‹ Dictionnaire Philosophique (volume 4)Chapitre 161 sur 551 · CONTRADICTIONS · texte numérisé non relu

CONTRADICTIONS

SECTION PKEBlfc&E.

Plus on voit ce motfdc, et plus on le voit plein de contradictions et d'inconséquences. A co:umcncr>r

par le grand-turc j il fait couper toutes les têtes qui loi déplaisent, et peut rarement conserver la sienne.

Si du grand-turc nous passons au saint-père, il confirme l'élection des empereurs, il a des rois pou* vassaux ; mais il n'est pas si puissant qu'un duc di? Savoie. 11 expédie des ordres pour l'Amérique et pour l'Afrique, et il ne pourrait pa» ôter un privilège à la république de Lucqucs. L'empereur est roi des Romains; mais le droit de leur roi consiste à tenir IVtrier du pape, et à lui donner à laver à la mess.-.

Les Anglais servent leur monarque à genoux , mais ils le déposent , l'emprisonnent et le font périr sur l'échafiud.

Des nommes qui font vœu de pauvreté obtiennent, en vertu de ce vœu, jusqu'à deux cent mille écus de rente; et eu conséquence de leur vœu d'hu milité, sont des souverains despotiques. On condamne hautement à Rome la p'. irali;é des bénéfice* avec charge d'âmes; et on donne tous les jours d<-< bulles a uu Allemand pour cinq ou six évéchés à h fois. C'est, dit-on, que les évéques allemands n'ont point charge d'âmes. Le chancelier de France est 1a première personne de l'état; il ne peu; manger avec le roi, du moins jusqu'à présent, et un colonel a peine gentilhomme a cet honneur. Une intendantest reine en province et bourgeoise à la cour.

On cuit en place publique ceux qui sout convaiu eus du péché de uon-couformité, et ou explique gravement dans tous les collèges la seconde églogue de Virgile, avec la déclaration d'amour de Corydon au bel Alexis : Formosutn piistor Corydon <trdchut Alain* ei on l'ut remarquer aux enfaiis que, quoique Alexis soit blond et qu' Amyntas soit brun , cependant Amyn- Us pourrait bien avoir la préférence.

"Si un pauvre philosophe, qui ne pense point À mal, s'avise de vouloir faire tourner la terre, ou d'imaginer que la lumière vient du soleil, ou de supposer que la matière pourrait bien avoir quelques atitr.1' propriétés que celles que nous connaissons, on crûà l'impie, au perturbateur du repos public: et on Tiv duit, nd umm Delpf.ini, les Tit cuUnu »V Cicéron . : Lucrèce, qui sont deux cours complets d*irréli«ioi

Les tribunaux ue croient plus <mx possédés, on mmoque des sorciers; mais on a brûlé Gaufl'rcdi et Graudier pour sortilège; et eu dernier lieu la moitié d'un parlement voulait condamner au feu un religieux , accusé d'avoir ensorcelé une fille de dix -bu il ans, en soufflant sur elle («).

Le sceptique philosophe Baylc a été persécuté , même en Hollande. La Mothc Le Vayer , plus sceptique et moins philosophe , a été précepteur du roi Louis XIV et du frère du roi. Gourville était à ta foi* pendu en effigie à Paris et min stre de France en Allemagne.

Le fameux athée Spinosa vécut et mourut tranquille. Vanini, qui n'avait écrit que contre Aristote. fut brûlé comme athée : il a l'honneur en cette qualité de remplir un article dans les histoires des gem de lettres et dans tous les dictionnaires , ir

