‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 15 sur 551 · AGE · texte numérisé non relu

AGE

Nocs n'avons nulle envie de parler des âges du monde; ils sont si connus et si uniformes! Gardonsnous aussi de parier de l'âge des premiers rois ou dieux d'Egypte, c'est la même chose. Ils vivaient des douze cents années; cela ne nous regarde pas : mais ce qui nous intéresse fort, c'est la durée ordinaire de la vie humaine. Cette théorie est parfaitement bien traitée dans le Dictionnaire encyclopédique à l'article Vie, d'après les Halley , les Kerseboun et les de Pircieux.

En 1 7 4 1 M. de Kerseboun me communiqua ses calculs sur la ville d'Amsterdam ; en voici le "ésultat.

Sur cent mille personnes il y en avait

de mariés 345oo

d'hommes veufs , seulement 1 5oo

de veuves 45oo

Cela ne prouverait pas que les femmes vi-

Ci -antre. . . ' .' 4o,5oo

vent plus que les hommes dans la proportion de qiiarante-cinq à quinze , et qu'il y eûl trois fois pfus de femmes que d'hommes : mais cela prouverait qu'il y avait trois fois plus de Hollandais qui étaient allés m»urir à Batavia , on à la pêche de la baleine que de femmes, lesquelles restent d'Ordinaire chez elles; et ce calcul est encore prodigieux.

Célibataires, jeunesse et enfance des deux

fie* es » . ^5ooo

domestiques ioooo

Voyageurs 4

CatcuUela Vie.

•Selon lui , dans une grande viJds , de vingt-six mariage») il do reste environ qne huit onfctns. Sur «nille

Somme totale. . • go5oo

Par son calcul , il devait se trouver sur un million d'babitans des dou* sexes , depuis seize ans jusqu'à cinquante, environ vingt mille hommes pour servir iLj soldats , sans déranger les autres profe3sions. Mais vovez les calculs de MM. deParcieux, de Saict-Maur et de Bufton, ils sont encore plus précis et plus instructifs à quelques égards.

Cette arithmétique n'est pas favorable à la manie d« lever de grandes armées. Tout prince qui lève trop de soldats peut ruiner ses voisins, mais il ruine sûrement son état.

Ce calcul dément encore beaucoup le compte, on plutôt le conte d'Hérodote qni fait arriver Xerxès en Europe, suivi d'environ deux millions d'hommes. Car si un million d'habitat» donne vingt mille soldats , il en résulte que Xerxès avait cent millions de lojets; ce qui n'est guère croyable. On le dît pourtant de la Chine, mais elle n'a pas un million de soldats : ainsi l'empereur de la Chine est du double plus sage que Xerxès.

La Tbèbcs aux cent portes, qui laissait sortir dix mille soldats par chaque porte , aurait eu, suivant la supputation hollandaise, cent millions tant de citoyens que de citoyennes. Nous fesoos un calcul plus modeste à l'article Dénombrement.

L'Age du service de guerre étant depuis vingt ans jusqu'à cinquante, il faut mettre une prodigieuse différence entre porter les armes hors de son pays et rester soldat dans sa patrie. Xerxès dut perdre les deux tiers de son armée dans son voyage en Grèce. César dit que les Suisses étant sortis de leur pays au nombre de trois cent quatre-vingt-huit mille individus, pour aller dans quelque province des Gaules, tuer Ou dépouiller les habiuns, il les narra si bon train qu'il n eu resta que cent dix mille. Il a fallu dix siècles pour repeupler ta Suisse : car on sait à présent que les enfans ne se font, ni à coups de pierre, comme du temps de "Deucalîon ét de Pîrrha, ni à coups de plume comme te jésuite Pétau,qui fait naître sept cent milliards d'hommes d'un seul des enfans du père Noé en moins de trois cents ans.

Charles XII leva le cinquième homme en Suède pour aller faire la guerre en pays étranger, et il a dépeuplé sa patriè.

Continuons à parcourir les idées et les chiffres du calculateur hollandais, sans répondre de rien, parce qu'il est dangereux d'être comptable.

De sept cents enfans* «1 en reste

d'un *u environ. 56o

au bout de dix ans 445

au bout de viugt ans 4*5

à quarante ans 3oo

à soixante ans igo

ou bout de quatre-vingts ans 5o

« quatre-vingt-dix ans 5

a cent ans, perso une. <>

Par-là on voit que de sept cents en/ma nés dans la même année , il n'y a que cinq chances pour armer à quatre-vingt-dix ans. Sur cent quarante , il n'y a qu'une seule chance ; et sur un moindre nombre il n'y en a point.

Ce n'est donc que sur on très -grand nombre d'existences qu'on peut espérer de pousser la sienne jusqu'à quatre-vingt-dix ans; et sur un bien plus grand nombre encore que l'on peut espérer de vivre nn siècle.

Ce sont de gros lots à la loterie sur lesquels il -ne faut pas compter, et même qui ne sont pas à désirer autant qu'on les désire; ee n'est qu'une longue mort.

Combien tranve-t-on de ces vieillards qn'eti appelle heureux, dont le bonheur consiste à ne noMvow jouir d'eacun plaisir de la via, à n'en faire qu'avec peine deux ou trois fonctions dégoûtantes, à ne distinguer ni les sons ni les conteurs, a ne connaître ni jouissance ni espérance, et dont toute la félicité est de savoir confusément qu'Us sont nb fardeau de la terre , baptisés ou circoncis dopais cent an liées.

