IQUE
pas son père ; entre le créateur de tous les mondes, et
le petit-fils de l'adultère Betzabéc, de l'impudente Ruth, de l'incestueuse Thamar, de la prostituée de Jéricho, et de la femme d'Abraham, ravie par un roi d'Egypte , ravie ensuite à l'âge de quatre-vingtdix ans.
Mcslicr étale avec une impiété monstrueuse toutes ces prétendues contradictions qui le frappèrent, et dont il lui aurait été aisé de voir la solution , pour peu qu'il eût eu l'esprit docile. Enfin sa tristesse s'aug mentant dans la solitude, il eut le malheur de prendre eu horreur la sainte religion qu'il devait prêcher et aimer; et, n'écoutant plus que sa raison séduite, il abjura le christianisme par un testament olographe dont il laissa trois copies <iprès sa mort, arrivée en I73a. L'extrait de ce testament a été imprime plusieurs fois, et c'est un scaudalc bien cruel. Us curé qui demande pardon à Dieu et à ses paroissiens, en mourant , de leur avoir enseigné des dogmes chrétiens ! un curé charitable qui a le christianisme en exécration , parce que plusieurs chrétiens sont méchans , que le faste de Rome le révolte, et que les difficultés des saints livres l'irritent! un curé qui parle du christianisme comme Porphyre , Jambliquc , Epictète , MarC- A urclc, Julien! et cela lorsqu'il est près de paraître devant Dieu! quel coup funeste pour lui et pour ceux que sou exemple peut égarer!
Cest ainsi que le malheureux prédicant Autoinc , trompé par les contradictions apparentes qu'il crut voir entre la nouvelle loi et l'ancienne, entre l'olivier franc et l'olivier sauvage, eut le malheur de quitter la religion chrétienne pour la religion juive; et, plu hardi que Jean Meslier, il aima mieux mourir que se rétracter.
On voit, par le testament de Jean Meslier, que c'étaient surtout les contrariétés apparentes des évangiles qui avaient bouleversé l'esprit de ce malheureux pasteur, d'ailleurs d'uuc vertu rigide, et qu'on ne peut regarder qu'avec compassion. Mcslicr est profondément frappé des deux généalogies qui semblent se combattre; il n'en avait pas vu la conciliation ; il se soulève , il se dépite , en voyant que saint Matthieu fait aller le père et la mère et l'enfant en Egypte , après avoir reçu l'hommage des trois mages ou rois d'Orient, et pendant que le vieil Hérode, craignant d'être détrôné par un enfant qui vient de naître i Bethléem, fait égorger tous le* enfans du pays pour prévenir cette révolution. Il est étonné que ni saint Luc, ni saint Jean, ni saint Marc ne parlent de ce massacre. Il est confondu quand il voit que saint Luc fait rester saint Joseph , la bienheureuse vierge Marie, et Jésus notre Sauveur à Bethléem, après quoi ils se retirèrent à Nazareth. Il devait voir que la saiutc famille pouvait aller d'abord en Egypte , et quelque temps après a Nazareth , sa patrie.
Si saint Matthieu seul parle des trois mages et de l'étoile qui les conduisit du fond de l'orient à Bethléem et du massacre des enfans; si les autres évangélistes n'en parlent pas , ils ne contredisent point saint Matthieu ; le silence n'est point une contradiction.
Si les trois premiers evangelistes , saint Matthieu,
«tint Marc et «tint Luc ne font vivre Jésus-Christ que mois mois depuis son baptême en Galilée jusqu'à son supplice à Jérusalem : et si saint Jean le fait vivre trois ans et trois mois , il est aisé de rapprocher saint Jean des trois autres évangélistes, puisqu'il ne dit point expressément que Jésus-Christ prêcha en Galilée pendant trois ans et trois mois , et qu'on l'infère seulement de ses récits. Fallait -il renoncer à sa religion sur de simples inductions, sur de simples raisons de controverse, sur des difficultés do chronologie.
Il est impossible, dit Meslicr, d'accorder saint Matthieu et saint Luc, quand 'e premier dit que Jésus en sortant du désert alla à Capharnaum, et le second qu'il alla à Nazareth.
Saint Jean dit que ce fut André qui s'attacha le premier à Jésus-Christ, les trois autres évaogélistes disent que ce fut Simon Pierre.
Il prétend encore qu'ils se contredisent sur le jour où Jésus célébra sa piiquc , sur l'heure de son supplice, sur le lieu, sur le temps de son apparition, de sa résurrection. Il est persuadé que des livres qui se contredisent ne peuvent être inspirés par le Saiut- Esprit ; mais il n'est pas de foi que le Saint-Esprit ait inspiré toutes los syllabes; il ne conduisit pas la main de tous les copistes, il laissa agir les causes secondes : c'était bien assez qu'il daignât nous révéler les principaux mystères, et qu'il instituât dans Ta suite des temps une Eglise pour les expliquer. Toutes ces contradictions, reprochées si souvent aux évangiles avec une si grande amertume, sont mises au jour par les sages commentateurs ; loin de nuire, elles «'expliqueut chez eux l'une par l'autre, elles se prêtent un mutuel secours dans les concordances, et dans rharnionio des quatre évangiles.
Et s'il y a plusieurs difficultés qu'on ne peut expliquer, des profondeurs qu'on ne peut comprendre, des aventures qu'on ne peut croire , des prodiges qui révoltent la faible raison humaine, des contradictions qu'on ne peut concilier ; c'est pour exercer notre foi, et pour humilier notre esprit.
Contradictions dans les jtigemens sur les ouvrages.
J'ai quelquefois entendu dire d'un Loti juge plein de goût : Cet homme ne décide que par humeur; il trouvait hier le Poussin un peintre admirable : aujourd hui il Jo trouve trcs-méi'iocrc. C'est que If Poussin en effet a mérité de grands éloges et des critiques.
On ne se contredit poiut quand on *st en extase devant les belles scènes d Horace et de Curiace, du Cid et de Chimènc, d'Auguste et de Cinna, et qu'on voit ensuite, avec un soulèvement de coeur mêlé de la plus vive indignation, quinze tragédies de suit* sans aucun intèrît, sans aucune beauté, et qui ne sont pas rm me écrites en français.
Ccst l'auteur qui se contredit : c'est lui qui a le malheur d'être entièrement différent de lui-même. Le juge se contredirait, s'il applaudissait également l'e* collent et le détestable. Il doit admirer dans Homère la peinture des Prières qui marchent après l'Injure, les yeux mouillés de pleurs ; la ceinture de Vénus ; les
adieux d'Hector et d'AnJromaquc •, l'entrevue d'Achille et de Pria m. Mais doit-il applaudir de même à des dieux qui se disent des injures et qui se battent,; à l'uniformité des combat? qui uc décident rien ; à la brutale férocité des héros; à l'avarice qui les domine presque tous ; enfin À un poème qui finit par une trêve de onze jours, laqusile fait sans doute attendre la continuation de la guerre et la prise de Troie, que cependant on ne trouve point?
Le bon juge passe souvent de l'approbation au blâme, quelque bon livre qu'il puisse lire (*).