CHARLATAN
L'article Charlatan du Dictionnaire encyclopédique est rempli de vérités utiles, agréablement énoncées. M. le chevalier de Jaucourt y a développé la charlatanisme de la médecine.
On prendra ici la liberté d'y ajouter quelques réflexions. Le séjour des médecins est dans les grandes villes; il n'y en a presque point dans les campagnes. Cest dans les grandes villes que sont les riches malades; la débauche, les excès de table, les passions, causent leurs maladies. Dumoulin, non pas le jurisconsulte , mais le médecin, qui était aussi bon praticien que l'autre, a dit en mourant qu'il laissait doux grands médecins après lui, la diète et l'eau de la rivière.
(i)En 1775, «oqj radminiatration de M. Turgot , ce rjrrvilége ridicule de l'Hutel-Dieu fut détruit et remplacé par un impôt »ui l'entrée de la viande. Le peuple de Paris était réduit auparavant à n'avoir pendant tout le carême qu'une nourriture et u es- chère. Cependant quelque* homme* ont osa cet ancien usa-e, non qu'ils le crussent mile, mais ! qu'il était un monument du pouvoir que le clergé avait en trop long-tempe tor l'ordre public, et que sa destruction avançait la décadence de ce pouvoir. En l6ay on tuait «il bceufi 1 l'Hôtel- Dieu pendant le carénte , deux cents en t665 , cinq I eu 1708, quint* cent» en I73o,OBen<
DM T. PU IL
Lu 1 7 a 3 ? du temps de Lass, le plus fameux de» charlataus de la première espèce , un autre, nommé Villars, confia à quelques amisque son oncle qui avait vécu près de cent ans, et qui n'était mort que par accident, lui avait laissé le secret d'une eau qui pouvait aisément prolonger la vie jusqu'à cent cinquante années, pourvu qu'où fût sobre. Lorsqu ii voyait passer un enterrement , il levait les épaules de pitié ; si le défunt, disait-il, avait bu de mon eau, il ne serait pas où il est. Ses amis auxquels il en deuna géinreu- ■ement , et qui observèrent un peu le régime prescrit , s'en trouvèrent bien , et le prônèrent. Alors il vendit la bouteille six francs; le débit en fut prodigieux. Cétait de l'eau de Seine avec un peu de uitre. Ceux qui en prirent et qui s'astreignirent a tm peu de régime, surtout qui étaiont nés avec un bon tempérament , recouvrèrent en peu de jour» une sauté parfaite. Il disait aux autres : C'est votre faute si vous n'êtes pas entièrement guéris. Vous avez été intempérans et incontinens : corrigez-vous de ces deux vices, et vous vivrez cent cinquante ans pour le moins. Quelques-uns se corrigèrent; la fortuuc de ce bon charlatan s'augmenta comme sa réputation. L'ai bé de Pons, l'enthousiaste, le metUit fort au-dessus dn maréchal de Villars : il fait tuer des hommes, lui dit-il , ;;t vous les faites vivre.
On sut eufin que l'eau de Villars n'était que de l'eau de rivière; on n'en voulut plus : et on alla à d'autres charlatans.
U est certain qu'il avait fait du bien , et qu'où ne pouvait lui reprocher que d'avoir vendu l'eau de la Seine un peu trop cher. 11 portait les hommes à la tempérance, et par là il était supérieur à l'apothicaire Arnoult , qui a farci l'Europe de ses sachets contre l'apoplexie, saus recommander aucune vertu.
J'ai connu un médecin de Londres nommé Brown , qui pratiquait aux Barbades. Il avait une sucrerie cl de» nègres; on lui vola une somme considérable; il assemble ses nègres : Mes amis, leur dit-il , le grand «erpent m'a apparu pendant la nuit, il m'a dit que le voleur aurait dans ce moment une plume de perroquet sur le bout du nez. Le coupable sur-le-champ porte la main à son nez. Cest toi qui m'as volé, dit le maître; le grand serpent vient de m'en instruire; et il reprit son argent. On ne peut guère condamner une telle charlalaneric; mais il fallait avoir à faire à des nègres.
Scipion le premier Africain . ce grand Scipion fort différent d'ailleurs du médecin Brovrn, fesait croire volontiers à ses soldats qu'il était inspiré par les dieux. Celte grande charlalaneric était en usage dès long -temps. Peut-on blâmer Scipion de s'en cire servi? il fut peut-être l'homme qui fit le plus d'honneur à la république romaine; mais pourquoi les dieux lui inspirèrent- il» de ne point rendre sm compte»?
