‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 138 sur 551 · CHARITE · texte numérisé non relu

CHARITE

Maisons de charité, de bienfesance, hôpitaux, hôtels-dieu , etc.

Cice&on parle en plusieurs endroits de la charité uni verselle : cluirilas humant grneris ; mais on i point quo la police et la bienfejanec des aicut établi de ces maisons de charité, où les pauvres et les malades fussent soulagés aux dépens du publie. Il y avait une maison pour les étrangers au port d'Oslia , qu'on appelait Xenodukium. Saint Jérôme rend aux Romains cette justice. Les hôpitaux pour les pauvres semblent avoir été inconnus dans l'ancienne Rome. Elle avait un usage plus noble , celui du fournir des blés au peuple. Trois cent vingt-sept greniers immenses étaient établis à Rome. Avec cette libéralité continuelle, on u'avait pas besoin d'hôpital , il n'y avait point de nécessiteux.

On ne pouvait fonder des matons de charité pour les enfans trouvés ; personne n exposait ses en fans ; les maîtres prenaient soin de ceux de leurs esclaves. Ce n'était point une honte à une fine du peuple d'accoucher. Les plus pauvres familles, nourries par la république, et ensuite pir les empereurs, voyaient la subsistance de leurs cnf.ni s assurée.

Le mot de maison de chariic suppose, chez nos nations modernes , une indigence que la forme de nos gouvernemens n'a pu prévenir.

Le mot d'hôpital) qui rappelle celui PhoSpitaiîtè. fait souvenir d'une vertu célèbre chc les Grecs qui n'existe plus; mais aussi il exprime une vertu bien supérieure. La différence est grande enire loger, nourrir, guérir tous les malheureux qui se présentent, et recevoir chez vous deux ou trois voyageur» chez qui vous aviez aussi le droit d". Ire reçu. L'hospitalité, après tout , n'était qu'un échange. Le> hôpitaux sont des monumens de bieufesaiicc.

11 ast vrai que les Grecs connais; aiert les hôpilanx sous le nom de Xcnodokia pour lc3 étrangers, uOScconuia pour les malades, et de Fichu: povr les pauvres. On lit dans Diogène de LtCrco concernant Bion ce passage : « Il souffrit beaucoup par l'indigence de ceux qui étaient chargés du soiu des malades. »

' L'hospitalité entre particuliers s'appelait Idioxenia, et entre les étrangers, Proxcnia. De là on appelait Proxenos celui qui recevait et entretenait chez lui les étrangers au nom de toute la ville; mais cette institution paraît avoir été fort rare.

Il n'est guère aujourd'hui de vilîe en Europe sans hôpitaux. Les Turcs en ont, et même pour les bêtes, ce qui semble outrer la charité. Il vaudrait mieux oublier les bêtes cl songer davantage aux hommes.

Cette prodigieuse multitude de maisons de charité prouve évidemment une vérité, à laquelle ou ne fait pas assez d'attcnlion ; c'est que l'homme n'est pas si méchant qu'on le dit; et que malgré toutes ses fausses opiuions, malgré les horreurs de la guerre, qui 1» changent en bête féroce, on peut croire q>ic cet animal est bon , et qu'il n'est méchant qu^ quand il est effarouché, ainsi que les autres animaux : le mal est qu'on l'agace trop souvent.

Rome moderne a presque autant de maisons de charité que Rome antique avait d'arcs du triomphe et d'autres monumens de conquête. La plus considérable de ces maisons est une banque qui prête sur gages a deux pour cent, et qui vend les effets, si l'emprunteur ne le retire pas dans le temps marqué. On appelle cette maison Yarchiospedale , l'archi-hôpital. Il est dit qu'il y a presque toujours deux mille malades , ce qui ferait la cinquantième partie des habitans de Rome pout cette seule maison, sans compter les enfans qu'on y élève , et les pèlerins qu'on y héberge. De quels calculs ne faut-il pas rabattre !

fTa-t-on pas imprimé dans Rome que l'hôpital de la Trinité avait couché et nourri pendant trois jours quatre ccut quarante mille cinq cculs pèlerins, et vingt-cinq mille cinq ccuts pèlerines au jubilé de l'an 1600? Misson lui-même n'a-t-il pas dit que l'hôpital de l'Annonciadc à Naplcs possède deux de nos millions de rente 7

Peut-être enfin qu'une iraison de charité , fondée pour recevoir des pèlerins, qui sout d'ordinaire des vagabonds, est plutôt un encouragement à la fainéantise qu'un acte d'humanité. Mais ce qui est véritablement humain , c'est qu'il y a dans Rome cinquante maisons do charité de toutes les espèces. Ces maisons de charité, de bienfesance, sont aussi utiles et aussi rcspcctablcsquc les richesses de quelques monastères et de quelques chapelles sort inutiles et ridicules.

Il est beau de donner du p->in, des vêtemens, des remèdes , des secours en tout genre à ses frères ; mais quel besoin un saint a-t-P d'or ?t de diamans? quel bien rcvient-il aux hommes que Notre-Dame de Lorctte ait un plus beau trésor que le sultan des Turcs ? Lorctte est une maison de vanité et non de charité.

Londres, en comptant. les écoles de charité, a autant de maisons de bienfesance que Rome.

Le plus beau monument de bienfesance qu'on ait jamais élevé , est l'hôtel des invalides fondé par Louis xrv.