Il y en a un sur cent mille tout an pins dans nos climats.

Voyez les listes dos morts de chaque année à Paris et à Londres; ces villes, à ce qu'on dit, ont environ sept cent mille habitans. Il est très-rare d y trouver à la mis sept centenaires , et souvent il n'y en a pas wi seul.

Kngénéral , l'à°gc commua auquel l'espèce humaine est rendue à la terre, dont elle sort, est de vingt-deux à vingt-trois ans tout au plus, selon les meilleurs observateurs.

De mille enfans nés dans une même année , les iras meurent à six mois, les autres à quinze, eolui-ei à dix-huit ans, cet autre à trente-six^ quelques-uns a soixante; trois ou quatre octogénaires , «ans dents et tans yeuK,aaourcnt après avoir souffert quatre-vingts ans, Prenez un nombre moyen, chacun a porté son fardeau vingt-deux on vingt-trois années.

Sur ee principe, qui n'est que trop vrai, il est avantageux à nn état bien administré , et qui a des fonds en réserve, de constituer beaucoup de rentes viagères. Des princes économes qui ventent enriohir lcur famille y gagnent considérablement; cl née la somme qu'ils ont à payer diminue.

il paie en intérêt plus tort que l'intérêt ordinaire,*!

se trouve bientôt court; il «at obligé de fève d* nou>

■hiii cmrjrunta. c'estiiBrurln norru-liul rln r

i une opération

Le» emprunt» eu rentes viagère» ont de grand» iivronvéniens i#. Ce sont des annuité» dont te terme «t incertain ; IVuh

IVtat

! te* particulier» ; mai» il» savent mieux conduire leur |eu , ils enoitwsent de» enfims rnàlos dan» no pays où la vie moreiine «t loapar, les font inoculer, k* alternent I ■nie. et a des marier» sains et non purtlleax par tu» j «••>,« distribuent leur» fonda »ur un « rtain nombre <le cas tète».

3°. Comme il j « du risque à conrir. Ir» joueurs veulent jouer ,Tec avantage, et par conséquent si l'intérêt eomnunvd'ane rente fx-rjxHnellr en cinq pour cent, U faut que eelni qui représente la renie viagère «oh su- des» us de cinq ponr cent. Eti calculant a ls rignnur la pJiipsn des empru tiU de ce genre £ji ts >lepo i» * i tiçt ans . ce qtu n'a encore clé eiéculé par personne, on srreit clonné àe Li différence entre le taux de ces emprunt» Ct le toux ©OlUliiun

we okouk court, u «m oouge a* Mire d* noir* emprunts , c'est u» cuaci* ptup&ftcl do dette*} cl d'inquiétudes.

Les ioutin««»ttT«iu»Qu d'un usurier nommé 7oqt tissa, «tôt bien plus ruineuses. Nul souJa^enwia pendant qnatse~vingls an* au moùu. Vous paye* toute* les rentes au dernier survir ant.

A la dernier* tonuno qu'on fit en tiranre en 1 759 , une société, de calculateur»: prit un*- classe à elle seule; elle choisit oeUede ^aaraute ans, parce qu'on a1 ou u ait un denier pin» là** pour cet âge que pour les âges depuis uh an jusqu'à quarante , «t qu'il y a presque autant de cuarree* pour parvenir tle quarante à quatre -vingts, ans, que du berceau à quaraniei.

On donnait dr* pour cent au* pontes Agé» de quarante années, et le dernier vivant héritait datons tes

te Canre/l).

On croit avoir resnarquë que las. rentiers viagers vivant uu peu plus los*g-tc*aps que IcaavMreahommes; du quoi lespaveurs sont assee fftebés. Lar raison «n est peut-être que ces rentiers sont pour la plupart des gens de bon sens, qui se-aentaitbien constituas, des benenciers , des célibataires uniquement occupes d'eux-mêmes , virant en gens qni ventent vivro longtemps-, lis disent : Si j* mange trop, si je fais un excès, le roi sera mon héritier : l'emprunteur qui me paie ma rente viagère, et qui se dit mon ami, rira en me voyant enterrer. Cela les arrête : ils se mettent au régime, ils végètent quelques minutes de plus que les autres hommes.

Pour consoler les débiteurs, il fout leur dire qu'a quelque âge qu'on leur donne an capital poux des rentes viagères , fût-ce sur la tête d'un enfant qu'on baptise, ils (ont toujours un très-bon uvarobé. Il n'y a qu'une» tontine qui soit onéreuse ; aussi le* moines n'en ont jamais fait. Mais pour de l'&rgeut en rentes viagères, ils en prenaient à toute main jusqu'au temps où ce jeu leur fut défendu. En clïet on crt débarrassé du fardeau de payer au bout de trente nu quarante ans; et on paie une rente foncière pendant toute l'éternité, n leur a été aussi défendu de prendre des ca-

(1) U y avait de» laniiue* en franc*, l'abbé Terrai en supprima le» accroitsensrn», la craint* qu'il n'ait de» imitateur» empêcher, sans doute à l'avenir de se fier a cette a»péce d'emprunt : rt son injustice aura du moins délivre la Franc» d'i île finance si onéreuse.

îl

pitauvx en rentes perpétuelles; et la raison, c'est qu'on n'a pas voulu les trop détourner de leurs occupations

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