(•) C'est le prooit d» pire Girard tl de La C*Aiét«. Rie» o'»

archives de mensonges et d'un peu de vérité : ouvrez ces livres , vous y verrez que non-seulement Vanini enseignait publiquement l'athéisme dans ses écrits , mais encore que douze professeurs de sa secte étaient partis de Naples avec lui dans le dessein de faire par* tout beaucoup de prosélytes ; ouvrez ensuite les livres de Vanini , vous serez bien surpris de ne voir que des preuves de l'existence de Dieu. Voici ce qu'on lit dans son Amphithcatrum, ouvrage également condamné et ignoré, a Dieu est son principe et son terme, sans fin et sans commcnccmtiit, n'ayant besoin ni de l'un ni de l'autre, et père de tout commencement et de toute fin, il existe toujours, mais dans aucun temps ; pour lui le passé ne fut poict et l'avenir uc Tiendra point; il règne partout sans être dans un lieu , immobile sans s'arrêter , rapide sans mouvement; il est tout et hors 'le tout; il est dans tout, mais sans être enfermé; hors de tout, mais sans être exclus d'aucune chose; bon, mais sans qualité; entier, mais sans parties; immuable en variant tout l'univers; sa volonté est sa puissance; simple, iî n'y a rien en lui de purement possible, tout y est réel ; il est le premier, le moyen, le dernier acte; enfin, étant tout, il est an-dessus de tous les êtres, hors d'eux, dans eux , au-delà d'eux , à jamais devant et après eux. m C'est après une telle profession do foi que Vanini fut déclaré athée. Sur quoi fut-il condamné? sur la simple déposition d'un nommé Françon (*). En vain ses livres déposaient pour lui. Un seul ennemi lui a coûté la vie et l'a flétri dans l'Europe.

Le petit livre de Cymbalum mundi, qui n'est qu'une imitation froide de Lucien et qui n'a pas le plus léger, le plus éloigne rapport au christianisme, a été aussi condamné aux flammes. Mais Rabelais a été imprimé avec privilège, cl on a très-tranquillement laissé un libre cours à l'Espion turc , et même aux Lettres persanes, à ce livre léger, ingénieux et hardi, dans lequel il y a une lettre tout entière en faveur du suicide ; une autre où l'on trouve ces propres mots : Si ion suppose une religion; une autre où il est dit expressément que les évêques n'o ut d autres fonctions que de dispenser d'accomplir la. loi; une autre enfin , où il est dit que le pape est un magicien qui fait accroire que trois ne sont qu'un, que lo pain qu'on mange n'est pas du pain, etc.

L'abbé de Saint-Pierre, homme qui a pu se tromper souvent, mais qui u'a jamais écrit qu'en vue du bien public, et dont les ouvrages étaient appelés par le cardinal Dubois , les rêves d'un bon citoyen; l'abbé de Saint-Pierre, dis-je, a été exclus de l'académie française d'une voix unanime, pour avoir, dans un ouvrage de politique , préféré l'établissement des conseils sous la régence aux bureaux de secrétaires d'état qui gouvernaient sous Louis XIV, et pour avoir dk que les finances avaient été malheureusement administrées sur la fin de ce glorieux règne. L'auteur des Lettres persanes n'avait parlé de Louis XIV, dans son livre, que pour dire que ce roi était « un magicien , qtv fr«it accroire à ses sujets que du papier

(*) Veye» tome H , pa;« lOQ. (R.)

bict. tma.

était de l'argent ; qu'il n'aimait que le gouvernement turc ; qu'il préférait un homme qui lui donnait la serviette à uu homme qui lui avait gagné des batailles; qu'il avait donné une pension à un homme qui avait fui deux lieues, et un gouvernement à un homme qui en avait fui quatre; qu'il était accablé de pauvreté; ». quoiqu'il soit dit dans la même lettre que ses finances sont inépuisables. Voilà, encore une l'ois, tout ce que cet auteur, dans son seul livre alors connu, avait dit de Louis XIV, protecteur de l'académie française ; et ce livre est le seul titre sur lequel fauteur a été effectivement reçu dans l'académie française. Or. peut ajouter encore, pour comble de contradiction , que cette compagnie le reçut pour en avoir été tournée en ridicule. Car de tous les livres ou on s'est réjoui aux dépens de cette académie , il n'y en a guère où elle soit traitée plus mal que dans les Lettres persanes. Voyez la lettre où il est dit : « Ceux qui composent ee corps n'ont d'autres fonctions que de jaser sans cesse. L'éloge vient se placer comme de lui-même dans leur babil éternel , etc. » Après avoir ainsi traité cette compagnie, il fut loué par elle à sa réception du talent de faire des portraits ressemblans (i).