De tous les hôpitaux, celui où l'on reçoit journellement le plus de pauvres malades, est l'Hôtel-Dieu de Paris. Il y en a eu souvent entre quatre à cinq mille à la fois. Dans ce cas, la multitude nuit à la charité même. Cest en même temps le réceptacle de

toutes les horribles misères humaines , et le temple de la vraie vertu qui consiste à les secourir.

Il faudrait souvent avoir dans l'esprit le contraste d'une Rte de Versailles, d'un opéra de Paris, où tous les plaisirs et toutes les magnificences sont réunis avec tant d'art; et d'un Hôtel-Dieu où toutes les douleurs, tous les dégoûts et la mort sont entassés avec tant d'horreur. Cest ainsi que sont composées les grandes villes.

Par une police admirable les voluptés mêmes et le luxe servent la misère et la douleur. Les spectacles de Paris ont payé année commune un tribut de plus de cent mille écus à l'hôpital.

Dans ces ctablissemens de charité , les ineonvéniens ont souvent surpassé les avantages. Une preuve des abus attachés à ces maisons, c'est que les malheureux qu'on y transporte craignent d'y être.

L'Hôtel-Dieu, par exemple, était très-bien plac<: autrefois dans le milieu de la ville auprès de l'évéché .

U est très-mal quand la ville est trop grande , quand quatre ou cinq malades sont entassés dans chaque lit, quand un malheureux donne le scorbut à son voisin dont il reçoit la vérole ; et qu'un atmosphère empestée répand les maladies incurables et la mort, non-seulement dans cet hospice destiné pour rendre les hommes à la vie, mais daus une grande partie de la ville à la ronde.

L'inutilité , le danser même de la médecine en ce cas, sont démontrés. S'il est si difficile qu'un médecin connaisse et guérisse uue maladie d'un citoyen bien soigné dans sa maison, que sera-ce de cette multitude de maux compliqués , accumulés les uns sur les autres dans un lieu pestiféré ?

En tout genre souvent, plus le nombre est grand , plus mal on est.

M. de Chamousstt, l'un des meilleurs citoyens et des plus atleutifc au bien public , a calculé par des relevés fidèles, qu'il meurt un quart des malades a l'Hûtcl-Dicu, un huitième à l'hôpital de la Charité, un neuvième dans les hôpitaux de Londres, un trentième daus csux de Versailles.

Daus le grand ;t célèbre hôpital de Lyon , qui a été long -temps un des mieux administrés de l'Europe, il ne mourait qu'un quinzième des malade», année commune.

On a proposé souvent de partager l'Hôtel-Dieu d« Paris en plusieurs hospices mieux situés, plus aérés, plus salutaires; l'argent f» manqué pour cette entreprise.

Curlm tittcio quii itmptr «test rti.

(HoiAT.,lib. III, ode 94.)

On en trouve toujours quand il s'agit d'aller fuir* tuer des hommes sur la frontière ; il n'y en a plus quand il faut les sauver. Cependant l'Hôtel-Dieu de Paris possède plus d'un million de revenu qui augmente chaque année ; cl les Parisiens l'ont doté à l'cnvi.

On ne peut s'empêcher de remarquer ici que Germain Brice, dans sa description de Paris, en parlant de quelques legs faits par le premier président de Bell'ièvre,à la salle de l'Hôtel-Dieu, nommé. Saint-Charles, dit « qu'il fau' lire cette belle inscrip-

lion gravée en lettres d'or dans une grande table d» marbre , de la composition d'Olivier Fatru de l'académie française , un des plus beaux esprits de son temps , dont ou a des plaidoyers fort estimés. »

Qui t'tt tu toii qui entra dam et tamt lieu, tu n'y verra» prêt que partout que des fruits de la charité du grand Pomponne. Les brocards d'or tt d'urgent, et les beaux meubles gui paraient mttrefoit ta chambre, par une heureute métamorphose, servent maintenant aux nécessités des malades. Cet I omme divin , gui fui t ornement et let dëlieet de ton tiècle, dans le combat mime de la mort, a pente au soulagement du affligés. Le rang de BeHièvre te- t montre dans loulci les acttont de tu vie. La gloire de tas ambassades n'est que trop connue, etc.

L'utile Qiamoussct fit mieux que Germain Brice et Olivier Palru , l'un des plus beaux esprits du temps; voici le plan dont il proposa de se charger à ses frais, avec une compagnie solvablc.

Les administrateurs de l'Hôtel -Uieu portaient en compte la valeur de cinquante livres pour chaque malade, ou mort, ou guéri. M. de Chaîne usset et ta compagnie offraient de gérer pour cinquante livres seulement par guérisou. Les morts allaient par-dessus le marche, et étaient à sa charge.

La proposition était si belle, qu'elle ne fut point acceptée. On craignit qu'il uc pût la remplir. Tout abus qu'on veut réformer est le patrimoine de ceux qui oui plus de crédit que les réformateurs.

Une chose non moins singulière, est que l'Hôtel- Dicu a seul le privilège de vendre la cha r en carême à son profit; et il y perd. M. de Charaoussct offrit de taire un marché où l'Hôtcl-Dieu gagnerait , on le refusa, et on chassa le boucher qu'on soupçonna de lui •voir donne l'avis ( i ).

Airni ebex 1rs bwnaÏM, par on abas Estai,

lia tour,

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