Nam* fit mieux; il fallait policcr des brigands et un sénat qui était la portion de ces brigand» la plus difficile à gouverner. S'il avait proposé m» lois aux tribus assemblées, les assassins de son prédécesseur lui auraient fait mille difficultés. Il s'adresse ■ la déesse Ëgérie, qui lui donne des pandectes de la part
de Jupiter; il est obéi sans contradiction, et il rogne heureux. Ses instructions sont bon ire* , son charlatanisme ftiit tin bien ; mais si <|ncl<|uc ennemi secret avait découvert la fourberie, si on avait dit : Exterminons un (burbe qui prostitue le nom des dieux pour tromper h» hommes, ii courait risque d'être
H est probable. que Nam* prit très-bien se? mesures, et qu'il' trompa les rtomnins pour leur profit avec une habileté- ctmvenabh* au temps-, aux Kcws , à-, l'esprit des premiers-Rom*»*».
Mahomet fut vingt font sut le point d'échouer; mats enfin il réussit aveclcs Arabes- dc-Méifine; et on le crut intime suit de l'a«r»c Gabriel. Si quelqu'un venait aujourd'hui annoncer dans €on4ettnrtiitopic qu'il est le Favori de l'ange R^phacl , très-sopérice/r â G*»briel en dignité , et que c'est à lui seul qu'il finit croire , il serait enrpalc en plaee poblique. C'est aux charlatans a bien pniHdrc l*nrt<*irrps.
N'y avait-H pas un pewnV cHrlatanisme dan» So*cratc avec son démon familier, et lodéehanmon prw*cise d'Apollon , qui le proclama le plus sage de tous les hommes? Gomment Rotl*n , dans sou histoire, peut -il raisonner d'après cet oracle? comment ne dit-Il pas connaître à la jeunesse- que c'était une pure charlatancric? Socrato prit mal son temps. Fettt-fitm eent ans plus-tet aurait-il' gouverné Athènes.
Tout chef de secte en philosophie a été nu peu charlatan : mais les plus grands de tons ont été eeuv qui ont aspiré è la demùuation. Croatwetl Att te plus terrible de tous nos chorhnm». H parut précisément dans le seal temps néi il' pouvait" i^uasîr : soirs Elisabeth il aurait été pendu; sous Chartes IT il n*ertt été qne ridicule. hTvttlt heureusement dans le temps oh l'on éuitoVgoiV^dteSrois; et son fila, dan*lb tomps
Le* sciences ne pouvaient guère être i tanerie. Ou veut faire recevoir ses opinions ;, le docteur subtil veut éclipser le docteur angéliquo; le docteur profond veut régner «ni. Chacun bâtit son système de physique, de métapbyftique, de '.néologie •colastiquc; c'est à qui fera valoir sa marchandise. Vous avez des courtiers qui la vantent, def sots qui vous croient, des protecteurs qui vous appuient.
T a-t-il une charlatancric plus grande que de mettre des mot* à la place des chose», «t de vouloir que les autres croient ce que vous ne creyez pas vous-mêmes?
L'un établit des tourbillons de matière subtil?, rameuse, globuleuse, striée, cannelée; l'autre des élémens de matière qui ne sont point matière, et une harmonie préétablie qui fait que l'horloge, du corps soune l'heure, quand l'horloge de l'aine la m outra pac aao «gmllu. fie* ci'iiaénaa trearveut des paru tau» pendant quelque* années. <
icèq îh montent sur le théâtre ambulant; Us bamristas germes du monde, ils disent. que h ttcri
produit les i fois été poissons.
Combien a-t-on mis de charlatanisme dans Phiotoire, soit en étonnant le lecteur par des prodigos, soit en ohatouHInntta malignité humaine perde? satires, soit en flattant dus familles de tyrans par d'infâmes éloge* ?