Si je voulais continuer à examiner les contrariétés qu'on trouve daus l'empire des lettres, il faudrait écrire l'histoire de tous les savans et de tous les beaux-esprits; de même que, si je voulais détailler les contrariétés dans la société, il faudrait écrire l'histoire du genre humain. Un Asiatique qui voyagerait en Europe pourrait bien nous prendre pour des paiens. Nos jours de la semaine portent les noms de Mars, de Mercure, de Jupiter, de Vénus; les noces de Cupidon et de Psyché sont peintes dans la maison des papes : mais surtout si «et Asiatique voyait notre Opéra , il ne douterait pas que ce ne fût une fèle « l'honneur des dieux du paganisme. S'il s'informait un peu plus exactement de nos mœurs , il serait bien plus étonné ; il verrait en Espagne qu'une loi sévère défend qu'aucun étranger «U la moisiùre part indirecte au commerce de l'Amérique, et que cependant les étrangers y font, par facteurs espagnols, un commerce de cinquante millions pir an ; de sorte que l'Espagne ne peut s'enrichir que par \? violation de la loi , toujours subsistante et toujours méprisée. 11 verrait qu'en un autre pays le gouvernement fait fleurir une compagnie des Indes, et que les théologiens ont déclaré le dividende des actions criminel devant Dieu. Il verrait qu'on achète le droit de juger les hommes, celui de commander à la guerre, celui d'entrer au conseil ; il ne pourrait comprendre pourquoi il est dit dans les patentes qui donnent ces places , qu'elles ont été accordées gratis et sans brigue , tandis que la quittance de fiuaucc est attachée aux lettres de provision. Notre Asiatique ne serait-il pas surpris de voir des comédiens gagés par les souverains, et excommuniés par les curés ! Il demanderait pourquoi un lieutenant-général roturier.

(i) Cette pbrtM M m troare point dis* le ditcoars imprisz* de M. Mallet, alors directeur : ainsi ou la mémoire de M. de Voltaire l'a mal aervi , ou cette phrase ayant été remarqnée k fc •-axe publie , on le», supprimé, dan» I ù.ptwi.n.

qui aura gagné dos batailles (i), sera mis à la taille comme un paysan , et qu'un échoviu Mra noble comme les Montmorencis ? Pourquoi , tandis qu'on interdit les spectacles réguliers , dans une semaine consacrée à l'édification, on permet des bateleurs qui offensent les oreilles les moins délicates ? Il verrait presque toujours nos usages en contradiction avec nos lois; et si nous voyagions en Asie, nous y trouverions a peu près les tut mes incompatibilités.

1-es nommes sont partout également fous; ils ont fuit des lois à mesure, comme on ré paie des brèches de murailles, loi les fils aiués ont océ tout ce qu'ils ont pu aux cadets , là les cadets partagent également. Tantôt l'Eglise a ordonné le d«ol, tantôt elle l a anatliémarisé. On a excommnuié tour-à-tour les partisans et le» ennemis eTAristotc , et ceux qui perlaient îles cheveux longs ot ceux qui les portaient courts. Nous n'avions dans le monde de loi parfaite que pour régler une espèce de folie, qui est le jeu. Les règles du jeu sont les seules qui n'admettent ni exception, ni relâchement , ni variété , ni tyrannie. Un homme qui a été laquais, s-'il joue au lansquenet avec des rois, est payé sans difficulté quand il gagne; partout ailleurs la loi est un glaive dont le plus fort coupe par morceaux le plus faible.

