‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 151 sur 551 · CLIMAT · texte numérisé non relu

CLIMAT

Hle tetjlti , illie vtniunl feUeiùi nvee : Alborti futit* uUhi atqiit i'ijnifii ri'Ywmit GnmiiM. Nom > vide» c octot ut Tmoia* oient, Iniia miltit «W. roof/c, >i«i V ura Sahail lit Cltulyba nitdi ferrum, . irowfif Poutut Cattorta, Llindum pointas Eyiru* tquarum?

(Oturg. 1,54 etmiy.)

Il dut ici se servir de la traduction de M. l'abbé Dclillc, dont IVii'gwnce-cn tant d'endroits est égale au mérite de la dilliculté surmontée.

Ici sont derverf^» qu'enrichit la enttam,

L* Kfinr un v. it pi/on qu euUxlicnt la liAlurc,

l.e Imole c>t |>»ifumé il'fin «ufrui pncieiu;

Dan» I ■» cli uiij t de .'aha lYncen* tioit pour 'rsdirax;

I/I'.nviu voit le c sloc »■ jotirrd im te* ««nd-s;

I* -Pont »>n»r«iirillh de«-« mine» ^roloBCV» ;

L'Inde produit I ncne; « t «iwis«e» diinip* guerrier»

L'i.piru poia- l'ildc extte »ci courtier».

Il est ccria'n que le mi et I atmosphère signalcut leur empire sur mnles les productions de I? nature, à commencer par l homme, et a fiuir parler champignon.*;.

Daus le grand siècle de Louis XIV, Fontanelle a dit :

a On pourrait croireque la xooo torrido et les deux glaciales ne sont pas fort propres pour les sciences. Jusqu'à présent elles n on" point passé l'Egypte et la Mauritanie d'un coté , et de I autre la Suéde, l'eut Être n'a-ce pas été par hasar 1 qu'elles se 6ont tenues outre le mont Allas e la mer iSaltiquo. Ou ne aoil si co ne août point la les borne» que la nature lotira posées, et si l'on peut espérer de voir jamais de grands aut lapons ou-nègves. »

t , ton d«««s vy^uonr. oui TataonaMurt et

qui approfondissent, va encore plus loiu que Fontencllc eu parlant de la Perse ( .). u La température dos climats chauds, dit- il , énerve l'esprit comme la corps, et dissipe ce feu nécessaire à l'im^ginalion pour l'invention. On n'est pas capable dans ces climats-là de longues veilles, et de cette forte application qui enfantent les ouvrages dos arts libéraux et des arts mécaniques, etc. u

Chardiu ne songeait pas que Sadi elLokman étaient Persans. U ne fesait pas attention qu'Archimédc était de Sicile, où la chaleur est plus grande que daus les trois quarts de la Perse. Il oubliait que Pytbagore apprit autrefois la géométrie char, les bracmaues.

L'abbé DuLos soutint et développa aulant qu'il le put ce sentiment de Chardin.

Cent cinquaule aus avant eux Bodin en avait fait la base de sou système dans sa République et dans sa Méthode de l'histoire; il dit que luiûucnccdu climat «si le principe du gouvernement des peuples et de leur religion.

Diodorc de Sicile fut de ce sentiment loug-lomps avant Bodin.

L'auteur de l'Esprit des lois (*) , sans citer personne, poussa cette idée encore plus loin que Dubos, Chardiu et Hodin. Une certaine parlicdola nation l'en icrul l'inventeur, et lui en fit un crime. Cesl ainsi que ceue partie de la nation est faite. Il y a partout des gens qui oui plus d'enthousiasme que d'esprit.

Ou pourrait demander à ceux qui soutiennent que l'atmosphère fait tout, pourquoi l'empereur Julien dit dans son Mi^qpvtfon que ce qui lui plaisait dans .les Parisiens, c'était la gravité de leurs caractères, et la sévérité de leurs mœurs; et pourquoi ces Parisiens, sans que le climat ait changé, sont aujourd hui de» enfans badins à qui le ^ouveruemeut donne le fouet eu riant, et qui ricnl cux-méiucs le moment d'après, en chausonnaut leurs précepteurs?

