riche ; elle a pou de froment ; il y a des cantons qui en manquent absolument.
Un marchand de blé peut se régler sur ce petit mémoire; et il sera ruiné, à moius qu'il ne s'informe au juste do la récolte de l'année et du besoin du mo-
Résumç.
Suives le précepte d'Horace : Ayez toujours i année de blé par- deniers vous ; profit* frugis ta
RBCTIOJI VI.
Blé, grammaire, On dît proverbialement , « manger son blé en herbe; Être pris comme dans un blé; crier famine «ur un tas de blé. m Mais de tous les proverbes que cette production de la nature et de nos soins a fournis , il n'en est point qui mérite plus l'attention à".* législateurs que celui-ci :
Cela signifie une infinité de bonnes chose?, comme par exemple ;
Ne nous gouverne pas dans le dix-huitième siècle comme on gouvernait du temps d'Mhoin, de Gondebald, de Clodcvick, nommé en latin Cloâovteus.
Ne parle puis des lois de Dagobcrt , quand nous avous les oeuvres du chancelier d'Agucssoau , les discours de MM. les gens du roi , Montdar, Servant, Castillon , la Chalotais, du Pat y , etc.
Ne nous cite plus les miracles de saint Amable, dont les gants et le chapeau furent portés en l'air pendaut tout le voyage qu'il fit à pied du fond do l'Auvergne à Roiue.
Laisse pourir lous les livres remplis de pareilles inepties, songe dans quel siècle nous vivous.
Si jamais on assassine à coups de pistolcl un maréchal d'Ancre , ne fais point briller sa femme en qualité de sorcière, sous piétcxtc que son médecin italien lui a ordonné de prendre du bouillon fait avec un coq blanc, tué au clair de la lune, pour la guéri»») de ses vapeurs.
Dislingue toujours les honnêtes gens qui pensent, de la populace qui n'est pas faite pour penser.
Si l'usage t oblige à faire une cérémonie ridicule en faveur de celte canaille, et si en chemin tu rencontres quelques gens d'esprit, avertis-les par un signe de tét«, par un coup d'ail, que tu penses comme eux , mais qu'il ne faut pas rire.
Affaiblis peu à peu toutes les superstitions anciennes, et n'en introduis aucuno nouvelle.
Les lois doivent être potrr tout l« monde ; ma»» laisse chacun suivre ou rejeter à son gré ce qui ne peut être fondé que sur un usage indifférent.
Si la servante de Baylc meurt entre te» bras , na lui parle point comme » Baylc, ni à Bayl« i sa servait;*.
fttf
Si les Imbéciles veulent encore dit gland, laissc-Iei ea manger; mais trouve bon qu'on leur présente du pain.
Eu un mot, ce proverbe est excellent en mille occasions.