La malheureuse espèce qui écrit pour vivre est charlntanc d'uuu autre nianiérs. Un pauvre homme qlu n'a poiut de métier, qui a eu le malheur d'aller au collège , et qui croît savoir écrire , va faire sa cour à un marchand libraire, et lui demande à travailler. Le marchand libraire sait que la plupart des geus domiciliés veulent avoir de petites bibliothèques , qu'il leur faut des abrégés et des titres nouveaux ; il ordonne à l'écrivain on abrégé de l'Histoire de Hapin Tboyraa , un abrégé de l'Histoire de IVglisc, 'tn Recueil de bous mots tiré du Ménagia*na , un Dictionnaire des grands hommes , on l'on place un pédant inconnu à cété de Cicéron , et an
Un antre marchand libraire commande de» romans ou des traductions de romans. Si vous u'ave* paa d'imagination , dit-il à son ouvrier, vous prendre* quelques aventures dans Cyrus, dans Gusman d'AHarache, dans les Mémoires secrets d'un bomma de qualité , ou d'une femme de qualité ; et du total vous ferez un volume de quatre cents pages à vingt sous la feuille.
Un antre marchand libraire donne les gazettes et les almanaehs de drx années à un homme de génie. Vous me feras un extrait- de tout ce», et vous m le rapporterez dans trois mois sons le nom d'Histoire fidèle du temps, par monsieur»!* chevalier 4* trois étoiles , lieutenant de vaisseau , emptoyé-dasu les affaires étrangères.
De ces sortes de livres il y en a environ cinquante mille en Europe ; et tout eela passe comme le j
€BAKL*S 1%.
IX, coi-dc Fiance, était ,.dhY*n<, un bon 11 est sûr que fes veis étaieat * Uni raillas. d« . aonvivaut. Brantôme ne dit pan, a ta vérité, que 0*> roi fut le meilleur poète de I Europe, mais il qu'il' «> faisait des quadrai is fort «entiuieat,, | nient, efcin pramptu., **m songer < oiiitiaeq'en.ay veu plusieurs,... .quand il fmsoit mauvais temps, vu.il* pluyc ou d'un extrême chaud , il cnvc.voit quérir mes-
temps avec eux, etc. »
S'il avait toujours passé son temps ainsi , et surtout s'il avait fait de boas vers, nous n'aurions pas eu la
avee uae carabine sur ses propres sujets coin me sur des perdreaux, fte croyez'-vous pas qu'il est impossible qu'un bon poète soit un barbare? pour moi, j'en suis persuadé.
On lai 4 Ronsard.
Ta lyre qui r»rit par de »i ilom aoconi* Te soumet Irt e*priu dont je n'ai qtte le» 00 rp». Le mnitre rlle l'en rend, et le tait introduhe Où le plu» ûVr lyran ne peut avoir d 'ruipire.
Ces vers sont bous, mais sont ils de lui? ne sont-ils pas île sou précepteur? en voici «le son imagination royale ({ui sont un peu diflerens.
Il fout mivre tan roi qui l'aime par *u* tons. Four 1rs »< r» <jui <lc lui coaleril br.>vc* rt doux; El dois, «i lu iv virn» me tm^cr a l\iulni«c, Qu'entre nous adviendra iidc lrcs*grwndc t.oîoï-
L'auteur de la Saiut-Bartliclcmi pourrait bien avoir fait ceux-là. Les vers de César sur Tércnce sont écrits avec un peu plus d'esprit et «Je goût. Ils respirent l'urbanité romaine. G ux de François 1 et Je Charles IX se ressentent de la -»rossicrclt welchc. Plût à Dieu que Charles IX cftt f.iit plus de vers, même mauvais! une application constat'^ aux arts aimables adoucit les moeurs.
Emol/ù more* nec finit eut fm*.
(Ovid,, <U Ponte, n,o.)
Au reste, la langue française ne. commença à se débrouiller un peu que long-temps après Charles IX. Voyez, les lettres quoi) nous a conservées de François I. Tout ci pet du [»r\ l'Iioiui/itr, est digne d'un chevalier; mais en voici une qui n'est ni de Cictroti, ni de César.
Tool a »l«re ynii mit je me i»oIoi* mettre o fil «I «n'uJ Lovât oui m'a aparté lu ttrttut é du (éventent du *ién«.
Nous avoos quelques lettres de la main de Louis Xill , qui ne «ont pas mieux écrites. On s'exige pas qu'un roi écrive des lettres comme PUB*, ui<piil fosse des vers comme Virgile; mais personne n'est dispensé de bien parler sa langue. VoUI .prince qui écrit cmuo une feuuucde chambre ■m éséiiorlmai élevé.