Cependant ce moude subsiste comme si tout était bien ordonné ; l'irrégularité Lient à notre nature ; notre monde politique est comme notre ^lobe, quelque chose d'informe qui se conserve toujours. Il y aurait de la folie à vouloir que les montagnes , les mers , les rivières fussent tracées en belles figures régulières; il y aurait encore plus de folie de deinan. der aux hommes une sagesse parfaite ; ce serait vouloir donner des ailes a des chiens, ou dos cornes à des aigles.

siCTien tu

Exemples tirés de l'histoire, de la sainte Écritxn, de plusieurs écrivains, du fameux curé Meslier, d'un prédicant nomme Antoine, etc.

On vient de montrer les contradictions de nos usages, de nos mœurs , do nos lois : on n'en a pas dit assez.

Tout a été fait, surtout dans notre Europe, comme l'habit d'Arlequin : son maître n'avait point de drap; quand il fallut l'habiller , il prit des vieux lambeaux de toutes couleurs : Arlequin fut ridicule , mais R fut vétu.

Où est le peuple dont les lois et les usages ne se contredisent pas? Y a-t-il une contradiction plus frappante et en même temps plus respectable que le saint empire ! cr. qnoi est il romain ?

L"s Allemands sont une brave nation que ni les Gcrroanicus, ni les Trajan ne purent jamais subjuguer entièrement. Tous les peuples germains qui habitaient au-delà de l'Elbe furent toujours invincibles, quoique mal armés; c'est en partie de ces tristes climats que sortirent lu* vengaur» du monde. Loin que

(fc) Ouc ridknU coutume « Mi «afin abolie m 17^1. La*

m l'Allemagne soit empire romain , elle a servi à le détruire.

un Allemand, un Australien alla d'Aix-la-Chapelle à Borne, dépouiller pour jamais les césars grecs de ce qui leur restait en Italie. Il prit le nom de césar, d'imperator ; mais ni lui ni ses successeurs n'oseront jamais résider à Rome. Cette capitale ne peut ni se vanter, ni se plaindre que depuis Augustulc, dernier excrément de l'empire romain, aucun césar ait vécu et soit enterré dans ses murs.

11 est difficile que l'empire soit saint , puisqu'il professe trois religions, dont deux sont déclarées impies, abominables, damnantes et damnées, par fa cour de Rome, que toute la cour impériale regarde comme souveraine sur ces cas.

Il n'est oertaiucjnent pas romain, puisque l'empereur n'a pas dans Rome une raaisou.

En Angleterre on sert les rois à genoux. La maxime constante est que le rci ne peut jamais faire mal : The liintj can do no wronq. Ses ministres seuls peuvent avoir tort ; rl est infaillible dans ses actions comme le pape dans ses jugemons. Telle est la loi fondamentale, la loi salique d'Angleterre. Cependant le parlement jugo son roi Edouard II, vaincu et fait prisonnier par sa femme ; on déclare qu'il a tous les torts du monde, et qu'il est déchu de tous droits à la couronne. Guillaume Trussel vient dans sa prison lui faire le complimeut suivant :

« Moi , Guillaume Trussel , procureur du parlement et de toute la nation anglaise , je révoque l'hommage à toi fait autrefois; je te défie et je te prive du pouvoir royal , et nous ne tiendrons plus à toi doresnavant (r). »

Le parlement juge et condamne le roi Richard H, fils du grand Edouard III. Trente et un chefs d'accusation sont produits contre lui, parmi lesquels on cm trouve deux singuliers : Qu'il avait emprunté de l'argent sans payer, et qu'il avait dit en présence de témoins qu'il était le maître de la vie et des biens de se* sujets.

Le parlement dépose Henri VI, qui avait un trèsgrand tort, mais d'une autre espèce, celui d'être imbécile.

Le parlement déclare Edouard IV traître , con- Esque tous ses biens; et ensuite le rétablit quand il est heureux.

Pour Richard IH, celui-là tut véritablement toit plus que tous les autres : c'était un Néron, mais un Néron courageux ; et le parlement ne d*cl« rases torts que quand il eut été tué.