Pourquoi les Egyptiens, quon nous peint encore plus graves que les Parisiens, sont aujourd'hui le peuple le plu» mou, le plui involc et U plus lâche > après avoir, dît- ou , conquis autrefois loule la terre pour leur plaisir, sous un roi nommé Séscsnis?

Pourquoi, dans Athènes, n'y a l-il plusd'Anacréou*. ut d'Arislolcs, ni de Zcu\is?

D où vient que Home a pour ses Cicérons, ses Calons e! ses Tite Livcs,, des citoyens qui ne sent parler, et une populace de guuux abrutis, ''ont le suprême bonheur est d'avoir quelquefois de l'huile bon marché , et de voir défiler des processions?

Cicéron plaisante beaucoup sur les Anglais d»n» ses lettres. Il prie Quiulus son frère, lieutenant df César, do lui mander s'il a trouvé de grands philo*<> pbes parmi eux dans l'expétlition d^ngleleire. Il ne se doutait pas qu un jour ce pays put produire des matbeiiiaiii ieus qu'il n'aurait jamais pu entendre. O pendant le climat n'a point chut|g>' ; et le ciel de Londres est tout aussi nébuleux qu il l'était alor>. Tout change daus les corps et dans les esprits avee

(ri Ch«(din, efaap.,YlI.

(*) Livre JV1V.

\9? riCTIONNAIRF.

le lemps. Peut-être un jour les Américains viendront enseigner les arts aux peuples de l'Europe.

Le climat a quelque puissance , le gouvernement cent fois plus; la religion jointe au gouvernement encore davantage.

Influence du dimat.

Le climat influs sur la religion en fait de cérémonies et d'usages. Un législateur n'aura pas eu de peine •« faire baigner des Indiens dans le Gange à certains temps de la lune ; c'est un grand plaisir pour eux. On l'aurait lapidé s'il eût proposé le m2mc bain aux peuples qui habi'cnt les bords Je 1? Duina vers Archangel. Défendez le porc à un Arabe qui aurait la lèpre s'il mangeai; de cette chair très-mauvaise et 1res dégoûtante dans son pays , il vous obétra avec joie. Faites la même défense à un Vestphalier. , il sert tenté de vous battre.

L'abstinence du vin est un bon précepte de religion dans l'Ara' ie, où les eaux d'orange , de citron , de limon, sont nécessaires à la santé. Mahomet n'aurait pas peut-être défendu le vin en Suisse, surtout avant d'aller au combat.

Il y a des usages de pure fantaisie. Pourquoi les prêtres d'Egypte imaginèrent-ils la circoncision ? ce n'est pas pour la santé. Cambyse qui les traita comme ils le méritaient, eux et leur bœuf Apis, les courtisans de Cambyse, les soldats de Cambyse, n'avaient point fait rogner leurs prépuces et se portaient fort bien. La raison des climats ne fait rien aux parties génitales d'un prêtre. On offrait son prépuce à Isis, probablement comme on présenta partout les prémices des fruits de la terre. C'était offrir les prémices du fruit de la vie.

Les religions ont toujours roulé sur deux pivots ; observance et croyance : l'observance tient eu grande partie au climat; la croyance n'en dépend point. On fera tout aussi-bien recevoir un dogme sous l'rquateur et sous le cercle polaire. Il jc.a ensuite également rejeté a Batavia et aux Orvadcs, taudis qu'il sera soutenu unqttibu< et roCro à Salau.auquc. Cela ne dépend point du sol et de l'atmosphère , mais uniquement de l opinion , cette reine inconstante du inonde.

Certaines libations de vin seront de précepte dans un piysde vignoble, et il ne tombera point dans l'es-

prit d'un législateur d'instituer en Norvège des mystères sacrés cjui ne pourraient s'opérer sans vin.

