ARISTON
Vous êtes savant, et vous avez une éloquence sage; comment comptez-vous prêcher devant des gens de campagne?
TÊOTIME.
Cemme je prêcherais devant les rois. Je parlerai toujours de morale, et jamais de controverse; Dieu me préserve d'approfondir la grâce concomitautc, la grâce efficace, a laquelle on résiste, la suffisante qui ik suffit pas; d'examiner si les anges qui mangèrent avec Abraham et avec Lolh avaient un corps, ou s'ils firent semblant de manger; si le diable Asmodc-î était effectivement amoureux de la femme du jeune Tobie; quelle est la montagne sur laquelle Jésus-Christ fut emporté par un autre diable; et si Jésus-Christ envoya deux mille diables, ou deux diables seulement dans le corps de deux mille cochons, etc., etc. 11 y a bien des choses que mon auditoire n'entendrait pas, ni moi non plus. Je tacherai de faire des gens de bfen et de l'être; uiais je ne ferai point de théologiens, et je le serai le moius que je pourrai.
AMSTOff.
Oh! le bon curé! Je veux acheter une maison de campagne dans votre paroisse. Dites-moi, je vous prie, comment vous eu userez dans la confession.
TÉOTISfX.
La confession est une chose excellente, un frein aux crimes, inventé dans l'antiquité la plus reculée; on se confessait dans la célébration do tous les ancien» mystères, nous avons imité et sanctifié cette sage pratique: elle est très- bonne pour engager les cœurs ulcérés de haine a pardonner, et pour faire rendre par les petits voleurs ce qu'ils peuvent avoir dérobé à leur prochain. Elle a quelques inconvéniens. Il y abeaucoup de confesseurs indiscrets , surtout parmi
DICTIOISNAIIU:
les moines qni apprennent quelquefois plus de sottises aux filles que tous le.-, gircons <i au village ne pourraient leur en faire. Point de détails d.ms l.i confession ; ce n'est point un interrogatoire juridique, c'est l'aveu île sk fautes rju'uii pécheur fut a 1 Être suprême entre les mains «1 un autre pécheur qui va s'accuser à son tour. Cet aveu s.ilit'...ire n'est point fait pour contenter la curiosité d'un lio.u.de.
AA1STON.
Et des exconffitnuicritions, en uso -iz-vous ? rfinriMK.
Non: il y a des rituels où Ion excommunie les sauterelles, les sorciers et les comédien». Je n interdirai point l'entrée dol. jjîise aav snnlcrellt.- . alteiidu qu'elles n'y vont jamnis. Je n'excommunierai point les sorciers, parce qu'il n'y a point de sorciers ; et , à l'égard des comédiens, comme i's sont pensionnés par le roi, et autori s par lemagi.s'rat, je me garderai Lieu de les diflT.imer. Je vous avouerai même , comme à mon ami, <(u<; j'ai du e^oi'.t pour la comédie, quand elle ne choque point ki ninu's, J'aiuic pas- ■ionuéiuent le '1 i-nt lh> r;x , et toutes le* tragédies où il y a des mœurs. Le seigneur de mon village fait jouer daus son cb.Ueau qiielqT:s-uiics île ces pièces par de jeunes personnes qui ont du talent : ces repréien'alious inspirent la vertu par i'alii ail du pbisii ; elles foi ment le goût, elles apprennent h Wr:v. parler el a bien prononcer. Je ne vais rien là quo de irès innocent, et même de très-ulile; je compte bien assister quelquefois à ces spectacles pour mon instruction, mais dans uue loge grillée, pour ne point scandaliser les faibles.
i R I <TOK.
Plus tous me découvrez vos sentinvms, et plus j'ai envie de devenir votre paroissien, lira un point bien important qui m'embarrasse. Comment ferez- vous pour empêcher les paysans de s'enivrer les jours do fêtes? C'est la leur grande manière de les célébrer. J/ous voyez les uns accablés d on poison liquide , la tête penchée vers les genoux, les mains pendantes, TJc voyant point, n'entendant rien, réduits n un état tort au-dessous de celui des bruter, reconduits chez eux en chancelant par leurs lemmes éplorces, incapables de travail le lendemain, sonvei t malades et abrutis pour le reste de lour vie. Vous er voyez d'autres devenus furieux par le vin , exciter des querelles sanglantes, frapper et tire frappés, et quelquefois finir par le meurtre ces scènes a'Jrcuses, qui sont la bonté de l'espèce humaine. Il le faut avouer, l'état perd plus de sujets par les fêtes que par les batailles; comment pourrez- vous diminuer dans votre paroissa un abus si exécrable?
ttfïTHru.
Mon parti est pris; je leur permettrai, je les presserai même de cultiver leurs champs les jours de féle •près le' 'service divin, que je ferai de rrès-bonne heure. Ccsl l'oisiveté de »a férié qui les conduit au cabaret. Les jours nutrraMtt ne sont point les jours de la débauche et do meurtre. Le travail modéré «ontribuc à la «rtrté du corps et à celle de l'Ame; de plus, ce travail est itérrssairc a l'état. Supposons cinq millions d'hommes «pii font par joor pour dix sous d'ouvrage l'un portant l'autre , et ce compte est bit
modéré ; vous rendez ces cinq millions d'hommes inutiles trente j'iurs de r?'"»^e; c'est donc trente fois cinq miliionj de pièce; «> sous que l'étal perd en main-d it nvie. Or, rertr incn-ent Dieu n'a jamais ordonné ni ce:te port-*, i;i l'ivrognerie.
A n I 5 TOX.
Ainsi vous couciiicr-v. h pri re el le travail ; Dieu ordonne l'un ei l'autre. Vous >er\ ire/. Tlieti et le prochain ; mais dans les oispu'.es ecclétiasliques, quel parti prendrez- vo'.is?
TÉOTIM R.
Aucun. On tic dispute ).'.• i's sur la vertu , parce qu'elle \ienl Je Tù: u : ou q u relie sur des opinions qui vieilli :)l des lio;t:nus.
.'.M s TON.
Oh, le bon curé! le b< r. curé !