La chambre représentent le peuple d Angleterre, imputa plus de torts à Charles I*' qu'il u'en avait, et te fit périr sur un cchafoud. Ce parlement jugea que Jacques II avait de très-grands torts, et surtout celui de s'être enfui. 11 déclara la coure ose vacante, c'està-dire, il le déposa.

Aujourd'hui Junius écrit au roi d'Angleterre que ce monarque a tort d'être bo» et sage. Si ce uc sont

M Rapin Thoyras n'a pas traduit

pas 14 de» contradictions, je ne sais où Ton peut ea trouver.

Des contradictions dans quelques rites,

A très ces grandes contradictions politiques qui se divisent en cent mille pcliies contradictions, il n'j en a point de plus forte que celle de quehprea-uus de nos rites. Nous detestous le judaïsme ; il n'y a pas quinze ans qu'on brûlait encore les Juifs. Nous l«a regardons comme les assassins de notre Dieu , et nous nous assemblons tous les dimanches pour psalmot'ier des cantiques juifs : si nous ne les récitons pas en hébreu , c'est que nous sommes des ignorais. Mais les quinze premiers évéques, prêtres, diacres et troupeau de Jérusalem, berceau de la religion chrétienne, récitèrent toujours les psaumes juifs dan: l'idiome juif de la langue syriaque; et jusqu'au temps du calife Omar, presque tous les chrétiens depuis Tyr jusqu'à Alcp priaient dans cet idiome juif. Aujourd'hui qui réciterait les psaumes tels qu'ils ont été composés, qui les chanterait dans la langue juive , serait soupçonné d'être circoncis et d'être Juif : il serait brûlé comme tel ; il l'aurait été du moins il y a vingt ans, quoique Jésus-Christ ait été circoncis, quoique les apôtres et les disciples aient été circoncis. Je mets à part tout le fond de notre sainte religion, tout ce qui est un objet de foi , tout ce qu il ne faut considérer qu'avec une soumission craintive; je n'envisage que l'éeorce, je ne touche qu'à l'usage : je demande s'il y en eut jamais un plus contradictoire?

Des contradictions dans les affaires et dans les homme*.

Si quelque société littéraire veut entreprendre le dictionnaire des contradictions, je souscris pour vingt volumes în-folio.

Le monde ne subsiste que oe contradictions; que fondrait-il pour les abolir? assembler les états da genre humain. Mais de la manière dont les hommes sont faits, ce serait une nouvelle contradiction s'ils étaient d'accord. Assemble* tous les lapins de l'univers, il n'y aura pas denx avis différons parmi eux.

Je ne connais que deux sortes d'êtres immuables sur la terre, les géomètres et les animaux; ils sont conduits par deux règles invariables, la ciôr.tcnstration et l'instinct; et encore les ^éomitres int-ils eu quelques disputes, mais les animaux n'ont jamais varié.

Des contradictions dans les hommes et Sans les affaires.

Les contrastes, les jours et les ombres sous lesquels ou représente dans l'histoire les hommes publics, ne sont pas des contradictions, ce sont des portraits fidèles de la nature humaine.

Tous les jours on condamne et on admire Alcxan- I dre , le meurtrier de Clitus , mais le vengeur de la Grèce, le vainqueur des Perses et le fondateur d'Alexandrie;

César le débauché, qui vole le trésor public de Rome pour asservir sa patrie, mais dont la clémence •gale la valeur, et dont l'esprit égale le courage ;

Mahomet imposteur, brigand, mais le seul des législateurs religieux tpii ait eu du conrage et qui sdt fondé nn grand empire ;

L'enthousiaste CromwcTl , fourbe Hasts bs fanatisme même, assassin de son roi en 'forme juridique, mais aussi profond politique que valeureux guerrier.

Milhe contrastes se présentent souvent en. foule , et ces contrastes sont dons h) nature; ils ne soiit pas plus étonnans qu'un beau jour suivi de là tempête.