Il sera expressément ordonné de brûler de l'encens dans le parvis d'un temple où l'on égorge des bêles à l'honneur de la Divinité, et pour le souper des prêtres. Celle boucherie appelée templr serait un lieu d infection abominable, si on ne le pnnfiait pas continuellement : et sans le secours des aromates, la religion des aiiccns aurait apporté la pcsle On ornait même l'inl»' rient des temples de festons de fleurs pour reiulre I air plus doux.

On ne saci i liera point de vache dans le pays brûlant de la presqu'île des Indes, parce que cet animal, qui nous fournit nu lait nécessaire, est très- rare dans nne campagne ariile , que sa chair y esl sèche , coriace, tres-peu nourrissante, cl que les bracmancs

feraient très-mauvaise chère. Au contraire, la vache deviendra sacrée , attendu sa rareté et son utilité.

On n'entrera que pieds nus dans le temple aV Jupiter-Ammon , où la chaleur est excessive : il faudra être bien chausse pour faire ses dévolions à Copenhague.

11 n'en est pas ainsi du dogme. On a cru au polythéisme dans tous tes climats; et il est aussi aisé à un Tarlare de Crimée qu'a un habitant de la Mecque de reconnaître un Dieu unique, incommunicable, nonengendré et uon - engendreur. C'est ptr le dogme encore plus que par les rites qu'une religion s'étend d'un climat à uu autre. Le lograe de l'unité de Dieu passa bientôt de Médine au mont Caucase; alors le climat cède à l'opinion.

Les Arabes dirent aux Turcs : « Nous nous fesions circoncire en Arabie sans savoir trop pourquoi ; c'était une ancienne mode des prêtres d'Egypte d'offrir à Oshirel ou Osiris une petite partie de ce qu ils avaient de plus précieux. Nous avions adopté cette coutume trois mille aus avant d'être mabométans. Vous serez eirconcis comme nous; vous screx obli. gés comme nous de coucher avec une de vos femmes tous les vendredis, et de donner par au deux et demi pour cent de votre revenu aux pauvres. Nous ne buvons que de l'eau et du sorbet; loutc liqueur enivrante nous est défendue; elles sont pernicieuses en Arabie. Vous embrasserez ce régime , quoique vous aimiez, le vin passionnément, et que même il vous soit souvent nécessaire sur les bords du Phase et de l'Araxe. Eufiu , si vous voulez aller au ciel et y être bien placés, vous prendrez le chemin de la Mecque. »

Les habitaiis du nord du Caucase se soumettent à ces lois, et embrassent dans loutc son étendue une religion qui n'était pas faite pour jux. En Egypte le culte emblématique des

succéda aux dogmes de l'haut. Les dieux des Romains partagèrent ensuite i'EgypIc avec les chiens, les chats et les crocodiles. A la religion romaine succéda le chris iauisiiic; il fut entièrement chasse par le nuliomélisme. qui cédera pcut-olre la place à tint religion nouvelle.

Dans toutes ces vicissitudes le climat n'est entré pour rien : le gouvernement a tout fuit. Nous ne con sidérous ici que les causes secondes, sans lever des yeux profanes vers la Providence qui les dirige. La chrétienne, née dans la Syrie, ayant reçu ses principaux accroisscmeiis dans Alexandrie, habile aujourd Uni les pays où Teutate , Irminsul , Frida . Odin étaient adorés.

Il y a des peuples dont ni le climat, ni le gouvernement n'ont fait la religion. Quelle cause a détaché le nord de l'Allemagne, le Danemarck, les trois quarts de la Suisse, la Hollande, l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande de la communion romaine? .... la pauvreté. On vendait trop cher les indulgences et la délivrance du purgatoire a des Aines dont les corps avaient alors tres-peu d'argent. Les prélats, les moines engloutissaient tout le revenu d'une province. Ou prit une religion à meilleur marché. Eufin après vingt guerres civiles, on a cru que la religion du

pape était fort bonne pour les grands seigneurs, et la réformée pour les citoyens. Le temps fera voir qui doit l'emporter vers la mer Egée et le Pont-Euxin , de ta religion grecque ou de la religion turque.

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