Des contradictions •apparentes dans . les livre*.

Il faut soigneusement distinguer dans les écrits, et surtout dans les livres sacrés les -contradictions apparentes et Ics-rédles. Il est dit, dans le Penteteuque, que Moisc étuh le plus doux des hommes, et qui! fit forger vingt-trois nvtNe'Ntloenux <qui avaient adoré le veuu d'or, et vingt -tpiatre millt qui avaient épouse" comme lui des femmes mndianrtes. Mais de sages commentateurs ont prouvé solidement que Moïse tfiait d'un naturel très-doux , et qu'il n'avait fait qu'exécuter les vengeances de 'Dieu en fesant massacrer ces quarante-sept mille Israélites coupables, comme nous l'avons déjà vu.

Des critiques hardis ont cm apercevoir une contradiction dans le récit où il est dit que Moïse changea tontes les ©aux de PÊgyptc en sang, et que les magiciens de Pharaon firent ensuite le même prodige, sans que PExode mette aucun intervalle entre le miracle de Moïse et l'opération magique des enehauteufs.

11 paraît d'abord impossible que ces magiciens changent en sang ce qui est déjà devenu ^ang; mats cette diffreu hé peut se lever en supposant que Moïse avait laissé les eaux reprendre leur première nature, pour donner an pharaon le temps de rentrer en luimême. Cette supposition est d'autant plus plausible, que, si le texte ne la favorise pas expressément, il ne lui est pas contraire.

Les mêmes incrédules demandent comment, ton* les chevaux ayant été tues par la grêle dans la .sixième plaie, Pharaon put poursuivre In nation juive avec de la cavalerie? Mais cette contradiction n'ett pa; même apparente, puisque la grêle qui ma tous les chevaux qui étaient anx champs ne put tomber sur eenx qui étaient dans les écuries.

Une des plus fortes contradictions '[nouai! cru trouver dans l'histoire des Rois, est la disette tota e d'armes offensives et défensives chez les Juifs à l'avènement de SaQl , comparée avec l'armée de trois cent trente mille combattans que SaOl conduit contre les Ammonites qui assiégeaient Jabcs en Galaad.

II est rapporté en efTet qu'alors (.f), et même après cette bataille, il n'y avait pas une kince, pas une seule épéc chc* tout le peuple hébreu ; que les Philistins empêchaient les Hébreux de forger des épées et des lances; que les Hébreux étaient obliges daller chez les Philistins pour faire aiguiser te soc de leurs charrues (t) , leurs boyaux , leurs cognées et leurs serpettes.

(«I) I RoU, cLsp. XIU, v. aa.— (#) lb., chap. XHI, v. io, ao « ai.

iJlCnOiNJNAlRE

Cet aveu semble prouver que les Hébreux étaient ou très-petit nombre, et que les Philistins étaient une nation puissante, victorieuse, qui tenait les Israélites sous le joug, et qui les traitait en esclaves; qu'enfin il n'était pas possible que Saul eut assemblé trois cent mille combattans, etc.

Le révérend père dom Calmet dit {j) qu'il est croyable « qu'il y a un peu d'exagération dans ce qui est dit de Saul et de Jonathas. » Mais ce savant homme oublie que les autres commentateurs attribuent les premières victoires de Saul et de Jonaihus à un de ces miracles évidens que Dieu daigna frire si souvent en faveur de son pauvre peuple. Jonathas avec son seul écuyer tua d'abord vingt ennemis, et les Philistins étonnés tournèrent leurs armes les uns contre les autres. L'auteur du livre des Rois dit positivement (g) que ce fut comme un miracle do Dieu , uccidit quasi miraculum à Deo. Il n'y a donc point là «ic contradiction.

Les ennemis de la religion chrétienne, lesCcIse, les Porphyre, les Julien, ont épuisé la sagacité de leur esprit sur cette matière. Des auteurs juifs se sont prévalus de tous les avantages que leur donnait la supériorité de leurs connaissances dans la langue hébraïque pour mettre au jour ces contradictions apparentes ; ils ont été suivis même par des chrétiens tels que mi lord Herbert , Wolaston , Tindal , Toland , Colins, Shaftesbury, Woolslon, Gordon, Bolingbroke, et plusieurs auteurs des divers pays. Frérat , secrétaire perpétuel de l'académie des belfes-lettres de France , le savant Le Clerc même , Simon de l'Oratoire , ont cru apercevoir quelques contradictions qu'où pouvait attribuer aux copistes. Une foule d'autres critiques ont voulu relever et «étonner des contradictions qui leur ont paru inexplicables.

On lit dans un livre dangereux fait avec beaucoup d'art (A) : « Saint Matthieu et saint Luc donnent chacun une généalogie de Jésus - Zhxlil différente; et pour qu'on ne croie pas que ce font de ces différences légères qu'où peut attribuer à méprise ou inadvertance, il est aisé de s'en convaincre par ses yeux en lisant Matthieu au chap. I , et Luc au cliap. III : on verra qu'il y a quinze générations de plus dans l'une que dans l'autre ; que depuis David elles se séparent absolument; qu'elles se réunissent à Salathiel; mais qu'après son fils elles se séparent de nouveau, et ne se réunissent plus qu'à Joseph.

u Dans la même généalogie, saint Matthieu tombe

encore dans une contradiction manifeste; car il dit

qaOsias était père de Jonathan ; et dans les Paralipo-

mènes, liv.I, chap. III, v. n et ta, on trouve trois

générations entre eux; savoir, Joas, A marias, Aza-

rias, desquels Luc ne parle pas plus que Matthieu.

De plus ; cette généalogie ne fait rien à celle de Jésus,

puisque, selon notre loi, Joseph n'avait eu aucun

commerce avec Marie. »

Pour repoudre a cette objection faite depuis le

[{) Note de dom Calmet taz fa Tereet 19.

<<j> Cli.p. XIV, t. i5.

[h) Anelyee de fa religion chréocMe, pejt »a, attribuée »

temps d*Origèno et renouvelée de siècle en siècle , il faut lire Julius Africanus. Voici les deux généalogies conciliées dans la table suivante, tcllcqu'cllc se trouve dans la bibliothèque des auteurs ecclésiastiques.

David.

Salomon et ses descendans, rapportés par Matthieu.

Esiha.

Mathan , mier mari.

pre-

Nathan et ses descendans, rapportés par Luc.

Melchi, ou plutôt Mathat, second mari.

Leur I mune , dont on ne Jacob , fils de sait point le nom ; Mathan, premier mariée premièremari, ment à Héli , dont elle n'a point eu d'enfant, et ensuite à Jacob son frère.

Héli.

Fils d-Héli salon la loi.

Joseph, fils m tarcl de Jacob.

Il y a une autre manière de 1 néalogies par saint Epiphane.

Suivant lui, Jacob Panthcr, descendu de Salomon, est père de Joseph et de Cléophas.

Joseph a de sa première femme six enfans, Jacques , Josué , Siméon , Juda , Marie et Salome.

Il épouse ensuite la vierge Marie, mère de Jésus , fille de Joachim et d'Anne.

H y a plusieurs autres manières d'expliquer ces deux généalogies. Voyez l'ouvrage de dom Calmet , intitulé Dissertation t où l'on essaie de concilier saint Matthieu avec saint Luc sur la géaéalogie de Jésus- Christ.

Les mêmes savans incrédules, qui ne sont occupés qu'à comparer des dates, à examiner les livres et les médailles, à confronter les anciens auteurs, à chercher la vérité avec la prudence humaine , et qui perdent par leur science la simplicité de la foi, reprochent à saint Luc de contredire les autres évangiles, et de s'être trompé dans ce qu'il avance sur la naissance du Sauveur. Voici comme s'en explique témérairement l'auteur de l'Analyse de la religion chrétienne (p. a3).

« Saiut Luc dit que Cirénius avait le gouvernement de Syrie lorsqu'Augustc fit faire le dénombrement de tout l'empire. On va voir combien il se rencontre de faussetés évidentes dans ce peu de mots. 1 °. Tacite et Suétone, les plus exacts de tous les historiens, ne disent pas un mot du prétendu dénombrement de tout l'empire , qui assurément eût été un événement bien singulier, puisqu'il n'y en eut jamais sous aucun empereur, du moins aucun auteur ne rapporte qu'il y en ait eu. a». Cirénius ne vint dans la Syrie que dix ans après le temps marqué par Luc; clic était alors gouvernée par Quintilius Varus, comme Tcrtullîen le rapporte , et comme il est confirmé par les médailles. »

PH

On avouera qu'en effet il n'y cul jamais de dénombrement de tout l'empire romain, et qu'il n'y eut qu'un cens de citoyens romains, scion l'usage. Il se peut que des copistes aient écrit dénombrement pour cens. A l'égard de Cirénius, que les copistes ont transcrit Cirinus, il est ceriaiu qu'il n'était pas gouverneur de la Syrie dans le temps do la naissance de notre Sauveur, et que c'était alors Quintilius Varus; mais il est très-naturel ^ue Quintilius Varus ait envoyé en Judée ce même Cirénius, qui lui succéda dix ans après dans le gouvernement de la Syrie. On ne doit point dissimuler que cette explication laisse encore quelques difficultés.

Premièrement, le cens fait sous Auguste ne se rapporte point an temps de la naissance de Jésus- Christ.

Secondement, les Juifs n'étaient point compris dans ce cens. Joseph et son épouse n'étaient point citoyens romains. Marie ne devait donc point, dit-on, partir de Nazareth , qui est à l'extrémité de la Judée, i quelques milles du mont Thabor, au milieu du désert, pour aller accoucher i Bethléem qui est à quatre-vingt milles de Nazareth.

Mais il se peut très-aisément que Cirinus ou Cirénius étant venu à Jérusalem de la part de Quintilius Varus pour imposer un tribut par tetc, Joseph et Marie eussent reçu l'ordre du magistrat de Bethléem de venir se présenter pour payer le tribut dans le bourg de Bethléem, lieu de leur naissance; il n'y a rien là qui soit contradictoire.

Les critiques peuvent tâcher d'infirmer cette solution , en représentant que c'était Hérode seul qui imposait les tributs ; que les Romains ne levaient rien alors sur la Judée ; qu'Auguste laissait Hérode maître absolu che/- lui , moyennant le tribut que cet Idnméen payait à l'empire. Mais on peut dans un besoin s'arranger avec un prince tributaire , et lui envoyer un intendant pour établir de concert avec lui la nouvelle taxe.

Nous ne dirons point ici , comme tant d'autres , que les copistes ont commis beaucoup de fautes, et qu'il y en a plus de dix mille dans la version que nous avons. Nous aimons mieux uirc avec les docteurs et les plus éclairés, que les évangiles nous ont etédounés pour nous enseigner à vivre saintement, et non pas à critiquer savamment.

Ces prétendues contradictions firent un effet bien terrible sur le déplorable Jean Mcslicr, curé d'Etrepigni et de But en Champagne ; cet homme vertueux, à la vérité, et très-charitable, mais sombre et mélancolique, n'ayant guère d'autres livres que la Biblo et quelques Pères, les lut avec une attention qui lui devint fatale; il ne fut pas assez docile, lui qui devait enseigner la docilité i son troupeau. 11 vit les contradictions apparentes, et ferma les yeux sur la conciliation. 11 crut voir des contradictions affreuses entre Jésus né Juif, et ensuite reconnu Dieu ; entre ce Dieu conuu d abord pour le fils de Joseph , charpentier, et lo frère de Jacques , mais descendu d'un empirée qui n'existe point, pour détruire le péché sur la terre , et la laissant couverte de crimes; entre ce Dieu né d'un vil

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